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NIL. HALTE-ÉGYPTE. THÈBES

rodotect à l’ancien Testament. En effet, suivant la deuxième chronique, ch. 58, v. 20, le Pharaon Necho , après sa victoire sur le roi Josias , emmena réellement des Juifs prisonniers en Égypte, et le roi Joahas lui-mème, suivant le ch. 36; Hérodote, d'un autre côté , raconte que Necho entreprit plusieurs expéditions en Syrie, en Asie, et probablement aussi en Éthiopie, comme l'indique le tableau. Sous les rois Amasis, Apriès et Necho, le commerce de l’Égypte et les richesses des rois avaient atteint leur plus haut point de splendeur (1).

Les objets sans contredit les plus importans qu’on ait trouvés dans les catacombes de Babanel-Malouk, sont les momies elles-mêmes et les rouleaux de papyrus. Les momies (du mot arabe moumya) ne sont pas seulement rangées d’après les trois manières differentes de les embaumer; •une observation plus exacte fait voir qu’elles sont aussi disposées suivant les conditions (2) ou castes des Égyptiens, depuis le paysan jusqu'au noble. Belzoni les trouva, les unes dans des cercueils de bois de sycomore, les autres sans cercueil, d'autres dans des couches de gypse : il sut toujours distinguer celles des prêtres aux bras croisés sur la poitrine, celles des nobles, des rois, et celles de la dernière classe ; les dernières n’ont pas de cercueils et elles sont aux autres, quant au nombre, dans le rapport de dix à un. Il compléta la connaissance de ce sujet important, auquel les savans de l'expédition française (3) avaient déjà consacré beaucoup d’at- Icution. Toutes les momies transportées en Europe antérieurement, venaient des catacombes de Memphis, dans la Basse-Égypte , et étaient beaucoup moins bien conservées et préparées que celles de la Haute-Égypte, où est la vraie source pour l'étude des antiquités égyptiennes. La physionomie des momies de Thèbes est parfaitement conservée, elle s'accorde d'une manière frappante avec celles des figures et des statues que l'on voit dans les temples, et présente même un rapport étonnaut avec les traits des Arabes actuels (4) qui habitent, dans la Haute-Égypte, depuis les cataractes de Syène jusqu’à Thèbes.

(1) Jollols, etc., Dissertation sur la position géographique de Tbèbvs, Antlq. Descr., p. 435.

(3) RcUr.nl, Vor., i,p. 263.

(3) E. Jomard, sur les momies des bypogCcs de Tbtbes , Description de l'Egypte, Antlq , I, p. 337-350.

(4) Jomard , Ibid., p. 342, et planches, Aul., Il, p. 40. 50, 51. — Description de Demie ci Savigny.

Les Troglodytes de Gournali ont ta même conformation du visage que les tètes de momies au milieu desquelles ils vivent : frônt large , nez aquilin , tempes larges , joues saillantes, yeux grands, bouche grande, mais bien faite, dents serrées, belles et égales, lèvres un peu épaisses, cheveux fins ; l’angle facial porte de 76 à 80", comme chez les peuples européens ; telles sont les têtes des colosses de Hemnon et d'autres statues, et aujourd'hui encore celles des scheiks arabes, dont la race s'est conservée plus pure. La ligne frontale qui, chez les habitants du nord de l’Europe, est saillante et chez les Grecs droite et perpendiculaire, est, sur les tètes des momies, un peu plus oblique et fait un angle beaucoup plus ouvert avec celle du nez; cette particularité semble tout 'a fait caractéristique et se reproduit dans toutes les sculptures.

Les rouleaux de papyrus (1) sont devenus des documensd’unc haute importance pour l’ancienne littérature égyptienne, depuis qu'on les a trouvés en plus grand nombre dans la Thébatde, et qu’on est parvenu à savoir ce qu’ils contiennent. Belzoni remarque (2) que les momies enfermées dans des cercueils, n'avaient jamais près d'elles des rouleaux de papyrus, sans doute parce que leur contenu était peint sur la< bière même, souvent toute couverte d’hiéroglyphes et d'inscriptions. On les trouve souvent au contraire près des momies couch ées sans cercueil , et ces rouleaux sont ordinairement placés sous les genoux, entre les cuisses ou sous les aisselles. Les musées européens possèdent déjà un grand nombre de ces documens , mais les collections les plus importantes se trouvent au Caire. Drovetti en a réuni près de 170, II. Sait 100, le général .Venu de Minutai! 80, etc. (3). Ces rouleaux de papyrus ont souvent une grandeur immense, lorsqu'ils sont développés, et l’un de ceux de la collection française (4) a 28 pieds 4 pouces de longueur. Ils pourraient servira former une bibliothèque égyptienne , où les savans devraient d’abord apprendre à lire cet antique caractère. Le docteur Young a déjà composé, pour la lecture des hiéroglyphes, un lexicon excellent que le professeur Scholz a vu au Caire, chez Sait. Ces rouleaux de papyrus sont, comme

(I) Jomard, de. manuscrit, sur papyrus, Bcscr. (le l'Egypte, An!., I, p. 357 378.

(2i Bolzonl, Vor., P* 270.

(3) Motor, Ibid., i>, 227.

(4) Jomard, noter., p. 380.

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manuscrits, les plus anciens que nous possédions avec l’Évangile écrit sur papyrus, conservé dans la bibliothèque de Saint-Marc, à Venise, et les Epltres de saint Augustin, excepté toutefois les manuscrits d’Herculanum. Outre les hiéroglyphes et les caractères phonétiques égyptiens, iis contiennent encore des lettres grecques ; cette circonstance augmente encore leur valeur en ce qu'elle permet aux savans de les interpréter et de les expliquer (1). Les tombeaux de la Thébalde ont ouvert ainsi à l'étude de la littérature égyptienne une source importante h laquelle un champ immense reste encore h féconder. Les égyptiens divisaient leurs sciences en 42 branches principales, et les prêtres devaient en étudier au moins 36, qui étaient comprises dans la philosophie, ainsi que l'atteste un passage important de Clément d’Alexandrie (2). On peut donc espérer, qu’à l'aide decesdocumens écrits , on parviendra enfin à connaître ce peuple mystérieux.

D. Coup d'œil rétrospectif sur Thèbes, la ville aux cent portes, la cité des rois.

Du haut des catacombes, le voyageur contemple avec admiration le monde de ruines étendu sous ses yeux, la ville de Thèbes aux cent portes, le centre de la plus ancienne et de ta plus haute civilisation du passé, la cité des palais et des temples dont les merveilles couvrent la surface de la terre et peuplent ses entrailles ! Élevée par une population innombrable, par l'ordre de prêtres le plus intelligent, par de puissans monarques; arrachée à grand travailduflanc des monts, enrichie par un commerce florissant avec le pays des nègres et des Éthiopiens, avec l'Arabie, la mer Érylhrée, l’indus et le Gange ; conservée, ennoblie, décorée par les sciences et les arts, elle servit de maltresse et de modèle aux peuples de toutes les zones et de tous les âges. La simplicité de scs élémens, la majestueuse unité de son ensemble éveillent le respect et la pensée, et font pressentir quelle influence elle aexercée sur l'esprit humain, dans tous les lieux. Les rapports les plus délicats attestent ici une harmonie, un développement unitaire qui ne se révèlent qu'à une pénétration profonde et que souvent on ne peut saisir qu'en les contemplant

(1 ) Buckh Erklærungeincr ÆgyptUchen l'rkuadc auf papyrus In grlechlscher Cursivscfcrlfl. Sert., 1821, p. 4.

(2) Creuxcr frjrmb., I, p, 246.

sur les lieux. Ainsi les plus beaux dessins, le* plans les plus exacts, ne sauraient rendre le caractère esthétique de l'architecture Égyptienne tel qu'il se montre ici en présence des monumens de Thèbes. Ce qui semble à l'oeil du nord lourd, écrasé, étrange et massif, apparaît sur les lieux léger, vivant, gracieux et ressortant harmonieusement de la nature même du climat et du sol. Cela ne dépend pas seulement des proportions et des lignes, mais surtout de la perspective aérienne (1), de l'accord avec la nature environnante,dont les effets varient avecles climalset que caractérise ici le contraste si vif de l’éclat éblouissant du soleil et de l'épaisseur des ombres. Un profond sentiment esthétique, une longue habitude, un tact silr avaient appris aux Egyptiens b tenir compte de toutes ces causes, de tous ces rapports, et à constru ire leurs édifices dans un style différent de ceux des Grecs et des Romains. Les monumens grecs et romains transportés sous le ciel de l’Égypte, réjouissent moins la vue que dans leur patrie ; et , en présence de la gravité, delà sévérité de l'architecture égyptienne, on les trouve, malgré toute leur perfection et leur élégance, nus, sans ombre, insignifians et fragiles. De même que Tart grec est national et beau sur les bords de la mer ionienne et de la mer Égée, l’art égyptien est national et grand sur les rives du Nil ; on peut dire qu’il a atteint la plus haute perfection, mais d'une manière h lui propre, et la saine critique ne doit le juger que par lui, ne doit en chercher qu'en lui-même les préceptes et la règle. L’art ne s'est uni nulle part aussi intimement h la nature du pays que dans la vallée du Nil, nulle part il ne s'est élevé aussi naturellement, comme uneplante glorieuse, unefleur sacrée, du sol de la patrie !

On ne peut comparer les monumens de Thèbes h ceux des autres pays que par l'espace qu'ils occupent (2) ; et, sous ce rapport, tous les édifices grecs, même les plus grands, tels que le Panthéon, le temple de Pæstum, celui de Jupiter b Oiympie, leur cèdent la supériorité : que paraissent les monumens grecs comparés seulement b la cour du palais de Karnac, qui tiendrait, dans son enceinte tous les monumens de Pile de Pbilæ ? Les ruines de Palmyre et de Baatbek, en Syrie, peuvent seules soutenirla comparaison, quoique de beaucoup moins gigantesques; elles

(1) Jolloil, parallèle des principaux édifices de TXCbes avec les mooumeoi grecs.

(2; Joiloli, etc., p. 292-300.

JVIL. HAUTE-ÈGTPTB. THÈSES.

nous présentent des monumens exécutés dans la plus grande perfection, mais isolés, tandis que le palais de Karnac est encore entouréd’une ville entière de temples et de palais, Palmyre a 8, 772 mètres de tour, presque autant que Karnac; mais ce palais n'est qu'une partie de Tbèbes, qui compte environ IB ,000 mètres de tour. Les deux cités durent leur prospérité et leur richesse aux mêmes circonstances, car toutesdeux furent des résidences royales et d’immenses entrepôts pour le commerce qui unissait l'Orient et l'Occident. La Rome européenne, la plus magnifique cité du monde, nous rappelle seuleles monumens de la Tbébaide, par sesédificesgigantesques, tels que le Panthéon, le Colisée, le théâtre, les bains de Dioclétien, qui contiennent une salle de 180 pieds de longueur sur 74 de largeur, et cependanttous les anciens monumens de Rome pris ensemble, ne peuvent être comparés qu’au seul temple situé au sud de Karnac. L'église de saint Pierre (432 pieds de hauteur) est presque aussi haute et aussi large que les pyramides de Memphis ; avec la colonnade elle a 497 mètres de longueur, 111 pieds de moins que la distance qui sépare le sphinx de la porte occidentale du palais de Karnac de celui de la porte orientale. Parmi les édifices modernes, les châteaux deCaserta, de l'Escurial, de Versailles, le Louvre et les châteaux de Saint-Pétersbourg se rapprochent le plus du palais de Karnac.

Les savans de l'expédition française nous ont donné la situation géographique de ces monuraens, d’après les observations astronomiques. Selon Sonet :

Karnac est situé sous le 30° 19’ 34" long, est et 28” 42' 87” lat. nord.

Luxor, sous le 30” 19’ 38” long, est et 23” 41' 37" lat. nord.

Le tombeau d'Osymandias, sous le 30" 18’ 6” long, est et 23” 43’ 27" lat. nord.

Médynat-Abou, sous le 30” 17’ 32" long, est et 28” 42' 88” lat. nord.

Les mesures des Français s’accordent exactement avec les données d'Hérodote, et l'antique Thèbcs est située à 18,000 mètres (1,800 stades) d'Éléphantine, et h 68,000 mètres (6,800 stades) de la mer, en suivant les détours que fait le Nil au-dessus d’Héliopolis et l'embouchure de Péluse. Tbèbes avait, suivant les calculs des Français, 14 à 13,000 mètres de tour, sans compter l'Hippodrome et Hed-Amoud, 140 stades d'après les renseignemens donnés à Diodore parles prêtres: ces deux mesures s'accordent parfaitement

entre elles, et le circuit de Thèbes ressemblait à peu près à celui de Memphis et d’Alexandrie , seulement il était plus grand. Sa surface était de 1,028 hectares carrés ; mais les ruines occupent aujourd'hui un plus grand espace: la surface du Caire est aujourd'hui de 793 hectares, et celle de Paris de 3,414. Thèbes occupait donc un espace double de celui du Caire et moitié de celui de Paris ; mais on ne peut juger aujourd'hui de l'étendue de la ville que par les monumens, et Diodore de Sicile nous rapporte qu’entre les palais et les temples étaient des maisons, bâties en briques, h six étages, et qui s’étendaient sans doute au loin dans la campagne.

L'histoire de la fondation (1) de cette ville, de sa prospérité et de sa ruine, nous est complètement inconnue, et nos documens sur les événemens dont elle fut le théâtre se bornent à l’invasion des Perses qui semble être la dernière catastrophe de son histoire. Son ancien nom même adisparu, car l’étymologie du mot Thèbes est incertaine (9) : Marcel le fait dériver de Thbaki, et Champollion du nom cophte Tapé, qui signifiait Urbs, ou de Tcybah, qui voulait dire area, «arts, et Faisait allusion b une tradition des égyptiens qui prétendaient que le soleil et la lune , leurs dieux , étaient venus en Égypte sur une barque, comme on le voit représenté sur toutes lessculpturesaslronomiques. Ce nom est probablement parvenu aux étrangers par les Hébreux, ainsi que la plupart des noms du Nil. Les Phéniciens auraient ainsi transmis à Homère le nom de Thèbes.

Les prophètes en Israël appelaient ordinairement cette ville ISo-Ammoun, c'est-à-dire la cité d'Ammon, expression que la version des Septante a traduite par Rtpti* A />/>•», propriété du dieu Amrnon. Selon Champollion , son nom cophte est Thbaki-anti-pi-Amoun, c’est-àdire la ville d’Ammon ou la cité du sublime ( Amoun en cophte signifie glana, sublimis, celsitudo). Les Grecs traduisirent cette signification dans leur Diospolis. Déjà , du temps de Strabon, l'ancienne Thèbes était divisée en plusieurs villes, et il ne donne le nom de IHospolis qu'aux ruines de la rive orientale , et appelle Memnonium celles de la rive occidentale. Plus tard , ces deux cités se divisèrent encore en un plus grand nombre de villages et de hameaux , comme nous le voyons aujourd'hui.

(1) JolloU, SlpterUUon, p. 438.

(2) Ibid., p. 420. — ch*m poil ion, I, p. 199.

AFRIQUE, SYSTEMES D’EAU : Ul* DIVISION, § 26.

Luxor, proprement El-Alsar, a pris ce nom arabe du château dont il contient les ruines. Medynat-Arou (et non Medinal-Tabou , la ville Tabou ou Thèbes , selon l’étymologie de Bruce) s’appelle proprement Mkdysat-IIabou, c'est-àdire la ville du père ou du père saint (Papa , Habou i dans l'Itin. de Sainl-Antonin). Selon une tradition populaire, la ville aurait été bâtie par le fils en l’bonnetir de son père , et ce fils est assurément Sésostris, dont l'histoire a un rapport intime avec celle de Medynet-Abou. Le nom de thèbes aux cent portes, t«oTo,usuio( (I) , épithète grandiose qu’Homère donne h la capitale du monde , et que les siècles étonnés ont répétée depuis , ne désigne pas , comme ouïe croit ordinairement (2), le nombre des portes de la ville qui nous est demeuré inconnu , mais seulement le grand nombre des portes gigantesques des temples et des palais : ces portes ou pylônes , monuinens caractéristiques de l’architecture égyptienne, s'élèvent encore aujourd’hui au-dessus de tous les édifices de l’antique Thèbes. Les sépultures sont aussi appelées pjrles des rois ( Bybân-el-Malouk), nom qui est resté jusqu'aujourd'hui , dans le pays , celui des tombeaux des rois.

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