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SYSTÈMES D’EAUX, GRAD1XS

celles d'un seul pays. Il existe dans certaines contrées des noms très-caractéristiques pour les diiferens petits courans d'eaux comme les H'ed dans la Barbarie , les ffadis en Arabie , les Oulastous dans les steps des Kalmoucks, les Barrancos dans toutes les possessions des Portugais, les Creeks dans l'Amérique du nord, les E/fen Suède , les Contas dans l'Hindoustan. Vouloir les ordonner d'après un principe mathématique, serait aussi inutile que la nomenclaturegéographiquedesCbinois(l), où les provinces , les villes , les montagnes ont toutes des noms particuliers selon leur grandeur.

Nous diviserons les eaux courantes , d'après la longueur de leur cours et l’espace qu’elles occupent , y compris le domaine des sources (2), en systèmes du premier, du second et du troisième ordre, soit que nous les considérions dans leurs rapports avec toute la terre, ou seulement avec une partie du monde.

Le moindre fleuve est souvent de la plus haute importance pour la contrée à laquelle il appartient (3). Par exemple, la petite Isar, en Bavière, reçoit depuis sa source jusqu'il son confluent, SCO rivières sur la rive gauche, dont 44 arrivent directement jusqu'il elle; sur la droite, 433 en 39 lits. Elle est en tout alimentée par 136 lacs et 1,493 rivières, qui s’y jettent en 103 lits (4). Et cependant l'Isar n’est qu'un des 54 affluens du Danube (3), qui lui-mème n’occupe que le troisième rang parmi les grands fleuves de la terre.

Ce n'est pas seulement la grandeur, mais surtout la rariété (6), dans le système d’eaux , qui en constitue l’individualité (7) caractéristique. Toute individualité a pour base une unité physique, dont le principe peut sc représenter mathématiquement (8) et qu'on embrasse facilement d'un coupd'œil , comme dans les grands fleuves

(1) Amlot, Mémoires concernant l’histoire des Chinois, t. xtv, p. 176.

(2) Bennel, Appendlx , dans H. Park's Trav. p. 17. — Philosophie Transactions. Y. 1 781, p. 61, et lo Major Mûllcr, dans Otto, pas. 130.

(3) Scbcuctuer, Hclret- hlst. natorallt, t. Il, p. 4.

(4) V. licdl, Dydrographische Marie von Baiera.

(6) Al. F. larslll, Danubius. Anutelod. 1720; in-fol., t. vi. Napp. potamograpblca. fol. 69.

(6) Renncll, Ganses, Mem. of a Map of ilindostan. 3 éJ., pag. 308.

(7) Fia; (air, Illustrations of tho Hultonian tbcory of the Eartb. Kdinburg , 1802. VIII, p. 387.

(8) riajfalr; p. 102.

de l’Orient, le Gange et l'Indu». Maebar (1) , c’est-à-dirc le grand gué , désigne dans l’Inde tout le pays le long du Gange, depuis le golft du Bengale jusqu’à la grande chaîne de l’Himalaja, et correspond parfaitement à notre idée de système d’eaux. Les Américains du nord ont saisi aussi, avec autant de sagacité, l’importance historique de leurs systèmes d’eaux.

REMARQUE

£ôj partages des eaux comme transports.

Le partage des eaux, dont nous avons parlé plus haut, désigne partout l’origine d’un système d’eaux : c’est de lui que partent les vallées des rivières et des fleuves. A ce point , les eaux qui sc dirigent vers des mers opposées , sont encore voisines. Sur le partage des monts rocheux, dans l’Amérique septentrionale, les sources du Missouri et du fleuve de Colombie ne sont éloignées que d’un quart de lieue (2) l’une de l’autre , et cependant ces fleures s’embouchent, l’un dans la mer Atlantique, l’autre dans l’océan Pacifique.

La plaine des Karpathes, entre TepliczctGanocz, forme le partage des eaux de la mer Baltique et de la mer Noire (3). Les babilans du Caucase donnent le nom de Rioni aux fleuves qui coulent dans une direction opposée; les Burétes, en Sibérie, les appellent Dogno (4) ; ainsi tous les fleuves qui partent du partage , entre la mer Baltique et la mer Glaciale, sont des Dogno ; ils nomment en particulier Ârou-Dogno les fleuves du Nord qui se dirigent vers le Lena . Ourbou-Dogno ceux qui appartiennent au berceau do l’Amour. Les Mongols adorent les montagnes de partage; ils y élèvent des masses de pierres sur lesquelles ils plantent une bannière, signe religieux (3) ; les Tongous ne passent jamais à côté de ces tas do pierres sans y jeter une branche de cèdre, afin, disent-ils, que les saintes montagnes de partage ne diminuent pas, mais qu’au contraire elles augmentent toujours. Cette superstition est fondée sur une idée très-juste en soi, c’est qu’on no doit pas considérer les partages d’eaux comme des frontières absolues , et que les fleuves ne coulent pas seulement en avant, mais aussi en arrière de leur source ; nous voyons eu

(1) Th. Maurice, lndlan anllqultlea. London, 1806; I. I, p. 230

(2) I.ewU et Clarke, Voyagea, p. 188.

(3) Wableuberg, Plor. Carpat., p. 33.

(4) Pillas , Rimiscbc Iteiac., tome III, p. 180.

(6) ücuo üordische Beltnege, loin. Il, p. 06.

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

effet que les sources de toutes les rivières et de tous les fleuves reculent quelquefois (1); ils causent alors les plus affreux ravages sur les hautes montagnes.

Ces partages, considérés comme transports, partagée (les Russes les appellent H’ofodts, de woloczit qui signifie traîner , porter) , sont devenus très-important, pour les grandes plaines septentrionales de la terre et, en particulier, de l'Amérique; iis ont même servi à qualifier des peuples, par exemple, les Teehoudi traruvolokani (2). On ne connaît en Russie que deux woiocks, entre la mer Noire cl la mer Glaciale ; l'un se trouve entre le Don et lo W'olga , près de Zarizyn , l'autre audelà de Tscherdin, entre la Kolwa et la Petschora. Les Uongrois les appellent Kiex , comme le Tliei Mitas, entre la Thcmcsch et le Marosch.

Ces transports ne sont pas également distribués dans les différentes parties du monde, ni partout d'une égale importance. L’Amérique en a neuf entre l'Océan oriental cl l'Océan (3) occidental ; l'Europe en a dix très-remarquables entre ses différentes mers; elle est aussi, par cette raison, plus praticable que les autres parties du monde; Charlemagne avait déjà compris toute l'importauce des partages. L'Asie et l'Afrique, au contraire, sont très-pauvres sous lo rapport de celte forme des partages, que l'on peut regarder comme une condition essentielle de communication de l'intérieur des parties du monde avec leurs bords.

Les principaux partages d’eaux divisent la surface de la terre un cinq bassins de mer du premier ordre , seize du second ordre et vingt six du troisième ordre , que nous considérerons tous dans leurs différens rapports en d’autres endroits.

2e Éclaircissement.

Direction, pente, cours supérieur, moyen et inférieur des fleuves.

La principale direction (4) ou la direction normale des fleuves dépend en partie delà direction des affluons de droite et de gauche , du volume réciproque de leurs eaux et de la force de leur courant; en partie aussi de la structure des niasses

(1) Journal de riijslque , 1810 — i’-Mimot , Voy.sc Physique dans les EyrOnOef, p. 245.

(2) Scblœicr, NorJUclie «Khlchle, p. 302, et SdCirzcr, Nestor, TU. Il, p. 41.

(3) Mes. de Uumboldt, Essai politique sur le royaume de la Nouvelle- Espagne, I, ch. 2.

iiausnison, scandinavisclic Reite, loin. IV, p, 324.

de montagnes et de terre, qui les traversentdans leur cours.

La loi du parallélogramme des forces se manifeste souvent très-clairement dans la direction des fleuves ; mais rarement ou presque jamais le cours des fleuves ne dépend uniquement de la force avec laquelle les eaux se rencontrent sous un certain angle. Souvent la force hétérogène et répuLsive du lit influe aussi sur la direction du fleuve. Les petites déviations de U direction du fleuve sont quelquefois causées uniquement par la résistance des masses de montagnes , comme on le voit facilement aux sinuosités du Rhin, entre Bingin et kaub, au Tcssin supérieur, et à la ])al-Klbe en Suède , etc.

Resserré entre des masses de montagnes solides , stratifiées et cristallines , le fleuve ne peut former qu'une chaîne irrégulière et anguleuse de petites vallées, tantôt longitudinales, tantôt transversales; ses sinuosités deviennent plus douces et presqu’insensihles.dès qu’ilentre dans des roches secondaires moins solides , ou dans des terres friables et d'alluvion. Au moyen d'un tracé rxact du cours du fleuve , l’œil exercé peut juger avec assez de certitude de la capacité de son lit.

Les fleuves percent les masses de montagnes lorsque des obstacles trop puissans ne s’opjwsent pas à eux , dans les directions où ils trouvent le moins de résistance (1); dans les roches à couches perpendiculaires et où les vallées sont d'une certaine longueur, ils les percent toujours parallèlement à ces couches; dans les masses stratifiées horizontalement, ils suivent la direction des principales coupures. Quand deux masses différentes viennent à se toucher , les fleuves se fraient toujours préférablemrnt leur cours sur la limite des deux, plutôt que de les couper transversalement (comme on le voit aux vallées longitudinales des Alpes cl des Pyrénées); et c'est lit sans doute aussi ce qui fait que beaucoup de fleuves se courbent soudainement en sortant des montagnes ( r attraction des fleures par les montagnes , d'après I/eim). Les fleuves du Harz nous en fournissent nn exemple frappant. Le même phénomène sc répète encore sur une échelle bien plus grande dans tousles principaux fleuves de l'Asie, îi leur sortie du haut plateau . dans l'Indus, le Gange, et dans les systèmes d’eaux de la Chine, l’eu importe ieique les fleuves se soient formés (2) eux-mèmes, dès le commeti-

(1) Uausmann, scandinavi*cbc. Heisc. Tom. IV, p, 324

(2) Playfalr, il lustra lions ; not. \V1 , |». 364.

SYSTÈMES d'f.AUX, GRADINS.

oemeni , leurs vallées , ou qu'ils aient pris possession (1) de cellesque la nature avait préparées alors qu'elles étaient encore res nul/ius.

La rapidité (2) des fleuves dépend, ou de la quantité d’eau et de l’inclinaison du sol , ou de leur pression et de leur pente ; elle doit par conséquent être très-variée.

Sur les montagnes , la pente est plus prononcée , la pression moins forte ; dans les vallées , au contraire , ta pression des masses d’eau prédomine sur la pente. La rapidité des fleuves est domptée par l’accumulation des eaux de montagne dans les lacs, ainsi que par l'Iiorizontalilé du sol; elle est au contraire accélérée par les af- Huens, Il est des torrens qui parcourent , dans une seconde, uu espace île 5 à 7 pieds.

A. Cours supérieur des fleures.

Dans les hautes montagnes, les eaux se précipitent plutôt qu’elles ne coulent; de là les noms de A unis , torrens , Uicssboeche , gares , tilbes, etc. Dans les Pyrénées (5), la pente des gaves est généralement d’un pouce par pied; on renconlrcen outre, d'espace en espace, des pentes de deux à trois pieds et même davantage; celte rapidité extraordinaire des gaves les entretient dans un bruissement continuel, et la grande quantité d'air que les eaux absorbent alors les couvre d’une écume argentine. La même chose a lieu dans toutes les montagnes alpiques, sur tous les plateaux et sur une foule de côtes escarpées des terres polaires (4). Les lacs mêmes des Alpes ont encore une pente considérable. Le comte Morozzo (3) a trouvé que le lac Majeur, au-dessus de Milan, entre Mogadin et Arona, est, à l'une de ses extrémités, de 32 pieds plus élevé qu’à l'autre, quoique cependant il n'ait pas une très-grande étendue.

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