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Palais de Karkac. — La branche de

(t) cic., p. ta.

(2) BvlZüiii, Vt •y.f i, 186.

droite de cette colonnade de sphinx conduit h un monceau de débris : une avenue de statues de sphinx les plus colossales qu’on eut vues encore, s’étendjusqii'au lieu où étaient prodiguées toutes les magnificences. Les propylées ne se composent pas ici de colonnes , comme ailleurs, mais d'une rangée de pylônes gigantesques, devant lesquels se tiennent des statues colossales debout ou assises. Les formes présentent partout d'immenses proportions et la plus grande variété, la plus grande magnificence dans la matière : c'est du grès siliceux coloré, du marbre compacte, du granit rose et noir, tiré de Syène. La porte du premier pylône est même revêtue tout entière d’un parement de ce magnifique granit et de sculptures qu’égalent seules en perfection celles des obélisques. Tous les pylônes sont orientés, selun difiérens lieux , et ils varient entre eux d'épaisseur; quoique la destruction la plus terrible ait passé sur eux , ils font encore aujourd’hni une impression puissante; les sens sont comme enchaînés en leur présence, et l'attention se porte irrésistiblement vers le but dont ils n'étaient que l'avenue, le palais de Aanwe(l). Vu de face, il n'offre plus qu'un chaos de débris , au milieu desquels on ne reconnaît plus aucun ordre ; l'œil n'aperçoit que des murs renversés , des colonnes brisées , des colosses mutilés, des obélisques étendus sur le sol et d'autres debout encore sur leurs bases ; dans les intervalles s’étendent des salles immenses, dont le toit est supporté par une forêt de colonnes , et devant lesquelles s'élèvent des portes et des pylônes qui surpassent en hauteur toutes les constructions de ce genre: l'imagination se perd au milieu de cette confusioude ruines , et il faut se placer au nord de tout le groupe des monumens pour avoir une idée de l'ensemble. L'entrée du palais, du côté de l'ouest , est extraordinaire; elle est formée par un pylône inachevé, puis viennent de longues colonnades, des enfilades de portes, des pylônes et des salles; mais tout est ici dans le même axe, de sorte que la perspective rassemble tout l'édifice sous les yeux. Chaque pas atteste ici la magnificence des rois. Au milieu , on voit une avenue de colonnes de 70 pieds de hauteur (23 mètres), toutes monolithes, mais renversées, h l'exception d'une seule. Le second pylône conduit à une salle de 318 pieds (103 mètres) de longueur et de 139 pieds (31 mètres) de largeur.

(1) Jolkio, Dcic., p. 14.

AFRIQUE, SYSTÈMES D'EAUX : IIIe DIVISION , $ 27.

Les pierres du toit reposent sur des entablemens , supportés sur 134 colonnes, dont les plus grosses ont 70 pieds de hauteur et 11 pieds de diamètre ; les chapiteaux 64 pieds de tour, de sorte que 100 hommes pourraient être assis commodément sur la plate-forme de chacun d'eux. Le troisième pylône aboutit à une cour dans laquelle s'élevaient deux obélisques de 69 pieds de hauteur, et dont un est encore debout; on arrive ensuite au quatrième pylône qui conduit h une salle complètement détruite aujourd'hui. Elle avait une colonnade de cariatides, et au milieu s'élevait un obélisque d’un seul bloc de granit, le plus grand de tous, de 91 pieds de hauteur.

Tous ces monumen8 sont partout couverts de sculptures , et dans l'intérieur des salles, on voit des peintures qui brillent encore des plus vives couleurs. Les tableaux des murs représentent des scènes de guerre , des armées, des combats, des triomphes ; plus loin , des fêtes , des sacrifices , des processions ; en un mot , la vie tout entière des peuples est représentée là où régnent aujourd’hui la dévastation, la solitude, le silence et la mort.

Au nord de ces monu mens qui rappellent le mont Palatin, chargé de palais des empereurs, on voit encore une porte triomphale, une colonnade de sphinx , des obélisques , des débris de colonnes ; aucune contrée de la Thébaïde ne possède autant de monumens de granit que ces ruines , mais la main des barbares les a renversés, et les murs de rochers ont pu seuls résister à leur rage.

Tel est l'aspect général des monumens de la Thébaïde , bâtis sous les cieux ; les édifices souterrains exciteront aussi notre admiration à leur tour, par leur immensité, leur grandeur et leur magnificence.

lre Remarque.

Sculptures de Mcdynet- Abou expéditions de Sésoit ris.

Les sculptures et les peintures qui décorent l'intérieur et l'extérieur du palais de Aledynet- Abou . sont d'un intérêt tout particulier pour la géographie et l’histoire. Au sud du péristyle, on voit , dans le tableau qui représente une pompe triomphale, quatre rangs (l) de prisonniers en-

(l! a Uat, Antiq., Il, pt. 1, 2, et Jollois, Description de T bébés, $ 5, p. 42.

chitnés, conduits par dis guerrier» égyptiens; deux de ces prisonuiers portent de longues barbes, trois autres ressemblent aux premiers, mais Ils sont vêtus de longs manteaux brodés. Près de là, sont amoncelées les raaius coupées aux ennemis ; on les compte, et ou en consigne le nombre sur un rouleau de papyrus. Tous ces prisonniers sont peints en couleur rougeâtre, et ils sont vêtus de costumes différents; des guerriers égyptiens, au contraire, portent tous des robes blanches à raies rouges. Vient ensuite le héros , monté sur un char de métal ciselé. De semblables sculptures couvrent la face extérieure (l) du palais, au sud. On voit un héros colossal offrir à un dieu trois groupes de prisonniers , qui , à en juger par leur costume et leurs plumes, sont des Indiens d'au delà la mer Rouge. Près de là, le héros passe sur un char , l'arc tendu , entouré d'esclaves, de porteurs d'étendards et de tiges de lotus; derrière lui, est la mêlée, où il apparatl encore. Sur le bord d’un grand fleuve, à la rive occidentale , s’élèvent des forts. Prés de là , sont des tableaux de chasse. Sur la face extérieure du nord , on voit l'armée égyptienne , victorieuse de l’armée indienne, conduire les vaincus enchaînés; derrière, est une mêlée terrible, et, parmi les morts, sont des lions percés de dards. Les guerriers ennemis se distinguent très-facilement à leur costume et à leurs armes , et les différons tableaux historiques sont séparés l'un de l’autre par des légendes hiéroglyphiques , qui en contiennent probablement l’explication.

Viennent ensuite des tableaux historiques de tout genre. Le héros est descendu de son char de bataille ; au-dessus de lui plane l’épervier sacré ; il s'avance, triomphant, dans une pose semblable à celle d Apollon vainqueur de Python, et, quoique excculé dans le style pur égyptien , ce bas-relief est parfait, quant au dessin et à la sculpture. La scène qui l’entoure est animée, pleine de mouvement, de sentiment et de vie. On y voit des suivants d’armes, des porto-enseignes, tous les signes militaires , cl jusqu’aux plumets des chevaux , couronnés d'une fleur de lotus.

Plus loin , est représente un combat naval. Une flotte égyptienne est rangée vis-à-vis une flotte ennemie : les vaisseaux égyptiens, soutenus par une armée de terre , sont ornés de têtes de lions à leur proue, leurs mâts se terminent en fleurs de lotus, et leur équipage est disposé d une manière exactement uniforme à la description que Xéuophon fait des Égyptiens dans la Cyropédie. La flotte ennemie , vaincue , est en grand désordre. Les ennemis portent deux costumes dif-

(1 ) Jolloil. Di’SC. . Àrtli'f., U, p. 63.

ML. HALTE-ÉGYPTE. TUEBtS.

fércnls : les ont ont des casques surmontés de panaches , et attaches sous le menton ; les autres des casques de fer, peints en bleu. Osés sur la tête , et garnis de petites cornes. Les vaisseaux ennemis sont construits comme ceux de l'Inde, et leurs équipages semblent composés de deux castes ou de deux nations. L’eau salée de la mer est représentée différemment que l'eau douce et sacrée des Heures, cl les navires égyptien* se distinguent aussi , par leur construction , des bateaux représentés sur d'autres tableaux , par exemple , à Elylhia , où l'on voit les barques naviguer sur le Nil. Des scènes religieuses et des sacrifices succèdent à cette victoire. Mais cette courte description suffit pour le résultat que nous voulons en tirer, c'est-à-dire que les expéditions de Sésostris en Orient , racontées par Diodore . étaient représentées sur les murs du palais de Medynet-Abou , où l'on avait voulu , à l'aide de ce* éter-

niser les eiploits de ce héros. Ces tableaux représentent aussi les expéditions qu'il entreprit , dans sa jeunesse , en Arabie , où il alla aussi à la chasse aux lions. Après la monde son père, et lorsqu'il fut monté sur le trùue , viennent ses conquêtes en Élhiopie. De là , il passa dans l’Inde , avec une flotte de 400 voiles; il aborde, il s'empare du pays jusqu'aux forteresses situées au delà du Grand-Fleuve (le Gange, selon Diodorej. Tous ces faits se retrouvent ici, sur les murailles du palais , dans le même ordre que Diodore les raconte. On voit ensuite le héros victorieux, de retour dans son royaume , offrir aux dieux du pays le tribut de ses conquêtes. Ces sculptures confirment donc ce que Diodore , Hérodote , Hécalseits, nous racouleut de Sésostris, d'après les récits des prêtres égyptiens. Ces conquêtes , longtemps regardées comme fabuleuses, se trouvent reproduites et attestées , dans les annales de la sculpture nationale , par des tableaux tellement précis, qu'ils ne pourraient être l’œuvre de l'imagination. Strabon lui-même ne conteste pas la vérité de ces faits historiques , quoiqu'il fasse entendre que Bacchus, Hercule et Alexandre aient été, jusqu’alors, les seuls vainqueurs de l'inde. Le palais de Mcdyuet-Abou fut peut-être bâti avec les trésors de l’Iode , et c'est là sans doute que le roi égyptien reçut les tributs des nations vaincues. Les annales des peuples contemporains se taisent encore sur ces faits ; mais peut-être que des recherches profondes en trouveront un jour la confirmation.

C. Les Catacombes ou les hypogées de la Thébaîde. Tombeaux des rois à Beban-el-

Halouk.

La chaîne libyque s'élève, près de Tbèbes , en hauteurs saillantes et escarpées de 500 i 400 pieds d’élévation. Les roches se composent de

calcaire (1) très-fin, compact et homogène, propre h la sculpture et aux constructions , car le ciseau y rencontre rarement des pétrifications telles que des bélemnites et des amnoniles. Tout près de Medynet-Abou, le long du Memnonium jusqu'à Gournab , cette chaîne est traversée, coupée, dans une étendue de 2 lieues et sur une hauteur de 500 pieds, parties galeries souterraines dans lesquelles sont pratiquées des chambres latérales; ces galeries se ramifient en une infinité tic passages et des branches qui se croisent, traversent toute la montagne, et après avoir formé d'immenses labyrinthes, reviennent sur elles-mêmes (i). Des sentiers escarpés et pénibles conduisent à leurs entrées, lailléesdans la paroi du rocher et présentant la forme de porte , de portail . d'arc et d'arcade ; comme la chaîne s’étend ici du nord au sud, presque toutes sont ouvertes à l’est. 1-es plus grandes entrées sont précédées d'une cour à ciel découvert, taillée dans la roche et dont les parois sont polies, mais sans ornemens. D’autres conduisent immédiatement dans l’intérieur de la montagne. Les souterrains les plus simples sont situés en haut, les plus magnifiques au pied de la montagne , et les caveaux des pauvres présentent autant de différence avec ceux des riches qu’on en voit sur la terre entre les cabanes et les palais. Ces souterrains servaient de tombeaux aux anciens habitans de la Thébaîde ; tous sont situés sur la rive occidentale du Nil, et l'on ne voit pas une seule sépulture sur la rive orientale (5). Ils sont habités aujourd'hui par les Fellahs de Gournah; les anachorètes de la Thébaîde cherchaient autrefois à fuir le monde dans ces retraites sépulcrales, mais l’a encore ils trouvèrent les images du paganisme égyptien ; ils passèrent une couche de gypse sur les tableaux profanes île l’antiquité et peignirent par-dessus les figures de leurs saints. Dans les mêmes lieux où l’Égypte célébrait les pompes de ses funérailles, les pieux cénobites vinrent , au milieu du quatrième siècle, célébrer à leur tour les fêtes d'une religian nouvelle. Aux morts et aux prêtres succédèrent

(1) t. Jomord, Description île» brpoxeet do t» ville de VSebet, Dore. snllq., I, «CCI. X, P. SU.— I» Idelcr liber die ciucinnhcn von Vheben in Vr. Tl'irluiu. a. Don. Sebr. fur peuKebininl, 1881, Junl. P. 180-838. oniparex : Celod. Slrsto:. Account ni Ibe s-pulrbril evroni ni »S>|U, dons Kdinbnurx PhH. Joum.. l'I. P. 345.

(2) Jonwr.1, occ., Ibia.. P 308.

(3) Belsonl, vnjr., 1, p. 350

AFRIQUE , SYSTÈMES b'EAU : III' DI VISIO* , § 26.

ainsi les Ermites cl à ceux-ci les Troglodytes

ACTUELS DE GOURYAIt.

Ces Troglodytes , au nombre de 5,000 autrefois et comptant ii peine 500 âmes aujourd’hui (1) , sont des Arabes sans mosquée et sans cullc : ils habitent à l’entrée de ces catacombes et ont lii leurs étables pour leurs buffles, leurs brebis et leurs chèvres. Ils sont très-jaloux, ne livrent pas facilement l'entrée aux voyageurs, et il faut aplanir bien des difficultés avant de pénétrer dans ces souterrains dont la possession leur donne le monopole du commerce d’antiquités; aussi ils demandent des sommes énormes pour les objets qu'ils y trouvent et surtout pour les rouleaux de papyrus. Belzoni leur acheta deux magnifiques vases de bronze, fondus en métal de Corinthe de 18 pouces de hauteur et couverts d’hiéroglyphes; ils avaient servi autrefois aux sacrifices et étaient les seuls de ce genre; c’est par ces Fellahs que sont venues toutes les petites antiquailles égyptiennes. Ils habitent ordinairement dans l’espace qui sépare l’entrée du premier tombeau ; ils ferment avec de la terre l’ou, verture qui conduit aux caveaux , ne laissant qu'un trou pour passer leurs brebis et leurs chèvres. A l’entrée de leur demeure ils placent ordinairement des figures égyptiennes de renards, symbole delà vigilance. Une faible lampe, alimentée de graisse de mouton et placée dans un angle, éclaire l'habitation souterraine où la famille des Fellahs se rassemble, le soir, et étale le butin fait dans toute la journée, au milieu des décombres. Ces habitans des cavernes, deminus , presque sauvages , mais pleins de ruse et de malice, se racontent là leurs aventures, étendus sur des ossemrns , des débris de momies , «lu temps des Pharaons et des Ptolémées. Ils font cuire leur festin à un feu composé d'ossemens humains et de cercueils de momies , puis repus h leur foyer, ils pensent h la trouvaille du lendemain. Belzoni sut se ménager si habilement la faveur de ces Fellahs , qu'il fit dans leurs montagnes les plus importantes découvertes et les amena même h travailler dans les souterrains , pour un salaire journalier (2) : le commerce qu’il eut avec cette race singulière lui apprit à la connaître beaucoup mieux <|u'ellc ne l'avait été jusqu’à lui.

Au delà de ces entrées étroites et presque invisibles , les catacombes s'élargissent et se pro-

(l) Rcîxonl, P. 2150, 288.

12, u.u., vor., i, p. 2#J.

longent dans une étendue immense dont les obscurs détours ont déjà coûté la vie à bien des visiteurs. Ce sont partout des galeries souterraines , des chambres . des cavités latérales , des salles , des gradins à pic qui conduisent tout à coup à un étage supérieur, des escaliers tournons qui plongent dans un abîme, de longs corridors interrompus çà et là , par des fosses et des puits : les parois sont à demi éboulées, tout est confus, pêle-mêle , car ces asiles ont été autrefois bouleversés par les Arabes ; souvent le ciel des galeries est si peu élevé qu’on peut à peine s’y traîner en rampant; la température y est plus haute qu’en plein air (1), souvent même il y fait une chaleur insupportable , et le thermomètre monte ordinairement à 22“ de Réaumur : cet air étouffant et sec est saturé des émanations «le plusieurs milliers de cadavres desséchés , chargé de la poussière cadavéreuse des momies qui gisent par centaines dans les angles et le long des murailles; les ornemens qui les entourent tombent en poussière, et le pied qui les foule s’embarrasse dans les ossemens; il est presque im|>ossible de faire un pas sans marcher sur une momie (2). Ce hideux tableau est éclairé par la lueur rougeâtre et fumeuse des torches qui fait lever , à chaque angle, des volées de chauve-souris: cet animai nocturne se plait ici dans celte tiédeur souterraine , au milieu de celte obscurité et de ce silence des tombeaux.

heur disposition prouve qu’un autre ordre régnait autrefois dans les habitations des morts. Les entrées, placées deux à deux et quelquefois en plus grand nombre, l’une près de l'autre et à une hauteur égale, indiquent déjà à l’extérieur une sorte de disposition régulière. Une douzaine de ces ouvertures de grandeur égale et voisines entre elles ressemblent, de loin, aux trous de la flûte de Pan; c'est peut-être cette ressemblance qui a fait donner à ces souterrains le nom de Syringe (3) : celte dénomination ne serait pas sans quelque vérité, car le vent en soufflant dans ces caveaux parallèles produisait probablement une suite de sons semblables à ceux de nos harpes éoliennes et qui pouvaient former entre eux une sorte d'harmonie naturelle.

(1) JnmarJ. De*CT., p. 315.

<2) Belzoni, \oy., I, p. 240, 250.

(.3) Voyez Jomard, tl>l«l., p. 310. — Idole r, p. 105, d'apre» IIËiiodor. Æihlop., II. — .«Han. v»r. H Ut., VI, p. 43. —Pline, lltslo.ro liai., IIXYI, p. 14.

ML. BAUTB-ÉerrrE. TBEBKS.

Le» entrée» étroite» de toutes les catacombes il une grande profondeur, prouvent que trèspeu d’hommes pouvaient travailler h ta fois dans l'intérieur de» hypogées; il» ne se sont donc formés que successivement , et probablement il a fallu plusieurs siècle» pour les creuser (1). On trouve aussi de» caveaux souterrains en beaucoup d'autres lieux , par exemple, à Ellora, Éléphants , Salselte dans les Indes , à Jérusalem en Palestine, en Sicile, prés de Naples, à Rome, h Tarquinie en Étrurie, sur les bords de la Loire, au delà de Tours; mais les sépulcres étrusques ont seuls quelque ressemblance avec ceux-ci, et aucuns ne sont à comparer à ceux de la Thébaide en immensité et en magnificence. Les hypogées sont le dépôt de tous les arts , de toutes les sciences, de toute» les coutumes de l’Égypte; ce sont les monumens du peuple aussi bien que ceux qui s’élèvent sur la terre, les monumens de l’état et de la caste sacerdotale. L’art réservait tous ses efforts pour décorer ces galeries sépulcrales et restait étranger aux habitations îles vivans, car la vie ne durait qu’un jour, et l'éme séjournait dans la maison des morts tant que subsistaient les débris du corps ; suivant la doctrine de l'émigration des âmes , elle s’éveillait de nouveau à la vie après un sommeil de 3,000 ans, et subissait alors différentes métamorphoses. La reconnaissance , la piété envers les morts était ainsi le premier devoir des vivans; c’est pourquoi on préparait avec le plus grand soin la place où ils devaient habiter, on faisait tous ses efforts pour leur rendre le séjour agréable, on l’enrichissait , à grands frais, de tout ce qui peut flatter les désirs ; c'est là, dans la véritable demeure , qu’on perpétuait la gloire et les actions du mort. Aussi les habitations des vivans ont complètement disparu en Égypte , et la demeure de» morts parle seule à la postérité. La morale des Égyptiens donnait encore une force nouvelle à ces usages, car les vivans devaient se proposer pour modèle la gloire et les exploits des ancêtres; et, comme ils roulaient tout éterniser, ils conservaient les corps euxmèmes à la postérité. Les hypogées, monumens de la piété sont devenus pour nous le tableau des moeurs domestiques des Égyptiens. Conditions, professions, richesse, pauvreté, tout est représenté jusque dans les plus petits détails . tout est reproduit , comme dans la vie , par la

(1) JonurS, Besc., Ibid., p. 311 .

disposition différente des careaux , par les sculptures et les peintures, par la manière même d'embaumer, de parer et de conserver les momies. Chaque famille apportait dans ces catacombes une partie de ses richesses , de ses connaissances , et elle y déposait , à l’aide des arts , les monumens éternels de ses sentimens : aussi malgré l’harmonie générale du caractère et du style , on retrouve ici une immense richesse de particularités qu'une année d’études ne saurait épuiser.

Cet aperçu général topographique ne nous permettant pas d'entrer dans tous les détails archéologiques (1), nous renvoyons aux ouvrages qui en ont spécialement traité, et nous passons ensuite aux tombeaux des rois.

La vallée de Beban-el-Malouk, au sud-ouest de Gournah, formée par une gorge de la chaîne libyque, contient les fameux tombeaux des rois de la Thébahle, la vallée rocheuse a sa direction d'abord à l’ouest, puis au sud-ouest et enfin au sud, où elle se divise en deux ravins dont l'un s’étend une lieue h l'ouest; l'autre, qui prend plus au sud, se tourne dans toutes les directions, et , dans ses parois , se trouvent les tombeaux des rois creusés dans la roche comme ceux de Gournah : absolument semblables aux premiers, ils n’en diffèrent que par des proportions plus grandioses et un caractère plus royal. Les neuf plus curieux sont ouverts , cinq ou six autres sont encombrés sous des éboulemens , et quelques autres semblent encore inconnus aujourd'hui. Cependant Belzoni pense qu'il n'en existe pas d'autres que les 18 ou 20 cités par Strabon, et lorsque les anciens en nomment un plus grand nombre, c’est qu’ils y comprennent aussi ceux de Gournah. Les premiers sont les plus anciens; ceux de la vallée des portes des tombeaux ( Beban-el-Malouk ) leur sont postérieurs, et on en trouve même quelques-uns d'inachevés. Tous sont exécutés dans le même style; ce sont toujours de longues galeries et des salles qui s'abaissent graduellement jusqu'à une très-grande profondeur, tantôt par des pentes ménagées, tantôt par des chutes soudaines ou de longs escaliers; elles sont interrompues, coupées ça et là par un nombre infini de portes, de chambres, de salles et de corridors , dans lesquels étaient les sarcophages , les statues et les

(1) JolloU et Jomard — Belzoni, Toj., I, p. 236-263, et II, p. 358-3^0. — J.-W. Sleber veriefcbnl** geMmmelier AitberUiumer, Wlcn., 1820.— Meier über CaUcomben.

AFRIQUE, SYSTÈMES D'EAU : m« DIVISION, 5 36.

momies. Les savants «le l’expédition française trouvèrent que le plus profonddeccs tombeaux s'étendait à 341 pieds (111 mètres) sous la montagne; toutes les parties de ce souterrain sont couvertes de magnifiques peintures et sculptures , dans lesquelles on reconnaît l’époque où l’art égyptien était à son plus haut point de développement.

Mais tous ces tombeaux sont pillés, bouleversés et détruits, et l’on voit que dès les temps les plus anciens, ils ont été fouillés par l’avidité ou la fureur. Belzoni découvrit une de ces royales sépultures (1) qui n’avait pas été ouverte ou plutôt qui n’avait été profanée qu’une fois et dans des temps très-anciens : celte découverte nous a fait connaître plus en détail ccs antiques catacombes; nous citerons quelques particularités de ce tombeau , afin de caractériser ainsi tous les autres et pour attirer l’attention sur les travaux de ce courageux et entreprenant voyageur.

Après bien des recherches et des efforts , Belzoni découvrit dans cette vallée des rois, sous les décombres formées par un torrent, une ouverture pratiquée dans la roche, large de 9 pieds et longue de 36; cette entrée conduisait h un tombeau (2) qu’on a pris pour celui du roi Psummis (Sammutbis) ou de t\cc/io ( Nechao), son père, d’après l’explication que le docteur Yuung a donnée des inscriptions trouvées dans ce lieu (3). Un magnifique corridor entièrement peint et un escalier long de 23 pieds , conduit b un second corridor , coupé par un caveau profond et aboutissant à une grande salle soutenue par quatre piliers et dont les paremens sont tout recouverts de stuc. On trouva , dans cette salle, le squelette d’un bœuf Apis, embaumé dans du bitume et une grande quantité de figures de bois, semblables à des momies et recouvertes de bitume; il y avait aussi plusieurs figures d’argile, peintes en bleu , vernies, etc. Au milieu de la salle se trouvait l’objet le plus curieux : un sarcophage du plus bel albâtre de l’Orient , de deux pouces seulement d’épaisseur , et par conséquent entièrement diaphane ; il a 9 pieds 3 pouces de longueur et 3 pieds 7 pouces de largeur; mais le couvercle a été enlevé et l’on en aperçoit les débris b l’entrée, preuve que le tombeau a été déjà antérieurement fouillé, proba-

(I) voyez le plan, dont Idrlor, Ibid.

(S) Bi-lzonl, Voy., Il, p. »T8.

1*1 Comparez Qturicriy aetieiv, nec. 1820, p 1 0 1

blement il y a plus de mille ans ; la momie avait aussi été enlevée ; le tombeau d'hlbâtre est couvert à l’extérieur et à l’intérieur d’une infinité de sculptures, parmi lesquelles on voit plus de deux cents petites figures en relief, de deux pouces de hauteur, représentant la pompe des funérailles et tous les autres symboles religieux relatifs aux sépultures; c’cst assurément un des morceaux les plus curieux de l’antiquité. Ce sarcophage était placé sur un escalier qui conduisait b un souterrain de 300 pieds de longueur, dont le fond était tout noirci par les excrémens des chauve-souris. Il parait qu’environ cent pas plus loin, on entre de la région des roches calcaires dans celle du schiste. La muraille du fond, réparée à deux fois, indiquerait que les trésors de ce tombeau auraient pu être enlevés dans des temps très-anciens et peut-être par les initiés eux-mêmes. Ou peut recourir, pour de plus amples détails sur ce curieux monument, le seul qui nous soit conservé dans toute sa fraîcheur, b la description exacte que Belzoni en a donnée, ainsi qu’aux dessins des peintures , bas-reliefs , statues et ornemens.

Kn modelant ce monument, Belzoni compta 180 figures de grandeur naturelle (1), plus de 800 de 3 à 4 pouces , et environ 2,000 figures hiéroglyphiques de 1 à 6 pouces de hauteur : ce calcul peut nous donner une idée de la magnificence de l’ensemble. Le docteur Ricci (2) mit neuf mois h dessiner ce tombeau royal avec ses figures et ses hiéroglyphes , et il trouva , seulement dans la première galerie, 22,00 signes hiéroglyphiques. Au-dessus de la porte sont gravés, dans un enfoncement de forme ovale, les noms de Necho et de Psammis , lus par le docteur Young. Sur une des murailles (3), est représentée une pompe triomphale , dans laquelle sont conduits des prisonniers de trois races différentes: ualre Juifs, quatre Perses ouChaldéens, quatre thiopiens nègres. Outre ccs tableaux historiques, se trouvent un grand nombre d'inscriptions qui appartiennent aux fragmens les plus importans de la littérature égyptienne. Le docteur Young a essayé (4) de les lire et de les interpréter, et il eu résulte que les exploits du père et du fils sont rapportés ici conformément à Hé-

(I ) Belzoni, Voy., Il, p. 18.

(2) Idelcr, «Uns S. Monalztclir, p. 203.

(3j Belzoni, Voy., I, p. 390 ; I, gravorci, dans l'Atias de Brlionl.

(4) Quart erly Beview, We. 1880. p 161.

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