II. Cours moyen des fleuves
Les pentessont beaucoup moins considérables au-dessous des chutes d'eau et des lacs d’Alpes,
(1) Parrot. Grunüriss der Pbyslk der EnJe. Riga. 1815 J P. 327.
(2) Wlebcklng , Allgemclnc Wasscrbaukunst , loin. I , p. 413, — Gratiin,Anrai]g«grtinde dcrWasscrbaukunst, § 208 .
(3) Pasumol, Vojr. physique, p. 163.
(4) Wablenbcrgt De ailltud. montium HelvclUe, dans (‘ouvrage intitulé : De Vcgetalionc etclimalc la Helvctia septentr. Turic, 1813; p. 8.
(5) nivellement depuis Turin, cic., (ab. III, dans les Mém. de f Académie de Turin. A. 1783; p. 3.
ou dans les fleuves qui ne descendent que de hauteurs moyennes, comme par exemple le Neckar (1) qui n'a que 32 pieds de pente depuis sa source jusqu'à lleilbronn (dans une étendue de 32 lieues) ; ce qui ne fait qu'un pouce sur 32 pieds.
L’Oder (2) présente une pente bien moindre en Silésie , et celle du Danube est encore plus faible ; il n’a, depuis sa sourcejusqu’à I'resbourg, c'est-à-dire sur une distance horizontale de 9 degrés de longitude , que 1 ,700 pieds de pente. Cette pente presque généralement insensible des fleuves ayant déjà souvent attiré l'attention des savants (3), nous ne la perdrons jamais de vue dans nos observations suivantes.
On entend par lit du fleuve son étendue en largeur : elle peut être très-diverse, suivant la hauteur de l’eau; le Mississipi qui , dans le pays des Natchez , a à peine une demi-lieue de large (un mille anglais) dans les basses eaux, parvient quelquefois jusqu’à une largeur de six milles géographiques (30 milles) (4); suivant Dupons et autres (S), l’Orénoque, large de 3/4 de mille (3030 toises) près de St. -Thomas , acquiert une étendue de 13 milles géographiques, au temps des grandes eaux.
Bien différent du lit est le chenal (6), cette partie du fleuve qui lui donne proprement le mouvement et la vie, et en est, pour ainsi dire, l'artère puisative. Dans le cours supérieur du fleuve, le chenal se confond presque toujours avec son lit; il est plus prononcé dans le cours moyen , et c’est lui qui détermine alors la direction , la pente et la rapidité du fleure; quoique suivant toujours la pente générale des eaux , il n’est pas ordinairement situé au milieu du fleuve; il s’étend au contraire le long de la contre-pente, là où le fleuve est plus profond. Dans les terres planes, il élargit les sinuosités des fleuves qui embarrassent sa marche. De cette manière il
(1) Bohnenberger. Barometr. trigon. gemenenc Hrrbcr» im Tuebinger Huit fuer itaturw. und Arzneikunde. i,r vol. 3* partie, p. 830.
(2) Charpentier, FlussproOl von Schlesien. Breal. 1812 , p. 106.
(3) Otto. Bydrograpble. — Parrot, Phys. der Erde. p. 228. — 8. P. Lacroix , Introduction A ta géogr. milhém. et critique. etc. Parlt, 2" 6d. 1811, p. 332.
(4) W. Dunbar Transactions of the amcrican society at Philadelphia, 1804. T. VI, 165.
(5) Dupons, Voyage â la terre forme, t. ni, p. 255.
(6) wiebeking, Ailg. Wasserbaukunst, 1. 1, p. 430. — Rcnncll, Bém. 3r édit., p. 340.
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
donne naissance aux Méandre», c’est-à-dire à la marche sinueuse des eaux, et devient ainsi une forme caractéristique (1) du cours moyen des fleuves. Il se forme, entre les méandres, des lies et des basses, et, en quelques endroits, des lacs; res derniers caractérisent plus particulièrement le cours supérieur des fleuves. Il est prouvé niainlenantqu'un grand nombre des vallées, que suit le fleuve dans son cours moyen , étaient autrefois des lacs. La vallée du Rhin , depuis Schaffousc jusqu'au Bastberg, au-dessous de Strasbourg (2), et plus loin, depuis Laden bourgjusqu’à Bingen(3), nousen présente un témoignage frappant. On peut encore citer le Danube , dans son cours moyen, depuis t'Irn jusqu'aux étranglemens du couvent de Neubourg( S), au-dessus de Vienne; ce phénomène se répète aussi plusieurs fois au-dessus de Pcsth, et au-dessous de Semlin, dans les délroitsdc l’Orsowa (8), etc. Il en estde même du Gange, de l’Indus, de l’Euphrate et des fleuves de l’Arménie. Dans le système peu développé des eaux du fleuve Saint-Laurent, on voit encore les rangées de lacs formant aujourd’hui autant de bassins , qui se déchargent l’un dans l’autre et constituent ainsi le fleuve; c’est ici qu’on a pu observer, dans les derniers siècles, les progrès de la formation des fleuves, sur une échelle plus colossale que partout ailleurs (6).
On voit encore aujourd’hui, presque dans tous les fleuves, les traces du passage des eaux, des lacs supérieurs dans les inférieurs. Ces passages sont plus ou moins caractérisés par des défilés , des étranglemens, souvent par des débris d’antiques bancs de rochers, des écueils, des gradins et des abîmes qui, coupant transversalement le lit du fleuve, y forment les rapides et les sauts que les Anglais appellent Whirlpool s, rapids; les Espagnols, Saltosel Raudale; les Allemands, Strvdel et Stromschnellen; les Sibériens, Schewcrcti. Souvent aussi on leur donne le nom de cataractes, par exemple dans l’Amérique du nord. L’Europe nous présente plusieurs phéno-
(1) Rcnncli, Hem. liber den Gange*, fbfd.
(2) Uammer, sur le Baalberg, dans les Annales du Musée d but. nal. t. VI. p. 350.
(3) wiebeklng, I, p. 447.
(4) Bory st- Vincent , dans le Berlin. Magasin fiir Nalnrwlsscnscbafl. 1808 ; p. 205.
(6) Xarsilil , Happa Gen. Danubil. Tab. 40 et 10$ et Popowitacb, Untcraucbungcn vom Mecre, p. 284.
(G) A. El licol, dans les Transact. oftbe amerlcan. Society, t. IV, pag. 228.
mènes de cette nature, les Saltos de Lobo de la Guadiane, les sauts du Douro, au-dessus de Montc-Corvo, ceux de l’Ebre (1) au-dessous de Saragosse, prés de Sastago; les rapides du Rhône, entre les bancs de granit de Pierre-Encise, au-dessous de Lyon (î); les bancs de rochers de la Loire au-dessous de Roanne (3), près d'Iguérando; ceux du Rhin, au-dessousde Strasbourg, près de Bingen (le Bingerlocl i), près de Sainl-Goar, au-dessous d’Andernach (4); ceux de l’Elbe, près de Leilmeritz, d’Aussig, de Rauhc-Furlh,delaklingler et de la Merschutzer- Furth au-dessous de Meisscn (5); les entonnoirs (6) du Danube près de Greiu, les élranglemens, près ducloitre de Neubourg.et les passes de rochers près de Tachtali, Demikarpi,Orsova; et enfin les quinze porogs du Dnieper au-dessous de Calharinoslaw (7).
Les mêmes phénomènes se rencontrent aussi dans tous les fleuves des autres partiesdu monde. C’est en les examinant de près qu’on pourra arriver à des résultats très-importans pour l’étude de leur formation commune. Ils entravent partout la navigation et quelquefois même la rendent impossible; cependant il ne faut pas le confondre avec les hautes chutes d’eau, cascades proprement dites, les catadouprs, les cataractes, etc., qui sont avec les rivages escarpés et les lacs d’Alpes une marque caractéristique du cours supérieur des fleuves à travers les hautes montagnes; les rapides, au contraire, les vastes terrains horizontaux , les méandres , en caractérisent toujours le cours moyen à travers les gradins. Après avoir franchi les derniers rapides, les fleuves entrent dans les plaines horizontales et basses de la terre, où ils prennent leur troisième forme caractéristique.