APERÇU GÉNÉRAL
Après le grand détour que le Nil fait à l'ouest de Denderah jusqu’à Abydos, et dans lequel nous croyons reconnaître leprolongement delà vallée transversale de Kosseyr, à l'ouest, le fleuve reprend tout à coup, au nord d’ Abydos, sa direction normale au nord, et il s'avance, sans plus dévier, entre lesdeux chaînes latérales des monts
(1) Jomard, p. 8. riao dea ruines, Ant., toi, it, pl 35.
(2) Jomard, suer., p. tl ; ABtlq., II, pl. 36, 39.
(3) Jomard, Ibid., p. 19.
de l’Arabie et de la Libye , j usqu'à ce qu’il entre enfin dans la contrée plane de son Delta, où les chaînes de montagnes l'abandonnent entièrement. Nous regardons tout l’espace d’Abydosau Delta comme la partie moyenne du cours du Nil dans la Moyenne-Égypte , et nous prenons ce mot dans l’acception physique la plus étendue : l’ancienne division politique du pays répondait probablement autrefois à cette division naturelle ; mais , plus tard, on confondit ordinairement la partie supérieure de cette contrée avec la Haute-Égypte (la Thébalde), et la partie inférieure depuis l’endroit où commence le canal de Joseph, appelée l’Heptanomide par les Grecs, fut seule adjointe b l’Égypte moyenne. Cette division politique a perdu aujourd'hui toute sa valeur , et elle ne doit pas nous arrêter dans nos considérations générales qui essaient d’embrasser l'ensemble des phénomènes et ne se bornent pas aux rapports qui n'existent que dans un moment de temps. Le nom d’Égypte moyenne est cependant resté jusqu'aujourd'hui à cette contrée comprise entre Syout et leCaire, car El-Woxtani , appellation usitée chex les Arabes pour désigner ce pays , signifie ta contrée du milieu (1).
Après être rentré dans sa direction normale, le Nil présente toujours la même configuration, avec la seule différence que les deux chaînes latérales sont b une plus grande distance du fleuve, et que, des deux côtés , se présentent plus souvent des ravins et des gorges, b travers lesquels les sables mouvants du désert poussent leurs masses sur la vallée du Nil; le sol est ici plus menacé , et il faut livrer au désert de plus violents combats. A la hauteur de Darout-el-Sheryf, la vallée devient si large, que, sur la rive gauche, un second bras du Nil, parallèle au grand fleuve, peut encore trouver place b son cours , auprès de la chaîne libyque ; c'est le Bahr- Youscf. canal de Joseph, qui coule pendant 118 lieues au nord, et laisse, entre lui et le Nil, une bande de terre de deux lieues et demie de largeur; séparée du désert par le canal , facilement arrosée, cette langue de terre est la plus productive de toute l'Égypte moyenne (3).
Depuis l’endroit où commence ce canal, le Nil coule presque toujours, sur sa rive droite.
(1} Jomard , Description des antiquités de t'Hcptanomide , P. 3.
(2) Girard, observations sur U vallée d'kgyptc, Mémoire» sur l'tgyi'tr, p. 11.
ait. icTi>Tï MOYiairs.
contre une berge abrupte; à l'ouest, le canal sert de barrière au désert de Libye. A l’extrémité inférieure du canal, près de Beny-Souef, la cbalne libyque se dirige au nord-est, et rétrécit la vallée égyptienne. Une gorge, appelée El-Lahoun, s'ouvre dans l'intérieur dece coude, et s'étend, au nord-ouest, au même niveau que le Nil; une partie des eaux du canal coule dans cette vallée et fertilise un bassin secondaire , situé b l'ouest ; ce bassin est l'ancien nome Arsinoite, qui porte aujourd'hui le nom d’El-Fayoum. Semblable h un ancien lac en partie desséché, ce bassin est enfermé au nord et au sud par les prolongemens de la chaîne libyque, qui s'avancent, au nord et au sud, en forme de demi-lune, de sorte que leur côté concave borne le bassin fertile d'El-Fayoum ; le sol .cultivable s'étend du centre , h peu près dans toutes les directions, en rayons de 3 à 4 lieues (14 h 13 kilomètres). Le centre en est formé par une hauteur plane, dont la pente septentrionale s'abaisse presque insensiblement dans une longue vallée , occupée entièrement jusqu’à la chaîne libyque, par le lac A'enu/»(Birket-el-Qeroun, Mœris, noipi/tf U/vnt dans Slrabon). Les montagnes qui entourent Fayoumé dans un demi-cercle concave, présentent, au nord et à l’est, des flancs abruptes ; mais au sud et à l'ouest, elles s'élèvent insensiblement, par une pente douce, jusqu'à leur sommet, éloigné du sol cultivable de 30 à 34 lieues (18 à 16 myriamètres).
Au delà de la gorge d’El-Lahoun , le canal de Joseph continue au nord, en suivant le pied de la chaîne libyque. Celle-ci se rapproche de plus en plus du Nil, devient toujours plus abrupte, et forme , sur son sommet, un large plateau horizontal, qui sépare la vallée profonde du Nil de celle de Fayoumé. En descendant du Satd , on aperçoit les premières pyramides sur le bord de ce plateau ; on n’en voit d'abord que quelquesunes près de liashour, mais bientôt leur nombre augmente , et enfin, près de Saccarah, elles dominent l'antique Memphis de leurs groupes gigantesques. Viennent ensuite les trois dernières, les grandes pyramides d’Abousir, qui couronnent la pointe la plus septentrionale de la chaîne libyque. Le canal de Joseph suit toujours de près la chaîne libyque, mais l'espace qui s’étend entre lui etleNil n’est plus que d’une lieue et demie; cependant le sol cultivable est toujours plus large ici que du côté de la chaîne arabique, où la vallée est très-étroite.
La chalncarabiquecst coupée ici par un grand nombre de gorgea transversales qui vont jusqu’à
la mer Rouge ; mais elles n’ont pas été visitée» encore, et, ça et là, on aperçoit un couvent de Cophtes à leur ouverture.
La llaute-Égypte et l’Égypte moyenne se rcs semblent donc en ce que toutes deux sont d’étroites vallées, au milieu desquelles le fleuve s’est creusé son lit. Elles s’étendent depuis l’IIe de Philæ jusqu'aux grandes pyramides, entre les 34° et 30* de lat. nord, ou, en comptant 13 milles géographiques audegré, la distance entre ces deux points est de 6 degrés de latitude, c’està-dire 78 milles géog. ; mais, en suivant les sinuosités du fleuve, on trouvera que son développement présente une longueur de 173 lieues (86 myr.) ou 108 milles géog. ; de sorte que les détours du Seuve composent un quart de son cours. Au delà de la pointe ou sont situées les grandes pyramides, la chaîne libyque tourne au nord-ouest ; le Mokattan se dirige à angle droit , vers l’est, immédiatement au delà de la vallée de l'Égarement, la plus septentrionale des vallées transversales qui conduisent à la mer Rouge.
Les deux chaînes, considérées du point où elles se séparent, forment un angle obtus d’environ 140 degrés, qui enferme une grande baie, au milieu de laquelle s’étend, jusqu'à la Méditerranée, le Delta de l'Égypte. C’est au sommet decet angle obtus que le N il se sépare en deux bras principaux, 6 lieues (23 kilom.) au-dessous du Caire, àl'endroit où commence la Basse-Égypte.
Les calculs etlessondages des savans de l’expédition française ont beaucoupcontribuéiinous faire connaître les rapports physiques et la formation du sol de cette vallée, dont dépendent l’histoire entière de ce pays et l’état actuel de l’Égypte. Nous donnons ici les résultats de ces expériences comme des documens historiques de la dernière importance pour l'histoire du fleuve et du pays, son produit et son œuvre. Les Français levèrent quatre sections transversales en des endroits où le fleuve a une largeur différente, à Monfulnut, Syout, Kern! et Esni (mars 1799). Ces expériences ont été faites avec un soin et une exactitude extraordinaires, et nous ne possédons, sur aucun fleuve du monde, des observations aussi précises.