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PLATEAU 01 OA EC A

heureusement plus lisibles, Prèsde cette colonne, du cité de l'est , sont les ruines d'une ancienne tour, dans un endroit appelé Elbenia ; après une heure de marche, on en rencontre une seconde analogue à la première ; et, après avoir marché encore une heure, une troisième portant egalement sur ses quatre faces des restes d’anciennes inscriptions méconnaissables aujourd'hui. ( Serait-ce peut-être ici l’emplacement d’Aspis qui, suivant Strabon , succédait immédiatement aux marais, et était le meilleur port de la Syrie, ou bien le Saeumaza- Heu» de l’to. lémée ? ). Délia Cella pense que c’est le port Ita dont parle Laulhier dans son Périple, port qui, ayant une profondeur de 3 h 4 brasses, protège contre tous les vents (1), et que ce marin place h 17 milles marins au sud d’Arar, au SI” 83' 10" lat. nord.

A partir d’Isa, la cèle plane et basse s’étend, suivant Lautier, au sud jusqu’au 30° 50' lat. nord et à l’est jusqu'au 81° long, est de Grcenw. S’il est vrai que les steppes de Zaffran indiquent l'emplacement de l'ancienne Aspis, l’ancienne tour contiguë ( selon Strabon) ne peut être

que la tour d'Euphranlas { • *upya«) (8),

et nous aurions ainsi retrouvé l'ancienne limite entre le domaine des Carthaginois et celui des Cyrénéens, telle qu'elle existait encore, selon Strabon, du temps des Ptolémées qui s'étant rendus maîtres de la Cyrénaïque, avaient reculé jusque-lii les limites de leur territoire.

A trois lieues d'Elbenia, Délia Cella rencontra les ruines d'une ancienne ville (5) qu’il croit être l’emporium de Charax , où se faisait , par contrebande, un commerce considérable de vin, d’opium et de silphium ( nssafœtida ?) entre Carthage et Cyrène; la Cyrénaïque était, comme nous l'apprend déjà Hérodote, un pays riche en vin (4). A 3 lieues à l'est des ruines de l’ancienne ville est situé Eneuioa; plus loin, on rencontre de nouveau des marais séparés de la mer par des dunes, et derrière ces marais un pays bas, mais couvert de collines et de verdure, que l’un appelle Jfekh nj il est habité par des Bédouins auxquels les Tripoiitaios enlevèrent des chameaux et des chevaux, leur laissant en échange le bétail fatigué et affame de l'armée ; loin de s’eu aigrir , ces malheureux se félicitaient encore de

(1) Laulhier, Relat., p. 215.

(2) Strabon , p. 688, <d. Tsdi.

(3) Delta cella, p.80.

(4) Bcrodole, IV, c. 199.

l’honneur que leur avait témoigné le bey en les visitant dans leurdésert. Le sol, composé degrés et présentant une surface ondulée depuis Nchim jusqu’à Scegga qui en est éloigné de 7 lieues , est couvert de différentes espèces de trèfle , « peuplé de lièvres. De Scegga à J udia on ne rencontrequedes marais, entre lesquels sont éparses çà et là des dunes de sable (1) et quelques couches de gypse de formation tertiaire, entrecoupées de veines de sel gemme et de soufre ; cela bous explique pourquoi le capitaine Laulhier , dans son Périple, trouva le golffc couvert de poudre de soufre qui , sans doute , est ainsi transportée vers le nord par les tciroccas ou vents du sud.

La route traverse une quantité de labyrinthes entre les dunes de sable. Les pèlerins de la Mecque, pour ne pas s'égarer dans ces affreuses solitudes , ont dressé des pierres de distance en distance, et tous les pèlerins qui viennent après eux en ajoutent de nouvelles qui servent ainsi de guide à ceux qui n’ont pas une connaissance exacte des localités. Nous rencontrâmes ici , dit Delta Cella , des nuées de sauterelles ; les Marabouts, les Bédouins et les nègres les regardent comme un mets délicat et les dévoraient avec un empressementsaus pareil. Le sol léger et sablonneux de ce labyrinthe est miné par des milliers de taupes, et, par cette raison, très-dangereux pour la cavalerie et les chameaux. Près de Judia, à huit lieues de Scegga , se trouvent dix puits d'eau potable) plus loin, à JHa/uriga et à AUalanhasn , le sol est pierreux jusqu'à Geno qui forme la limite entre les provinces de T ripoli et de Bengasi (8),

On compte neuf heures de marche de Gerio jusqu'à JH henal; ici, tout le pays commence à se couvrir d'un sable rougeâtre et très-fin ; à mesure que l’on s'avance au sud , le sol s'élève en dunes toujours plus considérables qui souvent barrent les chemins, et exposent les voyageurs à de grands dangers. Ces dunes forment l'avantgarde la plus septentrionale du Sahara , et Délia Cella pense que , par un vent du sud, elles auraient facilement pu enterrer toute l'armée tripolitaine sous leurs masses mobiles. Le 7 mars, la chaleur devintprcsqueinsupportablc. De Hbeual on arrive , après sept heures de marche, à Barga, extrémité de l'angle intérieur du grand golfe de la Syrie par 30° 7’ 10" lat. nord , d’après la carte d'Arrowsmith). L'armée qui , jus-

(1) Bella cella, vlassio, p. 83.

(a) Ibid. , p. 88.

AfRIQCE. MEMBRES DÉTACHÉS, J 39.

que-là. s’était toujours dirigée vers lesud, tourna maintenant^ l'est et au nord. Délia Cella ne vit pas d’autre golfe s'avançant au sud, et ne rencontra pas non plus le fleuve Triton, dont parle Pline (1). Au sud, aussi loin que portait la vue, on n’apercevait pas la moindre trace de montagnes^) qui, en corespondant avec le Gbouriano, eussent pu réunir le plateau de l'Atlas au plateau oriental de Barca. Un vaste enfoncement, un bassin très-profond semble au contraire se prolonger dans l’intérieur du Sahara , et pourrait bien être le Delta d’un ancien fleuve Triton qui, depuis longtemps, aurait cessé de couler. Les vents du nord qui soufflent avec violence et sans discontinuer dans ces contrées empêchent seuls l'empiétement des sables mouvans et rougeâtres du Sahara. Ces sables se montrent ici, près de la côte , avec le même caractère qu'au centre du grand désert. Les vents ardcns du sud soulèvent continuellement des nuages d'un sable rouge qui, h chaque instant, changent la surface du désert. Hérodote rapporte à ce sujet l'histoire de l'expédition des Psylles, qui habitaient à l'extrémité de l'angle intérieur de la Syrte. Voyant que leurs bassins se desséchaient, ils se mirent en campagne contre leur ennemi mortel, le vent du sud (»**•*) (5); mais ils furent ensevelis sous les sables. Ce récit , quoique enveloppé du manteau de la fable, décèle une connaissance profonde de la nature géographique du pays de la Syrte. Il est probable que ccsPsyllcs, se trouvant dans une position désespérée , émigrèrent dans le pays des Caramantes (le Feizan), et périrent pendant l'émigration; ce qu’il y a de certain, c’est que, déjà, avant Hérodote, leur pays, voisin de la Syrte, avait été conquis par les Nasamons. Strabon place à l'extrémité la plus saillante du golfe le fort d 'Automala, dont Délia Cella ne trouva plus aucune trace ; il cite en outre tout près de là les autels des frères Philæni Suivant Pline, ce ne sont que

des collines de sable {ad P/iilœnorum aras : ex arena sunt eœ) (4). Les Carthaginois s’y faisaient enterrer vifs pour étendre les limites de leur patrie.

A deux lieues au nord-est de Barga est situé, au pied d'une colline de sable, un grand marais couvert de roseaux et appelé Hacn-Àgan ; c’est

(lj Pline, B lit. net., V, c. 4.

(2) Delü Celle, VUeslo, p. 91.

(3) Hérodote , IV, c. 171.

(4) riim, alu. oal., V, e. 4.

le plus oriental et le dernier qu’on rencontre dans cette affreuse région des sables; un sol accidenté, couvert de fleurs et de verdure, conduit de là à Murale (1), qui n’en est éloigné que de six heures de marche.

Murate est une station précieuse pour les caravanes et les pèlerins qui voyagent sur les bords de la Syrte ; ils y retrouvent pour la première fois de l’eau potable dans huit ou neuf puits taillés dans le calcaire ; ces roches , disposées en énormes couches , semblent être ici les premières marches du plateau de Barca , situé h l’est , et composé de calcaire. A Murate , deux roules différentes s’ouvrent anx voyageurs; l’une conduisant, le long de la côte jusqu'à Beogasi; l'autre traversant l’intérieur et conduisant , par le pays de Barca , à la mer , près de Derne.

De Murate nous arrivâmes , dit Délia Cella, en trois heures , à J Ïasr-Aduchni (2) , où sont de superbes ruines ; un château , de forme circulaire , taillé entièrement dans le roc et entouré d'un fossé, fait un effet admirable. Des débris d'une superbe route pavée conduisent au bas d'une colline dont l'aspect est très-pittoresque. Délia Cella vit à l'entrée du château des sculptures et des inscriptions taillées dans la pierre, mais dont les caractères lui étaient étrangers et inconnus ; les murailles étaient faites de grès coquitlicr, le même qni sert de base à l’ancien château.

Jusqu'à Berc/iicfMmera, le voyageur aperçut, pendant la journée du 10 mars, encore deux autres châteaux en ruines, situés toutprès de la route, et ressemblant parfaitement à celui de Kasr-Aducbni. Plus loin, sur un espace de sept heures de chemin , le nombre de ces ruines augmente dans une proportion extraordinaire. Les murs de quelques-uns ont un contour de plus de 400 pas (3). Bercbichainera est le nom qu'on donne aux ruines d'une ville autrefois très-raste , au milieu de laquelle l'armée dressa son camp. Partout on remarquait des restes de l'ancien pavé; d'énormes blocs cubes étaient dispersés çà et là ; et, de distance en distance, on rencontrait des puits taillés dans le roc et d'autres traces d’une ville autrefois très- peuplée, et maintenant aride et déserte , sans habitans , quoique située dans une plaine fertile et verdoyante qui s'étend au loin au nord et au sud.

(1 ) Delta cciu7 p. 05.

(8) Ibid., p. 07.

(3 J Ibid., p. 98.

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