‹ Géographie générale du commerce et de l'industrie [microforme]Chapitre 160 sur 241 · ROUTES DE CARAVANES · texte numérisé non relu

ROUTES DE CARAVANES

Nous n’entreprendrons pas ici de décrire les routes dela Chine, vers la Birmanie, le Laos et l'Annam, que n’a jamais foulées voyageur européen, ni celles du Thibet et du Boutan vers l’Hindoustan, dont nous avons déjà signalé les débouchés naturels, Delhi, Lahore, Cachemire et Caboul. Cependant nous devons dire quelques mots des deux | grandes routes de terre qui rattachent la Chine à l'Occident par la Sibérie et par l’Asie centrale.

La première, très-fréquentée par les marchandssibériens depuis le traité de 1858, traverse Xalgan, grande ville de plus de deux cent mille âmes, entrepôt du commerce de la Chine septentrionale ; s'engage dans les steppes de la Mongolie, après avoir franchi la grande muraille; laisse derrière elle Ourga, la capitale des nomades Khalkas, ville à demi chinoise, à demi mongole, et aboutit sur la frontière russe à Maï-mat-chin, séparé de Kiachta par une simple palissade, et où s’échangent contre fes draps et les fourrures de la Russie, les soieries et les thés de la Chine,

La seconde, qui n’est encore parcourue que par les caravanes chinoises, thibétaines et boukhariennes, mais dont les Russes cherchent à s'ouvrir l’accès par le Turkestan, suit la vallée du fleuve Jaune jusqu’à Lan-tcheou, où se croisent les routes du Thibet et de la Boukharie, s'enfonce dans le désert de Gobi, et à l’entrée de la vallée du fleuve Yarkhand, se partage en trois voies principales, l’une qui se dirige au nord-ouest, vers Xhouldja sur le fieuve Ili, entrepôt du commerce chinois avec la steppe des Kirghiz, la seconde qui aboutit à Boukhara, et la troisième qui descend par Farkhand sur Caboul et Cachemire. La Chine n’a encore ni chemins de fer, ni télégraphes.

Commerce extérieur. — Le commerce de la Chine avec l’Europe et l'Amérique, le seul qui nous soit connu, a décuplé depuis soixante ans, et s'accroît chaque année dans une proportion de 15 à 25 0/0, depuis les traités de Tien-Tsin et l'ouverture des principaux ports et des gran. des voies de communication intérieure.

Le thé et la soie forment la presque totalité des exportations chinoises ; les autres articles : cannelle, muse, bois précieux, sucre, riz, objets manufacturés (porcelaine, soieries, nankins, laques, encres, etc...), n'entrent que pour un chiffre très-faible dans le commerce avec l'Europe, et les États-Unis,

La Grande-Bretagne tient le premier rang dans le trafic avec l'empire chinois; dans ses exportations qui montent à 353 millions (1863), le thé figure pour plus de 60 millions de kilogrammes, et de 200 millions de francs, et

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la soie pour 1,981,000 kilogrammes; une partie de ces soies, les 3/5 environ, sont destinées aux manufactures françaises.

L’importation des produits anglais en Chine (cotonnades, lainages, métaux travaillés, horlogerie, bijouterie, quincaillerie, coutellerie, armes, etc...), n’était en 1862 que de 80 millions; mais l'équilibre des échanges est rétabli par le commerce de l’opium, monopole des Indes anglaises et qui figure à l’importation pour plus de 240 millions, tandis que les exportations chinoises dans les Indes ne dépassent pas 29 millions, chiffre inférieur à la seule valeur du coton que les Indes ‘envoient annuellement en Chine.

Au second rang viennent les £'fats-Unis, qui en 1860 exportaient pour plus de 100 millions de thés, de soies, et d'objets destinés aux populations chinoises de la Californie, *t qui n’importaient que pour 25 à 26 millions de coto., ‘1 lainages, de métaux, etc... Aussi comme la France, et la plupart des puissances européennes, sont-ils forcés de rétablir la balance par des envois de numéraire et de lingots, qui ont contribué aux crises monétaires si fréquentes depuis quelques années, et à la diminution progressive de la monnaie d’argent, la plus estimée en Chine,

Le troisième rang appartient à la Æollande et aux Zndes néerlandaises ; le seul commerce des nids d’hirondelle entre l'Archipel malais et les ports chinois, représente une valeur de près de 49 millions ; mais il est vrai que la moitié environ des quantités importées (9 millions) vient de Singapour sous pavillon angluis.

La France ne figurait, en 1863, dans le commerce avec la Chine que pour 26 millions, dont 19 millions et demi à l'exportation (16 pour la soie, 3 pour le thé), rt 6 et demi à l'importation, bien que ses vins, ses eaux-de-vie, ses toiles peintes, ses draps d'Amiens, ses serges, ses étoffes de soie brochées, sa passementerie, ses armes, son horlogerie, sa verrerie, réunissent toutes les conditions nécessaires pour trouver sur le marché chinois un débouché avantageux.

Le Portugal par Macao, l'Espagne par Manille, la Suisse, la Prusse, les villes hanséatiques, l'Italie, entretiennent avec les ports chinois quelques relations directes.

Le commerce de la Æussie avec la Chine par Kiachta, s'élève en muyenne de 60 à 80 millions, dont 32 pour l’exrartation des thés de caravanes, et de la soi: chinoise, si 28 pour l'importation des draps, des cotonnades et des pelleteries russes.

Caractère des pepulations. — On a trop exalté la - Chine au xvirr* stecie, on l’a trop dépréciée au xix°. La plaie de cet empire si riche et si peuplé, c’est le despotisme qui énerve les intelligences, qui avilit les caractères, et qui cause par ses exactions ces famines périodiques, étranges dans un pays aussi fertile et aussi bien cultivé, et ces insurrections sanglantes dont la Chine est encore aujourd'hui le théâtre. Livré à lui-même, le Chinois, s’il n’a pas les idées élevées des races occidentales, ou les qualités guerrières des Mongols, est un savant ingénieux, un agriculteur consommé, un ouvrier habile,

patient et laborieux, un commerçant plein d’activité et }

de finesse, mais loyal, quand l’Européen ne lui donne pas l’exemple de la mauvaise foi. IL émigre facilement, mais il conserve partout les mœurs, la langue, le costume, la nourriture, les usages de sa patrie. L’Indo-Chine, les îles Philippiaes, l'archipel Indien, Singapour, l'Australie, la Californie sont couvertes de populations chinoises, véritables colonies qui restent en relations constantes avec la métropole, et dont l’activité envahissente, dont le génie mercantile ont épouvanté un moment jusqu'aux Anglais et aux Américains.

Si l’esprit de solidarité est remarquable chez les émigrants chinois, les habitudes d’association paraissent peu développées en Chine : chacun travaille pour soi et chez soi : le paysan laboure seul son champ, l’ouvrier travaiile isolément ou par petils groupes qui n’ont rien de com-

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mun avec nos grands ateliers d'Europe ; les seules associations importantes sont les sociétés de banque, qui se comptent par centaines à Pékin, à Canton, à Shang-Hai, à Sou-Tchéou-Fou, à Fou-Tchéou-Fou, où l'usage des bons de caisse est universellement répandu.

Du reste, un grand nombre de banques anglaises : Banque Orientale, Banque d'Agrah, Banque commerciale de l'Inde, de Londres et de la Chine, etc., ont fondé des succursales à Shang-Haï, à Canton, à Hong-Kong et à Han- Keou.

Le Comptoir d'Escompte a une succursale à Shang-Haï.

Traités de commerce. — Les relations commerciales entre la Chine, l’Europe et l'Amérique ont été complétement modifiées par les traités de 1858 et 1860, qui stipulent l'ouverture des principaux ports, la liberté de circulation, de résidence et de commerce pour les étrangers dans l’intérieur de l'empire, et le libre exercice de tous les cultes chrétiens. La Grande-Bretagne, la France, les États-Unis, la Russie, la Belgique, la Suisse, l'Italie, la Hollande, la Prusse, au nom du Zollverein, l'Espagne et la Suède participent au bénéfice de ces traités, et la plupart de ces puissances ont des ministres à Pékin et des consuls dans les principales places de commerce.

Aujourd'hui, le négociant européen n'a plus rien à craindre, ni du gouvernement effrayé par de terribles leçons, ni de la population peu disposée au fanatisme, tout entière à ses intérêts et inoffensive pour les étrangers, pourvu qu'ils ne blessent pas trop ouvertement ses pré- : jugés ou ses usages.

Les vivres sont abondants et à des prix modérés, mais les frais de loyer sont énormes, et l'ignorance de la langue, l'absence de monnaies nationales forcent les Européens à recourir à des espèces de courtiers et d’interprètes indigènes, nommés compradores, qui se chargent de rechercher les cours de la place, de vendre et d'acheter les marchandises, de tenir un compte courant des dépenses, moyennant une commission qui varie de 41/2à 2°/,

Les maisons anglaises ou américaines trouvent une

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