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AVERTISSEMENT

Parmi tes cartes nombreuses qui ont exposé l'Afrique, celle de Berghaus, dressée d’après IUtter, nous parait la plus complète et la plus exacte que l’on puisse conseiller dans l'étude de cette partie du monde. On trouvera d’ailleurs

dans l'introduction une excellente critique sir l'autorité des cartes comme sources dans la gèo graphie , et ces indications précieuses sufiiron pour guider le lecteur dans l’emploi des travau: cartographiques.

INTRODUCTION

Dans l'introduction à an ouvrage qal a pour but de réunir en un corps intimement uni dans ses parties et plus scientifique les notions diverses sur la terre , il est indispensable, avant d’exposer le plan , la méthode et les sources, d’indiquer ce qui, dans celte science, a directement rapport à l'homme , car c’est ce point de vue qui donne A celte étude son importance et sa valeur.

Ce point de vue, qui touche les rapports de la nature à l'histoire, de la patrie au peuple , et surtout , de l’individu à l’univers , ne sera ici que légèrement indiqué, seulement pour attirer l’attention sur le but dernier de nos recherches.

L'homme moral, pour accomplir sa fin, l'homme qui veut agir d’une manière efficace , doit avoir la conscience intime de ses forces , connaître ce qu’il reçoit du dehors , ce qui l’entoure, et les rapports qui l'unissent avec ce qui n’est pas lui : toute association d'hommes, tout peuple, pour ne pas manquer son but , doit connaître aussi ses forces intérieures et extérieures, celles de ses voisins, et la place qu’il occupe au milieu des rapports qui agissent sur lui du dehors.

Des efforts aveugles, une volonté instinctive, ne peuvent donner A l’homme , malgré toute la tension et l’énergie possibles , celle puissance qui fait être, qui fait agir ; ce sont des efforts plus réfléchis , plus sentis , c’est l’accord de la volonté avec la force qui , là où la clarté s'unit à la vêrilé, se manifestent en actes èclalaus, sublimes et éternels. De même en présence de la nature, ce n'est pas la variété confuse de forces désordonnées , mais la contemplation de l’ordre et de la loi dans l’immensité et la force, qui font frémir notre Ame du pressentiment d’un Dieu.

Mais quelle est la véritable volonté de l’homme ; qu'cst-ce qui , hors de lui , répond à sa nature ; comment la volonté et la puissance se pénètrent elles réciproquement en s’exaltant? On ne peut résoudre ces questions qu’en descendant dans les profondeurs de la conscience, que par l'étude de l’homme et de tout ce que nous révèle l’histoire de l’humanité.

De même qu'un individu ne possède pas une aptitude universelle , ne peut réussir en tout , de même un peuple ne peut réunir tous les fleurons de la couronne du bonheur et de la gloire. C’esl un des caracleres de la nalure liu-

UTBODECTIOX.

mainc que, dans chaque lionmic , est déposée une aplilude spéciale au développement de laquelle il doit sa valeur; et il en est de même de chaque peuple. I.a grandeur morale de l'homme consiste dans le développement complet de cette propriété , comme aussi la grandeur nationale et l’originalité des peuples. Au-dessus des conditions du temps et de l’espace, spirituelle de sa nature, cette aptitude primitive éclaire et vivifie le présent comme l'avenir; scs rayons lumineux se projettent au loin sur toute la vie présente du peuple et sur les apparitions futures de l'histoire.

Un peuple, pas plus que l’homme individuel, ne peut se donner celte capacité distincte ; l’homme et le peuple ne peuvent qu’en conserver l'originalité , la pureté : elle relève d’une puissance plus haute que celle de l’homme qui passe et qui meurt. Tout ce qui dépend de lui , c’est de la reconnaître pendant sa vie; car s’il n'eu a pas la conscience , elle demeure sans efficacité en lui.

On ne peut reconnaître le caractère propre d’un peuple qu'en l'étudiant lui-méme dans sa nature , dans scs rapports avec lui-même, avec ses membres , avec ce qui l'entoure, cl comme on ne peut supposer un peuple sans gouvernement et patrie, il faut l’étudier dans ses rapports avec l'étal et la patrie, puis encore dans les rapports de l’état et de la patrie avec les contrées et les états voisins.

Ici se montre l'influence que la nature exerce sur les peuples comme sur l'homme individuel, mais à un degré plus élevé ; car ici des masses agissent sur des masses , et la personnalité d’un peuple domine celle de l'individu.

Celle influence a toujours été regardée comme un pointde recherches important pour l’histoire des peuples, des états et de l’homme, et on en a beaucoup parlé de nos jours.

L’action de la nature est simultanée , successive, et elle s’exerce plus en secret qu’au grand jour. La semence germe sous la (erre , et dans l'enveloppe du boulon est déjà préparée une

génération nouvelle. Ses rapports et son action sont partout plus profonds qu’ils ne paraissent , plus simples qu’ils ne semblent sous leur variété apparente , et ils s'étendent au loin , merveilleux et féconds. La puissance calme que la nature exerce veut une Ame aussi calme qu’elle , qui réfléchisse en elle tousses phénomènes pour pénétrer et comprendre ses lois.

Entre deux Ames qui se ressemblent , il ne faut souvent qu'un signe extérieur, un coup d’œil juste, un mol profond pour se comprendre, parce que l’on comprend facilement ce qui ressemble à soi. Mais la nature n'a plus aujourd'hui un rapport aussi intime avec l’homme que dans leg premiers temps du monde; elle est devenue pour lui un êlrc mystérieux , et elle ne veut se laisser considérer que dans les grands mouvements de ses forces, que dans l'ensemble de ses phénomènes. C’est alors qu'elle fait rayonner ta lumière cl jaillir la vie sur toutes les routes que l'ardeur de l'homme ose parcourir; son éclat est comme un aslcc éblouissant dont il ne peut saisir toute la splendeur; elle éclaire tous les rapports de cette création que nous nommons nature vivante et inanimée, et elle donne sur toutes les questions que nous lui adressons, et surtout sur l’homme, les premières solutions.

Ce ne serait donc pas un travail inutile que d’étudier, dans l’iiitèrét de I histoire de l’homme et des peuples , le théâtre de leur activité , la terre, dans sou rapport immédiat avec l’homme, c’est-à-dire, dans sa surface; de chercher à embrasser la vie et les formes de la nature dans tout leur ensemble , sous ce point de vue peu observé jusqu’ici ; de suivre la marche de ses lois géographiques les plus simples et les plus générales , dans scs formations inertes , animées ou vivantes.

La terre est indépendante de l'homme : avant lui cl sans lui elle fut le théâtre des révolutions de la nature. Ce n'csl donc pas de lui qu’émane la loi de ses créations. Si on veut faire la science de la terre, c'est clic seule qu'on doil interroger sur ses lois. Il faut èludier les monuments que

INTRODUCTION

la nature a élevé* sur elle , observer les hiéroglyphes, les déchiffrer et les décrire, lire son histoire dans ses accidents, classer ses formes d’après leurs caractères spèciaux ; il faut mesurer scs plaines, ses abîmes, ses hauteurs, iulerroger les savang de tous tes temps , de tous les lieux, interroger les peuples eux-mémes pour savoir ce qu'elle leur a révélé, ce qu’elle nous fait connaître d’eux. les faits qui résulteront de ces investigations, soit nouveaux, soit déjà recueillis cl puis oubliés, devront être rangés dans leur variété et leur unité en un tout que l’intelligence puisse embrasser d’un coup d'œil.

Alors, de chaque fait particulier, de chaque ordre de phénomènes, le résultat sortira de lui-même; la vérité en sera constatée par les accidents naturels et locaux, elle se montrera dans la vie des peuples qui les réfléchissent , et dont l'existence ou le caractère coïncident avec telle ou telle forme , telle ou telle loi de la nature. Car, d'apres l’ordre de la Providence , les peuples comme les hommes , produits d’éléments spirituels et physiques , marchent , sous l’influence d'une force de la nature et de la raison, dans la carrière immense de la vie du monde. Chaque organisme se forme d’après ses éléments intérieurs et ses rapports avec ce qui l'entoure , puis se manifeste dans une loi , sous une forme qui sont dépendantes l’une de l’autre, car ici rien n'appartient au hasard.

Ce n’est pas seulement dans le cercle étroit d'une vallée , d'une montagne , d’un peuple ou d'un état, c'est dans toutes les plaines, sur toutes les hauteurs, chez tous les peuples, dans tous les états, que se manifeste cette réciprocité de la nature avec l’histoire depuis le berceau du monde jusqu’à nos jours. Tous les peuples sont sous l’influence de la nature; quelquefois elle semble ne se manifester que sous un seul point ; mais il n'en est pas moins certain cependant que son action mystérieuse cl profonde s'exerce partout. Elle est, dans le monde de l'histoire, comme le Dieu longtemps inconnu, dans le monde religieux, qui, pour n'avoir

pas d'autels, n'en était pas moins présent partout.

D’abord on ne le reconnaissait , on ne l’adorait que dans les effets isolés de sa puissance; l’œil da l’homme ne l’avait pas vu encore. De même un jour aussi , peut-être , se terminera la lulte apparente entre les mille forces de la nature opposées , le nuage qui cachait son unité à nos regards se dissipera , et elle descendra dans la sphère de la science humaine.

Nous nous proposons de considérer les effets de la nature dans leur connexion et leur ensemble : celle tentative, quelque faible qu’elle soil, ne sera pas inutile avec celte foi dans l’avenir de la science ; c’est cette foi seule qui peut faire accueillir nos essais avec bienveillance par nos contemporains, car c’est elle seule qui peut donner la vie à nos recherches.

Ii n’apparlient pas à un seul homme d’accomplir une telle œuvre. Chaque homme qui peose apporte, par sa vie même, son tribut à la scicuce, pour l’avantage de la génération qui doit suivre. Tout ce que l’individu peut faire , c’est de se rattacher à ces efforts communs, avec la puissance qni lui a été départie, cl de chercher, dans la marche du développement historique , l’uoitè de la loi au milieu de la diversité des phénomènes.

Dans l'histoire politique et philosophique, la palme de la gloire est décernée à ces hommes qui , armés eux-mémes d’une pénétration puissante et d’un grand caractère , ont su , parlant du développement d'un seul fait, de la marche des idées et de l’histoire d’un seul être ou d'un peuple, ou d’une réunion de peuples , expliquer et éclairer la nature humaine dans ses faits , depuis ses profondeurs les plus obscures jusqu’à ses hauteurs que l’ou ne peut considérer sans vertige. Par la lumière qu’ils ont jetée sur la marche du développement propre d'un être ou d’un peuple, ils enseignent à tous les peuples du monde les moyens de parvenir au faite de la grandeur nationale el morale, et deviennent ainsi les prècepleursimmorlelsdu genre humain.

INTRODUCTION

Peul-êlre un temps viendra où des hommes , doués d'une force égale , embrasseront à la fois, d'un regard d'aigle , et le monde physique et le monde moral. De la totalité des faits de l'histoire du monde, ils pourront peut-être descendre du général au particulier, avec autant de sûreté que la politique s’est élevée du fait particulier au développement général de l’espèce. Peut-être, avec toutes ces données générales , pourront-ils prédire d’avance la marche nécessaire du développement d’on peuple dans une contrée déterminée qu’ils lui auraient choisie , et lui indiquer d’avance la roule qu’il doit suivre pour arriver au bonheur que la Providcnceèlerncllo réserve à chaque peuple fidèle à sa mission.

La découverte d’un tel but est la plus haute question de la science politique ; ce but ne nous apparaît indiqué, dans toute sa grandeur, qu'à travers les ombres du passé , dans les chants des prophètes dont le regard inspiré pénétrait à la fois dans la nature et dans l'histoire : le chemin que nous avons pris, et dont nous allons mettre le résultat sous les yeux du lecteur, peut servir de travail préparatoire pour nous rapprocher de ce grand but que nous avons perdu.

Cette route parait d'abord faire d'inunenses détours ; cependant elle s’avance assez directement du lieu de départ au point de vue proposé : et , si elle ne couduit pas jusqu’au dernier terme, les connaissances, les découvertes recueillies en chemin , ne seront pas du moins inutiles. Sans s’égarer au milieu de l'inimité de toutes les expériences, elle va pas à pas, d’expérience spèciale en expérience spèciale, elle sera comme une courbe exprimant la loi générale qui domine la variété des expériences et des phénomènes matériels , et les fait servir à un but plus élevé.

Il ne faut pas seulement prendre pour objet de nos recherches la loi générale d’une seule forme , il faut étudier la loi de toutes les formes organiques sous lesquelles la nature nous apparat! , soit en grand sur toute la surface de la

terre , soit en petit dans chaque lieu déterminé. Car , ce n’est que de l’ensemble de toutes les lois générales des types primitifs de la création vivante et inanimée, que l’on peut embrasser l'harmonie complète du monde entier des plié nomènes.

Si l’on ne peut séparer, dans la pensée, la race humaine du globe de la terre , de mémo l'individu , le peuple moins indépendant encore de la terre que l'individu, de même l’état enchaîné à la nature du pays , ne peuvent arriver à se comprendre eux-mêmes sans la connaissance de la place qu’ils occupent, et de ses rapports avec eux.

Ou , en d'autres termes , c'est l'accord entre le peuple et la patrie , entre la place qu’occupe le peuple avec la nature comme avec la vie humaine, c’est l'accord de la physique avec la politique qui , dans l'histoire du inonde, a toujours favorisé et avancé le progrès des peuples et des états.

Dans le temps présent , où cet accord ne jaillit pas de lui-mêuie, spontanément, du développement organique des peuples , comme il se montra autrefois dans les premiers âges du monde , il faut pénétrer la loi de cet accord , quaternaire éternel (1), et la faire descendre dans la conscience de tous, comme source immortelle de toute harmonie!

PLAN DE L’OUVIIAGE.

Toutes les fois que nous voulons étudier l'homme ou la nature , nous allons nécessairement de l'individu à scs rapports avec le tout , des phénomènes fortuits et apparents à la loi générale de l’être. De l’étude de l'individu ne ressort pas la connaissance du tout, si le tout n'est pas connu aussi. De même que la partie est formée par le loul , de même ce n’est qu’au moyen de la loi que le phénomène particulier

(I) Nombre mystérieux par lequel juraient 1rs disciple* de Pythagore.

INTRODUCTION

se détache de l’ensemble, et pent être considéré comme un, comme individu.

Ainsi ce n'est que par l’idée du système des soleils qu’on a pu comprendre la révolution cosmique de la terre , ce n’est que par l’idée de la terre comme planète ou globe qu’on a pu comprendre l’ordonnance de ses parties ol leurs rapports entr’elles.

Quand une telle nnitè dans l’idée s'élève au degré d’évidence , l’ordre dans la variété en ressort comme de lui-même. Quand , au contraire , on ne fait que rechercher l’unité , qu’on ne peut même que s'efforcer de l’atteindre, on n’arrive que difficilement et imparfaitement à reconnaître la loi dans la variété. A

Ainsi la reconnaissance de l’équilibre des forces attractives et répulsives du globe , dans la direction de son axe, a conduit à admettre une telle loi par rapport au nord et au sud de la terre , et cette loi s'est bientôt laissée calculer et prouver mathématiquement. De l’opposition du nord et du sud , on a conclu une opposition de toutes les forces terrestres , dans la nature inanimée et vivante.

L’opposition de ces deux forces est caractéristique, elle se manifeste partout , mais toujours plus fortement du célé physique et dans les derniers degrés de l’échelle des êtres. Quoique moins apparente , elle agit cependant toujours , même sur ce qui a une vie spirituelle sur la terre.

Dans l'autre direction , de l’est à l’ouest , nous ne voyons pas eucore que ces forces terrestres soient arrivées au même équilibre , à la même fixité , à un point de pondération parfaite à l’est et à l'ouest. De ce côté, elles semblent encore à l’état do développement et de travail : dans sa révolution continuelle, la terre cherche peut-être encore dans l'espace son équilibre , son point de repos final.

Tout ce qui vil et passe sur la terre est compris bous cette influence d'un changement et d'un développement périodiques , qui se montrent , de la manière la plus évidente , dans la

révolution diurne de la terre. Seulement celle influence est moins évidente que celle d 1 sud et du nord , parce qu'elle agit plus fortement du cété intellectuel ; l’opposition d'orient et d’occident se manifeste plus aux degrés élevés de la création que dans la nature inorganique ; cependant elle agit toujours et surtout sur les formes fluides des éléments.

Il n’y a pas ici , comme au nord et au sud , un point immobile dans l'espace ; c’est un mouvement , un travail continuel qui, comme l’orient semble nous l'apprendre , entraîne l’humanité dans la marche de son développement ; on pourrait donc établir ici une opposition entre l’occident et l’orient, toujours mobile, toujours changeante, d’après les temps et les circonstances.

Nous ne savons pas encore si celte opposition , qui se manifeste par le changement dans !o monde intellectuel et non encore dans le monde physique , n'a pas pour cause le commencement d'une stabilité invisible à nos yeux; les deux grands conlincns dans les deux hémisphères en seraient les représentons; c'est dans l'Orient asiatique qu'il nous faudrait en aller chercher la force et l'énergie naturelles, car c'est de là que semblent partis l’impulsion primitive , le plus baut développement de la vie du monde. Mais, depuis que la découverte du Nouveau-Monde sur l’hémisphère occidental a fait connaître à l’ancien continent , qui s’était jusqu'alors divisé en est et ouest, sou véritable contre-poids sur le globe de la terre, l’homme a nécessairement changé la direction de ses idées, les a mises en rapport avec cette découverte ; les vues nouvelles qui eu résultent doivent naturellement trouver place dans une étude scientifique de la terre.

Le monde physique a toujours existé comme un tout formé par la tension réciproque de certaines forces entre le nord et le sud , l’est et l’ouest, mais ce n’est que depuis la découverte de l’Amérique que l'homme a pu le saisir ainsi. C'est depuis lors seulement que , par son oppo-

INTRODUCTION

silion au nouveau monde de l’ouest , ou a pu comprendre l’aocien monde de l’est dans ses rapports avec lui , et chacun d'eux ensuite dans ses rapports particuliers.

I.cs grandes parties de la terre apparaissent alors au regard de l’observateur, comme autant de tous plus on moins séparés par la nature , et que nous pouvons considérer, en général, comme les grands individus de la terre ; nous porterons d’abord nos regards sur l’ancien monde.

Le soleil se lève à l’est , et , dans sa conrse triomphale, décrit un arc tumineux à travers le midijusqu’auxeontrées lointaines de l’ouest: ainsi ce grand rapport cosmique qui émane du soleil, source de la vio du monde , nous donne dés l'abord la première division naturelle de la surface de la (erre.

Là-bas est l’Asie, celte partie de la terre dont le mot orient exprime , dans le plus haut sens, le caractère essentiel : ici en Europe est son opposé, roccidenl. Toutes les parties de la nature et de l'histoire, tous les temps en tèmoi. gnent , ici c’est l’occident (occidere) ! Si , en observant plusprofondèment, on aperçoit en tr’eox quelque réciprocité, quelque point de ressemblance, ce ne sera qu'une exception subordonnée , quoique toujours importante. Non-seulement ces contrées et leur ciel, leurs animaux et leurs plantes le répètent; la voix de tous les peuples l’exprime dans la marche de leur civilisation et de leur hisloiro , dans leurs chants , leurs religions , leurs philosophies et leurs langues.

Un homme de génie a dit avec vérité : « Les « peuples do l’Orient et de l'Occident se tournent a le dos les uns aux autres : les uns regardent « le matin , le levant ; les autres le couchant,

« le soir; ceux-là restant fidèles aux antiques « traditions du passé ; ceux-ci cherchant tou- « jours, à travers un changement continuel s des formes de leur existence , un avenir mys-

« tèrieux que leurs désirs appellent, a

Entre les peuples de l’Orient et ceux de l'Occidcut repose l'Afrique , au sud , 'a face tournée

vers le radieux midi : l’Afrique . le Soudan ( I ) delà terre, au-dessus de laquelle le soleil plane uniformément depuis le commencement jusqu’à la fin de l’année.

L’Afrique, terreardente, sans les magnifiques et changeantes merveilles du malin et du soir , sans la lutte et le triomphe alternant des ditfé. rentes saisons depuis le printemps jusqu'à l’hiver, sans le contraste de cello marche ascendante et dccendaole du passé à l’avenir I lt ion de lotit cela ici ne vient donner la vie à la nature et à l'imagination humaine , et jamais ici l'eifet des oppositions dans la nature et dans l’homme n’éveille et n’agite le pressentiment d’nnc éternité et d’un monde meilleur!

Chez nous, le salut consolateur du matin et du soir est une jouissance , un besoin du coeur pour chaque homme , et même pour le pèlerin le pins fatigué du voyage ; mais , chaque jour , l'heure monotone et aride du midi vient enlever le bonheur, l’illusion et l’espoir. Aussi les peuples du Soudan , toujours en possession du midi étincelant , sont comme enchaînés à un présent qu’aucune tradition du passé n’embellit , qu’aucun souci de l’avenir ne tourmente, qu'aucune espérance n’emporte sur les ailes de l'imagination, dans l'infini.

Le nord de la terre nous présente une opposition frappante. Là il n'y a ni coucher, ni lever; un brillant et chaud midi ne plonge pas , comme au sud , dans une molle indolence; la chaleur n’allume pas do passions brûlantes. Sous l’étoile polaire, autour du pé’ urè, le nord de la terre s’étend immense, plan et coupé dans tous les sens : il rappelle le dot*aiue de la nuit, qui remplit de son obscurité et décore de sa splendeur et le monde et l’imagination de l'homme. Ici le jour . pour ainsi dire ,

tout entier avec le cortège "arié qui l’accompagne; il ne brille que pour un instaDt , météore passager d'une nuit éternelle.

(1) Voyez , pour l'explication de ce mot, tir. I, S - * , rcmarq. 23.

IBTROmiCTlO».

Cette loi cosmique se répète de la même manière sur l'hémisphère occidental da globe, dans le domaine du nouveau monde océanique , mais seulement sous une autre forme. Voici la raison de cette différence. Ici , sur notre hémisphère oriental et continental, l’atmosphère doit tenir son caractère principal de sa grando sécheresse; li, au contraire, planant sur la surface immense de l’Océan, elle est plus saturée de parties d'eau , surtout dans le voisinage de la terre. L’eau , comme élément sur la terre , efface partout l’individualité. Aussi l’ensemble des formes de la terre présente des oppositions moins nombreuses, cl la masse entière du continent s’unit en un groupe uniforme. Ce n’est que plus tard qu’on pourra comprendre ce monde nouveau en l’étudiant dans son opposition avec l’ancien, qui est venu de si bonne heure , avec sa civilisation toute faite, se mêler ici au travail de la nature „ soit pour l’accélérer, soit pour le retarder.

Nous commencerons par étudier l’individualité de ces parties , par rechercher leurs formes primitives , pour passer ensuite à la position qui leur a été assignée dans le monde par la nature ; il sera plus conforme à la marche du développement des ditférens rapports , d’aller toujours du simple au composé. C’est dans cette route seule que brillera aux yeux de l’observateur le rayon lumineux qui éclairera la nalure jusque dans scs labyrinthes les plus cachés.

Dans l'étude de la nature inorganique, les grands maitres sont toujours partis de l'attraction centrale, comme plus simple que l’attraction polaire , do l'élit d aggrègation par opposition aux affinités Mimiques; dans le règne végétal ils passe)». J à ('cherches sur les formations cryptogames • dans le règne animal, de l'étude des polypes et d'autres organisations encore plus simples , aux êtres plus compliqués; dans l'élude de la vie, ils expliqueront les facultés composées , par le moyen des facultés plus simples ; de même ici, dans la des-

cription des fortpes extérieures de la terre, nous devrons aller du plus simple au plus composé.

L’Afrique , comme forme solide, le contioent par excellence , le Soudan de la (erre, situé dans le midi , siège de l’uniformité , se présente à nous comme la plus simple. Ses côtes sont partout régulières , les plateaux, les plaines sont assez généralement divisés ; sa surface est très-peu variée. Cette uniformité delà nature dans tontes ses parties, se reproduit dans les plan-, tes , les animaux et dans l’homme : l’Afrique ouvre donc avec raison le champ des observations que nous avons consacrées à l'individualité des parties de la terre.

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