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Cartes Lie la Nubie

D’après ce que nous venons de voir, U n’est guère possible jusqu’à présent d’avoir une carte de la Nubie. Tous les dessins que nous possédons ne sont que des essais plus ou moins incomplets. Pour dire exacte , la carto de la Nubie doit nécessairement partir du Nil. Celle de Bruce a été jusqu’ici la plus généralement répandue ; mais Bruce n’avait vu Je Nil de Nubie que près de Sjène et dans le Berber; il ne connaissait pas la grande courbe de son cours vers l’ouest, qui était encore pour les Européens , dans une profonde obscurité. Il n’est donc pas étonnant que, dans l’expédition contre les mameloucks de Dongola, les officiers français de la suite de Méhémel-AlIPacha, entre autres Caillcaud , aient trouvé le dessin du cours du Nil entièrement faux. Le capitaine Pionlen fil le premier essai d’une carie du Nil , dans la Nubie septentrionale ; il la divisa en cinq feuilles (1), qui comprennent le cours du fleuve jusqu'à Derr, espace qu’il avait lui-méuie parcouru. Peu de temps après, parut la première carte rectifiée du cours du Nil jusqu’à Ibrim : Map of thelSile from the Cataracts to Ibrim, by Th. Legh and Ch. Smelt. Lond., 1 81 3. La carte de Light, de 181 4 , ne contient que peu de corrections. Le travail le plus complet , dans ce genre , est , sans contredit, la carte de leake, d’après lesvojages.de Burckhardt : Map of the Course of the Nils from Atsouan to Dongolah , by IP.-JIf. Leake.

Les Grecs et les Romains ne connaissaient la Nubie qu’im parfaitement ; leurs relations sur ce pars sont tellement remplies de lacunes et de con. tradictions, qu’il serait impossible d’en dessiner une carte. L'Itinerarium Antonini nous présente, le premier, un peu de suite dans la succession des noms et des stations qu’il mentionne au-dessus de Philo?. « On compte nous dit-il : 1° de Syène à Partmbole, xvi millia passuuui 2° à Tut zi. u millia passuum ; — 3°i Taphis, xiv î— -4* à Talmis vin;— - f°à Tutsis, xx ; — C° à Pselcis, xu;— 7* à Corti, iv ; — 8° à Uiero-Sycaminon . iv. » Dans les caries nouvelles , tous ces endroits, surtout Tafa etCorli, «ont compris dans le meme district, qui s’appelle, à cause de son étendue en longueur, Dodeca-Schœnus. Or, suivant le calcul de Leake, douze tchanus équivalent en effel à la distance d’Assonan à Wady Maharraka, en admettant, avec Slra-

f I > üorden, Voy. , Tab. CXIV, CXIIX, CLIU , CLVI ,

r.Lvm.

bon (XVI, p. 804) (l) d’après A rlemidorl, schémas de Thebes = 6o stades et le mille anglais— 8 stadet 1/2. HyerO’Sycaminon (c’est-à-dire Sacra-Monu, ou le Saint-Sycomore) serait ainsi situé près des ruines du temple et du portique ( Uffedstni, snivant Light) (2), que Burckhardt (3) a décrites en détail, saus toutefois leur donner un nom particulier. Cet illustre voyageur les rencontra au pied septentrional du mont Oellaky (4) , que nous croyons devoir considérer comme la limite naturelle du Dodeca- Scbœnus. C’est dans ces contrées que fut organisée, sous César-Auguste ( 732 p. V. c. , on 22 avant J.-C.), l'expédition du préfet égyptien Pelronius , qui partit de Pselcis pour aller combattre l’armée de la reine Candsce. De Pselcis, Pétronius se rendit à Primis (aujourd’hui Ibrim), et prit ensuite Napata (Tanape , r ifv rctvdxyv ri B ctûXeicv, suivant Dion Cassius) (3), située dans le voisinage d'uno forteresse où résidait la reine ennemie. Nous n’avons presque aucune connaissance de la situation de cette Napata, qui était la résidence habituelle de Candace. Selon pline (8), il faudrait la placer bien loin au sud. Il évalue, d’après l'itinéraire de Néron , la distance de Syéne à Uitro-Syeaminon à s 4 millia passuum ; celle de Syène à Napata , au contraire, à 500 millia passuum. Il y a, en tout cas , erreur dans cette indication de l'historien romain ; car, d'après lui, Pelronius aurait pénétré encore bien plus loin, c’est-à-dire jusqu’à la distance de 970 milles romains ; voyage immense, qui aurait conduit l’armée romaine par-dessus l'Aslaboras et jusqu’au delà de Méroé, dont il n’est cependant nulle part fait mention. En ne suivant que la narration simple et claire de Strabon (7), avec laquelle Dion Cassius est parfaitement d'aocord. Il paratl, an contraire , que cette résidence (Nepata) n’était rien moins que la capitale de Méroé ; elle n’aurait été située qu’à quelques milles, au sud, de Premia (Primis, Ibrim), à peu près là où se trouvent aujourd’hui les ruines d’Ebsambal. Strabon ne mentionne aucun endroit entre Permis et Napata ; il ne parle pas non plus de cotte prétendue grande distance qui les sépare , et dit seulement que Pétronius s’étant dirigé de Prends sur Napata , prit cette ville , et y laissa une garnison , dernier avant-poste des Itomainsdans cette contrée, n De Napata, poursuit f historien, Pétronius s'en retourna , avec son butin et ses prisonniers , en Egypte, parce que, plus loin , les bords du Nil étaient impraticables {iùcvia. xpivx* ret wfacarew ).»

(1/ Strabon, «dit. Tz». b., VI, p. 640.

(2) l ight, Trav., Tab. ad., p. 80.

(3) Burckbardt, Trav., p. 100.

(6) Dio Casa. , I. LIT, p. 734.

(8) P Un., Niai, nal., VI, ad. 29, cd. liant., c- 36

(7) strabon, I. xvn, 820, cd. TxjcIi, VI, p. 018.

«a, COURS BOTES. SUSIE.

sa»

En effet , c et! an mil d'Ebsarabal que commencent le» rocher» aride» et inabordable» du Nil , le Baln el lladjar (1), appelé» Ma k (J) dan» Ibn Sé- Jim. C est le pava de montagnes de» seconde» cataracte», dont BurclharJ nous a fait une description al exacte et si vraie. Le* motifs que Strabon allègue pour la retraite de Pelronins avec son armée , ne peuvent, d aucune manière , s'appliquer au fertile paya du sud , A 1 antique Méroé. Nous supposons , au contraire, que lea Romains, sous la conduite de Pelronius, ne pénétrèrent pas jusqu'au delà des secondes cataractes, attendu que le pay» situé au nord de ce» cataracte» servait de défense naturelle A la préfecture égyptienne; d'ailleurs, nne expédition dans lescontrée» méridionales, ver» Méroé, aurait exigé une campagne de longue dorée , et il est probable qu'on en eût fait plus de bruit.

La Napata de Pline (située , suivant le rapport desexplorateur» de l'empereur Néron, A s 1 1 mille» romains au sud de Syène , tandis que Méroé n'en est qu'A 8«0), diffère, selon notre opinion, entièrement de la Napata et Strabon, dont Pelronius, préfet d'Egypte, fil la conquête. Nou» le» considérons toutes deux comme les résidences d'une reine Candaec , l’une au sud et l'autre au nord , et regardons le nom de Napata comme une appellation commune à plusieurs résidences. Les stations conduisant A ce Napata septentrional (do Pielcis , par Primin, A bncrin , Phthurin . Cambuein , Àttso an, StatU tin, aux cataracte») différent, même do l'aveu de Pline, entièrement de celle» que citent le* explorateurs de Néron (HieroSycaminon, Tama, Evanomuan, Acinam, Pilaran, Tegcdum. Napata), qui ne font pas même mention des avant-postes romains de Premis. Ne sacbaot pas jusqu'où l'empire de Méroé , alors déjA très-affaibli , s’étendait au nord , nous ne déciderons pas si la reine Candace , dont Pelronius battit l'armée dans la Napata septentrionale , est , ou non , identique avec cette Candace dont parlent les explorateurs de Néron. Cependant, suivant Eusèbe (3) , le nom de Candace était, depuis Alexandre-le-Grand (4) , un titre commun A toutes les reine* de Nubie , tout comme, de nos Jours encore , les vingt petits rois qui régnent dans ces contrées portent chacun le nom de Meck (voyez plus haut). Strabon et Pline nous rapporteut la même chose des contemporains de» premier» empereurs (Regnareln intulu Maroc faminam Candace n guod nomen multie jam ounis ad reginae traniiil) (9). Les titres inhérent au grand empire passèrent ainsi peu A peu aux reines

(I) BurcXUardr, Trar., p. 39, 41.

(*) Ibid., app., III, p. 494.

(A) Xuvcbiuv Ulstor. Ecctet.. I. Il, i. c. 1. 97.

(4) Treize» OUI. ad III, p. 886.

(5) actes desapitre», B, 97 — ruoc, VI, p. 36.

des petit» états qui s'élevèrent des débris du colosse détruit.

Des matériaux très-imporlans pour une carte de la Nubie se trouvent réuuis dans un onvrage du savant géographe danois, Malte-Brun (l), destiné A faciliter I étude des découvertes de Burckhardt; mais enrichi d’une quanti téd'observatious dont nous nous félicitons de pouvoir faire usage.

A partir de Berbcr, le Nil se détourne à l'ouest, et forme une courbe immense, plus grande qu'elle n'a été jusqu'alors dessinée sur nos cartes.

La vallée du Nil , de Berber à Iiongola , qui forme environ le tiers de celle courbe du fleuve, n’a encore été visitée par aucun Européen. Le second tiers, qui commence au-dessous de l’He Moscho, avec le pays Oar-Mabass, n’a été parcouru et décrit que par Burckhardt, et probablement aussi par Cailleaud.Dansle Oar-Mahass, le lit du fleuve est de nouveau rétréci par des moutagnesde rochers qui couvrent tout le Balnel-Hadjar, ou le pays des rochers, et s'étendent jusqu’aux cataractes de H ady-Hnlfa, et jusqu’à Kbsambal, au nord. I.a troisième partie de ce cours du Nil à travers la Nubie commence aux cataractes de Wady-Halfa, les prétendues secondes grandes cataractes du Nil, et s'étend jusqu'aux frontières de l'Égypte ou jusqu'aux prétendues premières grandes cataractes d'Assouan; c’est la partie la mieux connue de la Nubie.

La nature elle-même a marqué la tlivision du fleuve en trois parties , par de grandes et de petites cataractes, qui sont toutes des rapides, à travers lesquels le fleuve se précipite toujours d'un gradin supérieur dans un gradin inférieur. Nous allons les réunir ici sous un même coup d'œil , afin de nous orienter, avec plus de précision , sur le cours du Grand-Elcuve.

Première cataracte du Pi il en Pi uOie (î).

Le NU doit former des rapides entre Shendy et Damer, comme près d'Assouan, à l'entrée de l’Égypte.

Seconde Cataracte.

On trouve, au-dessous de Berber, dans le pays des Arabes Rebalat, une seconde cataracte plus

(1) Tableau d# U Nubie, d’aprf* les Voyages do ». Biircbpartit, dans les Nouvelles Annales des Voyajes. Pari» . 1820, v, P. 356-446, cl VI, P. 241 -33 1 .

(2) Burckhardt, Trar.,p. 3ôl.

grande et plus impétueuse , que Bruce cite sous le nom de Takaki.

Troisième Cataracte.

Au-dessous de Dongola et de l'ile de Moscho, commence, à la frontière septentrionale de Dongola, une vraie contrée de cataractes. On trouve les premiers rapides dans le Dar-Mahass, près du village Koké , situé dans le voisinage de Tinareh , lieu jusqu'où s'est avancé Burckbardt.

A partir de là, se succèdent, presque sans interruption, six différentes cataractes décrites par Burckbardt. Elles sont situées l'une près de l'autre, à travers tout le pays de Batn-el-lladjar; 4* près de la wady Dal ; S" de la wady Lamoulé; 3" de la wady Ambigo ; 6° au nord de la wady Seras; 7* près de la wady Allyre, et enfin la neuvième , ou la grande cataracte de Wady- Halfa.

Le coursdu Nil est tellement impétueux, dans toute son étendue, il est tellement embarrassé par des écueils et des rapides , que toute navigation est presque impossible ; elle ne peut avoir lieu que dans les grandes eaux , et encore présente-t-elle alors d’immenses difficultés. La dernière était la seule connue jusqu'ici de toutes ces cataractes; on lui donnait le nom de Jan- Adel ou Gianadcl , mot qui est, chez les Arabes, l'appellation générale pour les cataractes, comme Yeilala sur le fleuve Congo. Les Arabes appellent encore les cataractes Schellat.

La dixième cataracte du Nil est la fameuse cataracte d'Assouan, à la frontière d’Égypte, ou la Scbellal des Arabes. Déjà , Hérodote parle du fracas bruissant de ses eaux , qui a fait donner aux cataractes le nom de xaeaJcÛTsi.

La seconde, la troisième, la neuvième et la dixième de ces cataractes du Nil sont les plus grandes, et nous devons les considérer comme les limites naturelles des gradins du cours moyen du Nil , c'est-à-dire de Scnnaar , Dongola , Batn-el-lladjar , et de la Nubie. Nous étudierons plus en particulier les trois dernières.

1" Éclaircissement.

Second gradin du cours moyen, Mograt, Scheygya , Dongola.

Immédia tement au-dessous de Berber se trouve, dans la vallée du Nil , le petit royaume de Mograt (1) dont le chef est un Mek appelé Naym et

(t) Kuivkturdl, Tr*v. , [■- 03, 265.

redouté par ses brigandages. Le Mograt est situé à trois journées de marche de Berber, et le noiu de la résidence , Bedjan , nous rappelle les anciens Bedjas. l’eu de communications sont établies avec ce petit pays qui doit avoir été autrefois beaucoup plus important sous le nom de Mokras ou Makorrah. lbn Séiim (1) comprend généralement parmi les Makorrah, les Nubiens du sud dont il fait descendre la race de deux frères venus de l’Yémen et appelés Nouba et Makorry ( Mokra't ; d’autres lui donnent pour père un fils de Cham appelé Salba. Leur puissance s'étendait autrefois jusqu’à la frontière de l’Égypte; leur ville, appelée Ta fa ( Jafa/i parOuatremère) était située à un jour de marche d’Assouan. Ilurckhardt vit encore, sur son emplacement, des ruines d’habitations et de petits temples, et on trouve encore parmi les habilans quelques débris de familles chrétiennes. Autrefois , dit lbn Séiim , ces Makorrah étaient tous chrétiens, comme les Nouba, et la ville deDongola était la résidence de leur gouverneur; mais, séparés plus tard de toute communication avec les chrétiens , ils passèrent probablement à l’islamisme. Un roi de Makouriah se plaignit à lsaac (2) , patriarche d’Alexandrie , de ce que le nombre de ses évêques n’était plus assez grand, parce que personne n’osait traverser la Mauritanie, et ce témoignage suffit pour prouver que les Makorrah furent autrefois chrétiens. On cite, dans les tables ecclésiastiques, Mjuc casa, kj-

pea (.1) , comme un des principaux diocèses de la Nubie ; selon Bonjour et YVansleb, il avait sept évêchés scus sa dépendance: Korta , lbrim, Bucoras, Douncola, Sai , Tcrmus, Suenkur. Une tradition rapporte que Moïse détruisit la ville de Tafa lorsque les habitans étaient encore à Sabir et élevaient des idoles aux étoiles. On ne nous dit rien de plus du Mograt.

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