‹ Geographie Generale CompareeChapitre 220 sur 293 · I.VS.SE-ÉUIVTE. ALEXANDRIE. H A H LOTI DE · texte numérisé non relu

I.VS.SE-ÉUIVTE. ALEXANDRIE. H A H LOTI DE

que le «aille puisse êlre chassé plus loin , h l’est, il oppose une barrière aux sables de la Libye et protège ainsi la vallée dn Nil contre leurs enrahissemens. Les vents de l’ouest ne peuvent donc chasser dans la vallée du Nil, située plus bas, que le sable placé sur le plateau de calcaire, de 14 lieues de largeur. Il y aura par conséquent une époque où l’Égypte sera de plus en plus délivrée du danger d’être annuellement couverte de sable. Andréossy croit cette époque très-prochaine , car il n'y a plus que très-peu de sable mouvant sur le plateau, sur le sommet duquel les gros cailloux et les roches calcaires sont presque entièrement h nu.

3. Côte d' Alexandrie et de Mariout, ou ancienne province Maréotide. — On comprend aujourd'hui, sous le nom de Bahyreh (Bahhry, c'est-à-dire les pays bas) (1), le pays égyptien, situé à l’ouest du Delta et borné par la côte d’Alexandrie. Il se compose en grande partie de l'ancien nome Mariotis, le Mariout actuel, et n'est séparé par aucune limite précise du désert de Libye, du pays des tribus arabes indépendantes , au sud-ouest . et de la contrée des oasis voisines. Aussi les Égyptiens donnaient-ils à eette partie de la Basse-Égypte le nom de IYiphaiald), appellation queles Grecs ont désignée par le mot Libye. Nous voyons dans Hérodote que les habitons de la Maréotide consultèrent l’oracle d’Ammon pour savoir s'ils faisaient partie des peuples libyens (3).

Nous avons montré plus haut comment cette partie de l’Égypte est en communication avec le Nil par le canal de Bahireh et celui d'Alexandrie. Le dernier mérite toutefois que nous le considérions de plus près.

Avant d’avoir été agrandi par Mohammed-Ali, pacha d'Égypte, \ecanal d'Alexandrie commençait à 1,210 mètres au-dessous de Rahmanyeh sur le bras de Rosette; ce n’est là qu'un fossé de 13 h IB pieds de largeur. Mais il s'élargit ensuite, et l’on y voit encore les traces d’anciennrs , constructions : ce sont des édifices demi-circulaires (4) qui présentent une largeur de 210 pieds, et servirent probablement dans l'antiquité de lieu d'abordage aux bateaux du canal. l)e telles constructions font croire qu'il y avait une

(1) clwnpolllon, 11. p. 0.

(2) ISM., p, 260.

(3) m'rodute, II, p. 18.

(4) Ijocrelet Chabrol, «Cm. sur le canal il'Alelaudrir, rj. r. rtv. ut, p. i80.

grande affluence de barques alors qu' Alexandrie étrit le grand emporium du commerce des Indes. Là est située la ville actuelle de Damanour , l’ancienne Hermopolis-Parva , en cophte Timian-Hor, la ville de Horus (1). A partir de là, la contrée environnante présente partoutdes traces de destruction; quelques milles plus loin, le canal a une largeur d’environ 60 pieds ; la plaine baisse ensuite, et le lit du canal est plus élevé qu’elle; mais à une demi-lieue d’Alexandrie le lit du canal est de nouveau plus bas que la plaine. Le canal s'avance ensuite tout près d’Aboukir, sans jamais conserver la même largeur,, puis il se dirige en longeant le lac du côté d’Alexandrie où il se décharge dans la mer au pied d'une colline de décombres. Le grand avantage de ce canal pour la ville a été , jusqu'à présent , de lui amener de l’eau douce et potable dont elle manquerait sans lui. On y conserve de l'eau douce dans 308 citernes qui étaient autrefois au nombre de 360; lorsqu'elles sont remplies, on permet de couper les digues pour laisser l’eau douce arriver aux habitons du voisinage. Comme Alexandrie n’a pas d'autre provision d’eau, ce canal a été de tout temps un moyen puissant pour s'assurer de cette capitale. lorsque Dioclétien assiégeait Alexandrie , il Ht couper les aqueducs, et la ville fut aussitôt forcée de se rendre; d’autres conquérans se servirent du même moyen après lui. L’eau du Nil n’arrive à Alexandrie par ce canal que dans les grandes inondations. L’inondation devient ordinairement sensible (2) à Rahmanyeh du 10 au 20 juillet, et les eaux n’entrent qu’au mois d'aoùt dans le canal d'Alexandrie. Les nombreux détours du canal fout qu’elles mettent un mois à le parcourir , et qu'elles n'arrivcutquele 20 septembre à la ville; mais elles commencent à décroître dès le 5 octobre, de sorte que ce canal ne serait navigable que vingt à vingt-cinq jours dans toute l'année.

Avant la fondation de ce port par Alexandre , nous n'avonsaucune donnée sur l’existence d'un canal qui aurait conduit les eaux du Nil dans la province Maréotique; l'irrigation avait probablement lieu au sud près de la ville de Marea, car ce lieu est nommé dès le temps d'Ilérndote. Le canal d’Alexandrie a donc été probablement creusé à l’époque de la fondation du port, et Strabon (3) nous donne quelques renseignement

(1) l bampoilion, lî, i». 2Ô0,

(2) > aucrct et n 187.

(3) «riboa, XVII, p. 403. «-d. Tiscti.

sur ce fait. De son temps, on pratiqua plusieurs canaux dans le lac Marêolique; mais il parait qu'ils se sont convertis aujourd’hui en un seul canal, et c'est pourquoi , sans doute, il fait de si grands détours. La contrée, mise ainsi à sec, est devenue une solitude déserte; tout est inculte aujourd'hui là où, au moyen Age, du temps d’Aboulfcda, s'élevaient de délicieuses campagnes. Quatre ponts unissaient les deux rives du canal, seulement dans le voisinaged’Aiexandrie, témoignage du grand mouvement commercial qui existait alors. En effet, cette contrée devait présenter un tout autre aspect, lorsque le canal de Suer était encore en fonction, et que les barques chargées de marchandises de Suer arrivaient au Ml par l'ancien canal des rois, et du Nil à ce grand port par le canal d'Alexandrie. Depuis longtemps, ce canal forme la seule communication de la ville avec l'intérieur de l’Égypte: mais il avait été longtemps négligé .et l’irruption des eaux de la mer l'avait presque entièrement détruit. Après l'époque d'Aboulfeda, la mer avait déjà brisé le bord du lac d’Aboukir, et lorsque, eu 1801, les Anglais faisaient le siège d’Alexandrie, ils coupèrent la digue du canal, et les eaux se précipitèrent aussitôt du lac d'Alumkiretde la mer méditerranée dans l'ancien lit du lac Marêolique.

Les sarans de l’expédition française avaient déjà formé le projet de rétablir le canal ; le nivellement (1) des huit premières lieues de son cours à partir de Rahmanyeh donna une pente si forte que l'autre moitié du canal ne peut pas eu avoir une semblable. U» dépôts annuels de limon sont naturellement beaucoup plus considérables près de Rahmanyeh que près d'Alexandrie. Pour le rendre navigable trois mois de l’année, les Français avaient fait un projet dont l'exécution devait coûter 2(3,000 fr. ; il aurait fallu quadrupler la somme pour y entretenir la navigation pendant toute l'année.

Le pacha Mohammed-Ali mit à exécution ce projet. Les bancs de sable , devenant toujours plus forts à l’embouchure de Rosette (2), interdirent entièrement la navigation , même aux bateaux plats , pendant les quatre mois de l'hiver de 1817; de sorte que la communication par eau avec le taire était devenue extrêmement dif ficile : le pacha fil alors construire une chaussée

(1) Uncrcl cl Chabrol, p. 192.

(2i Burcklmdl, Tri»,, p. I.XXXV. — BcUunl, Vo y II, P. ISA.

entre Rosette et Alexandrie, ahn de transporter I>ar terre les marchandises de ces deux viiler. Bientôt, sur la proposition du commerçant anglais Brigg, il résolut de rétablir le canal ; selon une lettre de Brigg, au mois de mars 1819, 28,000 Fellahs devaient travailler à cet ouvrage comme autrefois les Israélites pour les Pharaons.

Nous avons indiqué plus haut la direction de la côte sur laquelle est situé le port d'Alexandrie. Elle s'étend en liasse chaîne de roche calcaire du sud-ouest au nord-est, en ligne droite, à partir des côtes de Libye , depuis la tour des Arabes (Taposiris ) jusqu’à la crête d'Aboukir, Elle est continuellement fouettée et battue du côté de la mer par les violentes tempêtes du nord-ouest et par de terribles hrisaus ; aussi elle a toujours été exposée à être détruite de ce côté (I). On remarque surtout ees ravages des flots près d'Alexandrie qui , après la destruction de Carthage, était avec Rome la première ville de l'antiquité par sa population et sa grandeur; ses catacombes, pratiquées le long de cette côte , devaient avoir une très-grande étendue , puisque Strabon les appelle la /V ecropo/is. Un grand nombre de ces catacombes paraissent de beaucoup anterieures à la fondation de la ville macédonienne , et appartiennent probablement (2} à cette suite de inonumens antiques qui bordent la côte de la mer depuis Carthage et Cyrène jusqu’en Égypte, et se prolongent sur la côte de Phénicie au nord, et à l’ouest en ülicie dans l'Asie mineure jusqu'à Tclmessus. La côle d'Alexandrie présente ainsi beaucoup de catacombes dout les entrées principales sont encombrées; mais on peut y pénétrer du côté déchiré par la mer où les flots ont fait de grandes ouvertures dans ces tombeaux souterrains. Sur l'clroile langue de terre sablonneuse qui s'étend au nord-est d'Alexandrie jusqu'à Aboukir , et qui est aujourd’hui si étroite qu'on l'embrasse d'un coup d’œil , s'élevaient autrefois l'une à côté de l'autre, trois cités que Strabon appelle A icopolis, la Petite-Taposiris et <'■anupetf); aujourd'hui elles tiendraient à peine sur cet espace ; la côte a donc subi aussi de grands changemens en ce lieu, et la langue de terre actuelle ne parait pas devoir opposer une longue résistance à l’envahissement des flots.

(1) Girat'il, fltuicrv., p. 207.

(2) Clark*, ira»., III* i». 270, 286, ^3) !Mrabon, XVII, p. 502, £ti. Tik-i»

BASSE-ÉGYPTE. ALEXANDRIE. MARÉüTIDE.

L'éditeur anglais de Strabon (t J essaya de prouver que Cauope s’élevait autrefois à l’emplacement de la ville actuelle d’ Aboukir. Les magnifiques ruines et les chambres souterraines dessinées par Denou ( torn. Il , pl. 8 , fig. 2) liassent pour les ruines de la Petite- Taposiris , et l'on croit que les bassins creusés dans le roc, et remplis aujourd'hui par les flots de la mer, étaient autrefois des bains. Girard retrouva les restes de Nicopolis (2). A quelque distance de là , on aperçoit dans la mer des fragmens d'architecture et de sculpture antique, des débris de colosses et les ruines d'un temple ; ces débris rappelèrent au colonel Squire et à Clarke (3) le promontoire Zephyrium où , selon Strabon , s’élevait autrefois la ville de Thonis. Mais peutêtre que ces ruines appartiennent aussi à ces quatre cents colonnes que le gouverneur karadja fit jeter dans la mer sous le régne de Saladiu pour dompter les brisans, protéger Alexandrie contre leur violence (4) , et rendre en même temps l'abordage plus difficile aux vaisseaux ennemis. Abdallatif assure avoir vu ces quatre cents colonnes que l'on brisa en plusieurs fragmens avaut de lesjeter à la mer ; elles étaient de granit comme la colonne de Pompée , seulement un tiers et un quart plus petites , et elles s’élevaieut auparavant autour de cette colonne géante. Le cillé occidental de la côte d’Alexandrie présente aussi les traces de celte irruption des flots dans les catacombes de la Nécropole; c'est là que se trouvent les prétendus bains de Cléopâtre creusés dans le roc , et où pénètrent aujourd'hui les vagues de la mer (3). L'Ile située près d’Aboukir et appelée Vile de Nelson depuis la victoire remportée par cet amiral , le 1" août 1798 , sur la flotte française, prouve, par les antiquités qui s'y trouvent, qu’une grande partie en fut autrefois abîmée sous les flots. Il est assurément très-difficile d'établir sur un tel sol une comparaison spéciale de l'état ancien et de l’etat moderne , car il est impossible d'observer et de mesurer avec exactitude des monumens enfouis sous les eaux. Nous avons réuni tous ces faits pour attirer l'attention sur ces côtes , où l'histoire et la physique se trouvent dans une lutte éternelle.

(II Mr.bo. èd. Oxford, not., p. t, 11, 31, 1135,

(2) fiinnlt oim-rv., p. 203.

(3) Clarke, Trar., III. p. 305.

(4) AlKlaltalir, Relat., dans 9ilve*tre de S*cy, p. 132. (6) Clarke, Trnr., ni, p. 305.

Parallèlement à la côte rocheuse d’Alexandrie, 9,000 pieds environ dans la iner, court une rangéed'écueils sous-marins, qui s’étend à partir de l'Ile Marabou , du sud-ouest au nord-est jusqu’au cap des figues qui se prolonge au nord-est dans la presqu'île de P/iaros. Cette chaîne d'écueils enferme l'ancien port d’Alexandrie à l'ouest de la ville , et ne laisse aux vaisseaux que trois passes pour gagner la mer. Le nouveau port de la Tille est situé à l’est de cette ancienne Ile de Pharos qti’Alexamlre unit au continent par une digue. Toute la côte septentrionale de celte Ile de Pharos jusqu'au cap des Figues (Bar-el-Tin) à l’ouest est aussi déchirée par les flots , et les catacombes de cette Ile sont mises à découvert par la mer (1).

Les masses de sable se sont tellement amoncelées b l’angle intérieur de l'ancien port, contre la digue d’Alexandre, qu'il s’est formé en ce lieu un terrain nouveau sur lequel fut bâtie plus tard la ville turque d'Alexandrie. La même chose a lien dans le nouveau port de l’est, près du fort bâti vis-à-vis le phare, à l’endroit appelé le Pbarillnn ; les sables accumulés par la mer près dr l'Ileptastadium , ont formé la place qui sépare aujourd'hui la ville turque actuelle de la ville arabe du moyen âge , bâtie tout près de la ville d’Alexandrie.

Ces ravages des flots et ces changemens font que les deux ports d’Alexandrie sont privés d’un bon ancrage , le nouveau port de l’est est encore exposé aux vents du nord-est , et l'ancien port de l’ouest aux vents du nord-ouest. Comme Alexandrie est tout entourée fie déserts , le peu de sûreté de ses ports est pour elle un trèsgrand désavantage. Cependant le courant de l'ouest y porte les vaisseaux , comme celui de l'Atlantique les porte vers l’Angleterre et celui de l’Océan indien vers les grandes Indes : de cette manière la ville peut toujours être facilement approvisionnée , quoique l'entrée de ses ports soit aussi difficile aujourd'hui que du temps de Josèphe (2). Les tempêtes du nord-ouest qui régnent dans ces parages rendent l'abordage très-dangereux , sur cette côte plane , aux vaisseaux qui arrivent de la haute mer, parce que le sable blanc de la côte trompe souvent les marins, et qu'aucune marque ne signale de loin la côte , excepté la tour des Arabes à l'ouest , et

(t) Gir.rO, obierv., |>. 298.

(3) les», «.rr.lixr , p û. — VI. JuxerblU , Oc ju.i.ico, IV, c. i, i> 1304, ea. Huii.ud

près d’Alexandrie quelques groupes de palmiers et la colonne de Pompée. Josephe assure que le fanal du phare projetait autrefois sa lumière à 300 stade» en mer , et signalait ainsi de loin cette côte dangereuse aux vaisseaux que les vents et le courant du nord-ouest y portaient rapidement.

I.es observations que les naturalistes prussiens I7emprich et Ehrenberg (2) firent, en 1821, sur la côte d’Alexandrie , nous apprennent qu'elle se compose de grès rempli de fragmens de coquillages : ce grès est d’un grain très-compact près des catacombes , et d'un grain plus gros et plus faible près du cap des Figues ( Raz-el-Tin ). Dans le voisinage de ce dernier promontoire, le sable jeté par la mer ressemble exactement aux masses rocheuses et durcies qui surgissent il 18 pieds au-dessus du rivage, et portent les ruines d’anciens palais.

Cette chaîne de collines qui borde la côte se compose h l’ouest d’un grès jaunâtre , qui s’abaisse brusquement dans le lac Maréotis, forme un amas bizarre de décombres et s’élève à 30 pieds environ au-dessus du niveau de la mer. La môme espèce de roche s’étend au sud-ouest h une distance de neuf h dix lieues jusqu’il la tour des Arabes. Cependant on voit surgir, près de l’Ile Marnbou, sur la côte de la mer, une couche de grès blanc qui est souvent entourée de monticules de sable blanc comme la neige. Il alterne avec le sable jaune au bord de la mer, mais il a encore moins de cohésion que celui-ci, et les savans laissent incertain si le grès s’est décomposé ou si au contraire, le sable a formé, en se durcissant, ces roches compactes. Ces collines d'une blancheur éblouissante régnent surtout, à partir de ce point, le long de la côte libyque,etsontpresquedénuécs de toute végétation : on n'y voit çà et lb que de raresjoncs, des euphorbes, des spartes et des nitraria.

La province de Mariouth s'étend au sud et à l’ouest d’Alexandrie, c’est l’ancienne province Maréolique, appelée ainsi du nom de la ville de Ma rca etdécouvertepar l’expédition française. Le général Destaing y pénétra le premier au mois d’aoôt 1799 , et le général Friant s'avança ensuite jusqu’à la tour des Arabes torre dei Jrabi; après eux vinrent Chabrol, Lancret, et Cavalier qui découvrit les ruines de Marea. Lc-

(t) O’jprCi une communleeUon nunu&crlte, folio par le* acsueni cicn* et erofeiieun Ltchteaueln et tint.

père (1) donna ensuite un excellent mémoire sur cescontrées jusqu’alors oubliées. Les savans prussiens Uemprich et Ehrenberg , naturalistes distingués et élevés de Link et de Lichtenstein , ont fait, après les savans français, des observations importantes sur la zoologie, la végétation et la conformation minéralogique de ces contrées. Ces travaux nous ont été communiqués en manuscrits ainsi que ceux de l’architecte berlinois Liman, enlevé à la science par une mort prématurée. Ces savans accompagnaient , sous la protection du gouvernement prussien et de l’académie des sciences, le major-général Minutoli dans son voyage archéologique en Égypte . et leur intention était de pénétrer, dans l'automne de 1820, de la province de Mariouth jusqu'à Cyrène. Ils avaient déjà fait douze journées de chemin, et étaient parvenus, du 10 au 22 octobre, jusqu'au puits de Bir-cl-Gaur, à l'ouest de la tour des Arabes ; bientôt ils allaient atteindre la frontière de Tripoli, près de la haute montagne Ds/ubel-Gcbir, lorsqu'ils furent forcés de revenir sur leurs pas dans l’oasis de Siwa, d’où ils retournèrent à Mariouth par des routes jusqu’alors inconnues. On peut donc les regarder comme les premiers investigateurs de la Maréotide libyque. Ils étaieul accompagnés du professeur Scholz qui avait entrepris le voyage avec eux , en qualité de philologue et d’orientaliste.

Cette province de Mariouth (2)estaujourd’hui abandonnée et déserte; elle n’est visitée que par quelques Arabes nomades qui y errent pendant quelque temps de l'année avec leurs troupeaux. Les anciens comprenaient dans le nome Maréotique tout le pays situé entre la vallée des lacs de Natron (nomus Nitriotis), la mer , le lac Maréotis et les canaux de l’est. Le lac Maréotis qui s’étendait jusqu’à Taposiris (la tour des Arabes), vers le golfe de Plinthine, contenait huit Iles du temps de Strabon (3) , et était entouré de forts et de villes dont la capitale Marra donnait son nom au nome et au lac. Ses rives étaient fameuses par la culture de l’olivier et de la vigne. Alexandrie exportait alors beaucoup de vin à Rome. La ville de Marea existait déjà

(1) Gratlcn Lcpftre, Mém. sur ta partie occidentale de la province de Bahyrcb, connue anciennement sous le nom de nome Maréotique, Peser. de l'Égypio, Et. *od,, llv.ll, P. 1-18.

(9) Lepère, Hém., p. 7.

(3) «rabot», XVII, j». 827, éd. Ttagh.

lASSE-kCYPTE. ALEXAKDRIB. HARK0T1DE.

l>ienlongtemps(l)avanl la conquête de Cambyse. Dan» les premier» siècle» de l’ère chrétienne, ce nome éloigné fut habité par tin grand nombre de chrétiens qui s’étaient retirés dans le» déserts de Marea , de la Libye et de Thèbes pour échapper aux persécutions de» Donatiste» etde» Arien».

Les grands changemen» que le temps a produits dan» ce* lieux ne nous permettent de citer qu’un petit nombre d'endroit» dans cette solitude couverte de débris, entourée de déserts, et dont l’eau de la mer a rempli l’enfoncement du milieu en formantle lac Maréotis. Dès les temps les plus anciens, il n’y avait d’abord qu’un petit marais qui s’est prodigieusement agrandi depuis 1801 : lorsque les Anglais assiégeaient Aboukir au mois d’avril 1801, ils coupèrent la digue (3) du lac d’Aboukir sur laquelle passe le canal d’Alexandrie, et ouvrirent ainsi h la mer un passage dans les terres. Les flots se précipitèrent avec violence à travers le lac d’Aboukir dans le bassin presque desséché du lac Maréoti», et elle» coulèrent ainsi un mois entier avant desemettre en équilibre. Cette irruption des eaux inonda un grand nombre de campagnes, et près de cent cinquante» villages furent entièrement détruits. On rétablit plus tard la digue sur laquelle le canal d’Alexandrie conduit l’eau douce à la ville, et le lac Maréoti» fut de nouveau séparé de la mer. Les eaux amenées par cette inondation violente n’en séjournèrent pas moins sur les terres submergées ; elles purifièrent l’atmosphère des exhalaisons pestilentielles qui s’élevaient des lagunes de la Maréotide, et furent ainsi d’un grand avantage à la ville d’Alexandrie ; mais peu à peu le lac Maréotis reviendra à l’etat de lagunes desséchées.

La vallée du lac s’étend derrière la chaîne littorale et parallèlement avec elle , du nord-est au sud-ouest. Aujourd’hui, le lac s’avance, dans la dernière prolongation de l’enfoncement de la vallée, jusqu’à une demi-lieue d’Aboukir (Taposiris) (3), vers la tour des Arabe», l,es collines de sable qui le séparent de la mer , portent çà et là sur leurs pentes les premiers buissons de dattier» sauvages qui ont jusqu'à 13 pied» de hauteur et autant de diamètre. La cime de ces collines est entièrement aride, mais à leur pied méridional, près du bord desséché du lac salé Maréotis, croissent un grand nombre

(t) Hérodote, n, p. 18.

(2) Th. I.cgb, Narrai., p. 10.

(3j Manuscrit d'Ehrenberg cl (TDCfnpricb.

de buissons d'un pied de hauteur ; ce sont surtout des salicomies qui donnentà la surface du sol un teint jaunâtre , des slalicées et des salsoles, qui lui donnent une teinte verdâtre; les surfaces les plus nues du rocher et de la colline sont tapissées de lichens, surtout d'une espèce de parmelia blanche, qui couvre tout le sol et lui donne l’aspect d’une surface de neige. Aussi loin que l’oeil peut s’étendre du sommet de ces basses collines on n'aperçoit au sud que des plaines désertes et sans fin d’un gris jaunâtre ; la vue s’étend fatiguée sur ces immenses solitudes qui ne présentent pas le moindre accident, pas d'arbres, pas de broussailles, excepté quelques rares salsoles (salsola lelraffona ) (1).

La tour des Arabes, torre dei Arabi, appelée par les Bédouins, El-Amoud (3), c’est-à-dire la colonne, sert de marque de terre aux vaisseaux et aux caravanes qui voyagent sur cette frontière de l'Égypte et de la Libye. L'architecte Liman qui ne la vit qu'en passant, la prit pour un monument funéraire ; Lepère croit que c'est une tour élevée comme tant d'autres, le long du rivage libyen pour orienter les navigateurs. Elle a une base quadrangulaire sur laquelle est une pierre octogone qui porte une colonne.

A 3,000 pieds (3) de ce monument, du côté d’Alexandrie , on voit sur le revers d’une éminence, les fondemens d'anciens monumens, où l’on reconnaît facilement des marches maçonnées. Les Arabes appellent cet endroit Koum- Aboussyr , Bousir ; c’est assurément l'ancienne Taposiris de Diodore, de Strabon (4; et de Ptolémée , un tombeau d’Osiris comme nous en avons déjà vu un dans le Delta (voy. p. 377). Dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, c'était encore, comme du temps de Strabon, un lieu sacré où l’on se rendait en pèlerinage comme à Philæ. Les monumens voisins où l'on voit des débris de colonnes doriques, appartiennent trèsprobablement à l’époque de Justinien, car Procope nous apprend que cet empereur chrétien , contre lequel Alexandrie s'était révoltée, orna de bains la ville de Tapft-Osiris, (3) et y établit une curie.

(1) Manuscrit d'Ehrenberg et d'üempc ieli. l2) Lepète, Mém., p. 12.

(3) Ibid., p. 13.

(4) Mrabo, XVII, p. 520, éd. Trscb.

(H) Procop.u» de ÆdlOcilJ Jusllolinl. Venc»., 1729, l.b. VI, c. 1, p. 470.

AFRIQUE, SYSTEMES D*EAB : III* DIVIIIOX , S Î9-

La rangée de collines qui sépare le lac Maréotis de la mer, n'a en cet endroit que 5,000 a 3,600 pieds de largeur ; elle est remplie de grottes, de citernes ouvertes et de catacombes qui sont en même tempsles carrières d'où l’on a tiré les matériaux pour bâtir Alexandrie-

La formation de la contrée ultérieure, b l'ouest, rend très-probable que toute cette région a été peu b peu abandonnée par la mer; les vallées qui courent ici vers la mer en auraient été les extrêmes golfes. On trouve encore b l’ouest deux vallées (1) semblables au lit du lac Maréotis et qui ont la même direction et la même formation; la dernière et la plus occidentale serait, au dire des Bédouins, la prolongation de la vallée des lacs de Natron. Ces vallées se courbent toutes deux uniformément vers la mer. Les naturalistes prussiensqui les traversèrent y trouvèrent de grandes couches de coquillages effleuris pour la plupart et présentant les mêmes formes que ceux qu’on rencontre sur la bord de la Maréotide. Aujourd’hui ces deux vallées occidentales ne contiennent pas d’eau. Le petit plateau rocheux qui s’élève b côté de ces vallées, contient du grès semblable b celui de la Maréotide, et on trouve dans les galets rougeâtres et calcaires qui en couvrent la superficie, beaucoup de débris de coquilles , mêlées d’hélices fossiles , semblables aux hélices vivans actuels, qui rongent les buissons du désert.

Les voyageurs français découvrirent les ruines -de quatre villes anciennes (ï), sur la rive méridionale du lac Maréotis, b la latitude de Bousir (3Ϋ lat. nord), seulement plus b l’est. Elles s’élevaient près de puits maçonnés, b la distance d'une petite lieue l'une de l’autre ; on y voyait d'énormes monceaux de pierres, des fragmens de briques, des tours, des citernes, des catacombes, etc. Ces ruines répondent parfaitement b la situation de quatre villes que Ptolémée cite sous les noms de Cobii, AniiphiH, llierax, Phamothis (5). La contrée qui les entoure présente plus de sol fertile que de sable, et on reconnaît encore aujourd'hui leur ancienne culture b la richesse de la végétation qui les couvre.

Dans leur voisinage, un peu au nord, tout près de la rive méridionale du lac, est située la

(1) limitera. tlXlireiibcr* rl de Pemprlcb -, comparu terère, lia)., p. 14.

(S) lepêre, Sein , p. 15.

<3> rioieaiee, ïiv. IV, c. 5.

butte de décombres de l’ancienne Marea (1), découverte par Cavalier. On y voit encore les ruines d'une forteresse , entourée d’une double enceinte de murailles et garnie de tours ; quatre môles forment quatre grands bassins ou ports , remplis d’eau autrefois, et élevés aujourd'hui de 6 b 9 pieds au-dessus de la surface desséchée du lac. On reconnaît encore les restes d’une porte et de plusieurs rues; les môles sont construits en magnifiques pierres de granit et de grès, et ces travaux sont dignes de la capitale d’un ancien nome. Au milieu du bassin du lac , 3,600 b 4,800 pieds au sud-ouest de Marea, s'élève encore un monument très-remarquable, quia ISO b 180 pied» de longueur et 60 b 78 pieds de largeur; c'est très-probablement la prolongation du quai de Marea, dans lequel sont pratiquées des espèces de bassins, des docks, pour conserver les vaisseaux. On pouvait autrefois traverser la Maréotide sur une petite digue pavée , telle que les Arabes en ont élevé en ce lieu et en beaucoup d'autres lagunes, et revenir ainsi de ces ruines b Alexandrie par le chemin le plus coart. Depuis l'inondation de 1801, on voit s'élever de la Maréotide un grand nombre d’Iles formées par les terrasses des villages et des villes submergés. On peut donc prévoir que cette laguue redeviendra bientôt un marais pestilentiel, s’il ne survient pas de nouveaux changcmens et si le rétablissement de l’ancien système de canalisation ne vient pas convertir ces tristes solitudes en ces délicieux jardins qui paraient autrefois rancienneMaréotide. D’innombrables hordes de Bédouins virent aqjourd'bui sur ces confins du sol habitable, et ce sont elles qui empêchèrent les Français de pousser plus loin leurs découvertes en Libye (9). Les savans prussiens, bravant tous les dangers, pénétrèrent plus avant dans ce désert inhospitalier et étendirent le champ de la science sur le sol libyque, au péril même de leur vie.

3* Eclairci sseu eut.

Coup d’edi rétrospectif sur te 1YU; son influence sur r/iistoirc de l'homme.

Le caractère tout particulier des habitans de la vallée du Nil , la différence profonde qui les sépare des autres peuples avec lesquels le commerce les met cependant dans de continuels

(1) l epère, «ém,, p. 10.

(3) Ibid., p. 15.

MIL. COUP D'OEIL EÉTROSPlCTIf.

rapport* , le haut point où s'élevèrent leur civilisation , leur nationalité et leurs sciences ont , dis la plus haute antiquité , attiré sur cette contrée l'attention de tous les observateurs. Le développement si particulier de la nature humaine et de la vie publique et domestique chez ce peuple, l'a rendu pour les autres civilisations un peuble inintelligible comme les hiéroglyphes de ses temples, et a fait de son pays, pendant des siècles, la terre des merveilles.

Etudions en quoi la position physique de 1a vallée du Nil a pu contribuer b ce développement caractéristique du peuple. En considérant la particularité locale de ce système d’eauz, nous sommes frappés dès l’abord de sa profonde harmonie avec les phénomènes historiques dont il a été l’occasion et la cause. La position et la forme du système du Nil sont uniques comme l'histoire de ce peuple, séparées du reste du monde comme il l'était par scs castes, et elles ne se répètent pas une seconde fois sur toute la terre. S’il est vrai, comme le font présumer les recherches des plus savans historiens, que les premiers germes de la civilisation égyptienne ne soient pas indigènes et qu'ils aient été apportés de l’Orient, du moins le développement de ces premiers élémens appartient exclusivement b la vallée du Nil, sur laquelle nous allons jeter maintenant un coup d'œil.

Le Nil est le seul fleuve des tropiques du premier rang qui , doués de grands et périodiques débordemens , et présentant ainsi la condition la plus favorable pour la fertilité , soit entouré de deux eûtes , depuis son cours supérieur jusqu'à son embouchure, de déserts entièrement impropres à la culture. L'indus seul présente, sous ce rapport, une ressemblance éloignée avec lui. Le Nil est encore le seul fleuve des tropiques qui se décharge dans une mer méditerranée, c’est-à-dire qu’il est un fleuve non océanique.

Le Gange, l'indus, tous les grands systèmes d’eaux de la Chine et de l'Amérique sont des fleuves océaniques : leurs riverains sont destinés à entretenir de grands rapports avec le monde; l'Océan les appelle à une vie toute différente; il entraîne leur imagination dans les espaces immenses, infinis du ciel océanique, des plaines mouvantes de l’Océan dont le flux et reflux envoient leurs brises et leurs eaux à des centaines de milles dans les terres et étendent au loin sur le continent l’empire de l’Océan (voy. lesystème d’eaux du Gange, du Hoang-ho, du Mississipi.etc.). La roer pouvait être interdite à l' Égyptien comme

impure , sans , pour cela , mettre un obstacle à son activité.

Il n’y a aux embouchures du Nil ni flux ni reflux qui attire les regards de l’Égyptien sur l’immensité des mers et étende au loin le cercle de scs idées ; le seul phénomène qu’il y voit , c'est le débordement du Nil qui vient du continent et attire scs regards en arrière, là d’où semblent lui descendre la fécondité et la vie. L’activité des riverains du Nil était donc comme enchaînée à la forme étroite et bornée au sol ; la nature ne les invitait pas à franchir les limites du théâtre donné à leur activité. La barque ne fut pas pour eux un moyen d'arriver au vaùteau qui parcourt les mers et unit les mondes ; elle ne St , au contraire , que les attacher plus étroitement à leur sol, tandis que les grands.fleuve* ont produit partout un effet opposé , car ils séparent plus leurs rives l'une de l’autre que ne le feraient des détroits de la mer , et ils poussent le continent à se mettre en rapport avec le monde .

Ici ne se rencontrera donc pas cette forte impulsion de la nature qui, au moyen des grands fleuves, met en rapport le continent qui borne l'activité de l'homme avec l’Océan qui l'agrandit et l'en traîne sur ses plaines sans fin ; mais la force intérieure de ce peuple se trouvant concentrée sur l’espace resserré par la nature, dans lecbamp restreint de ses idées, développa avec plus de puissance l'élément particulier qui luiétaitconfié.

Le Volga et le Danube peuvent seuls être comparés au Nil par leur situation ; mais, sur leurs rives moins caractérisées et privées d'un débordement périodique, il ne s'est développé aucune grande civilisation nationale.

Aussi loin que remontent nos souvenirs, nous ne connaissons jusqu'aujourd'hui aucun peuple civilisé, habitant près d'un grand fleuve, dans l’histoire duquel la nature locale ait agi avec tant de puissance , chez lequel la patrie ait exercé une influence aussi dominante dans le développement de la vie intérieure et de la vie extérieure : nulle part, l’activité libre de l'individu n'a été plus étouffée : nulle part , l’individualité ne disparaît aussi complètement que dans les monumens qui nous parlent aujourd'hui de ce grand peuple. La nation égyptienne est le résultat de la nature de sa vallée ; elle est sortie du sol où elle resta enchaînée, comme les statues de ses dieux du porphyre de ses carrières.

Aussi, dans toute l’histoire de l'humanité , il ne se présentera qu’une seule civilisation égyptienne; car elle ne pouvait se rencontrer que sur

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AFHIQUE, SYSTEMES D'EAU : III' DIVISIOX, $ 29.

les bords <lc ce fleuve S la formation toute particulière ; et , dans une autre contrée de la terre, elle aurait dit revêtir un tout autre caractère.

Nous connaissons peu la nature propre du pays alpin du cours supérieur : les premières traces de civilisation nous apparaissent dans la Mésopotamio (1) du cours moyen ( Méroé et Sennaar) , comme dans tous les lieux où se rencontrent pareillement deux fleuves jumeaux parallèles.

Dans la Nubie moyenne et plus encore dans la Nubie inférieure et dans la Haute-Égypte , nous rencontrons, à partir de l'endroit où le Nil devient navigable, depuis les lies de Philæ et d'Éléplianline jusqu’à Denderah, et, plus bas encore, une suite non interrompue des monumens de ce peuple; leur nombre, leur grandeur gigantesque , la perfection et la magnificence de leur exécution, leur solidité, devant laquelle l'action îles siècles s'est arrêtée impuissante comme devant les rochers , leur assignent le premier rang parmi tous les monumens du monde.

Là s'élèvent les groupes de temples de Soleb , d'Kbsainbol, d’ibrim, de Derr , de Seboua , de Ltakkr; plus loin, ceux de Pbilæ, d'Éléphanline, d'Ombos , de Silsilis , d'Elilhyia ; là , nous avons vu encore le merveilleux temple d'Edfou, sur le toitduquel s'est établi un nouveau village arabe. Celte ligne de monumens se continue, des deux côtés du Nil , par Esné et Uermontis, jusqu’aux ruines de l'ancienne Thèbes , la ville des rois. Sur leurs ruines immenses, qui s'étendent d'une chaîne de montagnes à l’autre, s'élèvent une foule de villages arabes séparés les uns des autres par de grandes distances. Près de chaque ville , des édifices souterrains et des catacombes prolongent ces monumens jusque dans les entrailles des monts voisins.

Celte suite de monumens d’une simplicité sévère, d'une grandeur merveilleuse, ornés d'hiéroglyphes sur toutes leurs faces, qui s’élèvent des vastes plaines de sable dans une atmosphère toujours bleue et jamais troublée, se termine, au nord , à Denderah ou Tentyrah , par le temple d'isis , au plafond duquel est sculpté le fame.:x zodiaque. On ne rencontre plus an delà que les débris épars des temples et des villes

(1) l.’aulcttrt i|>rimc ccl accident géographique parte mot coitipoaC /.wiislromiantl , jujs compris entre deux fleuve; nous avons cru pouvoir transporter Ici, dans une acception *«n«rale, le mot Mftnpolomttj qui exprime une forme sem- 1*1 1 blc. *. ü. T.

dont les monumens sont engloutis par les sables du désert de Libye.

Ces monumens , d'une civilisation si particulièrement développée, appartiennent à un moment presque inconnu de l'histoire de l'humanité, moment dans lequel la dépendance des productions de tout un peuple avec la matière se montre si fortement qu'aucune des époques suivantes n'a pu en comprendre entièrement le sens , bien loin de pouvoir expliquer et ressusciter l’art qui les a formés , l'idée qui les a créés.

Mais les lieux où ils s'élevaient le proclament (1); ils ont été le centre d'nn peuple puissant, riche, hautement développé , dont l'unité colossale a disparu de la terre , depuis que les peuples, en se mettant en rapport, ont disséminé leurs forces , depuis que les nations ne se composent plus de quelques grands membres , mais d'individus détachés et indépendamment développés.

Si l'on descend le fleuve , ces monumens disparaissent de plus en plus , comme résultat d'un développement local : cependant ils ne disparaissent pas encore entièrement ; car vient alors le pays des canaux (2), dont la construction systématique excite encore l'admiration en présence de leurs ruines , et nous révèle leur antique importance. Ils s’étendent depuis la sortie de la Basse-Égypte jusqu’au rivage de la mer.

Dans le voisinage de la bifurcation du fleuve , près de l’antique Memphis, sont d'autres monumens, les monumens des morts. La s’élèvent, entre Ghizé et le Caire , sur une étendue de 8 milles, les pyramides géantes qui sc dressent le long du Nil , à 400 pieds de hauteur et plus, tantôt groupées , tantôt isolées. Elles surgissent sur le champ des morts , sur les roches remplies de tombeaux qui s’étendent au loin dans le désert de Libye. Le sable mouvant a déjà amoncelé contre elles ses vagues menaçantes, malgré les spbynx qui gardent ici, à l'entrée du désert, la terre des mystères. Les pyramides , telles que nous les voyons aujourd’hui , ne sont que les restes d'un nombre beaucoup plus grand que la barbarie du moyen âge a détruites.

Le Delta , qui doit son existence à une époque plus récente , ne nous présente que des monumens plus jeunes; peut-être aussi ce sol, soumis à des changctncns continuels, a-t-il englouti

(I ) u.crcn, l<kep. 3* Pd. II. [>. 507. (3) Cr.win, Tl»*., p. 122 cl 108.

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