Chaîne du Morai ou Ziltan
A l’ouest de l’oasis d’Augila on voyage, les trois premières journées, dans le désert qui se compose de rochers de calcaire , plus ou moins recouverts par les sables. Le quatrième jour, des collines surgissent de nouveau, *n forme d’Iles, de ce sol pierreux et interrompent l’uniformité de la plaine ; mais des tas de sables, amassés , à ce qu’il parait, par les vents, entourent souvent ces élévations et en rendent l’abord très-difficile. Cette région de collines est te commencement d’une chaîne de montagnes appelée Morai ( Mo rai-ji) (1), qui suit une direction tout h fait opposée aux précédentes, et parait se prolonger au loin dans le désert.
Près de celte chaîne de montagnes se termine la bordure de l’océan de sable, qui s’étend trèsuniformément sur un espace de 100 milles géographiques (333 milles angl. depuis le Caire jusqu à Morai) de l’est à l’ouest, et qu’on peut comparer, quant à sa formation et h son etendue, à la bordure orientale du désert, le long de 1» chaine d’oasis parallèle au Nil.
La chaîne du Morai, s’étendant du nord au sud, borde donc ici, h l’est, un golfe du grand désert libvque. Nous abandonnons aux recherches ultérieures la tâche de prouver jusqu’où elle se prolonge au sud , surtout si elle s’étend jusqu aux Tlbbo-Febabo (10 journées de marche au sud) et jusqu’au Borgou, d’où une semblable chaîne, courant de l’est h l’ouest, parallèlement h celle que nous venons de décrire plus haut, borde le grand désert de Bcrdoa et Bilma, et se joint , à l’ouest, aux chaînes de montagnes du Fexzan.
On traverse toute la chaîne du Morai (2) en quatre journées : sa largeur est donc la même que celle du plateau qui forme le rempart du Nil, h l’est du désert. Elle se compose de montagnes calcaires, bizarrement déchirées, remplies de défilés étroits, pénibles et escarpés ( Mcd-ffyg
(I) someminn., voy., éd. I aoglèa, I, p. 78.
(2j Horneinann, Voy., i, p. 78.— Badl-Abdallab , d'apre» Bt-autoy, dana les Proccrdlnga, i, p, 190.
ou Xeddik), de gouffres affreux et de rochers isolés, qui apparaissent au voyageur comme autant de masses bouleversées par uu déluge. Le Morai se termine, à l’ouest, par des plaines rocheuses et des amas d'eau. Au milieu des labyrinthes de ces rochers de calcaire, on aperçoit de nouveau une quantité de pétriflcatious d'animaux marins et des fragmens de troncs d’arbres pétrifiés, ayant jusqu'à deux pieds de longueur.
Hornemann donne à la plaine unie, aride et composée de roche calcaire , qui se détache, s l'ouest, du Morai, le nom de Soultin , et (tadi- Abdatlab appelle tout le passage pénible de la chaîne du Morai la grande montagne Zi/lan (ce qui signifie peut-être la même chose).
A partir de là, on observe, à la frontière de l’océan de sable, un changement frappant dans toute la nature, surtout une grande interruption dans la monotone régularité de ces régions brillantes.
3* Éclaircissement .
Le Haroush noir jusqu'au Fezzan.
Un labyrinthe de chaînes de montagnes noires et arides , placées les unes à côté des autres, se prolonge dans la direction de l'ouest; à leur entrée, se trouve une montagne en forme de cône tronqué. Les différentes rangées sont séparées par d'étroits et affreux défilés; souvent aussi on voit des espaces d'une demi-lieue entièrement couverts de blocs de rochers détachés, auxquels succèdent de nouveau des déHlés et de longues et immenses gorges. Les caravanes prennent le chemin le plus'commodc, qui cependant est encore très-pénible et presque impraticable. On rencontre par intervalles des vallées qui ont un peu d’eau : celles-là sont couvertes de pâturages, il y vient quelques arbres ombrageux, et l’on y aperçoit aussi quelques timides gazelles. On met quatre jours pour traverser ce boulevard rocheux du désert.
Les masses de ces montagnes se composent de basalte (1), et de là le nom de Haroush qu’on donne, dans tout le nord de l'Afrique, à tous les espaces couverts de masses basaltiques.
Hornemann, le seul voyageur qui nous ait donné des renseignemens sur rcs basaltes qu'il appelle ferrugineux, nous apprend qu’ils n’ont
(0 Hornemann, Vor., I, p. 81. — lacbaon’, s ce. of li. roc<0, a- «a., II. 46 et 121.
nulle part une grande élévation. Ce sont , dit-il, des chaînes de collines qui ne s'élèvent que de huit à dix pieds au-dessus du niveau du sol qui les entoure. Elles vont dans toutes les directions; et leurs faces , surgissant brusquement du sol parfaitement plane, présentent des parois latérales presque à pic , de vrais filons basaltiques , à peu près comme le capodi Bore, prés de Rome. Les Arabes appellent cette forme singulière des montagnes Stres (nom qui vient peut-être A'Esthi ou Esthur qui signifie couche ou rempart de pierres , selon Langlès). Cette contrée apparut à Hornemann comme le théâtre d’une grande révolution ; il crut mime y avoir trouvé de la cendre volcanique et de la lave.
On traverse aussi cette chaîne basaltique pour aller du Fezzan au Bornou. La route du Fezzau à Mesura ta etcelledu Fezzan par Sockna à Tripoli, est rendue très-pénible et presque impraticable par cette mèmechatne(l). C’est ce que nous confirment en dernier lieu les relations du capitaine Lyon (2).
Le Haroush noir ne s'étend pas seulement à l'est du Fezzan, pendant sept journées de marche, du nord au sud ; mais on le rencontre aussi au nord-ouest de cette même oasis, se prolongeant sous le nom de Souda (soudah signifie noir; c’est le Mons-dter des anciens) (3) jusque près de Gadames ( Cidamus ).
Toute l’étendue du Haroush, de l’est à l’ouest, correspond parfaitement aux limites orientales et occidentales des deux Syrtes de la Méditerranée , ce qui est un phénomène digne de remarque.
A l’ouest, une série d’écueils calcaires peu élevés, nus et blancs, appelés le Haroush blanchi), s’adosse, sur une largeur de trois journées de marche , à cette chaîne basaltique. Les masses en paraissent comme vernies (peutêtre est-ce l’effèt de la chaleur?); elles surgissent verticalementde la plaine, et sont composées de chaux friable et remplies de pétrifications de toute espèce; des coquilles, des animaux marins eldestètesde poissons, dont une seule fait une charge d’homme, s’y trouvent en quantité.
(1) Hornemann, V07., l, p. 57. — Renne!! , dan* l*Appendlx, p. 223 et 270.
(2) Capt. Lyon, narrative ot Travcla In Sonhern Africa, lond., 1821 , in-to, P. 23, 33, 80, 360.
(3j Scberif Irobanuned , d'aprba Beanfoy , ProeeeUins*, I,
p. 85, Itl Pline, BIX. nal. , V.c.6.
4 ) Homeiuann, \oj. , I, p. 03.