OASIS
quantité de citernes. Browne y trouva des eaux salines et des eaux douces; ces dernières étaient presque toutes tiédes; il y vit aussi une source qui était alternativement froide et chaude.
Le chef-lieu est bâti comme un fort , sur un rocher , au milieu de l’oasis ; l'espace qu’il occupe est peu considérable. Lorsqu'une caravane arrive , tout l’endroit se met en émoi , et l’on dirait une ruche d’abeilles , tant la foule qui s’y presse est nombreuse et bruyante. Les habitans sont généralement remuans et querelleurs. Le sol sur lequel ils ont construit leurs habitations est partout percé d’un nombre infini d’anciennes catacombes pleines de débris de momies; les pierres de leurs maisons sont enlevées aux temples du dieu de Thèbcs (du Jupiter d’Ammon ) , dont les ruines remarquables attestent encore de nos jours l’ancienne architecture égyptienne (1). Nous ne citerons ici que quelques faits qui nous sont confirmés par les recherches de savans illustres , nous en rapportant principalement aux travaux d’Ideler sur les oasis du désert libyque (2).
A une demi-lieue de Siwah, chef-lieu de l'oasis , entre le village Sharkié et une montagne isolée , se trouvent les ruines d’un ancien temple, Vmmebeda , dans le voisinage] d’une source abondante d’eau douce. Ce sont , suivant Browne et Hornemann, des débris d’une ancienne muraille ayant quelques cents pas de circonférence; au milieu de l’enceinte est situé un rocher de 8 pieds de hauteur , sur lequel repose librement un édifice bâti en calcaire coquillier; mesuré à l’intérieur , il a 32 pieds de longueur , 13 de largeur et 18 de hauteur. Les murs latéraux , composés d’énormes cubes , ont 6 pieds d’épaisseur, et sont remplis, â l’intérieur, de petites pierres et de chaux , comme toutes les constructions romaines. L’entrée principale est au nord , deux entrées latérales sont à l'ouest et h l’est. Le plafond se compose de grandes dalles de pierre, de 3 pieds de largeur, 3 d’épaisseur et aussi longues que l’édifice est large. L’extérieur était autrefois peint en vert; l’intérieur, depuis le milieu h peu près . est couvert d’hiéroglyphes; l’architecture est parfaitement égyptienne , comme l’indiquent aussi les figures
(1) Krodoie, U, 181.— smhon, lxvii nine, HUI.
nst., V, c. 5. — Browne, Trav. — Hornemsnn, Voy-, ed. Lnntlèe, I, p. 46. — W. Youof, Vemirquet, Ibid., dans l’Ap. pendu, p. 296.340.
(2) Ideler, In Vundsruben des orients IV, p. 96 411.
d’isis et d’Anubis , sculptées sur les murs. Horneinaun considère cet édifice comme le temple de l’ancien Jupiter-Ammon , qui, suivant llérodote (1), était le Zpus de Thèbes, h la tète de bélier, et auquel la colonie de Mëroé et de Thèbes éleva un sanctuaire ; Rennell a établi l’identité de cette Siwah , avec l’ancienne ville d’Ammon qu’Alexandrc-le-Grand visita pour y consulter l’oracle; Heercn , enfin , a prouvé qu’elle est située sur l’ancienne route des caravanes, qui va dans la partie occidentale de l'intérieur de l’Afrique ; il soutient même que c’est la première station commerciale que mentionne Hérodote dans sa route des caravanes, delaThébalde h l’intérieur ( sans doute par la Grande- Oasis). Le roi des Annnoniens , dont parle Hérodote, était vraisemblablement le grand pontife de l’oasis appelée Amman par les anciens, Ammoniaca dans Ptolémée , Ammonium par les modernes, et que les Arabes (Edrisi, Aboulfeda, Ebn-al-Wardi et Jakouli) appellent aussi Santria ou Sanlariah. Le nom de Siwah parait, pour la première fois , dans le voyage de l’Européen AVansleb (2), entrepris l’an 10(14. Cette oasis d’Aramnn devint ainsi d’une simple station dqs caravanes qu’elle était dans l'origine le sanc tuaire d’un oracle fameux , et , plus tard , le siège d’un grand commerce ; Cyrènc entra en relation avec elle , et fit même graver sur ses monnaies la tète de Jupiter d’Ammon. Le capitaine Lyon rapporte , h l’occasion du Fezzan , un fait très-remarquable, c'est qu’au sud de Siwrah, près du Borgou, dans le pays de Wajounga, une tribu des Tibbos porte encore de nos jours les cheveux en forme de cornes de bélier (3).
Selon Diodore et Quinte-Curce (4) (tous deux ont probablement puisé à la même source, dans le rapport d’un témoin oculaire, qui est peutêtre Callistbènes (3) , dont parle Strabon) , le château du prince ammonien se trouvait, au temps d’Alexandre , au milieu de l’oasis, et tout près était le temple renfermant l’oracle. En dehors de cet espace sacré , entouré de murailles , était bâti , à quelque distance de l'a , un second
(1) Wroaotf, II, p. 32, 42; IV, p. 181
(2) Pau!u», Sammlong von Relicn in den Orient, Ui. lit, p. 31,40.
(3) Capt. I.pou's ftarrallrcof TravcU. Lond., 1821 , in-4°, p. 262.
(4) Diodore, liv. XVII, c. 40 et 60.— Arrten , de Bxped, Alex., lit, 3, 4. — Curtlus, B Ut. Alex. l.
(5) Strabon, XVII, p. 680, éd. Tucb.
temple d’Ammon , ombragé par de grands arbres; c'est là qu'était située, entourée d'ime agréable fraîcheur , la fameuse source du soleil que mentionne Hérodote, et dont les auteurs postérieurs ont tant de fois exagéré les merreilles. Browne apprit A Ummebeda qu’elle était alternativement chaude et froide , qualité qui , A ce qu’il parait , est commune à plusieurs sources des oasis. Les habitans de Siwah racontèrent S Hornemann qu’elle avait la faculté de guérir les maladies. Suivant lîiodore et Quinte- Curce , l’acropole (à*p»iroi« . arx) , entourée d’une triple enceinte ( *</>< . muni tin ) , était placée
au milieu du sanctuaire. La première enceinte comprenait le fort et la demeure du prince; la seconde , la demeure de son épouse , de ses enfans , de ses parens , les tours de l’édifice et le temple de Jupiter-Ammon , avec une source sacrée; dans la troisième habitaient les satellites et les gardes du prince. Ces enceintes ont drt être très-vastes , car le temple seul , qui était compris dans la seconde , se divisait en deux parties, l’avant-temple etlesekos; or, l’avanttemple était nécessairement spacieux , puisque quatre-vingts prêtres y fonctionnaient dans la grande procession du vaisseau d’or, et que, lorsque Alexandre se trouvait b Ammon, une quantité de vierges étaient occupées à la même cérémonie. D’après ces données positives des auteurs anciens , le célèbre antiquaire Hirt doute que le monument qu'on a trouvé soit le grand temple d’Ammon ; il le prend plutôt pour le petit temple, situé dans le bois, non loin du château , près de la source du soleil. Il suppose que l’ancien temple se trouvait placé à l'endroit où est aujourd'hui le chef-lieu Siwah. Suivant l’architecte Liman , Siwah présente l'aspect d’une colline couverte de tous côtés d'habitations.
Depuis l’expédition du pacha Mehémed-Ali d’Égypte, un gouverneur réside à Siwah pour y prélever l'impôt (1). Cailleaud, qui faisait partie de l’expédition, y découvrit, dit-on, trois temples dont il mesura l’étendue; mais les habitans l’empêchèrent d'aller visiter une lie appelée Arachis, qui passe pour mystérieuse. Le consul français Drovetti, qui fit le tour de cette Ile, n’y trouva aucun ancien monument (2). Jackson prend les habitans actuels de l’oasis de Siwab pour des colons émigrés de Sousa à l'ouest,
(1) Liman, manuscrit.
(2) Belzonl , y 07., Il, p, 180.
parce qu’ils parlent la langue Shellouh des habitans de l'Atlas (1).
9* Éclaircissement,
Route de Siwah a Augila, le long de la chaîne
de Gerdobah , jusqu'aux montagnes de
Horai.
1. La chaîne de rochers nus de Mogarrah se continue à travers un pays couvert de lacs et de marais; , quatre journées de marche à l'ouest de Siwah , jusqu’à l’endroit fertile de Scbialha (9).
Toujours également rocheuse , et nulle part recouverte de couches de terre ou de sable, elle se dégrade vers le désert , au sud , et n’en est séparée que par une rangée d'oasis plus ou moins fournies d'eau. Ses masses sont de calcaire, remplies de nombreux débris d’un monde bouleversé, de pétrifications calcaires d'animaux marins et de coquilles ; le tout disposé en couches horizontales. Les roches de calcaires sont coupées et déchirées par des défilés dont les hordes sauvages , qui les habitent , tirent parti dans leurs guerres contre leurs ennemis. Çà et là on aperçoit des collines pyramidales, s'élevant comme des Iles de la plaine basse et rocheuse qui, partout où elle n'est pas couverte de sable , se compose de calcaire sans pétrifications. Ces collines , par l'effet des interstices coloriées des couches de calcaire, présentent souvent une ressemblance frappante avec lespyramides. De l'oasis de Torfaue (3) jusqu’à Augila, la route que suivit la caravane de Hornemgpn , traversa un vaste désert d’où s'élèvent une quantité de collines de sables.
Une autre route (sans doute plus praticable pour les chevaux) passe au nord de la pente escarpée du sud et se dirige d’abord par Araschié, vers la vallée étroite et sablonneuse de Gegabib (4) , où l'on rencontre de l’eau en plusieurs endroits , un lac salant avec une lie , mais pas d'habitations. 11 croit ici une quantité de palmiers dont les fruits sont recueillis, à l'époque de la récolte des dattes, par les Arabesde Derna, qui habitent le rivage de la Méditerranée, à huit journées de marche de cet endroit. De là , la
(1) itckaonB Ace. of Tirai), Lond., 1820, p. 380.
(2) Hornemann, Voy., I, p. 65.
(3) Ibid., p. 68.
(4 J Browne, Trav. , p. 24.— leonell, dan Boroemaan. Voy., I, p. 217.