BORD SEPTENTRIONAL, HABECH , COLLA
1ÏS
le nom de Gibberli , c’est-à-dire vrais croyan» , se considèrent comme les maîtres des peuples pasteur» , conduisent eui-mdmes les caravanes , font le commerce , amassent de grandes richesses et acquièrent (1} ainsi une grande puissauce. une grande considération , sur les cites de la Mer Rouge, et dantl'inldrieordu pays d’Alpes.
Comme l'entrée de toutes les denrées commerciales dans le pays d’Alpes dépend d’eux . ils pénètrent de Daucali et Zeila , de Massowa et Arkiko dans l’intérieur du pays, et chaque Abyssinien de distinction a, dans l'intéréldeson commerce, un de ces Gibbertis pour commis et facteur dont il est plus ou moins dépendant. Les Gibbertis se trouvent ici à peu près dans les mêmes rapports que les juifs en Europe , les Arméniens en Perse , les Guebres à U cite de Mozambique.
Ils ne conduisent pas seulement leurs Caillas de la cèle dans l'intérieur du pays, mais ils tiennent aussi des foires dans les terres où ils exposent plus ou moins longtemps leurs marchandises pour les vendre. Du temps d'Alvarez (2) il y avait on marché extraordinaire à Manadelli sur la frontière de Tigré et d'Angole; les Taltal de Dancali et Daylour amenaient toujours leur charge de sel (3) aux marchés des Gibbertis. Dans des temps plus reculés , il se tenait régulièrement des foires fameuses (4) à J fat, Koungara , Jaddi . Koubat . Fadite, Arga » et Kalise.
Mais les bordes des Galla orientaux ont singulièrement resserré la puissance jusqu’alors toujours croissante desGièberfii; cependant, ils sont déjà entrés en relation avec ces hordes comme nous l’avons vu plus haut ; c’est du reste ce qui résulte clairement (5) du rapport d’un Gibberli , habitant le pays d'Alpes abyssinien Jeitcbou qui nous était autrefois inconnu.
Primitivement c’était dans cette contrée du Habech que se tenaient les marchés, par exemple, ceux i'ifat, Fatigor , Daxcaro , Adet et il ara- Les Tois abyssiniens y descendaient souvent à la tête de leurs armées pour faire la guerre aux Gibbertis qui devenaient toujours plus pui>sans dans ce pays ; à mesure qu’augmentaient leur inOuencc politique et leur puissance dans les lieux où se tenaient les marchés, les chrétiens passaient à leur foi, occu.
(11 Bruce , Tra*., t. Il, psg- dd.
(8) alvarez , HDL de Albion., fol. 80.
(31 Lobo, I. I, pas. 113.
(d) Bruce , ira»., t. III , pas. 80.
(8) Sreurn , l’eber da» Land Jedscbu , dans »ou lach , moaatbcber Correapopdcna. 1800 , Sovcmber.
paient les provinces, ou , s’ils se trouvaient encore sous l’empire de l'Abyssinie, ils cherchaient d’échapper d’une autre manière au tribut. Ainsi pendant plusieurs siècles avant ladomination des Galla, ce pays est déjà le théâtre des combats dans l’histoire des Abyssiniens, et plus tard les troupes Portugaises y paraissent avec beaucoup de gloire.
Région humide des bois , La Coïta et flazaga.
I,a région qui entoure la pente septentrionale de la chaîne limitrophe de I'Abyssiniese présente h nous dans les mêmes rapports que celle que nous venons d’étudier ; seulement deux conditions différentes donnent lieu ici h de grands changemens.
Au lieu de la mer qui s’étend transversalement h l’est et ne laisse entr’elle et le pays d'Alpes que la bande étroite et sablonneuse du Samhara, un désert de sable se déroule h l’infini devant l'Abyssinie au nord. Il l’isole presqu’entièrement du monde civilisé, tandis que cette mer, très-praticable encore, loin de les arrêter, favorise , comme toutes les mers , les communications avec l'extérieur. Au nord, au contraire.ee n’estqu’à grand danger, à grande peine qu’on peut entretenir, h travers des déserts presqu’impénétrables, des relations avec le Darfour, Sennaar, Dongola, ou avec l’Égypte.
La seconde condition qui donne à tout ici une face différente, c’est le nombre immense des couransd’eaux qui, chose remarquable d’ailleurs, traversent tous directement la chaîne limitrophe du Habech du sud au nord, exactement de la même manière que les fleuves du Gange et de l'Indus coupent le plateau du nord au sud. Ils forment ainsi une infinité de gouffres, de lits de torrens et de fleuves qui précipitent, h grand bruit, leurs eaux écumanteset s’enflent extraordinairement pendant la saison des pluies périodiques. A leur entrée dans les terres basses et unies, ils débordent et, ne trouvant en beaucoup d’endroits aucune pente . ils s’arrêtent et s'épandent en marais immenses au milieu desquels croit une végétation magnifique, et d’où s’élancent des forêts de roseaux et d’arbres ; ils forment ainsi une bordure de bois marécageux qui donnent naissance à plusieurs affluens orientaux du Nil, et notamment au îllareb (1). Cette
(1) Bruce, Ira»., t. lit , PJJ. <73 , el d*tu l’AppcnJli, t. vil, [Df. 386, Jim A. B u ira J, Düaerullon.
uiQiuzeo
■AUTE-AraïQUE : III» MV1SI0H, S H.
bordure présente exactement les mimes rapports que celle du Bengale à la pente sud du grand plateau asiatique. (Voir plus bas pays d'Alpes du Thibet).
Les provinces qui avoisinent cette bordure, sur la pente des montagnes , sonllesplus fertiles et les plus riches de toutes les contrées de la terre et au-dessus de toute description par leur magnificence ; mais celles qui y sont comprises sont, en même temps, les plus dangereuses pour l'homme et entièrement inhabitables pendant la saison des pluies des tropiques , quoique le séjour en paraisse enchanteur pendant la sécheresse , dans les lieux aérés. Là, entr'autres, est situé ledistricl de H'aldoubba fameux dans l'histoire de l'Abyssinie, parce que beaucoup d’bommes d’état, abandonnés de la fortune, allèrent s’y réfugier et passèrent, en solitaires, le reste de leur vie au milieu de ces déserts (1). Tout ce qui, encore aujourd'hui, tombe en disgrâce h la cour, va chercher un asile dans ces impénétrables vallées, habitées seulement parleshyènes et les ermites. Les solitaires qui y vivent sont auprès du peuple en grande vénération de sainteté.
C'est là la région des bois que les Abyssiniens appellent du nom commun de Colla, basses terres. Le peuple des Alpes ne peut supporter (i) ici la chaleur des rayons du soleil que Bruce compare aux ardeurs de l’enfer (3). Cette bande de terre s’étend entre le 18* et le 13* lat. nord , depuis la côte près de Dobarwa à l'est , jusqu'au pays de Fazouklo à l’ouest, près du Nil supérieur, au-dessus de Sennaar.
Cette région des bois entoure le pied du pays d'Alpes abyssinien , dans une largeur de 8 milles géog. ou de 18 au plus. Bruce dit qu’en un endroit elle a 40, et en deux autres 30 et 60 milles anglais de largeur (4).
Hile forme une frontière naturelle très-remarquable pour l'empire abyssinien, et a la plus grande infiuence sur l'bistoire de ses babilans.
Les quatre principaux bras du Nil égyptien, le Mareb, le Tacazzé, le Nil et le Bahr-ei-Abiad (voy. plus bas : cours du Nil), qui coulent du pays d’Alpes abyssinien dans le Delta , traversent ces bois et forment, avec les nombreux af-
(11 Bruce, Tr*v.,t. VH, Appeodli, P. 62 ott. IV. p. 367. (SJ ludoir, Riu. ÆiB. 1. 1, c. 8.
(S) Bruce, Tr»v., I. III, p*s- 613.
(4) Bruce, Tnv.. I. III, PH- 613, l. IV, pt|. 2 7 el I. VI, P«S. 264.
fiuens supérieurs de ce système d'eaux , ces humides basses terres.
Les voyageurs nous ont fait connaître, avec plus d’exactitude, la partie delà Colla située sur les deux rives du Tacazzé, depuis Axum jusqu'à Ras-el-Fil ; mais toutes les autres parties de ce pays qui ont été le théâtre de fréquens combats, sont également décrites dans l’histoire des guerres de l’Abyssinie.
A l’intérieur de cette ceinture de forêts est située la province de Sire ; son sol est gras et noir ( rieh black mould ), et, pendant six mois de l’année, les pluies des tropiques y tombent, en torrens , par une chaleur de 100" de Farhenheit (30 1/4 de Béaumur); l’autre moitié de l’année la chaleur est plus grande encore et le ciel clair et serein (1). Delà la végétation la plus magnifique que l'on puisse s'imaginer, et dont le pays d'Alpes ne présente aucune trace sur ses hauteurs ; c’est la nature des tropiques , partout des plantes odorantes , tous les fruits délicats en abondance, des forêts aux tiges gigantesques, aux ombres épaisses et impénétrables.
Ce sol gras , noir et partout fertile , appelé Mazaga (8) dans la langue du pays, et qui ne désigne aucune province en particulier, caractérise toute la ceinture de la Colla.
Les eaux l’entraînent des hauteurs dans les basses terres. 11 est formé des débris de végétaux qui pourrissent et renaissent sans cesse, et dont la fécondité est favorisée par l’humidité qui règne une partie de l'année, et par la grande chaleur qui la suit.
La quantité des pluies des tropiques qui tombent sur le plateau nous fait comprendre quelle immense niasse d'eau descend dans les basses terres , et Abba Cregorius d’Amhara (3) s’accorde bien avec le témoignage des européens lorsqu'il dit : « De tous les endroits l’eau jaillit du sol , « toutes les vallées sont des lits de fleuves , tou- » tes les profondeurs sont remplies d’eau ; en » aucun pays l'atmosphère ne verse tantde pluie » sur la terre, nulle part ne jaillissent tant de a sources du sol. «
Le fleuve Tacazzé, près deSiré, a 18 pieds(4) de profondeur; Slungo-l’arck a trouvé, sous la même latitude et dans les mêmes rapports , le
(1) Ponce! , Voy„p»g. 138. Bruce, l. lit, p*g. 600.
(2) Bruce, Trav., i. VII , pag. 255.
(3) Ludolf, Bill., Athlop., Ilb. I, c. 6.
(4) Bruce, Trar., t. 111 , pag. 34S.
BORD SEPTENTRIONAL, HABECB, SHANGALLA.
Sénégal enflé à une hauteur de 80 pieds par les pluies des tropiques (1).
Dans un temps où la plupart des fleuYes étaient h sec et ne coulaient plus , Bruce eut à passer il l'ouest du Tacazzé en neuf jours de marche, plus dedixaflluens importans de ce fleure avant d'arriver au détilé de Lamaltnon.
Au-dessus d'un sol couvert d'eaux stagnantes, sous les tropiques, se forme une couche d'air humide et pesant qui devient mortel aux étrangers et aux Abyssiniens qui n'y sont pas accoutumés.
Ici régnent des maladies continuelles, et les fièvres malignes enlèvent un nombre immense d'hommes , et surtout ceux qui descendent des régions plus fraîches du pays d’Alpes. Les armées abyssiniennes trouvent souvent, dans ce climat, leur plus redoutable ennemi. (Comparez l'histoire de l'Inde). En été la chaleur est insupportable, et pendant la saison des pluies , une seule nuit passée en plein air donne immédiatement la mort. Les habitans eux-mèmes quittent alors leur sol inondé et se réfugient dans d’autres contrées.
JUais la végétation y est de la plus grande richesse. Là s’élèvent des forêts à l’ombre épaisse que les rayons du soleil ne pénètrent jamais , des bois toujours verts , remplis de plantes marécageuses , de roseaux, de buissons épineux, d’arbres magnifiques parmi lesquels on distingue l’ébénier, le tamarin, le cilronier, l'oranger, le limonier (2) et beaucoup d'autres espèces inconnues, propres à ce pays, presque toutes à haute tige , aux branches immenses et épandues, appelées Gélingues , Deleô, Cami, Cougles, etc. (3).
Ces grands bois, ces déserts immenses sont habités par des troupes innombrables d'animaux féroces. C’est la demeure des troupeaux d’éléphans, des rhinocéros, des buffles sauvages, des sangliers, du gros gibier et de ses redoutables ennemis, la terrible panthère, le léopard, le lion et d'un nombre infini d'autres animaux de proie. Le feuillage et les branches des arbres sont peuplés de troupes de singes et de bandes d'oiseaux, les marais et les eaux stagnantes remplis de crocodiles, de serpens, de lésards et de scorpions.
(1 ) Xungo Park, Trev., pis. 328.
(S) Bruce, Tr»T., t. III, Pis. 346; t. VI, pig. 213; Poucet, Vor-, pis- 139.
(3) Poucet, vo/., 44.
Les Shangalla ou Shanhùla.
Au milieu de ces bêtes féroces, habite la peuplade idolâtre et très-étendue des Shangalla. Depuis deux mille ans, cette région est sa patrie, et elle ne semble pas mériter qu’on lui en envie la possession. Depuis Agatharchides et Arlémidore (1) jusqu’à nos jours, ce peuple est resté au même point de développement ou plutôt de barliarie (2).
Shangalla ou Sbankalla , c’est-à-dire les noirs dans les basses terres , est une appellation générale de tous les nègres chez les Abyssiniens: aussi ce nom n'est connu ni des habitans deSennaar, ni des Shangalla eux-mèmes (3). Les anciens Portugais en ont fait Xagnenscs (4). Dans les basses terres ils ont différens noms selon les temps et les circonstances. Dans son second voyage. Sait en connut plusieurs à Tigré qui nommaient leur tribu Dizzela dans le pays de Dabanja , où doit habiter encore unautre peuple sauvage, les Dippoura. Sait donne, dans le même ouvrage, quelque renseignement sur ce peuple.
C’est une race nègre à la couleur noir fonré, aux cheveux laineux , au nez aplati et aux lèvres épaisses; elle se compose d'un grand nombre de tribus indépendantes les unes des autres; celtes qui vivent à l’csldu Nil sont connues sous le no^r général de Shangalla. Celles qui habitent plus loin à l’ouest, près du Bahr-el-Abiad, jusque dans l’intérieur du pays prés de Donga , portent des noms dilferens, cependant celui de Nouba fi) semble être le plus général. Ceux qui sont df-" venus mahoinétans, comme les habitans de Sennaar, s'appellent Foungi; les troupes de soldats au servire de Sennaar se nomment Chillouk,t t ceux qui ont conquis le pays de Darfour portent le nom de Fouriens.
Les forêts marécageuses du fleuve Marcb sont le siège de leur plus grande puissance; dans les autres districts ils sont divises et faibles; cependant ils sont redevenus puissans sur la rive oc-
(I ) Agathan-b. , de Rub. Mar, dana Becrco ldeen 3'- À! 1(1. >. Il, pag, 330.
f2) Nicbubr Im Vu, Tur Altbertb. Wlaa. 2 B. 2. St. 1810; et Valer Im ÜUbrtdalei, nacb Artemld. und Ptolem., 3* pari., !'• dlv. , pag. 104.
(3) Sali, Trav., pag. 378.
(4) Ludoir, mat . Æib., 1. 1, c.8,etTe!tei,datu ThSrenet, Bec., pag. 16.
(6) Bruce, Ira»., t. III, p. 3, et Burrap , dam l'ippendlt , t. VIT, pag. 77, 88 et 89.
HAUTE -AFRIQUE : IIIe DIVISlOîl, S 12.
cidcntalc du Nil près de Fazouklo. De même que ceux qui habitent Sennaar se firent inahomélans, d’autres s'étaient déjà faits juifs auparavant et s’étaient unis aux Falaslias; d'autres encore sc convertirent au christianisme , par exemple, ceux qui servent encore aujourd’hui dans l'armée du roi d'Abyssinie ; ceux-ci et les autres tribus citées plus haut , ne changent ainsi de religion qu 'après avoir abandonné leurs forêts.
Les Dobenah que nous avons déjà mentionnés, peuple chasseur qui se nourrit d’éléphans et de rhinocéros, sont une des plus puissantes de ces tribus. Leur principal établissement doit être situé entre le Mareb et le Tacazzé à Amba- Tzaada (1). ils sc nourrissent aussi d'autruches et de lésards. Ceux qui habitent sur le Tacazzé mangent de la chair de crocodile , d’hyppopotaine et de poisson ; ceux de Siré et Ras-el-Fil , appelés Bnasn , se nourrissent encore d'autres animaux (3). De là les noms que leur avaient donné les anciens : Ilyto-Elrp/ianlo-Strouthiophnges.
Ce sontlousdes peuples chasseurs ou pêcheurs qui ne connaissent ni l'agriculture ni la manière d'élever les troupeaux. Ils habitent dans les endroits les plus épais des forêts sous l'ombre des arbres : ils suspendent des peaux de bêles aux branches et forment ainsi des espèces de huttes, à l'abri desquelles ils vivent plusieurs ensemble. Ils en sortent pour chasser le gibier et éloigner de leurs habitations les animaux féroces. A l'approche de la saison des pluies, ils font leurs provisions d'hiver ; et dès que le sol de la forêt s’est changé en boue noire et en marais, ils l'abandonnent et se retirent dans les montagnes désertes; ils habitent là dans des cavernes qu'ils creusent dans les flancs escarpés des rochers, là où ils trouvent des veines de grès ou de pierre tendre. C'est pourquoi les anciens et les modernes leur donnent le nom de Troglodytes. Pendant l'hiver, ils vivent dans leurs antres, de viande et de poisson desséchés dont ils ont fait provision. Mais dès que le soleil s'éloigne de leurs tètes, dès que les pluies ont cessé , ils sortent en rampant de leurs cavernes et reprennent sous un ciel bleu et pur, leur vie aventureuse. Lorsque le temps de la sécheresse est arrivé , ils mettent le feu au gazon, aux buissons et aux roseaux dont le sol s'est couvert pendant les pluies, puis ils suspendent de nou-
(1) Bmcr, Trav.,1. IV. pag. 30.
(3) Bruce, in?., t. III, pag. 472.
veau leurs tentes de peaux sous les arbres et recommencent leurs chasses.
Mais alors commence pour eux une époque de luttes et de dangers : les Shangalia et les Abyssiniens, voisins l’un de l'autre, sont, dès les temps les plus reculés, d'irréconciliables ennemis (1), et aussitôt après les pluies, les Abyssiniens des provinces frontières commencent la guerre contre les Shangalia. 11 est de tout temps en usage que les gouverneursdes provinces situées depuis le llaharnagaeh jusqu'au Nil , doivent payer leur tribut en esclaves Shangalia. Tout ce qui n'est pas emmené comme esclave dans ces expéditions est exterminé sans pitié, hommes, femmes et enfans. Les enfans qui se trouvent parmi les prisonniers sont élevés dans le christianisme, et forment ensuite la garde du corps du roi. L'histoire de l'Abyssinie nous apprend qu'après le couronnement d'un roi , l’usage était de descendre aussitôt dans la Colla et de commencer la carrière militaire du nouvel empereur par une expédition contre les Shangalia. Mais souvent ces expéditions sont très-sanglantes et la fièvre fait périr les armées dans les marais ( i ). Après une expédition heureuse, le roi entreprend une grande chasse aux éléphans dans ces bois; cette chasse a lieu surtout après le couronnement des rois.
Malgré ces guerres continuelles le peuple des Shangalia est resté toujours mailrede la région des forêts et du pays des chasses (hunting ground) que les Abyssiniens lui ont disputé dans tant de sanglans combats. Mais il a été complètement exterminé (5) dans les deux grands ravins qui coupent la chaine de montagnes limitrophe du llabech , c’est-à-dire dans les vallées de Lamalinon et de Tchcrkin, afin que le commerce eut au moins deux routes libres des brigandages de ce peuple sauvage. L'une de ces routes conduit, comme nous l'avons dit , à la mer, à Massowah; l’autre en Egypte par Sennaar. Là seulement on a construit des chemins et bâti des villages. Ces villages sont visités surtout par les Gibbertis qui font le commerce entre Gondar et Sennaar. Tous les autres points de cette bordure de forêts, parcourus par les bêtes féroces et les cruels Shangalla, sont pour les Abyssiniens, comme pour les étrangers, d'impénétrables déserts.
(1) Cruce, t. IV , paj. 88; Sali . Trav., pas. 307.
(2| «race, Trav., I. lit, pag. 472, 455; t. VI, pas. 2(8, Cl I. iv, pat. 33.
{3y Bruce, Trav., I. III, pag. 813, et t. VI, pag. 256.
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