APERÇU GÉNÉRAL
Toute l’Afrique méridionale, depuis la côte sud du cap de Bonne-Espérance jusqu'à l'équateur et même jusqu'aux 5” et 10” degrés de latitude N. (1), forme un grand plateau continu, plateau immense qui s'abaisse des deux côtés en plusieurs terrasses échelonnées, à l’est vers l'océan Indien, à l'ouest vers l'océan Etliiopique ou du sud. Les sources du Bahr-el-Abiad, ou autrement les sources les plus méridionales du Nil, situées du 7” au 8” degré de latitude N., celles du Joliba et du Sénégal, situées entre le 10“ et le 11“ de latitude N. (3), déterminent l'étendue du Plateau au nord.
Le long des côtes, les terrasses sont plus ou moins bordées de chaînes de montagnes qui toutes se dirigent du sud au nord.
Le plateau d’Afrique, autant que nous pouvons l'induire de nos connaissances , n'est traversé ni dans sa largeur ni dans sa longueur, par aucun fleuve, et n’est, par conséquent, nulle part divisé.
Vainement on a essayé jusqu'à ce jour de pé-
(1) w. G. lîrowne, Map or tbe route o f Uie Soudan caravan. front Aailùl to Oarfùr. 1789.
(2) J Itcnnell , A Map altewlag the procréas of discovrry, and Improvement In lise Geogr. of S. Africa. 1798 correclcd 1802.
nétrer dans l’intérieur du Plateau; à peine quelques voyageurs furent-ils assez heureux pour arriver jusqu'à ses bornes. Néanmoins nous devons à l'antiquité et aux temps modernes plusieurs renseignemens dont quelques-uns sont très-positifs , notamment sur la bordure du Plateau.
. Au sud, c’est la mer qui en forme la limite; au nord, nous ne lui connaissons que deux prolongations, la pente dans, les Alpes de llabesch et, du côté opposé , la pente dans les montagnes de Kong , qui appartienuent au pays des Foullahs et des Mandingos.
A l'est et à l'ouest , le Plateau est borné par les chaînes de montagnes intérieures, formant un parallélisme avec les chaînes de montagnes des côtes. Il est habité au sud par des peuples paisibles et heureux, entr'autres les Beetjuanes; son intérieur ne nous est connu que depuis le milieu du XVI” siècle, par les incursions désastreuses des (iiaguas ou Schaggat; il parait que depuis lors il est entièrement inaccessible.
Au nord, les guerres annuelles de ses habitans, les expéditions des Abyssiniens contre les Galla, des Darfours et d'autres peuplades contre les montagnards de Donga (près des sources de l'Abawi), le rendent entièrement inabordable. En d'autres endroits, sous la ligne par exemple, la nature et le climat des pentes opposent encore d’autres obstacles insurmontables(l) à toutes les
(t) J. S. VAlcr, Vfrer Afrlcaniscbe VœlkcrkuRde lai K®nigsberg. Arcbir. I8l2. 4.1. , pag. S72.
UAl’TE-ÀFRIQtE, APERÇU GÉNÉRAL.
recherches , ainsi que l’a prouvé la dernière et malheureuse tentative de Nichol (1) et du capitaine Tuckcy (3).
De même que la Haute-Asie s'abaisse en sc prolongeant à l'ouest dans les plaines de la mer Aral.de la mer Caspienne, et les sleps voisins, le plateau d'Afrique se dégrade au nord dans le* profondes plaines de Darkoulla, Melli, Wangara, Gana et Baghermé. La nature de cette pente nous est inconnue : nous ne savons si elle se précipite soudainement ou si elle ne descend que graduellement; seulement il est certain que, comparée à l’Afrique méridionale , l’Afrique septentrionale est, par sa forme prédominante, une véritable terre plane , tant du côté de la Méditerranée , que du côté de l’océan Atlantique,
Le Plateau donne à toute l’Afrique méridionale sa forme caractéristique; une côte en forme de terrasse s'adosse tout autour au Plateau; nous ne lui connaissons de prolongations qu’au nordest et au nord-ouest. Ces membres du grand corps ont leur direction principale dans les chaînes de montagnes de llabesch, Darfour et Bornou au nord, et dans le pays des Mandingos, à l'ouest et au nord-ouest.
Des plaines de sable , dont un grand nombre sont fertiles et peuplées, d’autres, au contraire, stériles et désertes , entourent de toutes parts la bordure du Plateau. Ia's fleuves qui la traversent sont en très-petit nombre, eu égard & son immense étendue. Il parait même que le Plateau n’alimente, dans l’intérieur de ses hauteurs, que les sources de deux grands fleuves, le Nil et le Joliba ou Niger ; les autres , du troisième et même du second ordre , ne prennent leur origine que dans les chaînes de montagnes qui le bordent , ou dans ses terrasses latérales.
Cependant ces deux fleuves, les plus considérables de l’Afrique, ne sont rien en comparaison des grands fleures de l’Asie : preuve que la nature elle-même s’est refusée 8 rendre accessible l’intérieur de la Haute-Afrique.
Ce défaut de grands courans d’eaux, dans une région située sous les tropiques et entre deux océans, doit nous faire supposer qu’il y tombe très-peu de neige et de pluie, ou qu’il y a, sur les hauteurs, de grands lacs qui ahsorl>ent les eaux courantes. Dans le premier cas, l’élévation
(1) Proced. Afric. soclely, II vol.
(2) narrative of au expédition to explore the river taire, imialiy cal lcd ibe Congo in South Africa, In 1816, limier tbe direction of Capt. J. K. Tuckcy ctb; London. 1718. 4*
absolue du Plateau et de ses plus hautes cimes ne devrait jamais être aussi considérable que dans la Haute-Asie; ils n'atteindraient pas la hauteur qui parait nécessaire dans la zone torride, pour rafraîchir les couches d’air et les vapeurs, et les précipiter en pluies abondantes dans toutes les saisons.
Remarque. — Opinion deLacépide.
Lacépède a essayé de prouver que le Plateau d’Afrique (1) s’étend du 0° de latitude N. au 20° de latitude S. ; il compte de neufà dix chaînes de montagnes qui, dit-il, s’en détachent dans toutes les directions. D’après notre système, nous ne pouvons considérer ces chaînes de montagnes que comme des parties intégrantes du Plateau , et non pas comme des branches indépendantes qui en seraient l’élément constituant. Les terres situées entre ces chaînes de montagnes et le Plateau intérieur, doivent nécessairement être plus élevées que celles qui se trouvent à leur bord extérieur, vers la mer. D'ailleurs , les masses de ccs soi-disant principales chaînes de montagnes no sont , quant à la hauteur et à la largeur , que très-peu importantes , dans la description physique de la terre, en comparaison de la masse et du type du Plateau et de ses terrasses ; les chaînes de montagnes ne paraissent sur lo Plateau que comme ses éminences.
Mous observerons ici, en passant, et une fois ponr toutes, que la manière ordinaire de traiter tagéographie mérite leniéraereprocbequebicnd'autresscicnces. On néglige souvent le cœur pour ne s'occuper que de la tête , qui frappe davantage ; on oublie le peuple pour ne songer qu’au prince. De même , dans la géographie , les hautes cimes des montagnes nous font oublier leur base essentielle, le sol qui les unit et les porte.
Il n’existe aucun motif poor placer l’extrémité méridionale dn Plateau au 20° de latitude S. Il est certain qu’il ne commence à décliner que dans les hauts sleps des Reetjuanes , du fleuve d’Oraoje et des Karrous; il se prolonge ainsi, en 6e dégradant, jusqu'à la terrasse littorale de la colonie du Cap y par conséquent jusqu’au-dessous du 34° de laütudo S. , où il s’abaisse dans la nier (voyez l'excellento carte de II. Lichtenstein , dessinée par Gottholdt. 1811). Plusieurs cutrcs hypothèses de Lacépède seront prises en considération dans la suite de cet ouvrage.
(1) i.aoépèdc , Mémoire sur le grand plateau de l'intérieur de l’ Afrique, dans les Annales du Musée d’Hist. H. t. VI, P. 284.