‹ Geographie Generale CompareeChapitre 195 sur 293 · NIL. HAUTE-ÉGYPTE. COPTOS · texte numérisé non relu

NIL. HAUTE-ÉGYPTE. COPTOS

«leur. Les buttes factices sur lesquelles il s’élève prouventque lîi était située autrefois une station commerciale importante ; et, du temps d'Aboulféda , Qous était la ville de commerce la plus importante de l’Égypte après Fostat (le Caire). Au milieu de la butte s'élève encore une grande porte (1) isolée, semblable à celle que l’on voit b Denderab, et qui était autrefois le pylône d’un grand temple aujourd'hui détruit. Les constructions et les ornemens qui en restent ressemblent h ceux du temple de Denderah. Celte ruine prouve assez que ce lieu fut autrefois important, et probablement il dut sa grandeur au commerce de la Haute-Égypte si animé sous les Ptolémées. A 3,300 pieds de Kous, sous la même latitude que le village ou Cafr-Hagûzy , est une gorge qui, semblable b celle de Coptos, traverse le Mnkaltam ou la chaîne arabique, et conduit par la grande route des caravanes b Kosseyr et Bérénice.

Ici se trouve en effet une seconde vallée transversale divisée en plusieurs branches et unissant le Nil b la mer Rouge : elle s’ouvre b sept lieues au nord de l’antique Thèbes. Ses carrières fournirent aux anciens Égyptiens des matériaux pour leurs constructions ; et, comme le chemin d’Edfou, elle servit de voie au commerce de la Thébalde avec l’Orient. Celte gorge transversale nous est très-exactement connue sous le nom de r allée de Kosseyr (1); et sa longueur, de Kenné b Kosseyr, est de 49 b 43 lieues.

Vallée transversale de Kosseyr.

Le désert commence b une demi-lieue b l’est du Nil, et il est complètement aride pendant les premières neuf lieues, jusqu’b Cuiïla (Leguitta, Leghéta). L’entrée de la vallée est formée , du côté du Nil, près des lieux Kenné, flous ouCoplos, par une gorge étroite , dont les monticules se composent des débris de la chaîne calcaire du Mokadam. A en juger par l’apparence, cette chaîne se prolongeait ici sans interruption , comme la chaîne libyque, lorsque la vallée de la Haute-Égypte était un lac encaissé de toutes parts. Plus on avance dans celte gorge , plus elle s'élargit : bientôt elle forme une vallée assez spacieuse; et, au-dessus des monticules qui la bornent au sud , on voit surgir la chaîne arabi-

(1) J >vllois, notice, p. 60.

la) 107jère, Description minéralogique Se U vallée do

Kow jr, «,-!»„ II.

que, blanche, nue, escarpée. La vallée transversale forme ici une large plaine aride, sans végétation , couverte de sable et de fraginens de grès mou dont se composent les chaînons latéraux. Près de Guida , les montagnes se rapprochent de nouveau de la route des caravanes. Des deux côtés de la vallée, on aperçoit des lits de torrens desséchés ; car pendant l’hiver, la pluie tombe avec abondance en ce lieu , lors même qu’il n’en tombe pas dans la vallée du Nil.

A Guida, se trouvent trois puits maçonnés qui contiennent de l’eau de pluie : ces puits sont entourés des débris d’anciens édifices , seules ruines qu’on rencontre en ces lieux. De là, la vallée se sépare en plusieurs branches , de sorte que quatre ou cinq chemins dilférens conduisent b Kosseyr, et, vers le sud-est, à Bérénice ; mais ces directions ne nous sont pas encore très-bien connues. Sur plusieurs de ces routes, on reconnaît des ruines d’édifices semblables b des caravansérails et «les maçonneries cubiques élevées d’espace en espace , et qui servaient probablement b indiquer la route (1). Bachclu rencontra sept de ces stations dans son voyage du Nil b Kosseyr ; elles étaient toujours b une distance de sept lieues et demie ( 9 myriamètres) l’une de l’autre. La première se trouve b Guida , et la dernière b trois myriamètres de Kosseyr. A tous les embranebemens des routes s’élèvent aussi des maçonneries cubiques ponr indiquer le chemin aux voyageurs. 11 est donc impossible de ne pas reconnaître ici l’ancienne route commerciale (9) dont parle Strabon; elle conduisait, au sud, b Bérénice, comme nous l'avons vu plus haut, et, b l’est, au port Myos-l/ormos, le même que Kosseyr.

Une lieue b l’est de Guida (3), les deuxchalnes de montagnes se rapprochent si près l’une de l’autre que la vallée n’a pas plus de 000 pieds de largeur. Les parois deviennent de plus eu plus escarpées , et le grès prend une couleur d’un noir très-sombre. Bruce (4) prit ce grès pour du basalte volcanique , et il prétend que le sphinx de Karnac a été taillé dans ces montagnes. Six lieues plus b l’est , ces roches vont se lier b des roches de brèche et de poudding; leur grain grossit rapidement, et les couches prennent plus de consistance. Sa couleur grise passe

(1) Mdm. «ur l'ÉKjpte, Ibid., II.

(2) Slrabon, XVII, p. 600, I c.

(3) Honore, Descr., rtc.

(4) Bruce, Trav,, H, p. 70.

au violet et au vert; c'est pourquoi les voyageurs leur ont souvent donné le nom de marbre rouge et vert. On n’y trouve ni marbre ni porphyre; mais, plus loin, se présentent des masses de granit b grains forts petits et des brèches du plus beau vert [perde d'Egitto ou antico ), dans lesquelles sont mêlés des fragraens roulés de granit et de porphyre. Le granit contient aussi du mica et du feldspath rose , comme b Syène ; mais le grain en est beaucoup plus petit. Les fragmens de porphyre, unis b ces brèches, présentent quatre ou cinq variétés; ils sont souvent très-gros, de la plus grande beauté, et les Egyptiens les choisissaient pour en former leurs objets d'arts les plus précieux, comme des statues, des sarcophages, des armes, etc. (Voy., par exemple l’iirne de la villa Alhani). Après ces roches si variées et si remarquables, qui sont un appendice de la chaîne arabique, viennent, pendant douze lieues, des deux côtés de la vallée, des roches de schiste qui ne laissent souvent entreelles qu'un chemin étroit, où trois chameaux peuvent b peine passer de front. Les versansdes monts s'élèvent toujours plus escarpés, nus, sans végétation, présentant des arêtes sauvages, traversés de filons de quartz blanc qui pénètrent les fragmens eu tissus , et forment des masses cohérentes : les cimes, au contraire, sont partout déchirées et dentelées. Le sol de la vallée, quoique couvert de ces fragmens , ne forme point d'inégalités, et il est presque aussi uni et aussi commode qu'unegrande route européenne. Les Français ne trouvèrent, entre le Nil et Kosseyr, qu'un seul endroit, près de l'ouverture orientale de la vallée qui offrit des difficultés au passage deleurartillcrie. Quelques acacias et coloquintes s'élèvent dans les ravins formés par les pluies et dans les coudes de la vallée, près des puits appelés El-Aouéh (1), et situés b vingt-cinq lieues et demie de Kenné et b dix -sept de Kosseyr, par conséquent plus voisins de la mer Arabique que du Nil. Ces puits ont réuni leurs eaux dans une douzaine de trous naturels. A partir d'Kl- Aouéh jusqu’b trois lieues de Kosseyr, continuent les roches de schiste dans les successions les plus variées, tantôt horizontales et tantôt inclinées au sud. Sur le versant de ces montagnes s’appuient des roches de gypse et de calcaire : ces dernières sont formées de coquilles amoncelées et pétrifiées que Rozière appelle ostrea dilu -

(1) Rosière, Dcscr. minér., etc.

riana. Aussi uniformes apparaissent les montagnes de calcaire et de grès de la vallé du Nil, aussi variées dans leurs changements et leurs transitions subites se présentent ici celles de la vallée qui débouche vers la mer.

A Lambageii(I). deux lieues et demie b l'ouest de Kosseyr, la route septentrionale que prit Bachelu vient se confondre dans la routeacluelle des caravanes. Lb est située la source d'un ruisseau limpide qui, dans le temps despluies, coule jusqu’b la mer, et se perd dans le sable pendant le reste de l'année (2). Après le désert, où l’on n’a vu si longtemps que stérilité et sécheresse, se trouve ici la première végétation : un groupe de douze ou quinze palmiers (grande rareté dans ces lieux), des mimosa et un petit espace couvert de buissonset de plantes, où se montrent les premiers oiseaux, et où des troupes de gazelles vicnneut , du haut des montagnes, étancher leur soif. Au nord-ouest dece lieu, s’élèvent de hautes montagnes de grauit, dont les roches sont la couche primitive de ces fragmens de granit que l’on voit, plus b l'ouest, roulés dans des brèches, et dont la présence nous indiquerait une révolution produite par l'agitation de la mer. On y voit aussi un grand nombre de fragmens de granit détachés, et ces masses sont toujours disposées en prismes naturels et réguliers. Bruce cnit y voir des obélisques commencés, et c'est pourquoi il parle ici avec Browne de carrières d’où les Égyptiens auraient tiré des matériaux; c’est une erreur. Les Égyptiens n'allaient paschercher au loin les matériaux de construction, et ils se contentaient de ceux qu'ils trouvaient près d'eux. Ils ne tiraient de la vallée de Kosseyr que de petites pierres très-belles, comme de l'albâtre , du porphyre, des stéatites, du basalte improprement dit, de la Breccia d'Egitto, verde antico, etc. , substances précieuses qu’ils employaient pour les petits ouvrages de sculpture (3).

A l'est des puits de Lambageh se trouve le seul endroit difficile h passer dans toute cette vallée longue de 20 milles ; au delb de cette gorge on aperçoit immédiatement la mer Rouge, entre des collines de gypse et de calcaire , puis après le fort de Kosseyr et le village situé près d'un vaste golfe rempli de rochers de corail.

Le voyageur Browne prit une autre route que

( I ) Rozière, Dcscr. minér., etc.

(2) Dubois, Ibid.

(3) Rozière, Description, p. 201 .

Page 1