COURS DU .MUER. LE DIBBIE
à la viHe de Kdrssechou (K), Kar-S«idjou (B)(1 ), qui ne peut être autre que Ségo, capitale du royaume de Bambarra , et qui, suivant Mungo- Park , s'appelle aussi Sego-Korro ou Segosi- Korro ( 4 ). Jackson nous apprend que les nègres prononcent ce nom Shagrou, avec la gutturale gr qui leur est propre et qu'on pourrait comparer au grain des Arabes (3). Suivant Ebn Batuta, kdrssechou est situé sur les bords du Nil qui de lit coule à Kabara et Sagha ( Zagha , B).
C'est en cet endroit qu’Ebn Batuta écrivit au quatorzième siècle son fragment sur le cours du fleuve il l’est, vers l'Egypte, dont voici les propres paroles :
« De Kabra (4J et Sagha le Nil coule à Timbouctou, de là à Kok (Koukou , B) ; de là b la ville de Mouli (Mauly, B), dernier endroit du rayaume de Jlaly ; de là à Joi (Bowy, B), ville très-importante et l’un des plus grands royaumes nègres du Soudan ; le chef de cet état est le grand sultan de tous les rois nègres. Les blancs ne vont pas dans ces contrées , car ils seraient tous tués avant d'arriver. De là le Nil coule vers le pays des Nubiens, où il y a îles chrétiens. Eu sortant de ce pays , il coule à Donkolah, principale ville des Aouba, dont le sultan lbn-Kenzeidyn (B) se lit musulman lorsque cl Naszer- Moliamraed-Ben-Kelavvan (K) régnait en Egypte. De là le Nil traverse les cataractes de Dsehenddel. Dscbcnâdel est la dernière ville dans le pays des noirs, et la première de la province d'Eswén (Syène) dans la Uaule- Egypte. Je vis en cet endroit des crocodiles aussi grands qu'une barque. »
Cette relation, la plus ancienne du moyen âge, admet donc, sans scrupule, l’ identité du Niger et du Nil, sans même avoir connaissance de ce premier nom.
En parlant de Kârssechou, Ebn Batuta se dirigea vers le fleuve Ssanssara (t), (Sansera , B), qu'on ne peut atteindre sans la permission du chef. Il est situé à 10 miles de Jlaly, résidence du sultan nègre. Timbouctou (S), situe à 1 miles du Nil , est une ville dn royaume de Maly ; le gouverneur, qui est nègre, est toujours nommé par Maly. En quittant Timbouctou, Ebn Batuta se dirigea vers l'est, et poursuivit son voyage
(1) Ebn Battu», K., p. 47; B., p. 538.
(2) quarlerlr Rcvtew, p. 238.
(3) J.eUoR’. Bcc. otTtmb., p. 491.
(4) Ebn mtuu. k., p 47-48.
(5) IbW., P. 48.
sur ce Nil des nègres, dans un canot fait d'un seul tronc d’arbre; lotis les jours, il abordait avec ses compagnons dans des villes et des villages, où ils échangaient du sel et des épices contre des provisions ; le voyage se continua ainsi jusqu'à Koukou , la plus belle des villes nègres, située sur le Nil, et où les cauris servent encore de monnaie (1). Arrivéen cette ville, Ebn Batuta, à ce qu'il parait , abondonna le fleuve qu'il appelle toujours Ail et jamais Ailier.
Ebn Batuta ne fait pas mention du grand lac d’eau douce entre Jinnic et Timbouctou. Nous ne possédons sur ce lac remarquable, appelé Dibbie par Muugo-Park , que les renscigncmcns suivans qui nous ont été transmis par Al. Scott
B. Lac Dibbie. Pèlerinage à el llezsch , suivant Al. Scott.
Le pays qui confine au nord-ouest au lac de Dibbie, est connu des voyageurs arabes sous le nom dW Sharray (4) ; il conduit au grand désert de Sahara et est situé non loin du pays des nègres de Bambarra (5) qui, à ce qu'il parait, s’étendent au loin vers le nord. Le sol , diversement accidenté , est coupé par de petites collines île sable , des vallées et un grand nombre de rivières saumâtres ; il est couvert de forêts de dattiers, de cocos (?) et d’orangers sauvages; les nègres qui habitent ces contrées ne vivent que de brigandages, et souvent ils attaquent et pillent , à l'entrée du Sahara , les caravanes qui traversent ce désert pour se rendre à la frontière du Maroc. C’est là qi.e le Grand-Fleuve commence sa courbe de nonl-est à l’est. Alex. Scott , après avoir erré trois mois dans le Sahara occidental , se trouva tout à coup en face d'une grande eau qui n’était pas le Niger, mais un tac immense (4) ; quand le ciel était serein et l'atmosphère pure , il apercevait très-distinctement du côté opposé, au sud, deux hautes cimes de montagnes qui se perdaient dans les nues. Les bords du lac formés d’un sable mou, étaient couverts de bois et d’arbustes semblables aux cocotiers. Jusque-là Scott n'avait vu ni montagnes, ni rivières, ni habitations fixes, et tous les voyageurs qu'il rencontrait parlaient l'araba.
(1 ) Ebn Batuta, P,
(2) Al. Scott, p. 4$.
(3) Oo «lit que « cbci le» Xaurrs, bambarra rst an nom •UCrl, provenant de l^amba jr , qui signifie antrnpoptiag**.
(4) Al. Pcolt,p. 45.
Sur le bord du lac était situé un endroit appelé el Sharrag ; la caravane y laissa ses chameaux. Rennell , qui calcula la route des caravanes depuis el Cibla h, lieu de départ , jusqu’au lac , espace d'environ 1,000 milles géogr. anglais, s'assura que cette grande eau n'est autre chose que le Dibbie de Mungo-Park (1), bien qu’on soit très-peu d’accord sur son étendue.
Alex. Scott trouva beaucoup de nègres à cl Sharrag; leurs maitres étaient des Arabes à la couleur foncée, de la tribu des Orghaebet, parlant la langue sehe/louh. Ils étaient probablement venus du nord , peut-être de la partie méridionale du Maroc (2); ils ont établi une colonie dans ces contrées, et, suivant Alex. Scott, ils sont la terreur de tous les marchands qui se rendent ii Timbouctou (3). I,es chefs de ta caravane louèrent une grande barque de bois rouge , semblable h l'acajou , construite sans clous (I) et capable de porter 70 h 80 hommes ; les rames étaient affermies par des cordes faites d'fcerbes tressées, un Arabe tenait la barre et six esclaves nègres ramaient. Au lever du soleil on descendit dans l'embarcation ; on passa la nuit au milieu du lac, et on jeta une pierre au lieu d’ancre, pour arrêter la barque ; le lendemain on se dirigea de nouveau en ligne droite vers les deux cimes de montagnes qu'on avait aperçues au sud. L'eau était couverte à sa surface d’une quantité de laiebe, les herbes étaient remplies de tortues et d'un nombre infini de poissons. Une quantité de barques de pêcheurs parcouraient en tous sens le lac; et, quoique assez larges, elles ne pouvaient cependant porter plus de 200 hommes. Les Arabes les appelaient zourgos , les el Sharrahs ou indigènes. /7o«A-. C’est du nord-ouest au nordest que le lac avait le plus d'étendue.
ün avait h redouter l'attaque des pirates (les Zachah), peuple de petite stature, habitant au nord et 3 l’est du lac , et qui , h ce qu’il parait , ne sont pas Musulmans. L’après-midi du troisième jour, l'embarcation atteignit enfin la rive opposée, ii l’endroit où la traversée était la plus étroite. A en juger d'après le temps qu’on avait mis à ramer , on avait parcouru un espace d’environ 12 milles géographiques (00 milles anglais). Les rameurs appelaient ce lac BahAr-Tieb, mais
(1) Seimet, 0b»err., [i. 237.
(2) Voy. plus bas, les montagnes de l'Atlas.
(3) Ha.JJI-Talub, p. 138.
(4) comme telles du Sigcr, près de Bommatuii, suivant ■ungo-Fark. Voy. plu» haut ,p, 81.
il coule, disaient-ils au sud dans une eau salée (?) , qui est très-grande el sans fin; sur cette grande eau il y a une quantité de sufflna el trahir (c'est à-dire de grands vaisseaux); elle s’appelle BahAr cl kabir (c’est-ii-dirc grande eau), et a un port appelé llambarry, où il se rassemble beaucoup de vaisseaux. Lit, disaient-ils, avaient été livrés de grands combats entre les Français cl les Anglais, et les ossemens des morts couvrent encore au loin la campagne. Cette dernière tradition n’est sans doute qu'un récit mensonger d'esclaves qui avaient passé quelque temps il la côte méridionale de la mer.
La rive méridionale où l'on aborda s'appelle et llerscb (1); elle dépend ou du royaume de Gotto, ou de la grande Ile de Jinbala , située entre les deux bras du Niger , et dont Mungo-Park fait aussi mention. Prés de l’abordage étaient des huttes, appelées el Tah-Sidna- Mohammed; la tribu qui habitait ces contrées s'appelait el Tahsi-del-Hczich. On annonça ici à l’esclave Scott, qu’on allait à Hez-el-Ilezsch, pour rendre visite à Mohammed, et qu’il serait obligé de s’y faire circoncire. Du rivage sablonneux et argileux , couvert d’abondantes forêts de tomkilet (Chinneg wood] , qui s’élevaient entre des rochers blancs, un sentier étroit conduisait, par un pays montagneux et h travers deux hautes montagnes, dans une vallée où Alex. Scott vit des arbres chargés de fruits huileux , qui ressemblaient à des prunes. C’est le schi ou arbre à beurre de Mungo-Park. Dans la vallée boisée était un édifice peu elevé, sans fenêtres, bâti en pierres rouges, couvert de roseaux et tapissé de tous côtés d’une mousse noire; c’était le tombeau de Sidna-Mohammed , parent du grand prophète, qui s'appelle ici Uhrr-Soél. 11 avait la tête tournée vers le levant, du côté de la Mecque, et tout autour étaient les tombeaux de beaucoup d'autres croyans, morts h el llezsch. Dn grand nombre de pèlerins se rassemblent en ce lieu ; ceux qui venaient du sud du lac étaient montés sur des mulets et des chameaux; ils portaient des bonnets rouges et sacrifiaient des chèvres el des moutons. Beaucoup d'autres troupes, venant du nord , passaient le lac sur des barques ; ils portaient des chemises blanches avec des ceintures rouges et des boites de métal, qui contenaient des livres et différens autres objets. A leur arrivée, ils prononçaient à haute voix une prière.
(1) Aies Scott, |». 50.