L. COURS M0TE
et- Fil { voyez page 114) el Gondar au sud. Voici, d’après Burckhardt, les distances connues daus ces contrées : on compte des Hallenga ail pays des Arabes Kohara une journée, à Wady- Oinranunc journéeetdemie, à Ayayeunejournée, à Ras-el-Fil deux journées. Cet espace est habité (tarde nombreuses tribus (les troglodytes Scliangallas, les Foungi, les Nouba, etc. (Voyez p. 137 et 142), formant l'anneau moyen entre la racedes Abyssiniens et les Bédouins de Nubie ; tous se distinguent par des qualités caractéristiques qui, coin me le dit très-bien Burckhardt .mériteraient une étude toute particulière. Les Abyssiniens sont généralement hais des Bédouins de Taka, qui, pour les insulter, leur donnent le nom de Cafres , c'est-à-dire infidèles.
Le bassin deBelad-el-Taka doitsa fertilité aux inondations qu'amènent régulièrement, vers la fin du mois de juin , les grands torrens'du sud et du sud-est, et dont les eaux recouvrent toute la plaine, jusqu'à la hauteur dedeux à trois pieds. L'inondation est pour l'ordinaire précédée de plusieurs grands ouragans du sud. Suivant Burckhardt , on ne sait pas encore d’où peuvent venir cesmassesd'eausi considérables. Nous supposons que ce ne peuvent être que les eaux du Mareb ; car, suivant uneancienne tradition, le Mareb n’est véritablement un fleuve que dans la saison îles pluies. En tout cas, ce gonflement des raux est un phénomène régulier que Macrizi a déjà décrit comme tel, d’après .Selim-el-Assouan(l). Leseaux séjournent pendant un mois dans la plaine d'Et- Taka el la fertilisent de leur limon , comme le Nil l’Égypte. Dès que le limon s’est un peu desséché, les Bédouins y sèment des blés de toute espèce, qui rendent la plus riche récolte (2); on y cultive surtout le meilleur dourrah, dont le grain est plus estimé que celui d’Égypte. Nous ne savons pas encore si, en se retirant, les eaux vont grossir le Tacazzé (Atbara), qui borde la plaine à l'ouest ; nous lui supposons cependant, avec les ancienscartographes, une influence temporaire sur l'inondation, cariln'estpas probable qu'étant si près il n’ait aucun rapport avec cc grand phénomène. Dansla saison de la sécheresse, les habitans d'Et-Taka ont leurs puits qu'ils creusent dansla terre jusqu'à quarante pieds de profondeur; ils en tirent de l'eau en abondance; mais
(t) ascrixl, dini Burckhardt, sep., ttt, p. 193.— Quatrem fcre, ném. sur la Subie, II, p. 18.
(3) BurcbbarSt, Trav., p. 989.
elle est la plupart du temps saumâtre. Suivant Burckhardt , cette contrée est remplie de bêtes sauvages ou féroces , de panthères, de léopards, de lions, de loups, de lièvres, de gazelles et de grandsserpens .absolument comme dans la Kolla, telle que nous l'avons décrite, page 133; elle est aussi le repaire d'une multitude de sauterelles (1), qui poursuivent d'ici leurs migrations désastreuses dans toutes les parties de ^Afrique septentrionale.
Les montagnes limitrophes dcNegeyb, au sudest, sont peuplées de giraffes ( Comp. p. 118). Les Hadendoa, seuls habitans d'El-Taka appartiennent à la même race que les Bisharis, et tout les Nubiens de l'est, dont nous parlerons plus bas. L’agriculture n'est pour eux qu’une occupation temporaire; ils sont pasteurs et bédouins, rudes et inhospitaliers. Burckhardt , qui alla de ee pays à la mer Bouge (2), traversa en 1814 la rhaine littorale, par le défilé d'Orbay-i-angay jusqu'à Suakim. Venant de l'ouest, du Nil, il put ainsi nous donner des renseignement important sur le cours inférieur de l'Atliara, jusqu'à son embouchure dans le Nil.
L’Atliara ( Aslaboras ) ne passe qu’à deux journées de marche de Eilik, près d'un endroit appelé Coz-Hajeb .situé sur sa rive méridionale ; il traverse une plaine unie, dont le sol ressemble parfaitement , quant à la couleur , au limon du Nil. Ses bords sont arides et déserts, mais on y rencontre deux collines isolées avec d'anciennes ruines (3), que les Arabes appelent Kenise , ce qui signifieeÿ/ise ou temple. Burckhardt a le premier découvert ces monumens, qui, par leur position dans la contrée de l'ancienne Meroé et sur la limite entre l'Abyssinie, la Nubie et la mer Bouge, doivcnlélrcd'un très-haut intérêt pour la science. Le savant voyageur déplore vivement de n'avoir pas eu le temps de faire des reclierches sur ces monumens important, la caravane qui l'accompagnait ayant tout à coup pris la fuite devant une bande de brigands. Le rocher de granit qui porte les ruines paraissait d’une hauteur de 3 à 400 pieds; il est entouré de décombres de rochers, dont les autres.au dire des caravanes, servent de repaires aux hordes sauvages des Hadendoa. Burckhardt évalue à 30 ou 40 pieds de hauteur les décombres (4) placés sur le sommet, presque
(1) Burckhardt. Trav., 301.
(3) Ibid. , p. 370.
O: Burckhardt , Trav., p. 382.
AFRIQUE, SYSTÈMES K'eAU : III» DIVISION, $ 21.
perpendiculairement au-dessus du fleure ; ilssont d'une architecture grossière, mais très-anciens et parfaitement conserrés; leur sommet est courert d’un toit pointu en forme de pyramide. I.e village voisin de Goz-Rahjeb, appartenant à Sennaar, a un marché comme Shcndy et est habité pardesmarehandsdetribusarabes, qui sont aussi pasteurs. Decetendroitremarquable.qui ne peut manquer de donner h t'avenir des indications importantes sur les antiquités de ces contrées, l'At* ltara ou Tacazzé coule !i travers un pays plane et désert jusqu'au village d'Atbara (t); les plaines qu'il parcourt dans cet espace sont arides , mais ses bords sont parfois couverts d’épaisses forêts. Deux journées de marche au-dessous d 'Atbara, il reçoit sur sa rive droite un affluent que les indigènes appellent lUogren (et non pas Mogreb, comme dit Bruce). Ce Mogrcn ne prend pas, comme les autres affluens du Nil, son origine au sud, mais il vient du nord-est, des montagnes des Bisharyes, sur la pente occidentale (2) de l'Orbay-Langay, par conséquent de la chaîne littorale de la mer Bouge. Bien que n'étant qu'un torrent assez insignifiant, qui, à ce qu'ilsemble, disparaît entièrement dans la saison de la sécheresse , il donne cependant son nom à T Atbara , tout comme l'Azrek donne sonnom M'Abiadqui est beaucoup plus considérable. Burckhardt qui passa l’Âtbara près de Sliendy (3), avec la caravane du nord, nous apprend qu'il porte le nom de Mogren jusqu’il son confluent dans le Nil. Pour éviter toute confusion, nous continuerons cependant h l’appeler l’Atbara ( Astaboras), évitant également le nom de Tacazzé, par la raison qu'il est tout à fait inconnu dans le cours inférieur. Le village d’Atbara, autrefois absolument inconnu, est situé sur la rive droitedu fleuve, h une distance directe de dix h douze journées de marche de Suakim sur la mer Bouge. La contrée qui entoure ici le fleuve est un désert parsemé de cailloux de quartz ; mais tout h coup l'œil des voyageurs fut réjoui par l'as- |>ecl d’épaisses forèlsqui s’élèvent immrdiatement sur le rivage. Les rudes et sauvages marchands d'esclaves eux-mêmes n'étaient pas insensibles à ce coup d'œil, et s'écriaient: Jprcs la mort rient le paradis (4). Han s tout son voyage depuis le Caire, Burckhardt n'avait rien vu de semblable: l'Atbara présentait tout à coup la plus grande
(!) Btircklnr.il, Tu*.. i>. 378 (8)liiM.,p. 423.
(3) Burckhardt, p. 284.
(4> IbW., p. 367
variété dans 1a végétation ; son rivage était couvert de dattiers, de palmier doum (crucifera thrbaira, selon Delisle), des mimosej, de catsin, de nebekt, d 'al/obes, dont le charme était encore relevé par le ebant des nombreux oiseaux qui sont si rares dans la vallée du Nil ; leur plumage seulement ne paraissait pas aussi éclatant que dans d'autres contrées. Lesrbameaux se précipitaient h travers les buissons d'épines, pour étancher leur soifdans l'Atbara ; prés du guél’eau ne leur allait que jusqu'aux genoux. Le village d’ Atbara(l },qui tien (sans doute son nom du fleure, est habité par cent familles des Bisbaris Arabes , de la tribu llanunadab , la plus considérable de toutes. Leurs habitations sont ici, entre l'Abyssinie et l’Égypte , des huttes eu forme de tentes, couvertes de nattes tressées de feuilles de palmier doum.
Ces Bédouins ressemblent en tout pointa leurs voisins de l'est, aux habitans d'El-Taka ; ils sont d'une race belle et robuste, mais comme ceux-ci inhospitaliers et perfides , tout l'opposé des Bédouins Arabes, dont ils ne connaissent pas non plus la langue. Les blancs leur sont en horreur comme des lépreux (2); ils sont à leurs yeux aussi laids que le diable et plus laids que les esclaves de I)ar-Four; le courageux Burckhardt n’en fit que trop souvent l'expérience. Ce peuple de Btdouins est adonné h l’ivrognerie et à toutes les débauches ; ils se nomment musulmans, sans l'élre, et sont alternativement agriculteurs et pasteurs, selon l'époque des débordemens de l’Atbara. Lesdéserts qui les avoisinent sont remplis de gazelles, d'autruches et de bêles féroces. Quelques journées de marche h l'ouest du village d'Atbara , au-dessous du confluent du Mogrcn dans l'Atbara, les rives de ce fleuve s'élèvent jusqu'il la hauteur de 30 pieds (3); suivant l'observation de Burckhardt, ses flots, dans les plus grandeseaux, ne montent jamais assez haut (tout au plus 20 pieds, suivant Bruce 18) pour inonder le pays ; malgré cela, ses bords sont toujours brillans de verdure. L'Atbara sépare le pays du Aas-el-\Vady , ou le pays des Bcrbers au nord, du pays de Damer au sud ; ses rivages sont ici très-bien cultivés.
Le paysde Berber au nord, Damer et Shendy au sud , et le Scnnaar qui s'étend au sud jusqu'au Bahar-el-Azrek, sont les quatre royaumes indé-
(1) Biuckhurtil , p. 309.
(2) Bjrckbardt, Travail. 376.
(3) Ibl.l., p. 284.
DOQle