PLATEAU DE L'ATLAS
l’ouest de l’Afrique (1). La prolongation des terres africaines, au delà du 30“, leur apparaissait, comparée à la péninsule andalousienne, située vis-à-vis, comme une véritable lie entourée de toute part d'un océan d’eau et de sable , et isolée de tous les conlinens (A).
Cette manière grandiose d’envisager une partie remarquable de l’Afrique nous parait fondée sur la nature même du pays, et nous lâcherons, autant que possible, de la conserver dans nos considérations; en effet, ce n’est pas une cbaine isolée comme on le suppose généralement, mais tout un système de hauteurs qui, sous le nom d'Atlas , s'étend ici le long de la Méditerranée jusqu’à l’Océan. Il commence près des golfes de la grande et de la petite Syrte, où il s'élève peu à peu , en vastes plaines jusqu’à Tunis. Au nord et au sud , du côté des plaines unies du Sahara, il se dégrade en plusieurs chaînes de montagnes basses, mais très-escarpées. A l’ouest, il se précipite dans le pays de Maroc et jusque dans l'Océan atlantique, et forme, en s’abaissant, ces plaines monlueuses, ces eûtes garnies de rochers et un grand nombre d’écueils qui rendent si périlleux les rivages delà Méditerranée , depuis Agadir jusqu’au détroit de Gibraltar (5). 11 n’atteint la région des neiges que dans l’intérieur du pays, entre les villes de Fez et de Maroc, où l'on aperçoit des cènes d'une hauteur prodigieuse.
La hauteur de ces cônes correspond parfaitement aux montagnes neigeuses de la Sierra- Nevada, située vis-à-vis , dans l’Andalousie et la Grenade. Les deux systèmes ne diffèrent que dans leurs dépressions. Le plateau d’Espagne a sa principale pente dans les vastes plaines de l’ouest, vers l’Océan atlantique, tandis que sa dépression vers la Méditerranée est beaucoup moins prolongée et plus escarpée ; en Barbarie, au contraire, les vastes plaines de la principale dépression du plateau se dirigent à l'est, vers la Méditerranée ; celles qui vont joindre l’Océan tout beaucoup plus abruptes.
Tout ce plateau de la Barbarie sedélache ainsi du caractère général de l'Afrique septentrionale. En effet, en supposant le canal de la Méditerranée desséché, on verrait, que le système
(1) Condé, Description deEipanoa, de Xerif Alcdria. Hadrit, lu-8«, 1799, p. 151.
(2) Ebn Baukal, daos W. Ouieley, p. 15.
(3) Jackson» Account of Marocco, p. 29. — P. Lapic, carte réduite de U mer ftédUcrraoée. Parla, 1808.
de l’Atlas se rattache naturellement à l'Europe par toute sa structure (1). Aussi les Arabes le vantent-ils comme la plus belle partie de l’Afrique (2) , et il leur parait d’autant plus admirable et plus parfait qu’il est habité par des blancs. On pourrait l’appeler le plateau de l’Afrique mineure , avec autant déraison qu’on appelle plateau de l’Asie mineure le système des hauteurs de cette contrée.
1" Éclaircissement.
Chaînes de montagnes limitrophes.
Depuis les Syrtes humides jusqu’à Tunis et au cap Bon , dans la direction de l’ouest à l’est, le bord oriental du plateau s'abaisse généralement, en vastes plaines sablonneuses et couvertes d’oliviers, dans la mer Méditerranée (3). Sa principale dépression est indiquée par le domaine du Wad-Jiddi et par le lac Lowdejah ( Eltudeah , Tritonis) qui, dans des temps plus anciens, correspondaient plus probablement avec la mer, puisque le golfe de Cabès (la petite Syrte ) s’étendait autrefois beaucoup plus loin dans l’intérieur (4).
De la pointe nord-est de cette côte , du cap Bon ( Ras-Addar), on aperçoit en face, lorsque le ciel est serein, les montagnes de la Sicile, situées à 1 S milles géographiques ou 20 tegoas (3). Ce cap, auquel les anciens donnaient le nom de Promontorium Mercurii, nous rappelle ici le souvenir de l’ancienne Carthage.
La limite sud-estduplateau est formée, d’après l’état actuel de nos connaissances, parles chaînes de montagnes de Ghouriano et par le llaroudsch noir (Harousch, selon Jackson, Aroudje, selon Langlès, Mon s Aler chez les anciens), situé au sud de Tripoli et à l’ouest de la grande Syrte (Sidra, golfe de Kibbir ou Kibli).
Les caravanes sont forcées de franchir ces monts, lorsqu'au lieu de suivre la roule de Mesurata (6), elles prennent la roule moutueuse du Fezzan à Tripoli. Les montagnes de Ghouriano (Guariano Gharyan) et de Misselat sont peu éle-
(1) Hetttiel, Obier v. in Appcndix, p. LXXXIJ.
(2) Léo Africanus, dans Lorsbacb, p. 2.
(3) Th. Sbaw, Trav. and Obicrv. rctatlng the lèverai paru of Barba ry. Luod., 2* édit., 1757, lo-4° p. 89.
(4) Ibid. — Renncll, Berod, Geogr. dans Bredovr, p. 679.
(5) Shaw, Trav., I, p. 89.
(6) Lucas In Proceedlngs of the as. et or Africa, i, p. 59. etc.
vées, et, quoique dépourvues de rivières , elles ont cependant des sources et sont couvertes d’oliviers et de riches pâturages. Elles sont habitées par des tribus pillardes d'Arabes, les H'ouled-ben-Soliman et les Benioled (Ben- Weled) qui, protégés par un pays peu accessible aux étrangers vivent indépendantes et libres à quelques journées de marche de Tripoli, et prélèvent des impôts h volonté sur toutes les caravanes qui traversent leurs contrées (I).
Au sud , les montagnes ou hautes plaines de t.houriano touchent aux rochers déchirés et déserts du Uaroudsch noir ( fions Ater ) (2) qui , s'étendant en rangées de quatre journées de largeur , conduit au sud-est dans le pays des Gararuantes (le Fezzan d’aujourd’hui , où l'on remarque encore un lieu appelé Germa) , et au sud et sud-ouest , h Gadamès ( Cidamu s ou Godâmes chez les anciens); le Ilaroudsch noir forme ainsi entre les terres habitables et l’océan de sable du Sahara, un (tassage pénible et redouté des caravanes.
2' Éclaircissement.
Principales chaînes du plateau.
Nous ne connaissons , jusqu'à ce jour , de tout ce système que les limites extérieures et quelques rameaux isolés; les nouveaux docuuiens ne nous apprennent rien sur la structure du plateau. Nous distinguons en attendant : le Grand- Allas, le Petit- Allas . I e Haut- Atlas, ouïe pays central et ses limites vers te Sahara , le Tell et le Biledulgerid.
1. Grand-Atlas. Chaînes limitrophes du côté du Sahara. — Plusieurs rangées de montagnes s’élèvent à l’ouest du Ilaroudsch et paraissent s'étendre dans cette direction jusqu'à la côte de l'Océan atlantique; elles portent différons noms qui cependant ne peuvent nous donner aucune explication sur leur structure. I.es indigènes Irsappellent Ay-I)uacal(Z) ou grandes montagnes , et depuis Plolémée elles ont reçu le nom général de Grand- Atlas, {Atlas Bagnus). C'est ce même Grand-Atlas dont plusieurs au-
(1) Boroemma, voy., Cd. Lancia*, I,
(2) Vilnius, Bitl.nil., V. c. 6.— Rcnncll, dans Borncmann, éd. Langui, I, p. 192,
(#1 Narnol, Africa, I, p. 8.
leurs disent que sa pente méridionale s’abaisse rers les vastes plaines du Biledulgerid, riche en dattes. Bien que ces mots supposent une rangée de hauteurs , on ne doit pas pour cela se représenter le Grand-Atlas comme une seule chaîne de montagnes cohérentes. C'est dans le même sens qu’il faut en général prendre tous les documens que nous ont communiqués sur le Grand-Atlas les géographes arabes , auxquels nous devons presque toute notre connaissance de ces montagnes.
Suivant Edrisi (1) , le plus ancien des géographes arabes , l’Atlas ( Mons-I.amta ) prend son origine à l’extrémité ouest, non loin de l'Océan, près de Souse (Sus ataksa, nomen ab extremo accidente totius Africce situ), els'étendà l’est, jusqu'à sa jonction aux montagnes de Kofousa , au sud de Caffé-Gahb, près du golfe de Cabès. De là , dit-il , il se dégrade dans les plaines de l'est , où il disparaît (de hinc in planitiem vergit et déficit umnino).
A Souse, province du Maroc, l'Atlas offre la saillie la plus occidentale de ce système , sous la forme d'une chaîne escarpée qui se dégrade presque à pic , dans l'Océan atlantique (2) , où elle forme le cap de Ger ( Bons Barcc. selon Polybe (3), Afernie chez les Arabes), au 50“ 58’ lat. nord. Ces hauteurs inabordables, rendant ainsi très-difficile l'entrée des provinces méridionales de l’empire de Maroc (Souse, Taroudant, etc.) , ont conservé jusqu'à nos jours l’indépendance aux Hedinous, leurs habitans. Sur les hautes plaines de cette branche occidentale de l’Atlas habitent les Edautenam (4), qui appartiennent aux tribus guerrières des Berbers , appelés ici Shellouh.
Au sud de cette saillie , qu’Hannon nous désigne déjà , dans son Périple , comme très-difficile à doubler , commencent tout à coup , à partir de la baie de Santa-Cruz ou Agadir ( Garguessem dans Léo Afric.) , les vastes plaines unies et sablonneuses de l'Afrique septentrionale. C’est donc avec raison que les Arabes appellent le golfe et le port d’Agadir, Bab-Saudan, ce qui signifie la porte du pays des noirs (3).
(1) Rdritl, Africa, II, Régla Sut titku, p. 40.
(2) Jackson'» Account, p. 7.
(3) Pline, pisl. nat., V, c. I, et Gosselin, dans Bredow , P. 55.
(4) Jackson*» Account, p. 18, 55.
(5) Abulfedæ, Geograpbia , In Butcbing’s Magasin, iv , p. 170.