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PLATEAU DE L* ATLAS

BlHAlQCE.

Chaîne littorale du côté du Sahara.

N’ayant pas reçu , dans ces derniers temps , de nouveaux documents sur la continuité du Grand- Atlas entre Souse et Tripoli , nous ne pouvons que répéter ce que nous ont dit A ce sujet Edrisi, Léo Al'ricanus, Marmot et la plupart des géographes. Il serait faux , à notre avis , de vouloir donner trop d'exleusion à ce plateau, et de prolonger le nom d’Atlas, à l’est, jusqu’aux frontières de l’Égypte, comme l’a fait Aboulfeda (1) , qui évidemment ne connaît cette contrée que par ouï-dire. Nous Déplacerons pas non plus, avec Léo Africanus (2) et Marmol , la limite orientale du plateau près du Gibbel-Meis (Jubel-Meyes), situé A l'extrémité des montagnes de Gcel (GO milles géographiques ou 80 leucas, A l'ouest d’Alexandrie, par 3 lu latitude nord et 41° longitude est); car on ne rencontre là que des rangées d’écueils qui surgissent de l’océan de sable, et au nombre desquelles se trouve le mont Eyre, sur la frontière méridionale du Fezzan. On aurait tort, comme dit Langlcs, de confondre ce mont Eyre avec l 'Eyre» ou Auras, situé près de Constantine, et que l’on regarde, A juste titre, comme une partie de I ’ Atlas habité par les Cabyles (3). En effet, on ne voit plus ici prés du Gibbel-Mei», ni chaînes de montagnes, ni aucune de ces fertiles hautes plaines qui caractérisent le plateau de la Barbarie et en font un vrai pays d’Alpes. — Le voyage de Délia Cella (1817) dans les golfes des Syrie» a pleinement couûrméce que l’on supposait depuis longtemps, savoir, que les montagnes de l est cl celles de l’ouest ne sout pas adhérentes entre clics (4).

Les Arabes mahomélans fs) ont l’habitude d'étendre l’Atlas , sans interruption , jusqu'à la Mecque , but de leur pèlerinage annuel ; Us l’envisagent, par opposition au Sahara, comme un tout cohérent, c’est-à-dire comme une chaîne littorale de montagnes , d’écueils, de rochers, qui les protège contre les dangers de l’océan de sable , et sur les bords de laquelle ils reuconlrent encore, de temps eu temps , des sources , des marais , des oasis et des stations agréables. Dans ce sens , les Arabes s'accordent parfaitement avec l’opinion

il) Abuired*,GtfOgraphia,lnBu»cblin'« Maguiu, IV,|i.l76.

(2) Léo Africanu», dau» Lonbacb, p. 40. — Maroiol, Africa, If P* 9.

(3) Oorncmann, Voy., éd, Langlès, I, p. 227. — Edrisî, Africa, éd. Hartmann, p. 239.— shaw, Trav., I, p. 69.

(4) Délia cella, Vlagglo da Tripoli aile frontière occidental! dell’ EgiUo. Genova, 1819, la-8°, p. 91.

(5) Brest, Hacbricblcn too Marocco, p. 79.

d’Hérodote (l). Cet auteur parle d’une rangée de hauteurs qu’il appelle un rivage élevé, un rempart contre le disert, et dont les bords , depuis Thèbes , sont habités par les Ammonieus, les Augiliens, les Garamantcs et les Ataranles.

Le grand d’Anville (2) démontra , il y a longtemps, toute la fausseté de cette opinion , qui admet une chaîne non interrompue, de l’esta l’extrémité ouest. Mais cet auteur tombe daus une erreur opposée , en réduisant retendue de l’Atlas à la seule chaîne de montagnes qui sépare les provinces de Fer et Maroc de Sejelmessa , TaGlet et Darah. Il se met ainsi en contradiction directe avec les géographes arabes , auxquels nous devons seuls notre connaissance de ces pays ; ceux-ci distinguent constamment un petit et uu grand Allas, bien que souvent ila ue les caractérisent que très-imparfaitement.

Nous pouvons encore bien moins nous en rapporter à l’opinion de» Grecs et des Romains ; car leur Allas , tel qu’ils nous le représentent, est entièrement fabuleux. Pline semble n on faire mention que pour relever la gloire des armées romaines , fui auraient aussi porté leurs aigles victorieuses au delà des défilés d» l’Atlas ; mais il ne dit nulle part comment ni de quelle manière les Romains avaient franchi ces montagnes.

Il nous parait ainsi prudent , pour prévenir toute confusion , de conserver les anciennes dénominations, et d’appeler Haut-Atlas, avec le nom indigène Daran, la chaîne occidentale, pour la distinguer du Graud et du Petit-Atlas.

â. Petit-Atlas. Chaîne littorale du côté de ta Méditerranée. — Nous devons notre connaissance de cette chaîne aux navigateurs des côtes, à la différence du Grand-Alias que les Arabes ont franchi les premiersdans leurs course* continentales. Ce n’est que longtemps après sa découverte qu’on lui donna, par opposition à la chaîne du Grand-Atlas, le nom de Petit-Atlas .

Suivant Strabon i3), le Petit-Atlas traverse la Marusie, et s’étend depuis le cap Kotèi ( situé a la sortie du détroit de Gibraltar, selon Scylax ) jusqu’aux Syrtes , absolument comme le décrit Délia Cella; il est , dit l’historien grec, habité, comme toutes les montagnes qui lui sont parallèles, d'abord par des Marusiens, et plus loin , dans l’intérieur, par la principale peuplade de la Libye, les Géluliens , dont le territoire s’étend jusqu'aux Syrtes.

(1) Hérodote, IV, C. 181 «t 184.

(2) iTAnvillc, Mémoire aur l’Intérieur Je l’Afrique, déni le» MCm. de l’Acad. royale des Inscrit»!., XXVI, p. 80.

(3) sir a bon, XVII. — Gosselin, daos Brcdow, p. 66.

Les géographes modernes n'entendent par le Petit-Atlas (1) que cette chaîne littorale peu élerée. mais escarpée et déchirée, qui s'étend depuis le détroit de Gibraltar, le long de toutes les eûtes de la Barbarie, à travers les états de Maroc et d’Alger jusqu'il Tunis. Cette chaîne se rattache, à l'ouest, au haut Allas de Fez et de Maroc; & l'est (S) elle court parallèlement à la côte, jusqu’à la province de Tiltery, située au sud-est d'Alger, et se courbe au sud-est, à partir de la chaîne du Jurjura. Cette courbe se dessine près des montagnes de Wannougah et de Jaité, auxquelles succèdent , jusque près du golfe de Cabès , à l’est, mais parallèlement à la côte, les montagnes de Weltad-Sélim, de Moustewah , d’Auress et de Tipasa dans l’état de Tunis.

Le dernier rameau, et le plus occidental de la chainedu Petit-Atlas, forme, à l’entrée orientale du détroit de Gibraltar, l’une des colonnes d’Hercule (Dp«*Xir* <rr*l«), le mont Abila-auxscpt-Crètes (3) , aujourd’hui le cap Ceuta , qui était, pour les anciens, la limite entre l’Océan (aô bis ora inter ni maris) et la Méditerranée. Hérodote cite déjà le cap Soloeis, à l’ouest (le cap Sparte! des modernes), comme la limite de la Libye. L’amiral carthaginois place ce même cap dans l’empire du dieu de l'Océan , auquel il éleva en cet endroit un autel pour implorer sa protection (4).

Le cap Ceuta s’appelle aujourd’hui dans la langue des Berbers, Jibbel-d'-Zatute ( le mont des Singes); il s’élève de la mer en rochers escarpés et occupe tout l’El-Garb, c’est-à-dire la province la plus occidentale du Grand-EI-Magreb (pays de l'Ouest).

Le petit-Atlas s'appelle aussi Errif (3), là où il traverse la province de ce nom (0); le Jibbel- Arif des Maures n’est sans doute qu’une modification du même nom (7).

A l’est, le long des côtes d'Alger , depuis le cap Mellila jusqu’à Tunis, le Petit-Atlas présente plusieurs rangées de coltines s’élevant d'une manière très-variée vers l'intérieur. Ces collines n'ont que de 4 à 000 pieds de hauteur et sont

(1) «armol, Africa, p. 13.

(2) $tuw, Trav. and Obier»., p. 50.

(3) Pline, BUl. nal., V, c. 2. — Uèrodoïc, U, c. 32.

(4) Rannon'ikiittenscbifTahrt, fostclln bel Brcdow, p. 18.

(5) Jackson*» Account, p. !.

(6j «armoi, Africa, I, p. 8.

(7) Hocrt, ftacbrlchten ron Marocco und Fez. Copenhague, 1781, ln-4«, p. 78.

presque toutes couvertes de forêts et d’arbres fruitiers. Elles sont iuterrompues çà et là par des pentes escarpées ou par des rochers nus, qui s'élèvent comme des écueils sur leurs cimes (1 ). L’élévation du Petit-Atlas n'est pas très-considérable ; et, suivant l'observation ducélèbre Shaw, elle égale à peine la hauteur des montagnes de sa patrie.

Tlem-san ou Telmessan, appelé à tort Trémézen, est bâti à l'ouest, sur le Maluvia, près de la première rangée de collines, celle qui s’étend jusqu'à la mer. Vers l’intérieur, toute la chaîne s'adosse, dit-on, aux plus rapides escarpcmens (2) du Haut-Atlas. Sur le revers septentrional est bâtie la ville d’Alger, entourée de superbes plantations d'arbres fruitiers de toute espèce, d'abricotiers, de pêchers , etc. ; l'agriculture n’y est pas inconnue; on y rencontre surtout des champs d’orge et d'excellens pâturages (3).

A l’est d'Alger jusqu’à Bone, la chaîne littorale devient toujours plus rocheuse et plus sauvage; Aboulfeda l’appelait déjà El-Adwah , c’est-àdire la hauteur (4). La côte , hérissée d'énormes rochers, s'avance en plusieurs saillies dans la mer, et forme, autour du golfe de Bone, le cap Rosso, non loin de l'Ile Galita, ainsi que les affreux écueils qui s'élèvent vis-à-vis la pointe méridionale de la Sardaigne. Les roches d'un grès noir et poreux (grès à filtrer), forment des milliers de grottes et de cavités, dans lesquelles les Buts de la mer s’engouffrent à grand bruit. Leur surface déchirée et crénelée présente aux vagues qui les battent éternellement des arêtes et des faces saillantes. Les grottes creusées par la mer s'étendent quelquefois jusqu'à un quart de lieue sous les terres, et le grès qui les recouvre ne semble soutenu que par les veines ferrugineuses qui le traversent en tous sens. Les bancs de grès, inclinés ici du sud au nord, se précipitent souvent presqu’à pic dans la mer : mais ils ontsansdoute leur principale direction del’ouest à l’est. Ces écueils s’étendent encore à l’est jusqu'au delà de Tabarca . du cap Néron, etc., où ils sont d’autant plus redoutables pour les marins, que leurs débris donnent naissance à une quantité de bancs de sable sur lesquels

(1) Shaw, Trav. and Obscrv., 2* itl, i.ond., 1757, in-4® r 5-

12) «armoi. Africa, I,p. 13.

(3) M»aw, Trav. and Obtcrv., 2 * éd., p. 20, 34.

(4) ibid , p. 40. — Poire», Voyage en Barbarie. Paris, 1780, il, p. 276.

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