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PERTE DU PAYS D'ALPES ABYSSINIEN VERS LA MER

ET LES BASSES TERRES DU NORD DE l’a BRIQUE.

$ii.

De la chaîne de montagnes limitrophe qui entoure le pays d’Alpes de la srcondr trrrassc ou tonte l'Abyssinie au nord et à l’est, le voyageur descend dans les plaines de sable africaines qui s’adossent autour du plateau, à l’est, comme une étroite bordure littorale, et , au nord, comme d’horribles déserts. A sa sortie des défilés étroits et des vallées avancées des hautes montagnes, le voyageur, avant d’arriver dons les déserts de sable unis, monotones et arides, enlrcdansunecon- Irée humide et boisée, couverte d’eaux courantes et de lacs, de forêts aux grandes ombres , et parcourue par des troupes innombrables de bêtes féroces qu’on ne connaît pas dans le pays d’Alpes, l’n air humide, lourd, étouffant, lui souffle au visage, et il se hâte bien vite de traverser ces régions malsaines pour échapper aux fièvres maligneset aux autres maladies auxquelles ce climat donne naissance. Cependant ces forêts sont habitées par le peuple sauvage des Shangalla, race abrutie, en lutte continuelle avec les bêtes féroces, les habitans du pays d’Alpes et les peuplades arabes du désert. Cette bordure humide et boisée qui entoure le pays d'Alpes au nord et a l'ouest, dans une plus grande largeur qu’à l’est, s'appelle la basse terre ou, comme on dit dans le pays, la Kolta ou Mazaga : la bordure littorale sèche et ardente de l’est s’appelle Samhara.

1" Éclaircissement.

La bordure ardente de la côte ou te Samhura.

Tous les voyageurs qui , de la côte de la mer Arabique, pénétrèrent dans le Ilabech, marchèrent d'abord pendant quelques jours à travers des déserts de sable ardens et sans eau. Arrivés ensuite à la pente de la terrasse des montagnes, ils trouvèrent les premiers torrens qui jaillissent des défilés, et alors, pour la première fois, se montra à eux une végétation magnifique , une terre couverte de buissons et de bois. Nous pouvons appeler, régions des bois , cette contrée qui s'étend le long de la côte 'a l’est du Habech, et qui présente moins de largeur seulement au pied des montagnes. Cependant elle est moins

caractéristique qu’au nord , parce que l’eau y manque et qu’aucun (1) des torrens des montagnes n’atteint ici la côte; tous se perdent dans les sables avant d’arriver à la mer, et tarissent complètement pendant l’été.

A l’extrémité nord de cette région des bois, dans le district de Dobarwa, est situé au milieu d’une contrée romantique et sauvage, le couvent de Rira (2) ou Risan , autrefois fameux par sa richesse , dans toute l’Abyssinie, et aujourd’hui en ruines. Les hauteurs sur lesquelles il est bâti sont entourées , au nord, de marais et de petits lacs qui forment les affluens du Hareb aux eaux stagnantes. C'est là que sc trouvent des troupes innombrables de bêtes féroces et les sauvages Shangallas. Au revers sud de cette montagne où est situé le couvent, on trouve un défilé nommé Assauti , que Sait traversa en revenant de Dixan à Arkiko. Dans ce défilé se montrent déjà les différentes espèces d 'euphorbe et les bois de tamarin ; l’apparition de ces plantes est un signe certain qu’on approche des plaines. C’est ici qu’on voit les derniers groupes de palmiers, phénomène très-rare sur ces hauteurs (3). Au haut du défilé on rencontre des pâturages et des champs de blé magnifiques, tandis que le Tehama , situé au nord-est, est entièrement stérile et brûlé. En descendant le défilé on trouve jusqu'à Arkiko les buissons sauvages et épineux de l'accacia sur un sol sablonneux, sans sources ni eaux courantes. A ce débouché du défilé dans le brûlant Samhara, habile la race paisible des Shiho , dépendons des Hazorta qui leur ressemblent de langage et de forme. Ce défilé d' Assauti est le plus septentrional connu jusqu'alors qui conduise à Arkiko et Massowa. Il est situé au 15° 20’ lat. nord, ün peu plus au sud, 15* lat. nord, est situé le défilé du Taranta que nous avons étudié plus haut, comme tous les autres défilés plus méridionaux , à travers lesquels on descend par le Samhara à la côte de la mer Rouge.

Cette bordure littorale où le Samhara est baigné par la mer Rouge, nous est plus connu depuis les deux dernières expéditions de Sait. Sa carte indique, avec la plus grande exactitude et d’après les données les plus récentes, les différentes baies, promontoires et lies (4).

(I> Alvarez . Hi«l. üc Eihlop., fol. 7.

(2) Triiez, don* ThOvenot, pag. 19. — Sait, Voy., p. 442.

(3) sa t, Voy., p*s- 442.

(4) Rie b Sluart, thari of ihe tu y of Zryla from geocnc-

BOBO 8EPTEN THKJ> AL, UABKCH , SAMU ARA.

Les points les plus importans que l'on rencontre sur la route de Babel -Mandeb jusqu'à Arkiko et Massowa au nord, le long de la côte abyssinienne qui s’étend depuis le 12” 40' jusqu'au 16° lat. nord , du sud-est au nord-ouest, sont : rite Perym 12° 17’ lat. nord; Ras Beloul 13° 40’ lat. nord; la pointe de Rackmah 1 3° 43’ ; ta baie à'Amphilu 14° 30’; ta baie d'Howakil, (Opsianbay) 13°; la baie d'Annesley arec l'ile Valentia (Urine), 13° 30'; Arkiko , le port de Hassotca et l'ile D/iatak, 13° 33’.

De Hocha dans l’Arabie-Heureuse , capitale de l’ïémen, on arrive en quelques heures, par la mer Rouge , au bas du promontoire Beloul situé vis-à-vis. Au nord de ce promontoire on trouve :

1° La baie de Racexah (1), station peu sûre qui, dans les cas pressans, ne peut servir qu'aux petits navires. Cette baie de Rackmah est probablement le Portus /sidis dePline, quisedistinguepar quatre ileset où les Troglodyte s, aujourd'hui les tribus de montagnards de Bedowi. apportaient autrefois la myrrhe. C'est aussi vraisemblablement le port Beila des Portugais, si souvent cité. Les masses de rochers apparaissent ici comme des roches arides et brûlées (2).

2° Attu (3), sous le 14° lat. nord, village composé de quarante huttes, résidence d'un Cheik, et habité par un petit peuple fort, robuste et pauvre , qui ne cultive pas la terre et vit de poissons et du produit de ses troupeaux de chèvres : il appartient à la tribu des Danakil, appelée Adoulé.

3° La baie AStrniLA(4), baie profonde jusqu'alors inconnue, entouréed'une rangée d'ilcs avancées; elle forme un très-bon port appelé Engtish llarbour, et qui peutdevenirlrès-importanlpour cette cûte. Sur cette baie est situé le village de Madir , habité par les Dumhoeta , sans pâturages et sans eau. C'est d'ici que part la dangereuse route des montagnes que Cofiin a prise dans son voyage et qui conduit à Tigre par Ma-

Irical observation*, 1810, pas. 474. — 11. Sait ami rapl. TS. wcalberbeaJ, Cbart of Ampblla Bay , fiirveyed 1809 aa4 1810, pas. 14#.— H. Sait, Cbarl of Bowakll Bay, 1810. — rapt. Wealberhead, Cbart of An ne le y Bay, 1810. Cbart of ibe Bay of Arbeeko and Barbour of Maatiab froin Obacrv. ofCapt. Wealberhead, 1810.

(1) Sait, Trarel», pas* 148.

(B) Valentia, Trav., t. II, pa|. 22.

(2) Sa», Ibid., pas- 139.

(4) «an, Ibid., pas. 140, ISO.

dir, Bourré , la plaine de Sel et Senafé (voyez plus haut). La baie est habitée par les tribus drs ltumhoela qui se nomment les libres enfans des montagnes et régnent sur Madir et lesdéfilésdes montagnes. Amphitabay vient probablement par corruption de rAmy/AevAi/tofvdeStrabond); elle a 16 milles anglais de longueur, 12 de profondeur et contieut 3 petites Iles. Ces iles sont presque toutes uniquement composées d'une conglutination de corail et de roche calcaire entremêlée d’une infinité de madrépores, d'échiniles, de différentes espèces de coquillages, tels qu’on en trouve encore aujourd'hui dans la Mer Rouge. La hauteur des couches de ces Iles est elevée maintenant à 30 pieds au-dessus du niveau actuel de la mer. Une seule de ces lies, qui en est entièrement séparée, est composée de rochers calcaires avec des filons de chatcedoine; sur le côte oriental, ces rochers présentent de grandes cavités dont les marins se servent comme de magasins. Cette Ile isolée, appelée Koutto, présente seule des traces d'anciennes habitations, des ruines devieilles constructions, tandis que les autres semblent il'avoir jamais été habitées elles nourrissent seulement quelques chameaux, et produisent du bois à brûler, car elles sont couvertes de forêts d'Ancennia Toméntosa. Au fond de la baie, sont situés les deux villages, Madir et Douroro. Le dernier est un grand village bien situé pour le commerce, avec un bon encrage. La contrée qui l’avoisine est une vaste plaine couverte de faibles broussailles. Au loin , dans les terres, s'élève en forme d'amphithéâtre, la chaîne de montagnes dans la direction du S.-K. au N.-O., le front tourne vers la côte. Au nord, passe le chemin de montagnes qui conduit en Abyssinie, et au delà , on aperçoit très-bien la chaîne beaucoup plus élevée qui court depuis le Sénafé jusqu’au Tarants.

Aux mois de décembre et de janvier, la côte était très-aride , elle ne nourrissait que peu de gibier ; on n’y voyait que quelques oiseaux de proie, qui vivaient de sauterelles, et une espèce de petits lièvres semblables aux lapins. Le rivage est couvert partout d’une bordure de forêts trèsepaisses, formées d' Avicennia Toméntosa. Ces bois sont habités par une espèce de renards trèsnombreuse , que les naturels appellent B oint. Ces animaux descendent régulièrement sur les liorils de la mer, pendant le reflux, pour y manger les mollusques qui composent leur princi-

(1) Hr»l>on, CdO. de Tzchuckc, lib. XVI, I. VI, p. 408.

pale nourriture. Sait pense que cet animal et Y Aticennia Tomentosa sont le chien et l'olivier dont Pline fait mention en ce lieu. Les feuilles de V Aticennia , quoique très-amères, sont la principale nourriture (1) des nombreuses troupes de chameaux qui parcourent la côte, et se distinguent des autres par leur force et leur longue vie. Les rivages de la baie d’Amphila sont peuplés d'une infinité d'oiseaux marins, de pélicans, de flamingos, de becs h cuillière, de hérons, de glarëoles, de butors, etc.

4° La baie d’Hovakjl. Au nord, les montagnes de la presqu'île Sarbo offrent un abri contre les vents du sud. En gravissant le haut promontoire Sarbo, Sait trouva un buisson h gomme, semblable au Bedellium, et le beaume, tous deux du genre des Amyris. Du sommet (13° 48’lat. nord), la vue s'étendait, au nord, sur toute la baie d’Howakil. Dans Pile voisine Del'gammon , doit se trouver une pierre avec une inscription coufique (2) qui n'a pas encore été examinée.

La baie est très-grande et contient beaucoup d'Iles dont deux grandes; l'Ilc Hotcaki! , qui s'élève à 630 pieds au-dessus de la mer; Pile Bouda, aussi très-élevée, composée de grandes roches de basalte avec des colonnes renversées les unes sur les autres, comme des murs écroulés. Les autres sont formées de roches calcaires corallincs, comme les Iles de la baie d'Amphila. Près de ces lies, la mer était colorée d'un rouge foncé autour du vaisseau de Sait (3), par les mollusques qui tapissaient le fond à une profondeur de 20 brasses ; tout l’équipage étonné il la vue de ce phénomène, donna à ces parages le nom de véritable Her Rouge. Les montagnes de la baie intérieure offrent un coup d’œil ravissant; dans les quatre mois de la belle saison où tombent les pluies, le rivage de la baie s’étend comme un immense tapis vert, couverlde troupeaux de chèvres et de hordes de pasteurs. Des groupes d'accacias en fleurs et d'Avicennia forment le long de la côte une bordure verdoyante et parfumée ; mais pendant les autres huit mois de l'année , le rivage est brûlé par le soleil et désert. Quand les pluies manquent, ce qui arrive quelquefois, les peuplades et les animaux périssent. Les hommes émigrent vers Mocha, Hodeida, Suakim pour échapper à la

(I) ssii, Trav., |>sr. 173.

(î) Sali , Ibid., pa(. 185.

(3) sali, lbM.,pa|. 196.

famine et h la mort. Les femmes et les enfans qui restent dans le pays succombent presque toujours sur cette terre brûlante et desséchée.

Les habitons de la baie appartiennent aux Dumhœta des tribus de Danakil, peuple pasteur (1) et hospitalier. Dans les terres, se montrent les hautes chaînes de la terrasse avancée qu’habitent les tribus des Roussamo et Belessoua et par-dessus s'élèvent les majestueuses montagnes de Sénafé. Vincent, le premier, a pris cette baie pour le lieu où se trouve VObtidienne de Pline (2); il se fonde sur un passage du Périple de la Mer Rouge où il est dit : a huit cent s stades d’Adoute (à l’O. de cette baie) , est une seconde baie très-profonde à Centrée de laquelle est situé un grand monceau de sable; c'est au pied de cette éminence , et là seulement, que l'on trouve la pierre obsidienne. Sait a été assez heureux pour confirmer sur ce lieu môme , dans son second voyage , le rapport de Pline sur cette vraie obsidienne, pierre très-estimée des Romains. L'observation du voyageur moderne nous prouve ainsi de plus en plus l'exactitude et la véracité du père de l'histoire naturelle. A l'extrémité occidentale de la baie d'Howakil, sur la route d'ArénaàZoulla, Sait (3) trouva le sol parsemé d'une grande quantité de ces pierres noires et transparentes comme le verre; il en ramassa plusieurs , longues de deux h quatre pouces; plus bas dans les terres, on doit en trouver encore davantage.

3° La baie d’Annesley. C’est la plus septentrionale des baies de la côte abysinienne et maintenant la plus fréquentée , parce qu’elle possède le meilleur port h son extrémité occidentale, dans l'tle de Massowa. Vis-à-vis Massowa, est Arkiko, sur la grande route voisine qui conduit par le Tarants à Aium et à Tigré. Le voisinage de ces deux points donne à la baie une grande importance. Devant la baie d'Annesley, est située l'tle Dhalac (4), la plus grande de toutes les autres ; elle est habitée et possède des sources en abondance qui la fertilisent; comme la précédente, elle est composée de roche calcaire, de madrépores et de corail. Sait y a trouvé des huîtres et des échinites, dont les dards avaient un pied de longueur. Massowa, port le plus voisin d'Axum, dont il n’est éloigné

(1) Sait , Vr*T., pa{. 187.

(2) nio., mu. au., i. xxxvi, 26.

(3) Sait , Trav., pas. 192.

(4) Valcalla, Trav., I. lt, pag. 22.

BORD SEPTE5TRI0XAL , HABBCB , SAMSARA*

que de 90 milles géographiques, est aussi le plus fréquenté; c'est le meilleur port de la côte, et c'est par lui que se fait tout le commerce d'importation et d'exportation entre l'Arabie et l'Abyssinie (1). Vincent suppose que cette position si avantageuse au commerce, n’a pu être inconnue des Romains, et il croit que Massowa est la fameuse Adoule des anciens , qui n'était éloignée que de 8 jours de marche d'Axum, et que nous connaissons depuis Cosmas, par l'inscription d’ Adoule (9), Cette ville fameuse a été retrouvée, pour ainsi dire, non h l'extrémité occidentale, mais h l’est de la baie d'AnnesIey. Derrière l’ile Valentia (l'Orme du périple), dans l’angle le plus intérieur de la baie au sud , est situé aujourd'hui le petit village de Zoulla ou Thoulla selon la prononciation du pays; Sait, le premier , en entendit parler h Massowa (3). Sur le rivage du port de Massowa , est une colonne d'architecture égyptienne qui , d’après la tradition du pays , a été transportée de Zoulla dans ce lieu. Sait apprit aussi des Arabes qu'on trouvait près de Zoulla beaucoup de colonnes, de débris de bassins , de ruines d'édifices bâtis avec des blocs cubiques de 4 h S pieds de longueur, et que l'emplacement de ces ruines, un peu éloigné du village actuel, est appelé Azoule. L'ancienne Adoule est donc assurément retrouvée. Malheureusement, M. Stuart qui avait été envoyé avec la mission spéciale d’explorer ces ruines ne put pénétrer jusque-là. Cependant il apporta du rivage voisin une petite urne de pierre qui aurait été trouvée dans les ruines de cette ville. Espérons que plus tard elle deviendra le champ d’importantes découvertes.

Lei Danakii , peuples pasteurs.

Toute la côte abyssinienne de Samhara est parcourue par 30 différentes tribus de peuples nomades et pasteurs, connus dès l'antiquité (4) par leurs brigandages; ils rendent presqu’impéuétrable tout le littoral et le pays de montagnes situé derrière, depuis Bab-el-Mandeb , jusqu'à Arkiko au nord. Ce littoral était autrefois appelé le royaume de Dankali : le souverain de ce pays

(1) ValeoUa , Ibid., pag. 259.

(2) lonUaucon, Hova coll«cüo palrum «laoa Coamaa j Vincent Perfpf. — luKum für Aiierth. W. Berlin. 1810 : l’bcr den Tbroa, mit der Inscr. H* partie.

(8) Sait , Tr»*., pag. 461 .

(4) Bceren, Idcen TB., pag. 836.

prit part à la guerre que les mabométans d’Hourrour et d'Adaiel firent aux Abyssiniens ; car ses domaines confinaient aux deux peuples avant qu’ils fussent séparés l’un de l’autre par les invasions des Galla. Cependant le pays et ses habitans s'appellent encore aujourd'hui Dancali. Ils sont divisés en plusieurs tribus commandées par un chef particulier (Dancali (l) au singulier, Danakii au pluriel). Leurs combattans réunis se montent à 6.000 hommes. Ils se disent mahométans , mais ils n’ont ni prêtres , ni mosquées. Us vivent dans l’indépendance la plus absolue, ne se déplaçant que pour chercher des pâturages pour leurs chameaux , et prêts à prendre part à toutes les querelles lorsqu'ils espèrent y trouver leur avantage; ils aiment la liberté arec passion, sont très-actifs, résolus, mais pauvres et sans armes pour la plupart ; s’ils étaient armés, ils sauraient bientôt se rendre redoutables.

A cette race appartiennent les tribus noires des Bajeh d'Ebn llaukal, qui habitent sur les frontières de la Nubie et du Habech, et les Agaazi (9) vivant dans les montagnes de Ilabab, qui forment la prolongation septentrionale delà terrasse de Tigré. Ce dernier peuple porte le nom qui était commun autrefois à tous les habitans du littoral , Agaazi ou Gheech , et de là rient que l'ancienne langue du pays est appelée Gheez. Lorsqu'ils apparaissent sous le nom de Doubena (3) ou Dobenah , ils se sont déjà mêlés, comme au nord du Habech, avec les tribus arabes des Beja et des Bilowè. A l'est de la terrasse de Tigré, le même peuple nous apparaît également mêlé à d’autres races, et il porte les noms les plus divers suivant l'époque où il figure et suivant son genre de vie.

II est très-important de connaître ce peuple parce que toutes les caravanes du Habech à la mer passent sur son domaine, et qu’il dépend entièrement de lui de fermer ou d’ouvrir, à l’avenir , l’Abyssinie aux étrangers. De même qu’il est facile aux Hazorta de fermer le défilé de Tarants , de même les autres tribus peuvent boucher sans peine toutes les autres entrées du plateau.

Au sud des Hazorta, la puissante tribu des Bouasamou fait paitre ses troupeaux , et au nord est celle des Tecrour. Les Hazorta s’étendent du centre du défilé de Taranta jusqu'à la baie d’An-

(1) Sait, Tr»v., p«s. 17®.

(Z) Bruce, Trtv. , I, Ul, pas. 43, 473 . (S) Surr.y, B>I4., P*i« *.

nesley, au milieu de laquelle est située nie Valenlia. Ils escortent ici les caravanes entre la cùte et le Habecb, et le commerce actif qui se fait ici, est pour eux une grande source de gain. La résidence de leur chef, Shuum , est à Zoulla sur la côte , l’ancienne Adoule (1), vis-à-vis Pile de Valenlia.

Sait nous apprend , par son dernier voyage , que la tribu la plus importante est , 1° celle des Dumhœta, qui est maîtresse de la côte de Bëloul jusqu’à Âréna, et compte quelques mille guerriers; viennentensuite deux autres tribus, 2° les T aie me la , 3° les Hadarem, chacune forte de 200 guerriers qui dominent la plaine de Sel ; près d’eux , au nord , habitent , 4° les Belessoua qui sont soumis aux Taicméla; au sud , près d 'Ayth% se trouvent, 3® les petites tribus des Adoule et 6° celle des Modéto , tous deux peuples navigateurs ; les autres tribus s'appellent 7° Adalhou , 8° Aisamathou , 9° Kédimto , 10° Wcima , 11° Moushieh , 12® Assa-Mominto , 13° Huussa vw.

Les femmes de ces tribus ont , suivant Sait, les traits du Yisage très-distingués, et l’entretien de la famille repose entièrement sur elles. Elles sont presque nues; leur parure consiste en bracelets d’argent et d’ivoire. Leur occupation est de moudre le blé, cuire le pain, puiser l’eau, etc. Les hommes gardent les troupeaux et préparent le lait, mais ils ne cultivent pas la terre; leur plus grande passion est de fumer et de priser ; ils frisent leurs cheveux , les enduisent de graisse et les poudrent avec une sorte de poussière brune. 11$ couvrent les tombeaux de monumens bâtis en forme de pyramide , dont la base a jusqu’à dix pieds carrés , et qui rappellent l’architecture égyptienne.

Remarque.

Zeila y Zoulla , les Gibberti.

Nous lisons dans le rapport que Lobo (2) a laissé de sa mission que, sur le désir du roi abyssinien Sociniosqui avait embrassé le catholicisme , on envoya en Abyssinie des jésuites de la mission de Goa. Lobo en faisait partie ; il essaya le premier , mais en vain , de pénétrer dans le pays d'Alpes par 316linde. Deux autres jésuites , le père Maxado et Bernard Pereira se rendirent au port de Zeila, situé au sud de la route de Babcl-Maudeb , près de Dan-

(1) ValenUa , Trsv., I. III, pag. 234.

(2) Lobo , Voy. en Abyss i* partie, pag. 70.

cali, car la lettre de l'empereur abyssinien leur indiquait d'aborder en ce lieu. Ayant obéi à ceiavis, ils tombèrent dans les mains de princes mahométans , ennemis jurés des chrétiens , et furent décapités. Les jésuites accusaient le ministre de l'empereur Soci'm'oa d'avoir, par perfidie, mis un faux nom dans la lettre pour les empêcher d’arriver jusqu'au roi ; mais rien ne justifie celte accusation. 11 est beaucoup plus probable que ces deux hommes devenus fameux par leur martyre, furent victimes d’une erreur géographique. Ils prirent Zeila pour Zoulla qu'on écrit aussi quelquefois Zeila. ( 1 ). Celle dernière Zeila, voisine de Massouah, est uue roule de caravanes plus courte et plus fréquentée que celle qui conduit par Àrkiko au Taranta. (2). Sait nous apprend que les divers peuples pasteurs de cette côte parlent tous la même langue appelée, même par les tribus d ’Hazorta, langue de Dan cali (3).

Entre ces deux Zeila , au sud , habitent les tribus des Taltal, parentes des Shiho (Tall! Tall! est chez les Arabes de l’Yéineu une exclamation que poussent les pécheurs quand ils prennent du poisson (4)); les Üoba, mêlés aux Arabes comme les Dobéna, les habitans de Baylour et de Dancali jusqu'à Dau'aro et Zeila . Viennent ensuite les derniers peuples qui appartiennent à cette race . les Samaulies s'étendant depuis la route de Bab-el- Mandeb jusqu'au mont Félis (5) près du capGuardafui et dont nous avons parlé plus haut.

Toutes ces tribus ticnucnl plus ou moins à l’Islamisme et occupent la bande de terre brûlante , sablonneuse et aride appelée Samhara , qui s’étend le long de la Mer Rouge.

La terrasse de Tigré qui forme le côté oriental de l'Abyssinie s'abaisse dans le Samhara. Les peuples pasteurs qui habitent cette contrée brülanto se réfugient pendant l’été avec leurs troupeaux, dans la région des bois près de la terrasse des montagnes de Tigré et d'Angote. Suivant qu'ils se trouvent satisfaits ou non , par les présens et les tribus avec lesquels on achète leur bienveillance, ils protègent ou pillent les nombreuses Caillas (caravanes) qui vont de la mer daus l'intérieur des terres par Suakim , M assoirait , Zoulla , Bouré , Asab , Baylour , Dancali , Zeyla et Bcrbera.

Unis avec les Maures et les Arabes qui se sont établis dans ce pays , ce sont eux aussi qui , sous

(1) Ebn Baukal, Or. geos. by W. Ouscly , pag. 14.

(2) Valenlia , Trav., U II , pag. 330.

(3) sali , dans Yalenlia , Trav., i, 111 , pag. 234.

(4) A. Bainiiion , New Account., I. 1, pa;. 6ô. (5; Valcutla , Trav., t. 11 , pag. 370.

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