PLATEAU DE BARCA
et enrichit la géographie d'un grand nombre de faits nouveaux et importans ; or , comme , pres- -que tous les anciens documens qu’on aurait pu comparer nous manquent, nous suivrons en tout .point la marche de ce voyageur , de l’ouest h l’est, nous contentant d’y ajouter le peu qui nous est parvenu des anciens , et ce que nous ont çà et là rapporté quelques marins. C'aurait été un immense avantage pour la science , si les naturalistes et les antiquaires allemands , se dirigeant d'Alexandrie vers l’ouest, eussent pu parvenir jusqu’à Cyrène.
Délia Cella (1) qui eut l'occasion de connaître plus exactement que ses prédécesseurs les rapports de l'état lripolitain à l'est , n'évalue qu'à 630,000 le nombre de ses habitans. Tout le littoral , depuis Tripoli jusqu’au golfe de Bomba , à l’est , comprenant , suivant ce voyageur , une étendue de 223 milles géogr. (900 miglien ), n’a qu'une population de 20 à 30,000 âmes , et l'on ne rencontre, jusqu'à Bengasi et Derna, des habitations fixes, que dans quelques endroits de la côte. Dans les immenses déserts qui entourent la grande Syrie , la sûreté des voyageurs est continuellement menacée; dans l'intérieur du pays , il n'y a plus ni maisons , ni toits ; on ne voit que des tentes de Bédouins. L’hospitalité n’est plus aussi exercée par les habitans de ces ■contrées qu'autrefois , et les voyageurs ne sont sûrs de leur vie et de leurs bagages, qu'entre les -limites étroites du rayon que les Bédouins habitent temporairement avec leurs troupeaux.
II n'est donc pas surprenant que depuis plusieurs siècles, ces contrées n'aient pas été visitées par les Européens. L'expédition que le pacha de Tripoli fut forcé d’entreprendre , en 1819, contre son -fils aîné, Xhamet-Karamalli, qui s'était révolté contre lui, conduisit dans l'ancienne Cyrénaïque une armée tripolitainede 10,000 hommes ; Délia Cella en faisait partie. Le fils rebelle avait été banni de Tripoli par son père, qui l’envoya, comme gouverneur, dans les provinces de Bengasi et de Derna, à la frontière orientale du royaume (2). A peine arrivé à sa destination, il se plaça à la tète de la tribu rebelle des Zoazi- Rédouins, qui, habitant prèsde la grande Syrte, se refusaient à payer le tribut à Tripoli. Le second
(1) Délia Cella, Vlaatio aa Tripoli dlSarticria aile frontière occidental) deir Sslllo, faito nel A. 1817, e acrlltoln leurre al aij. 0. Vivianl, prul. d! botanlca, etc. Gcnova A. 1810, ln-8’.
(8) Sella Cella, vla((lo, p- 20.
filsdu pacha, Bey-Ahmet, fut alors nommé commandant en chef de l'armée contre son frère révolté. Une ordonnance envoyée à tous leschefs bédouins {scàecher, plur. der/icicA) du royaume, prescrivait à un certain «ombre de Bédouins de se trouver sur la route que prendrait l'armée en se dirigeant de Tripoli vers l'est ; leschefs ou schecher devaient se rendre en personne à Tripoli, pour y recevoir le drapeau des mains du pacha lui-même. Les Marabouts ou saints de la résidence et du désert furent partout consultés et leurs demeures visitées eu route. L'expédition se dirigea continuellement le long de la côte, jusqu'à la frontière orientale du royaume ; le fils rebelle fut chassé et les bordes d’insurgés, partout où elles se montrèrent , furent massacrées ou dispersées. Telles sont lescirconstances extérieures qui déterminèrent la marche des découvertes de Délia Cella , qui accompagna Bey-Ahmet , en qualité de médecin.
1 . La côte depuis Tripoli jusqu’à la grande Syrie.— Cette côte est aujourd'hui moins inconnue des Européens qu’elle ne l’était autrefois, et les relations des voyageurs modernes ont, sous plusieurs rapports , complété nos anciennes données géographiques. A une forte journée de marche, au sud de Tripoli, les montagnes de Ghouriano (1) s'élèvent jusqu’à une hauteur absolue d'à peu près 1,300 pieds (300 mètres), se dirigeant dans une grande uniformité vers Test. Sur leurs sommets sont situés les villages de Ghouriano et de Tavarga, 4 lieues au sudd'Arar ou Orir, où se trouve la citerne de Ptolémée, arec des ruines remarquables (2). Ces villages forment l’apanage du second Hls du pacha ; l'abondance des dattes et la culture du séné {cassia senna ) et du safran en constituent la principale richesse. Le littoral jusqu’à Tagiura (32“33' lat. nord, 31° 1’ 16" long . est de file de Fer, selon Smith), couvert de bosquets d’oliviers et de palmiers , est arrosé par les wadis, venant de la partie méridionale de la chaîne de montagnes. Les hauteurs en avant de cette chaîne sont de vastes prairies , appelées turot (5) , qui , si elles étaient cultivées, offriraient aux habitans les plus riches dons de la nature.
Le littoral de Sibi (4), du côté deLebida, fournit d'excellent vin. Une quantité d'anciens puits
(I > Oetli cella. vlasslo, |>. 29.
(2) IhU.. p.82.
(3) IWH., p. ÏS.
(4) IblJ., p. 38.
taillés dans le granit et recouverts de superbes plateaux de marbre, ainsi que beaucoup de débris de murailles, témoignent de l'ancienne splendeur de cette contrée. Les ruines de Lcbida (Lebda-G fonde, Leptis-Magna) sont en partie couvertes de sable; les débris encore visibles aujourd'hui d’édifices somptueux avec des restes de colonnes de granit rouge et des décorations de marbre penthélique et de Parus, proviennent tous, h ce qu'il parait, des derniers siècles de l’empire romain; car, du temps de Justinien, qui y bâtit quatre églises, la plus grande partie (1 ) des ruines de l'ancienne ville romaine et sans doute aussi de la ville phénicienne étaient déjà enterrées sous le sable. Le capitaine Smith, qui visita ces ruines, y fitd’importanles observations; il voulut aussi chercher dans la direction du sud, une soi-disant ville pétrifiée (ï), mais il ne trouva qu’un misérable village, appelé Ghirrza , avec quelques huttes modernes , au 30” 37’ 30" lat. nord, 31* 18’ 50" long, est de l’Ilede Fer (3). Dans un Fossé gisaient des débris de tumbeaux et d’autres édifices d’une architecture grossière; les colonnes étaient sans socles , les bas-relief complètement usés; dans le voisinage était une ville sans eau, appelée Garatilia , qui paraissait n'avoir été qu'une ancienne station militaire servant de communication avec l’intérieur de la Libye. A quelque distance de là, au sud-est, Smith trouva dans une belle vallée, habitée par des troupes d'antilopes et d'autruches, un obélisque avec cinq tombeaux et plusieurs inscriptions. Ces ruines sont situées tout près de la route des caravanes, de Fezzao à Tripoli; tous les voyageurs venant de l’intérieur les admirent avec étonnement, et la plupart en font des descriptions exagérées et Fabulrtises. Ces récits, joints à l’histoire de Nardoun (?), auraient, suivant Smitb, donné lieu à la tradition de la ville pétrifiée, au suddeLebida. La renommée de cette ville merveilleuse en a même Fait un lieu de pèlerinage; les superstitieux y copient des sentences qu'ils récitent en y ajoutant des prières afin d’ob-
(1) Procoplus do ÆJIftcil» Justinlsnl. Vend., 1720, 1, Vt, P. 472.
(2) Triumvirat de Barbarie , par le P, Pascal Canto. Paris, 1657, p. 454, 473.— Paul l.ucat, Voyage*. Paris, 1724, 3 vol., H, p. 121.— Mercure de France, nui 1724, P. 258.
(3) capitaine \V. H. Stnylb, dan» Inh, Correspond. a»lronom , 1810, p .66.
tenir par là le repos des âmes des Musulmanpétrifiés.
A trois lieues à l'est de Lebida, le Cinifo au Wadi-Quaam, torrent rapide, mais souvent desséché, se précipite, par un lit de cailloux, vers la mer, Formant des lagunes et des marais près du capMesurata (cap Cephala), le Kingps ( )
d’Hérodote ( 1 ) ; son embouchure est au 32’ 33' 28" lat. nord et au 31’ 84' 20" long, est de lTle de Fer, d'après Smitb. Strabon fait remarquer que, pour mieux communiquer avec l'est, les Carthaginois bâtirent de longues murailles et des ponts par-dessus les marais du fleuve Cingphus (Ktwy.s) (2); Délia Cella (3) en vit encore les piliers au même endroit. Hérodote, en nous apprenant que ce fleuve descend des montagnes de* Grâces (3*^1™*), qui, par leurs superbes forêts, contrastentagréablcmentavec les plaines déserte» de la Libye, détermine en même temps (dans le* montagnes de Ghouriano) un point important pour les habitations des tribus libyennes dont il parle ailleurs. D’après Délia Cella, ces hauteur* n’avoisinent pas immédiatement la côte, comme l’indiquent généralement les cartes, mais sont , au contraire , comme le dît très-bien Hérodote, à 200 stades de la mer; aujourd’hui, comme du temps de l'historien grec , elles se distinguent encore par la beauté et la richesse de leurs forêts. La plaine, à l'est du Cinifo , est d'une fertilité extraordinaire ; elle renferme trois grands villages appelés Slites, et habités par des Juifs et des Marabouts : ces derniers par leur prestige de sainteté, se sont rendus les maîtres du pays et tiennent les Juifs dans une espèoe d'esclavage continuel. Ces villages n’étant pas situés sur le» bords de la mer , parce que le sable des dunes rend la côte inhabitable, sont restés jusqu’à cr jour presque Inconnus. La plaine est bien arosée, mais elle l'était sans doute encore mieux au temps d’Hérodote. Des débris de murailles, dispersés çà et là, témoignent encore aujourd’hui de son ancienne civilisation et de son immense population. Hérodote compare la fertilité de cette contrée à celle de Babylone, et donne à celte partie qui touche au Cinvps, la préférence sur toutes celles de la Libye, en ajoutant qu’elle rend trois cents pour un (4). Il vante aussi son sol noir et fertile ; de nos jours encore, dit Délia
(1) Blrodotc, IV, c. 175.
(2) Sir J Son, XVII, p. #83.
(3) Delta Cella, Vliggio, p. 47.
(4) Hérodote, IV, c. 199.
PLATEAU DE BAECA.
Cella, les palmiers et les oliviers y croissent d'eux-mêmes, sans soin ni culture de la part des indolens indigènes. Le sol fertile s'étend jusqu'à 6 milles, du cAtéde Mesurata, où le village de Zaulmaggio, éloigné d’une lieue du cap de Mesurata, se trouve situé au milieu d'un superbe bosquet d'oliviers et de palmiers d'où jaillissent une quantitéde fontaines vives. DucAté du nord, cet espace fertile est séparé de la mer par des dunes de sable. Non loin de là, près du capCefalo selon Strabon) est située la ville de
Mesurata (1), dont le nom a passé au cap. Jusqu’à ce jour, les cartographes ne sontpasencore parvenus à s’orienter sur cette cAte, et les données,d’ailleurs très-exactes des auteurs classiques sur ces contrées, par exemple de Strabon, sont encore inexplicables avec la plupart de nos eartes. La ville de Mesurata, quoique insignifiante par elie-mèmc , est , depuis longtemps , connue comme station descaravanes du Fezzan ; mais la communication est souvent interrompue par la tyrannie qu’exercent les Tripolitains, contre les bordes de Bédouins qui habitent ces contrées libyques. A l'est s'étend ledomaine de laGrande- Syrte.
2. Le littoral de la Grandc-Syrte (Syrtis- Magna). — Les trois pointes du cap Mesurata ont engagé Ptoléméeà lui donner le nom de Trierorum promontorium ; c'est là que commence, pour lui, la Syrtis- Magna (2). En effet, en venant de l’ouest, la vue embrasse ici, pour la première fois , e vaste golfe de la Syrte, avec scs affreux et monotones déserts (5) ; c’est un coup d'œil triste et sauvage qui vient frapper tout à coup les regards du voyageur. Une chaîne d’écueils défend aux marins de chercher, à l'abri de ce cap , un refuge contre les tempêtes. Le tombeau d’un Marabout ( Kasr-llamed ), est la seule marque de terre dans ces parages, lin peu plus à l’est, tous les marins ont soin de se tenir éloignés de ce golfe des naufrages. Le rivage plan et uniforme, empêche de distinguer lesdistances sur la mer, et c’est ce qui rend la navigation si périlleuse près de ces cAtes. Les anciens nous parlent beaucoup des dangers de la Syrte; Strabon surtout, ainsi que Pline et P. Mêla mentionnent un flux et reflux qui souvent entraîne la ruine des marins ( Tertius sinus diriditur in géminés duarum Syrtium, vadoso ac
(1) Oella Cella, Vlagglo, p. 54.
(3) Koléméc, IV, c. 3.
(3} Délia Cella, Vlagglo, p, 61.
reciproco mari diros) (1) ; et de là vient sans doute que l’on a dérivé le nom de la Syrte d’un motgrec qui signifie attirer (a (2).
Mais Délia Cella ne vit aucune trace de ce s mouvemens lunaires de flux et reflux, d'ailleurs absolument inconnus dans la Méditerranée ; les capitaines Smith et Lauthier (3) n’en font pas non plus mention.
Le nom de Syrte n'est pas seulement restreint au golfe dont nous parlons , mais il comprend encore tout le littoral désert qui l’entoure au sud , et auquel on donne encore aujourd'hui le nom de Sert, nom que Délia Cella prend pour une appellation indigène du désert ( desertum ) ; chez les Arabes, il a encore cette signification.
C’est à l’extrémité méridionale de la Syrte , que le vaste désert de Sahara s'approche le plus près de la mer. II en résulte que les vents du nord, qui prédominent le long de toute la cAte septentrionale d’Afrique, surtout les vents d'biver, venant du nord de l’Italie, se précipitent avec une violence extrême dans ce profond bassin du continent, pour s'équilibrer avec l’atmosphère raréfiée du Sahara. Ces vents du nord soufflant les trois quarts de l’année, refoulent l’eau dœla mer vers le sud , et étendent ainsi la mer bien au delà des limites méridionales du golfe.dansl’intérieurdes terres. Le rivage inondé se change alors en marais salans, qui, entre les dunes de sable , présentent l’aspect d'une des plus tristes contrées du monde. I.a répercussion de ces courans , qui a lieu au rivage escarpé de la I’entapole ou du plateau de Barca à l’ouest, augmente encore le danger des bas-fonds et a sans doute donné naissance à des fables de ta crue et de la décroissance régulière de la mer , que Procope raconte avec tant de détails (4).
A l'entrée occidentale de ce triste littoral de la Syrte habitait la horde barbare des Bédouins Uled-Aly ; poursuivant sans relâche leurs brigandages et leurs cruautés, ils furent longtemps la terreur des malheureux marins, jusqu'à ce qu’enfin Sidi-Mohamed parvint à les exterminer. La végétation est presque nulle dans cette contrée;
(1) rime, ai». »»., v, p. 4.
(S) Cbr. Cellarlua, Sont. OrbU Antlq. Lîpt, 1700, II, llb. TV, 3, p. 117.
(3) capitaine Lauthier, Aelellone iotorno alla COUa occidentale de! Colle délia Grau aidn, del Capo aeeurala U» al 30° 27' 10" lat. bor., dana oella Cella, p. 214-218.
(4} Procoplus de AdlSclls Jualiaianl. Venet., 1720, 1. VI, c. 3, p. 471.
AFRIQUE, MEMBRES DÊTACHts , § 32.
k peu de plantes qu'on trouve isolées ou dispersées çà et là , sont quelques arbustes épineux , des liliacécs, despapillonnacces, des labiées, des syngénésistes; les ombelles juteuses ont entièrement disparu (t).
L'armée Iripolitaine , dont Délia Cella faisait partie, mit plus de quinze jours pour faire le tour du grand golfe de la Syrte. Elle s'était mise en marche k 20 février, et arriva le 10 mars aux ruines de la grande ville, prés de Berchiehamoura. leicommencele riche et magnifique plateau de Barca, entièrement séparé des montagnes de Ghouriano par le rivage plan de la Syrte. Comme tous les autres géographes nous abandonnent sur ce terrain, nous ne pouvons mieux fairequedesuivrepas à pas les journées de marche du voyageur italien.
A cinq heures de distance de Mesurais, au sud-est, est situé Arar; le terrain se compose ici d’un conglomérat de grès et de fragmens de concbyle. dans lequel sont creusés des puits. La pression latérale fait que partout l’eau filtre à travers le sol, h peu près comme dans la Mauritanie. où Pline mentionne dqà le même phénomène {puleos tamen haud difficiles binorum fcrmecubitorum inreniuntaUitudinefft): Délia Cella en conclut qu’il doit y avoir sous la terre des vaux stagnantes qui, à en juger par le goût saumâtre de l’eau de puits , ne contiendraient qu’un quart d’eau salée et trois quarts d’eau douce. On remarque sur le rivage des buttes de sable amoncelées par les vents et les Bots de la mer et remplies de fragmens de conchyte, surtout de la classe des lrochites ; elles sont couvertes de spartes et d’une racine filamenteuse, semblable au chiendent, dont les nœuds charnus servcntd’aliment aux Bédouins. Le goûtdecette plante ressemble à celui du cyperus esculentus ; les Arabes l’appellent temeri (3).
Au delà de Melfa et d’Ouenat-e-Machada , jus. qu’à Mineala, à l’est, le pays est parsemé de marais profonds et de lagunes salantes et méphitiques sur une étendue de plusieurs journées de marche. La surface du sol est couverte çà et là de racines entrelacées et de plusieurs espèces de joncs dont les réseaux rendaient le passage trèsdifficile à la cavalerie. Quelquefois les marais alternaient avee des plaines de sable désertes et brûlantes. La chaleur s’élevait, à l’ombre, jusqu’à
tl) Délia cella, p, 63,
(a) «me, aiu. mi., v, «,«, ej. up.
(3) Petit cens, p. 68.
23 degrés de Réaumur, et les effets de mirage égaraient souvent les voyageurs. De grands espaces desséchés étaient couverts comme d’une croûte de neige, d'incrustations de sel craquaient sous les pas des chameaux et des chevaux , et souvent se brisaient sous un poids trop lourd , car elles n'avaient que 5 ou 4 pouces d’épaisseur. Le sable est partout mélangé de débris de coquille. Délia Cella ne remarqua nulle part de réritable communication entre la meretles marais satans qui en sont séparés par des dunes; néanmoins il est hors de doute que ce sont les flots de la mer qui, en pénétrant du nord dans ces basses terres, les rendent si inhabitables. Ce littoral est aussi très-pauvre en plantes et en animaux. Une seule espèee de serpens venimeux doit habiter dans les marais ; autonr, on apercevait quelques autruches, des gazelles et une petite espèce de taureau sauvage ( tauro se Ira tico ?) (1), ayant un bouquet noir à la queue. Ces animaux, tous habitans du désert, venaient s’abreuver dans les marais. Les nuées de puces qui habitent dans le sable furent la plus grande plaie de l'armée.
L’armée fit halle dans la contrée qu’on appelle Lubey, en un endroit où les meilleures cartes , par exemple celles de l'Afrique pard’Anville, placent un golfe Zouca , qui , suivant Délia Cella , est tout à fait fabuleux. Laulhierqui alla à la reconnaissance de ces eûtes jusqu'au 30* 27’ lit. nard, ne le vit pas non plus. Il se pourrait qu’il n’existât qu’en hiver, pendant que soufflent les vents du nord , et qu’il n’apparût que sous 1a forme de lagunes le reste de l’année. C’est aussi là, sans doute, la contrée où, du temps de Strabon (2), des iles étaient situées dans le golfe de la Syrte. A quatre lieues de ces lagunes, près de Matrau, Délia Cella aperçut la première verdure à la distance d’une lieue de la mer ; c’étaient de grands espaces couverts de renoncules {ranuncul. asiaticus D. Ci); bientôt il rencontra aussi des puits arec de l’eau potable, près des steppes de Zaffran, habitées par des pasteurs bédouins. L’armée Iripolitaine fit halte en cet endroit, le sixième jour de son entrée dans 1e pays de la Syrte.
A une heure de distance de Zaffran, à l’est on aperçoit une colonne assez haute et de forme carrée ; elle est placée sur un socle de grès dont les inscriptions sur les quatre faces ne sont mal-
(1) Délia Cella, p. 7t.
(*) strabon, xvii, p. 687, «J. Tiich.