ML. COU» D*OEIL RÉTROSPECTIF
les travail* plus anciens. De même que la construction et l’entretien du système de canaux ont donDë naissance il de puissans états, de même aussi l’abandon de ces importons travaux a changé plus tard en marais le sol des anciennes villes. La contrée de Memphis, par exemple, qui florissait du temps d'Hérodote , h une époque où Tbèbes était déjà tombée , n'était plus qu'un désert inculte, lorsque s’élevèrent les villes arabes de Fostat et du Caire. L'abandon des canaux détruisit peut-être plus de villes dans la Basse- Égypte que les invasions les plus terribles de peuples dévastateurs.
De même que le Nil porte ses eaux du sud au nord , la culture du pays et la civilisation de scs habitai», suivant toujours le cours du fleuve, s’avancèrent de plus en plus au nord vers le Delta.
La première colonie égyptienne des prêtres de Méroé est probablement Éléphanline : le premier grand état fut la Thébalde et Thèbes dans la Haute-Égypte. Plus tard , sous la brillante période des Sésostrides (1) , le Delta qui, avant eux , était encore un pays marécageux , borné par des steppes de sable , s’était couvert de campagnes fertiles et de bosquets de dattiers : alors Memphis, située a la bifurcation du fleuve, devint le centre de l’état égyptien . et c’est la que s’élevait le grand temple de Phtha. Sous Psammélique. Sais prit h son tour le titre de capitale, et c’est alors que l'achèvement du système des canaux appela dans le Delta la plus haute civilisation égyptienne.
Lorsque la résidence des rois et le centre de l'état se furent avancés plus au nord, h la limite même du pays, lorsqu'ils se furent établis dans le port d'Alexandrie, li l’embouchure du fleuve, la vallée du Nil perdit entièrement sa primitive originalité. Les Ptolémées , le commerce d'Alexandrie arec les Indes, sa navigation , ses arts et ses sciences, tout cela n’est plus égyptien; et. sortant alors du caractère exclusif de l’Égypte, nous entrons dans l'histoire générale du monde.
La vallée du Nil était seule le siège d’états puissamment assis : des deux côtés, la terre, que le Nil ne fécondait pas de ses eaux, restait éternellement déserte ; et , comme aujourd'hui encore , elle était la patrie de peuples nomades et pasteurs. Dans l’étroite vallée du Nil se développa la fleur de la civilisation , pendant que tout autour régnait la barbarie.
(I) Dimlurf, I, p. 67, il Browiir, vr»v., p. 173.
Sa fécondité couvrit le solde peuples et d'états; elle pouvait nourrir une immense multitude d'hommes , et leur donnait même du superflu pour leurs voisins. Aujourd'hui encore, malgré l'état de décadence où l'Égypte est tombée , les rives du Nil sont très-peuplées et couvertes de villages. En remontant du Caire h Assyout , on compte, pendant huit jours de navigation, cent soixante villes ou villages sur la rive orientale et deux cent vingt-huit sur la rive occidentale; mais il en existe encore un grand nombre qu’on ne peut pas découvrir , parce qu’ils sont au loin cachés h la vue (1). Le produit de la terre est toujours assuré dans la vallée du Nil, et sa vente aux indigènes et aux étrangers est plus lucrative que dans toute autre contrée. Les caravanes apportaient aux habitans de l’Égypte les choses qui leur manquaient, et les villes situées sur le Nil devinrent les marchés du commerce des peuples de deux parties du monde et des nations les plus diverses. L’Égyptien n’abandonnait jamais les rives saintes de son fleuve.
Les débordemens réguliers de ce grand fleuve rendirent plus facile , et peut-être aussi plus prompt que dans toutes les autres contrées h nous connues , le passage de l'état de peuple chasseur, nomade et pasteur à la vie agricole.
La certitude de la récolte dépendait des débordemens périodiques du Nil, et ce fait modifia le genre de vie de tous les habitans de la vallée; c'était la condition nécessaire de leur conservation et de leur bien-être. Ce fait exerça aussi une grande influence dans le développement de leur religion. Chaque noine avait sa divinité locale ; mais tous les Égyptiens adoraient en commun Osiris , symbole du Nil qui féconde , et Isis , symbole de la terre qui porte les fruits. Le soleil, la lune, la terre et le Nil recevaient dans tous les nomes les mêmes honneurs et le même culte. On croyait que celui qui se noyait dans les eaux du Nil avait été enlevé par la divinité , et sa mémoire était sacrée (S). Tant que le Delta , formé par les alluvions du Nil , ne fut pas h l’abri de l'envahissement des Rots de la mer , les dieux nationaux de l’Égypte combattirent le terrible Typhon, symbole de la mer orageuse (5); mais , après que les hommes eurent inventé les arts et les
(1) Drowne, Tra*., i». 124.
(2) Utru-JiHu, II, c. 00.
(3) Ibid., 144.
AFRIQUE, SYSTÈMES D’EAU ! Ht* DIVISION , § 89.
sciences (Sésostris), ils continuèrent le combat contre le Typhon de la Libye, l'ouragan des sables , jusqu'il ce qu'enfin ils cédèrent à cet antagoniste éternel.
L'observation et le besoin développèrent, à l'occasion du retour régulier de l'eau du Nil, la connaissance de l'année, de sa division, du calendrier (le labyrinthe avait la disposition d'un calendrier, et était un calendrier monumental ) , de l’astrognosie et de l'astronomie (1). Les propriétés sur lesquelles reposait le bienêtre des individus, se trouvant recouvertes de nouveau tous les ans, le besoin de les reconnaître fut la cause de l'invention de la géométrie (S) et des sciences mathématiques. On ne doit pas s'étonner si l'art de bâtir en général et l'architecture hydraulique qui en est la partie la plus difficile, se développèrent ici dans toute leur perfection, car la religion et la vie civile leur donnaient en même temps un noble caractère et une haute importance.
L'époque de l’inondation troublait annuellement le repos du pays et renouvelait le sol; ce qui était consacré b une quiétude éternelle devait donc être placé en dehors de la contrée exposée h la mobilité des eaux ; aussi on plaçait les catacombes et les tombeaux hors de la vallée habitée, dans les flancs de la chaîne libyque , luin de l'influence des eaux. U , du moins , les morts pouvaient continuer leur vie en paix dans leur silencieux amenlhès , séjour de l'éternel repos , Vhadàa des Égyptiens.
L’année ramenait deux fois la vie en Égypte sous une double forme ; la saison où les terres étaient à sec était l’époque du travail et de la récolte ; dans la saison opposée, l'Égyptien vivait sur les eaux, et l'inondation était pour lui l'époque de l’espérance , du mouvement et de la joie.
La saison de la sécheresse entraînait l’Égyptien sur tes terres. La facilité de communiquer d’un lieu h l'autre par eau rendait inutiles les routes de terre ; aussi n'en exista-t-il jamais d’importantes le long des rives du Nil. On n'a trouvé qu'une seule trace d’une grande route b la frontière de l’Égypte, près des cataractes de Philæ; probablement une route fut tracée en ce lieu, parce que le fleuve est impraticable b des bateaux chargés.
(I) Hérodote, i*. 82.
(a; llild , r. 100.
Hérodote nous assure (t) qu’une navigation activeservait de communication entre toutes les villes et les villages; et les grands fleuves de l’Asie, de la Chine et de l’Inde nous présentent seuls un mouvement aussi animé. Les marins formaient une caste b part ; des barques innombrables, des bateaux de transport couvraient les eaux du Nil sur lesquelles il fallait naviguer douze jours pour aller de Syène b 1a mer.
Les grands blocs de pierres , les colosses , les obélisques ne pouvaient être transportés que par eau des carrières à leur destination. De petits temples monolithes (8), faits d’un seul rocher étaient transportés ainsi d'Eléphantine b Sais, quand même il aurait fallu pour cela 8,000 marins et trois années de temps. Le temple de Minerve, un de ces db*M* f»cv*dii8av, avait 81 aunes de longueur , 14 de hauteur et 8 de largeur. De vrais temples flottaient ainsi sur le fleuve , et nous en voyons souvcntl’imagedansles hiéroglyphes des temples où sont représentées tes processions sacrées.
A l’époque de l'inondation, l’Égypte était, pendant la moitié de l’année, un vaste pays flottant au milieu d’une mer, comme la ville de Venise. L’originalité de cette contrée prenait alors un caractère plus frappant. Les cités s’élevaient , comme les lies de la mer Egée , au-dessus de la surface des eaux (3). A l’époque des pèlerinages et des fêtes, des processions de barques parcouraient le pays, allant de ville en ville au son des instrumens, au chant des cantiques, et le nombre des Égyptiens, hommes et femmes réunis surces légères embarcations , s’élevait quelquefois jusqu'b 700, 000.
Le changement des choses et le cours des siècles ont donné b l’Égypte actuelle, et surtout b l’homme qui vit dans cette vallée , un caractère tout différent de ce qu’ils étaient autrefois ; cependanlla plupart des traits principaux qui résultent de l’influence du fleuve, sont restés les mêmes, en tant qu’il produit encore les mêmes effets qu’autrefois, ou dumoins n'ont pas encore entièrement disparu,
1* vallée du Nil et le Delta ne se changent plus comme autrefois en une mer d’eau douce ; b peine le littoral qui avoisine la mer est-il encore immédiatement inondé par le Nil (4). La
fl) Hérodote, II, c. 08 fl 07.
(2) Ibid., c. 175.
(3) Ibid., Il, c. 97 *1 81).
(4; Drowne, Trar., p. 052.
Ml. cour D'OKIL &ÉTEOSFECTIF.
plu» grande partie des eaux ne coule dans le Delta que par des canaux, et de là se répand dans les champs à l’aide demachines. Cependant la rille du Caire prend encore aujourd'hui un nouvel aspect, lorsqu’on coupe la digue qui retient les eaux , et Ie4%raves sectateurs de l'islamisme se livrent alors, au moins pendant quelques jours de fête, à l’expression de la joie la plus vive. Quoique le» dominateurs actuels de l’Égypte soient d’anciens habitons du désert qui appartient exclusivement à une nature aride et sans eau , cependant le Nil exerce également sureux son antique puissance. L’Égypte est surtout animée et vivante A l’époque du débordement. Alors soufflent, à l'époque de la plus grande chaleur, les vents rafralchissansdu nord, à la faveur desquels les barques remontent le fleuve avec sûreté et promptitude. Les marchands du Caire se rassemblent dans la Haute-Égypte, autourd’Assyout, la capitale, pour envoyer de là leurs caravanes parcourir le Soudan, à l’ouest ou à l'est. Partout se manifeste alors une vie moins naturelle aux autres saisons de l’année. Les barques flottent couvertes de feuillage, aux
chants joyeux desmariniers pendant que lèvent enfle leurs voiles et leur fait doucement remonter le fleuve. Un des Européens , le moins susceptible d’enthousiasme, qui fit deux fois ce voyage , nous dit que la barque égyptienne est alors la plus frappante image du bonheur qui nous souritau moment le plus favorable de la vie.
Le centre de l’Égypte moyenne est le Cai&e entouré des fameuses et puissantes pyramides (1). Ses monumensetses rapports actuels, toujours cbangeans, nous sont connus dans ces dernières années par des relations presque journalières, aussi exactement queceux d’une ci té européenne. Aussi nous n’avons pas cru devoir nous occuper de la description de cette ville, et il nous a paru plus convenable à notre but de nous arrêter davantage à ce qui demeure toujours, et à ce qui est eu même temps la condition et la cause de toutes les particularités.
(t) Grobert, teacrlpllnn tel Frrnltei.— solionl, Vor., U, s. 41t. — rorkln, Clarke, Bavirea, tenon, etc.