PREMIÈRE PARTIE
Les formes solides ou les parties de la terre.
Les formes solides composent la première partie de cette géographie générale comparée, dans laquelle on exposera d’abord l'Afrique, l’Asie, l'Europe, pu<s les autres parties. Nous parlons de l'ensemble de l'univers : de là nous arrivons au plateau qui nous apparaît , du dehors, comme une ruine du monde primitif, quoique fermé à l’intérieur par la force qui l’a créé ; il s’élève au milieu de chaque continent en hauteurs isolées, ou en une seule élévation qui donne à toute la partie du monde son caractère et sa forme , comme si les surfaces plus basses n’étaient composées que de ses membres détachés , et parsemée de ses débris épars. Les fleuves nous font descendre par d’immenses degrés jusqu'aux plaines ; ces degrés ou (errasses sont fortement dessinés sur toute la surface de la terre par des cataractes, par les accidens que présentent les cours d'eaux , lorsqu'ils sont plus rapiJes et plus resserrés entre leurs rives.
Les plaines s’éteudeut immenses comme des intermédiaires entre les plateaux et l'Océan ; tantôt elles tiennent au plateau de leur continent par des chaînes el des groupes de montagnes et de hauteurs ; tantôt par des terres
INTRODUCTION
humides et basses, des bancs de sable, des chaînes et des groupes d’Iles voisines, elles semblent relever plutôt de l'empire de l’Océan.
Il nous faudra étudier et déterminer de la manière la plus exacte ces trois formes principales et leurs combinaisons, dans leurs dimensions perpendiculaires et horizontales, comme dans leurs qualités caractéristiques , car elles sont les formes constituantes de la terre.
Si nous voulons nous tes représenter comme te substratum da toute la création animée, il sera nécessaire de considérer leurs rapports et leurs linéamens , tels que les a dessinés la plastique de la nature.
On ne se contentera pas de les exposer ici dans leurs limites géographiques extérieures. Des travaux excellensen ont déjà suffisamment donné la connaissance : nous les présenterons dans leur position caractéristiqucavec l'univers, e'est-à-dirc avec la nature et l'histoire de l'humanité. Les parties du monde viendront sc placer dans notre ouvrage, comme Soudan de la (erre, comme contrée du malin et contrée du soir, comme nord de la terre , comme nouveau monde enfin dont la découverte a fait de tout l’ancien monde un orient pour celte nouvelle terre du soir.
Quoique le Soudan de la Lybie et de l’Êlhiopie ne soit pour nous aujourd'hui que la moitié de cette partie du monde appelée maintenant Afrique , c’est pourtant toujours, dans l'histoire de la terre ci de la civilisation humaine , la moitié la plus importante de ce grand individu de ta terre dont nous allons nous occuper. Nous observerons aussi les rapports dans les dénominations des autres parties du monde.
Ainsi, ce qui caractérise la nature géographique s’unit immédiatement à la nature historique des parties du monde. L’histoire et ta géographie (c’est ce qu’on prouvera dans la suite) se rencontrent sur te même point, comme unité, et non par hasard, sur le théâtre de l’ancien monde de l’histoire.
Le nom d’ancien monde ne convient , dans le
sens propre, qu’à nn espace restreint de la terre, et il lui appartient avec droit ; car c’est là que s'est manifesté tout ce que nous connaissons déplus grand, de plus beau dans l'histoire, depuis la sagesse antique de l’Inde, jusqu’à l'apparition des peuples de race Germanique.
Quant aux contrées qui se sont trouvées hors du grand mouvement historique du monde, (elles que les extrémités septentrionales, méridionales et orientales de l'ancien continent , le nom de nouveau moDde leur conviendrait avec autant de raison qu'aux terres océaniques de l'hémisphère occidental de la terre.
Passant de l'idée de l'ancien monde connu au nouveau monda inconnu qui y tenait par une adhésion continue, on a bientôt considéré ce dernier comme faisant partie de l'ancien monde, par opposition au nouveau monde, découvert dans le même temps, mais séparé de l’ancien par la mer.
Mais souvent des contrées sont plus exactement unies par la terre. Dans la suite de nos recherches, te uouveau monde sera tanlét pins restreint, tantôt ii pénétrera jusque dans l’ancien monde , et de même , des contrées à qui la nature avait préparé leur place dans l'ancien, nous paraîtront déjà passées ou près de passer dans le nouveau monde.
Nous terminerons ta première partie de ce travail en caractérisant chaque partie de la terre d’après scs formes premières et essentielles, leur influence sur la nature cl sur l’histoire, les combinaisons, les rapports réciproques qui résultent de sa position vis-à-vis du monde , afin d’embrasser d'un coup d’oeil ta variété infinie et l'immensité du tout.
DEUXIÈME PAItTIE.
Le> formes fluides ou les êlcmens.
Les phénomènes de la nature perdent ici presque toute individualité; mais pour cela les formes fluides des élèmens ne s’en présentent que sous des rapports plus généraux.
INTRODUCTION
tl
Celle dènomlDalion n’cst pas prise dans l’acception scientifique et chimique , mais seulement dans l’acception ordinaire, ou plutôt dans le sens qu’on lui donnait autrefois, et tel qu’un simple regard jeté sur la nature l’avait enseigné. Les anciens physiciens ne regardaient les formes fluides, mobiles et générales de leurs élèmcns que comme les représentas des forces do la nature : quaol à nous, nous considérerons les élèmens dans leur extension caractéristique et uniforme, dans leur activité, tels qu’ils se présentent sous la forme d’eau, d’air, de chaleur, de fou , mais moins limités que les autres corps, sur la surface de la (erre.
Ils agissent d’après les lois mécaniques de l’expansion , de l’impulsion et de la gravitation, de tout temps, et de la même manière. Ils nous apparaissent dans l’économie de la uature, comme des agens, des moteurs infatigables, aux mille bras, toujours occupés; ils unissent les profondeurs de la terre à sa surface avec les deux , le sud avec le nord , l’est avec l'ouest et, par leur médiation, les parties de la terre exactement limitées et profondément séparées entr’elles , sont ramenées à un harmonieux ensemble.
C'est l'eau dans les océans , les mers , les fleuves et les airs; c’est l’air comme enveloppe générale de la terre ou atmosphère ; c'est aussi cette partie de l’atmosphère modifiée par la surface de la terre et de la mer, et qui, par son contact avec elles produit les accidens du climat. C’est le feu enfin daus les entrailles de la terre; toujours vivant , se propageant de lui-même, il va toujours rongeant, au-dessous de nous, l’écorce de notre globe ; on n’a pu encore observer là son action ; quelquefois seulement il s’échappe par sa propre force ou à l’aide de celles qui lui sont soumises , ébranle la terre , et apporte trop souvent au monde le désastre et la mort.
Ces trois formes fluides, dans un mouvcmeul éternel , enveloppent et pénètrent le globe : sans frein en apparence, elles sont cependant
contenues dans des bornes infranchissables, par la loi la plus sévère , et ce n'est que dans leurs grands rapports avec le monde qu'on doit les observer. C’est alors seulement qu’on pourrait suivre la marche régulière de leur course incertaine et fortuite en appareuce, c’est alors seulement qu’on pourrait saisir leur influence continue sur la nature inanimée et vivante.
Cette action des élèmens, calme, régulière, souvent invisible et mystérieuse, pénètre plus profondément dans tous les êtres , mérite assurément plus d'être observée que les inomens passionnés , pour ainsi dire , et plus rares où , brisant leur équilibre, ils se livrent à leur terrible furie ; ils peuvent alors étonner pour un instant, épouvanter l’homme par leurs suites, mais ils n'ouvriront pas à ses regards le laboratoire mystérieux de la nature.
Les formes des élèmens fluides pénètrent en hauteur et en profondeur tout le globe de la terre, et c’est cela qui fait voir lenrhaute importance pour la connaissance du monde. Depuis les formations les moins développées et les plus inertes jusqu'à l’homme, on a plus recherché cette importance dans ses effets généraux que particuliers. Cependant Hippocrate, dans l'antiquité , guidé par l’observation et l'expérience, en a esquissé les principaux traits avec beaucoup de clarté, en traitant des rapports du climat avec la constitution politique d'un peuple.
Ces élèmens sont en même temps, par leur mobilité continuelle, comme )o medium qui unit tous les corps organisés et inorganisés de la nature. Ainsi, l'eau nous apparaît , non-seulement dans la géologie et la vègètaliou , mais encore dans l’histoire des animaux et des peuples, comme la première causo de développement, dans les vallées arrosées par les fleuves, sur les côtes des mers , jusqu’à ce qu’elle unisse le monde par l'océan.