SYSTÈMES D’EAUX, GRADINS
les dignes Furent brisées dans les gradins supérieurs, les gradins inférieurs en reçurent toutes les eaux. C'est ce que nous apprend aujourd'hui l’histoire du lit de tous les fleures (1).
La pente du cours inférieur est souvent presqu'inscnsiblc, comme celle du Sénégal qui, d'après Adanson, n’a que 2 pieds et 1/S depuis Podor jusqu'à l'Océan, sur une étendue de (H) lieues; d’après La Condamine, le fleuve des Amazones n'a que 10 pieds et 1/S de pente sur 200 milles marius, ce qui fait à peine S lignes par 1,000 pieds.
La pression des masses d’eau très-considérable dans le cours inférieur, la contre-pression du fluxet reflux, la période annuelle des gonflemens du fleuve, occasionnent ici, même avant le rétablissement de l'équilibre, une lutte continuelle des élemens , dont les résultats sont très-diiférens selon les lieux (2).
La bifluencc est produite par l'action des eaux du fleuve qui tendent sans cesse à l'uniformité de niveau (3), comme le Nil nous en offre un exemple près du Caire; l'action du fleuve contre ses bords et la résistance de la mer produisent le dépôt du fleuve ( alluvial détritus) : ce dépôt forme sous l'eau des bas-fonds et des basses, audessus de sa surface des attérissemens ou Deltas (4); c'est ce qui arrive au Gange, à l'Indus, à l'Euphrate , au Nil , au Iltain et à quatorze des principaux fleuves de la terre. Nous remarquons le contraire, c'est-à-dire des espaces non comblés encore, de larges embouchures , des Deltas négatifs (3) ( négative Delta ou Intel of t/ie Océan), b neufs grands fleuves, l’Ob, le Jenisci, le fleuve St. -Laurent, le fleuve de Colombie et même aux petits Cracks et Elfes.
Une autre propriété du cours inférieur, c’est l'inconstance du chenal (6) qui transporte le lit du fleuve d’une extrémité de la plaine à l’autre. Cette inconstance est souven t frappante lorsqu’on la poursuit historiquement, surtout au Gange, à l'Indus, à l'Euphrate et au Nil.
(1) rlvfôr, Illustrations p. 3S7. — Wrrdr, ccologisrhe BeliMcblutigcn iiber einen Tbcll «1er SuJbalUacben Lânder. Halte, 1754, pat;. 56.
(2) Playfair, Illustration* Bot. XVI, pag. 351 .
(3) v. Wiebeking, Aitgeniciue Wasserbaukuust. I, p. 445.
(4) AndrOtmy , »ur l'Egypte. T. I, pas. 190.
(5) Playfalr, Illustrations, pag. 430.— üunbar, Dcscrip« lions of lisslsspl and Ils Delta : Transact. of ibe A nier. c. Soc. at Pbliadeipbn, 1804; T. VI, pag. 165.
(0)Reonell, Mem.,3* édit., p. 310. — Elpblnstone, cabul. pag. 20 et 654.
Sous les tropiques, le débordement annuel des fleuves commence au cours inférieur et règle ainsi le résultat de l’action du fleuve (ts Tapit e/ryuTixii), suivant l'expression d'Hérodote (1), c’est-à-dire le nouveau dépôt qui va couvrir le sol de la plaine.
Le cours inférieur prend un caractère tout particulier, suivantque les fleuves s'embouchent dans une mer intérieure ou un océan qui a flux et reflux ; c’est ce qu’on observe facilement au Nil , au Danube et au Volga , les trois grands fleuves qu'on appelle non océaniques , par opposition à ceux qui vont se mêler directement aux eaux des océans , comme les grands fleuves de la Chine, des Indes et de l’Amérique de l’est, et, par opposition à d’autres qui , quoique s’embouchant dans l’Océan , sont moins immédiatement soumis à l’influence de ses flots, par exemple tous ceux qui se dirigent plus à l'est et au sud qu'à l'ouest et au nord.
3” Éclaircissement.
Les gradins de la terre.
En comparant ces systèmes d'eaux entr’eux , en les considérant dans leurs rapports avec les hauteurs et les basses terres, on voit qu'ils ont trois formes principales qui se développent toujours dans la même succession depuis les hauteurs jusqu'à la mer.
Nous les désignons, par rapport au fleuve, sous les mots de cours supérieur, moyen et inférieur. I’ar rapport à tout le système d'eaux, nous pouvons les appeler les trois degrés , et les contrées qui se présentent daus la même succession , les grands gradins ( steps ) de la terre.
Les mêmes lois qui se manifestent dans le courant principal se répètent sur une plus petite échelle, dans les bras et les ramifleations de chaque affluent , aussi bien que dans ceux de tout le système. Ce n’est pas ici comme dans la végétation où la force créatrice, partant des racines, s'exerce de bas en haut; l’action s’exerce ici au contraire de haut en bas: elle a pour cause le séjour antérieur des eaux : celte inondation générale est plus qu’une simple hypothèse , c’est un fait réel, et de là résulte la formation uniforme des systèmes d'eaux sur toute la terre. C'est là comme la racine d'après l’action de la-
(I) iMrodoie, n. c. 2.
KO
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
quelle les ramifications de chaque arbre se développent de jour en jour.
Un principe de vie, une Force végétale donne naissance dans l'arbre h un système de branches: de même un séjour antérieur des eaux a donné naissance à un système de vallées, de rivières, de fleuves dans la direction de haut en bas. Les bras, les affluens isolés ne viennent pas d'ici, de là , au hasard , ne s'embouchent pas l'un dans l’autre au hasard ; ils suivent toujours une loi invariable qui nous étonne (1), et tendent toujours à un niveau uniforme. Ainsi la ressemblance des effets nous a permis de remonter à des causes communes.
Cette régularité dans les effets justifie la division naturelle de ces trois gradins , dont les caractères essentiels semblent être tels que
(t) Naylalr, illustration» or tbe autton tbeory, pas. 102.
nous les avons indiqués plus haut. Nous ne parlerons pas ici des exceptions particulières (1).
Les monographies des systèmes d'eaux seront plus développées dans la suite. Nous pourrons y Faire entrer alors les différentes subdivisions naturelles, et montrer comment elles modifient la propriété de chaque grand système d'eaux.
Os observations auront dans la géographie générale une grande importance , si l’on considère que certains peuples ont dû leur civilisation à l'heureuse influence de leur situation dans les contrées parcourues par les grands fleuves. Les systèmes d'eaux, qui sont comme les pulsations des artères de la terre , ont servi à l'humanité d'excitation puissante pour la faire sortir de la masse conFuse où elle gisait sans caractère , et l'élever à la personnalité d'un peuple et d'un état.
(1) riaj&lr, Illaatrationi of ISe autton Urtufy. ni, p. 402.
E1M DES OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES