I. — Les eaux douces à la surface du sol
Les eaux solidifiées ou glaciers. — L'eau que le Soleil prend par évaporation à la surface des océans, qui forme des nuages et tombe en pluies, s'emmagasine de différentes manières sur le sol, y séjourne. plus ou moins longtemps, y court plus ou moins vile.
Une I artie, celle que reçoivent les régions élevées ou les contrées glaciales, s'accumule en masses qu'on appelle ^/aciei's. — On aurait tort de concentrer exclusivement l'attention sur les glaciers des pays montagneux. Ils ne portent qu'une portion insignifiante des eaux solidifiées par le fi^oid à la surface du Globe.
Au premier rang sont les glaciers des régions polaires qui sont aux glaciers montagneux ce que sont les continents aux îles. Ils rendent à la mer leur provision d'eau sous forme d'icebergs, véritables fleuves solidifiés, qui s'en vont en masses formidables fondre dans des mers de plus en plus chaudes. C'est encore un fait de circulation.
Importance des glaciers dans les régions boréales. — On comprend que les géographes s'intéressent surtout à l'étude des glaciers isolés sur les montagnes dans le voisinage des régions chaudes ou tempérées. En effet, ces glaciers exercent une influence importante sur le régime des cours d'eau et, par là, sur les conditions d'irrigation des régions voisines de chacune des zones montagneuses. Donc, si les glaciers des Alpes ou de l'Himalaya sont, d'une manière absolue, peu de chose en comparaison des énormes amas de glace qui avoisinent la zone glaciaire arc-
tique et antarctique, ils sont justement, à cause de leur qualité d'exception, de valeur beaucoup plus considérable aux yeux des humains.
Mais on ne saurait passer sous silence la grandeur des phénomènes glaciaires dans les pays qui avoisinent les pôles. Le Groenland, par exemple, serait, au dire de l'explorateur Nansen, recouvert d'une couche de glace qui ne mesurerait pas moins de 1500 à 1900 mètres, et qui se développe sur une énorme superficie. Or, tandis que les glaciers des Alpes nourrissent en été des fleuves qui arrosent les pays riches, Rhône, Rhin, Danube et Pô, les énormes masses glaciaires de la zone polaire ne traduisent l'activité de leur renouvellement que par l'envoi vers des régions plus chaudes, à la surface des océans, d'îlots de glace qui y fondent graduellement.
Les glaciers de montagnes. — Au delà d'une certaine hauteur, qui varie selon la direction des montagnes et la zone dans laquelle elles sont situées, les sommets restent couverts en toutes saisons de neiges qu'on appelle pour cette raison neiges perpétuelles. Ainsi, tandis que, dans nos régions tempérées, on n'atteint cette limite qu'à une altitude de 2 700 mètres sur les flancs méridionaux des Alpes, il faut pousser jusqu'à 5000 mètres environ dans les Hiraalayas pour la rencontrer.
La neige qui tombe dans les hautes régions montagneuses, à mesure qu'elle descend le long des pentes, subit des modifications qui changent complètement sa nature. Elle se transforme d'abord en une masse granuleuse, lorsqu'elle fond partiellement et regèle ensuite : c'est un névé ou champ de neige. Le névé à son tour, par suite de l'augmentation de la pente et sous la pression des couches supérieures, se change en une glace compacte et transparente, d'une belle teinte bleuâtre.
Les glaciers ainsi formés s'encaissent dans les vallées les plus élevées; ce sont de véritables fleuves de glace; ils ont leurs mouvements, très lents, il est vrai, mais appréciables et faciles à observer. Les objets perdus à leur surface se retrouvent parfois, bien des années plus tard, à un niveau inférieur où ils ont été entraînés. Comme la glace ne peut suivre sans se rompre toutes les aspérités de son lit, il s'y produit des fêlures ou crevasses.
Le glacier transporte dans son cours des débris de rocs et do terre détachés du sol de la montagne, débris auxquels on donne le nom de nioraines. Le froltemenl incessant du glacier agit sur le fond des vallées comme un immense rabot ; il enlève les aspérités les plus saillantes, polit et arrondit les roches. En même temps, les blocs entraînés sont eux-mêmes rayés et striés d'une manière caractéristique. Aussi reconnaît-on, partout où on les trouve, les terrains sur lesquels les glaciers ont passé, ainsi que les blocs d'origine glaciaire.
Le glacier abandonne à son extrémité inférieure les matériaux qu'ils a entraînés ; ils s'y entassent comme un rempari: ce^[\a moraine frontale ou terminale. En se déplaçant ainsi, le glacier est arrivé à la fin assez bas sur les flancs de la montagne pour que la température puisse le fondre ; quelques-uns des glaciers des Alpes descendent jusqu'au milieu des forêts de sapins et môme tout près des champs de céréales. Souvent, de l'extrémité la plus basse d'un glacier jaillit le torrent qui deviendra un grand fleuve. C'est un glacier alpestre, le Galenstock, qui donne naissance au Rhône.
Les montagnes dont les cimes dépassent la limite des neiges perpétuelles ne donnent pas toutes naissance à des fleuves de glace. Il faut que la disposition des sommets et des vallées y soit favorable ; il faut que la neige tombe en assez grande abondance et que les diverses saisons soient assez bien marquées pour permettre la fusion suivie de regel. Les massifs contiennent généralement des glaciers plus nombreux et plus étendus que les chaînes ; ainsi les Alpes sont, à cet égard, bien mieux douées que les Pyrénées. Les glaciers les plus considérables de l'Ancien Monde sont ceux de l'Himalaya. En Amérique, les Andes ont leurs plus hautes régions situées trop près de la zone tropicale pour donner naissance à de grands glaciers.
C'est surtout dans les régions polaires que les glaciers ont une très grande extension ; là, ils atteignent presque tous le bord de la mer, qui vient en baigner le pied et en détache des icebergs. Les glaciers du Groenland sont les plus grands du Globe; l'un d'eux, le glacier de Ihimboldl., n'a pas moins de 110 kilomètres de large à son extrémité inférieure.
Dans les régions tempérées, le rôle des glaciers est de
charrier dans leur desconle les neiges accumulées sur les hauts soniniels, en fournissant aux fleuves des eaux abondantes. On sait en elïet que les fleuves les ph^s considérables, en Europe, par exemple, sont ceux qui empruntent leurs eaux aux grands glaciers alpestres. Le Rhiu et le Pvhône doivent à cette origine leurs cours puissants, et le Danube reçoit sur sa rive droite un contingent considérable d'eaux issues aussi des Alpes. C'est que les glaciers sont de l'eau concentrée ; et, tandis que les sources sont taries par la chaleur, les réservoirs glacés des montagnes se fondent plus aisément en temps de sécheresse et touraissent aux fleuves, leiirs tributaires, une eau d'autant plus abondante en été.
Au reste, celte remarque ne s'applique pas aux glaciers de toutes les latitudes. Dans l'Himalaya, par exemple, la saison chaude est à la fois l'époque des pluies et celle de la fonte des glaciers.
Glaces passagères. — Enfin, dans les pays de climat conlinenlal de la zone tempérée et des confins de la zone glaciale, les fleuves devi(Minent, pendant la saison froide, de véritables glaciers allongés; de même les lacs y portent une épaisse couche de glace. La fonte de ces amas d'eau solidifiée et concentrée produit annuellement, quand la saison chaude se déclare, une crue tout à fait comparable à celles que détermine le « fœhn » dans nos pays de montagnes à glaciers. Tel est le régime des eaux douces de la plaine russe et de la Sibérie.
Le phénomène des glaciers est donc par excellence ua Dhénomène climatéru/ue; et l'on aurait tort de donner comme base essentielle à l'étude des eaux glacées le cas exceptionnel que nous observons dans les pays de hautes montagnes. On doit considérer les glaciers de la zone polaire comme permanents ou séculaires à un très haut degré; leur contenu d'eau est énorme, leur épaisseur prodigieuse. Les glaciers de montagnes sont comiu.' des îlots ; moins importants que ceux de la zone polaire, ils se renouvellent plus rapidement et ont un cours dont nous apprécions la vitesse comme celle des fleuves. Enfin, il y a des glaces saisonnières durant trois, six ou sept mois dans les contrées continentales et de latitude tempérée ou polaire : telles les glaces de Sibérie et d'Amérique boréale. Au dernier
degré, et comme une transition entre la circulation d'eau douce purement liciuide des pays tropicaux, subtropicaux ou très tcMupcrès par Tinfluence marine et la slaqnnlion polaire^ on peut citer les j^Iaces de quelques jours, rarement de ([uclques semaines, dont l'observation nous est familière.