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NOTIONS GÉNÉRALES. — GRANDES ROUTES DU COMMERCE, ETC

L’Aste est située entre le 23° degré de long. orientale et le 172° de long. occidentale, et entre le 4° et le 78° de latitude septentrionale.

Elle est bornée au nord par l'océan Glatial arctique, à l’est par le détroit de Behring et l’océan Pacifique, au sud par le détroit de Malaka et l'océan Indien, à l’ouest par la mer Rouge, l’isthme de Suez, la mer Méditerranée, la mer Noire, le Caucase, la mer Caspienne le fleuve et les monts Ourals et la rivière de Kara.

Sa plus grande longueur, de l’ouest à l’est, est de10,650 : kil. : sa plus grande largeur, du nord au sud, est de 6,900 ; sa superficie est d'environ 46,000,000 de kil. carrés; et le développement de ses côtes de 60,290 kilomètres. Le rapport des lignes de côtes à l'étendue superficielle est donc celui de 4 à 763.

Situation commerciale. — La masse compacte de l’Asie contrasté avec la charpente légère et les innombrables découpures du continent européen. Au nord, des plaines couvertes de neiges, au centre d'immenses plateaux qui s'élèvent en amphithéâtre de la Méditerranée au Grand Océan, arides, sablonneux, balayés par des vents tour à tour brûlants et glacés : au sud-ouest et au sud, de lourdes presqu’iles, l’Asie-Mineure, l'Arabie, le Dékan, l’Indo-Chine; à l’est, une ceintured'’iles volcaniques, Formose, le Japon, les Kouriles, et les côtes tantôt escarpées,

tantôt basses et marécageuses de la Chine et de la Sibérie, tel est l’aspect général du continent Asiatique. Au premier coup d'œil jeté sur une carte d'Asie, on devine toutes les difficultés qu’opposent aux relations par terre, des montagnes gigantesques, des steppes, des déserts sans eau, et par-dessus tout l’immensité des distances : et malgré la disposition peu favorable des côtes, on comprend que c’est vers la mer qu'a dû se porter l’activité commerciale ; aussi l'importance des routes de terre ne saurait-elle rivaliser avec celle des routes maritimes.

L’Asie est baignée par quatre mers principales, qui la mettent en communication avec toutes les autres parties du monde.

4° L'Océan Boréal borde d’un rempart de glaces les côtes de Sibérie : c’est à peine si quelques pêcheurs osent s’aventurer dans ces solitudes mornes et inconnues.

90 L'Océan Pacifique baigne les côtes de la Sibérie, de la Chine et du Japon, de l’Indo-Chine, depuis le détroit de Behring jusqu’à celui de Malaka : les grands courants de l’Équateur et du Japon, y tracent entre l’Amérique et l’Asie une double route chaque jour mieux étudiée et plus fréquentée.

3° L'Océan Indien découpe les deux presqu'iles de l’Indo-Chine et de l’Hindoustan séparées par le golfe du Bengale, baigne sous le nom de mer d’Oman les côtes occidentales de l’Hindoustan, celles du Beloutchistan, et les rivages de l'Arabie méridionale, pénètre par le détroit d'Ormuz entre la Perse et l’Arabie sous le nom de Golfe Persiqne, et par le détroit de Bab-el-Mandeb entre l'Arabie et l’Afrique sous le nom de mer Rouge.

4° La mer Méditerranée découpe les contours de l’Asie Mineure avec sa ceinture de grandes îles, Chypre, Rhodes, Chio, Samo, etc. sépare l'Europe de l'Asie sous le nom de détroit des Dardanelles, de mer de Marmara et de Bosphore, et forme la mer Noire qui baigne la Turquie d’Asie et les provinces russes du Caucase.

Enfin le grand lac intérieur de la Caspienne est entouré, à l’ouest, par la Russie européenne et caucasienne; au sud

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Routes maritimes. — L'Asie communique avec l’Europe par quatre grandes routes maritimes.

4° Route de l’Asle méridionale et orientale par le Cap de Honne-Espérance. |

Depuis Vasco de Gama jusqu’à nos jours, la route du Cap aété lg grand chemin du commerceentre l’Europe, la Chine et les Indes. Une révolution nouvelle est sur le point de rendre à la Méditerranée ce commerce qui fit au moyen âge la grandeur des républiques italiennes. Abandonnée déjè. par les services à vapeur et par les lignes postales, la route du Cap n’est guère plus fréquentée que par la navigation à voiles qui n’attend que l'ouverture de l’isthme de Suez pour la délaisser à son tour.

2° Roate de l’Asie méridionale et orientale par l’isthime de Suez.

Cette route fut pendant l’antiquité et le moyen âge la seule voie de communication entre l’Europe et les Indes, Les caravanes apportaient à Alexandrie et dans les autres échelles du Levant les marchandises de l'Orient, qu'y venaient chercher les navires génois ou vénitiens.

La découverte du Cap de Bonne-Espérance la fit oublier jusqu'au commencement de notre siècle, où le génie de Napoléon I‘ devina l'avenir de l'Égypte et de l’isthme de Suez, que la nature semblait désigner comme la voie de transit la plus sûre et la plus courte entre l'Europe et l'extrème Orient. Aujourd’hui le percement de l’isthme est un fait accompli, et l’ouverture définitive du canal sera le signal d’une des plus grandes révolutions commerciales dont le monde ait été témoin.

Malte dans la Méditerranée, Alexandrie et Suez en Égypte, Aden en Arabie, Pointe de Galles dans l'île de Ceylan, Singapour sur le détroit de Malaka, Saigon à l'embouchure du Cambodge, Hong-Korng'et Shang-Haïen Chine, Nangasaki et Yedo au Japon, telles sont les principales étapes de cette voie commerciale, qui rayonne par ses embranchements vers l’Afrique et vers l'Océanie, et qui dessert les plus riches pays producteurs de l'Asie,

l'Arabie, la Perse, les Indes, l’Indo-Chine, la Chine et le Japon.

Deux grandes compagnies Européennes, qui ont pour points de départ Marseille et Southampton, les Messageries Impériales françaises, et la Compagnie anglaise péninsulaire et orientale entretiennent avec les pays que nous venons d’énumérer les relations les plus actives, par des services mensuels pour la Chine, bimensuels pour les Indes.

La durée du trajet est de 30 à 31 jours pour la traversée de Marseille à Calcutta, de 40 pour Hong-Kong, de. 44 pour Shang-Haï, de 50 pour Yedo.

3° Routes de l’Asie occidentale par la Méditerranée. Échelles du Levant. Cette route a pour points de départ Jaffa, Beyrouth, Tripoli, Alexandrette, Smyrne qui ne sont plus aujourd'hui que les débouchés du commerce de la Turquie d’Asie, mais où les caravanes apportaient autrefois les produits de l’Inde et de la Perse.

L’Angleterre avait projeté il y a quelques années la construction d’un chemin de fer qui, partant de Beyrouth ou d’Alexandrette, aurait longé la vallée de l'Euphrate et serait venu aboutir au golfe Persique, mais des difficultés insurmontables ont ajourné indéfiniment l'exécution de ce projet qui aurait rendu aäux ports de Syrie leur ancienne prospérité et rouvert au commerce des Indes une voie depuis longtemps abandonnée (1).

4° Routes de l’Asle centrale par la mer Noire, et par la mer Caspienne.

La route de la mer Noire a pour points de départ Trébizonde, dans la Turquie d’Asie, où vient aboutir presque tout le trafic de la. Perse et même de l'Afghanistan et de l'Asie centrale, et Poti, principal débouché des provinces russes du Caucase.

La route de la mer Caspienne, dont le seul débouché en Europe est Astrakhan, a pour point de départ en Perse, Astrabad où les caravanes apportent les produits de la

(1) Nous avons rattaché la géographie de la Turquie d'Asie à celle de la Turquie d'Europe.

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Sur toutes les routes maritimes de l’Asie, et sur les principaux points du littoral Asiatique, deux grandes puissances européennes, l'Angleterre au premier rang, la France au second, se partagent l’influence et la suprématie commerciale, disputée dans la Méditerranée par l’Autriche, dans la mer Noire par la Russie, dans l'Océan Pacifique par la Russie et surtout par les États-Unis.

Communications extérieures par terre. — L’Asie touche par sa frontière de terre à deux continents, l’Afrique et l'Europe.

Du côté de l'Afrique, l’isthme de Suez mérite à peine une mention comme route de terre : mais il n’en est pas de même de celles qui rattachent l’Asie à l’Europe, la grande route de Chine par Irbitt et Kiachta, celle du Turkestan et de l’Asie centrale par Orenbourg, celle du Caucase par le défilé de Dariel et par Tiflis. Toutes ces voies commerciales appartiennent à la Russie, et nous en avons rattaché la description à la géographie de l’'Empire russe.

Lignes télégraphiques. — La télégraphie électrique a déjà pénétré dans les Indes, dans là Turquie d’Asie, en Perse et en Sibérie, Parmi les lignes de canstruction récente qui ont inauguré le réseau Asiatiqu:, il en est trois d’une importance toute spéciale parce qu’elles établissent la communication entre l’Asie et l'Europe.

1° Le télégraphe fudien part de Æurrachee dans le delta de l’Indus, longe par un câble sous-marin les côtes du Beloutchistan, émerge un moment au cap Moçandon, pour se replonger bientôt dans le golfe Persique, d’où il ne sort qu’à Bushir sur les côtes de Perse, et à Fao à l'embouchure du Chat-el-Arab : à partir de Bassorah il suit le cours de l’Euphrate, traverse l’Asie Mineure, franchit le Bosphore, et vient se lier à Constantinople avec tout le réseau européen. Du côté de l'Océan Pacifique, le télégraphe indien se prolonge déjà jusqu’à Singapour,

d’où se détachera un double embranchement, l’un dirigé vers Batavia et l'Australie, l’autre vers Saïgon, Hong-Kong et Shang-Haï.

20 Letélegraphe caucasien et persan, par Tiflis, l'auriz, Téhéran, Ispahan, Schiraz et Bushir, établit la communication entre l'Asie centrale et l'Europe, en même temps qu’il se lie au télégraphe indien.

3° Le télégraphe Sihérien, prolongé aujourd’hui jusqu’à Kiachta par Omsk et Irkhoutsk sur une longueur totale de 6,000 kilomètres, fait communiquer l’Europe avec la Chine, et doit aboutir à Pékin et à Shang-Haï. C’est cettemème lignequ' une Compagnie Russe-Américaines’est engagée à poursuivre jusqu’à l'Océan Pacifique, et à relier par le détroit de Behring et l'Amérique russe aux États- Unis, opposant ainsi une téntative plus sûre, quoique moins brillante, aux courageux et inutiles essais de télégraphie transatlantique.

Communications intérieures. — Routes fluviales. — En Asie comme dans tous les pays où les moyens de transport sont peu nombreux, la navigation fluviale joue le premier rôle dans les communications intérieures.

La longueur desfleuves est en rapport avec l'étendue des pays qu'ils parcourent et la hauteur des montagnes qui leur donnent naissance, et tout le continent est sillonné par des cours d'eau navigables auprès desquels le Rhin et la Loire ne seraient que des ruisseaux : dans le versant de l'Océan Glacial, 'Obi, l’'Iénisseï, la Léna, qui descendent des sommets de l'Altaï, et vont se perdre vers le nord dans les plaines glacées de la Sibérie : dans le versant de l'Océan Pacifique, Amour ou Saghalien, frontière de la Chine et de la Sibérie, le fleuve Jaune et le fleuve Bleu qui prennent leur source dans les plateaux neigeux du Khoukhou- Noor, et fertilisent les vastes plaines de la Chine, le Mei- Kong ou Cambodge et le Meïnam qui traversent l’Indo- Chine : dans le versant de l'Océan indien, le Gange dans le golfe du. Bengale, l’Indus ou Sind dans la mer d'Oman, déversoirs des neiges de l'Himalaya ; le Tigre et l'Euphrate

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dans le golfe Persique, qui naissent au pied des montagnes d'Arménie; dans le versant de la mer Noire; le Kizil-Irmack, l’ancien Halys : enfin dans cette espèce de bas-fond où dorment le lac d’Aral et la mer Caspienne, l'Amou-Daria et le Sir-Daria qui errent à travers les vallées et les steppes du Turkestan. Mais l’Asie n’a pas comme l’Europe ces canaux qui prolongent et qui complètent la navigation naturelle; les fleuves d'Europe sont des routes, les fleuves d'Asie sont des impasses, et les différents versants, séparés par des montagnes gigantesques, resteront toujours sans communications navigables. Cependant la navigation artificielle n’est pas inconnue à l’Asie : la Chine avait devancé l’Europe : les Indes et l’Indo-Chine la suivent de loin, et l'influence européenne, les progrès du commerce, la navigation à vapeur que les Anglais, les Russes et les Américains ont inaugurée sur presque tous les grands fleuves de l'Asie, ne peuvent qu’imprimer une nouvelle activité aux travaux de canali-

* sation.

Routes de caravanes. — Les routes de terre rencontrent comme la navigation intérieure des obstacles que l’Europe ne connaît pas, montagnes couvertes de neige, plateaux arides et tourmentés, déserts de sel et de sable comme ceux de Cobi et de Kerman, steppes desséchées ou marécageuses comme celles des Mongols ou des Khirghiz. Aux difficultés qu’oppose la nature, à la faim, à la soif, aux tourmentes de neige de la Sibérie, aux orages de sable et aux vents mortels du désert, viennent se joindre pour le voyageur des dangers peut-être plus terribles, ceux qui l’attendent au milieu de populations sauvages et inhospitalières, dans les vastes espaces que parcourent leshordes nomades des Mongols, des Khirghiz, des Turkomans, des Kurdes, des Bédouins, ces pirates de la steppe et du désert.

Aussi à l'exception des Indes et de quelques parties de la Chine, de la Sihérie, de la Russie caucasienne, de la Perse et de la Turquie, l’Asie n’a-t-elle pas de routes tracées et entretenues. Les chemins de fer n’existent que

dans l’Hindoustan : la Perse, la Turquie, la Transcaucasie ont quelques lignes en construction, mais dont aucune n'est achevée. La plupart des contrées asiatiques n'ont encore d’autres voies de communication intérieure ou internationale que les routes de caravanes parcourues par ces longues files de cavaliers et de chameaux qui aujourd'hui, comme il y a trois mille ans, portent d'un bout à l’autre du continent les marchandises dont la nature peut s’accommoder de ce moyen de transport si lent et si coûteux:

Dans l’Asie orientale, Pékin, capitale de la Chine, dans l'Asie centrale, Téhéran, capitale de la Perse, et Boukhara, entrepôt du commerce du Turkestan; dans l’Asie occidentale, Bagdad et Damas (Turquie d’Asie) sont les points de départ et les principaux rendez-vous des caravanes qui sillonnent l’intérieur du continent.

Climat, productions, ete. — L’Asie, qui s’étend sur 78 degrés de latitude, réunit tous les climats, tous les terrains, toutes les productions : depuis le printemps éternel des vallées du Thibet et de la Boukharie jusqu'aux chaleurs accablantes de la Syrie et du Bengale, jusqu'aux glaces de la Sibérie : depuis le granit du Caucase et de l'Himalaya, jusqu'aux terrains d’alluvion de la Chine et de l’Hindoustan ; depuis le blé et le chène d'Europe, jusqu'au café et jusqu’à l’arbre gigantesque des Banians. Cette variété de productions explique l’immense courant d'échanges qui grandit sans cesse entre l’Asie et l'Europe, ou l’Amérique, dont les peuples plus civilisés mais moins favorisés de la nature, viennent troquer les produits de leur industrie, contre les matières premières et les riches denrées du continent asialique.

L’Asie est partagée en deux zones par une ligne qui partant de la presqu'ile de Corée descendrait vers le sudouest à travers le Thibet, longerait l'Himalaya, l'Hindou- Kouch, les monts du Khorassan, la Caspienne et le Caucase. Dans la zone septentrionale, le pays des neiges et des longs hivers, croissent le millet, l'orge, l’avoine, les forêts de sapins et de bouleaux; sur la limite des deux ré-

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gions, le froment, les plantes et les arbres des climats tempérés; la zone méridionale possède le riz et le maïs, la vigne, les fruits de l’Europe et ceux des tropiques, le thé, le café, les épices et les aromates qui sont indigènes en Asie, les bois de teinture, l’indigo, les graines oléagineuses, le cotonnier, les forêts de palmiers et de bambous, richesses inépuisables que le sol prodigue presque sans culture aux habitants de ces heureuses contrées.

Tous les animaux domestiques, le bœuf, le mouton, la chèvre, le cheval, le chameau, sont répandus depuis la zone où vit le renne jusqu'aux extrèmes limites de l’Asie méridionale,

Les productions minérales de l’Asie sont peu connues, et encore moins exploitées; cependant tous les métaux depuis le fer jusqu’au diamant s’y trouvent en abondance; pour tirer parti de ces richesses, il ne manque que des capitaux et des bras.

Elat de la civilisation. — L'abaissement de la race humaine en Asie contraste avec la vie si large et si puissante de la nature. Il semble que sur ce sol fécond l'homme seul ne puisse arriver à la maturité et que tout progrès lui soit interdit par une loi fatale et immuable. Depuis quatre mille ans l’Asie a vu les empires s’écrouler les uns après les autres, les peuples se mêler, les invasions se succéder, elle a vu naître les premières sociétés régulières, elle a versé tour à tour sur l'Europe les grandes émigrations qui l’ont peuplée, mais toutes les civilisations qui ont fleuri sur ce sol, berceau des races européennes, ont disparu en ne laissant que des ruines, ou si elles ont résisté au temps et aux barbares, elles se sont endormies, et pour ainsi dire pétrifiées comme celles de l'Inde et de la Chine dans une immobilité qui exclut tout progrès. |

Des causes diverses ont contribué à cet état d’infériorité, mais une des plus puissantes’'est la nature même du sol et du climat.

Dans le nord le froid engourdit les corps et les intelligences; dans le centre, la steppe, sans barrières, sans

matériaux de construction, invite et force pour ainsi dire les peuples à la vie nomade; dans le sud, dévoré par un soleil de feu, ébloui par la lumière, perdu au milieu de cette nature dont la puissance l’écrase, l’homme n’a pas l'énergie du travail, et n’en sent pas la nécess'té, car la terre fournit d’elle-même à ses besoins et à ses fantaisies, Si à cette première cause l’on ajoute l'entrainement perpétuel des nomades du nord vers les riches contrées du midi, les conquêtes et les dévastations périodiques, l’esclavage et le despotisme, l'isolement des nations civilisées de l’Asie orientale, l’Inde et la Chine, concentrées en elles-mêmes, enfermées dans les barrières de leurs montagnes, ou entourées de peuplades sauvages, cn comprendra sans peine la vie éphémère ou l’immobilité des civilisations asiatiques. He.

Races principales. — Les peuples de l'Asie appartiennent à deux grandes races, la race blanche ou caucasienne et la race jaune ou mongolique.

Dans la première on range : 4° les populations de la Turquie d'Asie, si diverses de langue, de caractère, de religion; mélange d’éléments hétérogènes, et qui restent désunis : Grecs dégénérés, mais supérieurs à toutes les races asiatiques par leurs aptitudescommerciales;, Arméniens, énergiques et intelligents; Æurdes, pillards et nomades ; Bédouins, vivant de la rançon ou du pillage des caravanes ; Syriens, industrieux et patients mais abatardis par l’esciavage; Turcs, ignorants et fanatiques.

2° Les tribus de l'Arabie, mélange singulier de pasteurs nomades et belliqueux qui vivent sous la tente comme au siècle d'Abraham ou de Mahomet, de marins intrépides, d'agriculteurs et de commerçants aventureux, qui disputent encore aux Européens le monopole du commerce sur la côte orientale d’Afrique.

3° Les Persans, braves, spirituels, industrieux, curieux de la civilisation européenne, mais qui ont peine à secouer le poids de plusieurs siècles d’anarchie et de despotisme.

4° Les hordes du Turkhestan, Boukhariens sédentaires, Turcomans nomades et brigands, mais également fanati-

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5° Les Afghans, peuples de montagnards, autrefois les

dominateurs de l’Asie centrale et les conquérants des Indes, aujourd’hui dominés à leur tour par l'influence anglaise,

6° Presque toutes les populations de l’Æindoustan, di-

verses de mœurs etde religion, les unes guerrières comme les Seiks et les Mahrattes, les autres agricoles comme les habitants du Bengale, musulmanes dans le nord, brahmanistes dans l’ouest et dans la presqu'île du Dékan; mais toutes également attachées à leurs antiques coutumes, fidèles à la division des castes; indolentes comme les races du midi, quoique capables, àun moment donné, d’une sauvage et terrible énergie, comme elles l’ont prouvé plus d’une fois dans leurs luttes contre l'Angleterre.

A la race jaune appartiennent :

4° La plupart des indigènes de /a Sibérie, trop peu nombreux pour jouer un rôle important dans l’avenir de cette contrée.

2 Les populations de l’£'mpire chinots et de l’Zndo-C'hine, qui professent presque toutes le bouddhisme, mais dontla langue et le caractère offrent des différences si tranchées : le montagnard Thibétain courbé sous les ordres de ses lamas, le Mongol nomade, vivant sous la tente et suivant ses troupeaux dans la steppe sans limites, le Mandchoux agriculteur et soldat, le Chinois dont la civilisation a précédé toutes les autres, inventeur de la poudre, de la boussole, de l'imprimerie, agriculteur sans rival, ouvrier habile et intelligent, doué au plus haut point du génie mercantile; mais lâche, fourbe, gâté par le despotisme, et n’ayant d'autre dieu, d’autre loi, ni d'autre morale que l'intérêt.

3° Enfin les Japonais, race intelligente, fière et brave, aimant et cherchant le progrès, mais encore sous le joug des superstitions religieuses et d’une féodalité oppressive qui paralyse les ressources de la nation.

Au milieu de ces 860 millions d’Asiatiques, dont 600 millions de race jaune, vivent quelques centaines de mil- GÉOG. GÉNÉRe | Hi)

liers d'Européens, deux cent mille Anglais à Aden, aux Indes, à Hong-Kong et en Chine; deux cent mille Russes presque tous soldats, fonctionnaires, marchands, ou exilés au Caucase et en Sibérie ; dix à douze mille Français, à Pondichéry, à Chandernagor, à Mahé, à Saïgon eten Chine; quelques milliers de Portugais à Goa et à Macao : et cependant cette poignée d'hommes qui sent derrière elle la civilisation et la puissance de l’Europe, gouverne aux Indes 180 millions de sujets conquis par la Grande-Bretagne, civilise la Sibérie, fait tomber la barrière de la Chine et du Japon, et tantôt par l’action pacifique des missionnaires, des voyageurs et des commerçants, tantôt par les armes de la Russie, de l’Angleterre et de la France, répand dans toute l’Asie les idées modernes de justice et de progrès.

Les races asiatiques ont un long chemin à parcourir pour s'élever au niveau des nations civilisées de l’Ancien et du Nouveau Monde. Le fanatisme musulman, bouddhiste ou brahmaniste ; dans beaucoup d'États l'esclavage,

dans presque tous le despotisme avec son cortége ordinaire d’anarchie et de corruption, concourent avec l’action du climat à entraver le progrès moral et le progrès matériel, industrie, commerce, bien-être. Cependant, les barrières de l'Asie tombent de toutes parts: les gouvernements de Perse et de Turquie ouvrent des routes, construisent des télégraphes et des chemins de fer, et favorisent avec persévérance l'introduction des découvertes et par conséquent des idées européennes, Des traités de commerce imposés à l’Empire Chinois, au Japon, au Royaume d’Annam, et signés volontairement par la Turquie, la Perse, les Birmans, les Siamois, règlent les relations des principaux États asiatiques avec les puissances commerçantes de l'Europe et de l’Amérique : la présence des consuls et des stations navales est une garantie pour le commerce : enfin les colonies européennes et surtout l'empire anglais des Indes et l'empire russe de la Sibérie et du Caucase, qui couvrent plus d’un tiers de la superficie du continent, forment l’un au midi, l’autre au nord, deux foyers de propa-

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