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CHAPITRE VII

Les côtes.

SoMMAIItE.

Nature et aspect très différcats des côtes. Classification. Théorie de Suess les côtes sont un phénomène dépendant directement du relief. Deu-i cas : cas où les chaînes se présentent parallèlement aux côtes, type Pacifique; cas cil les chaînes se présentent transversalement aux côtes, type Atlantique. Cette théorie ne tient pas compte des massifs et des plateaux. Mais il est certain que partout et toujours le relief, aussi bien celui des terres émergées que le relief sous-marin, détermine la côte. Forces modifiant les formes littorales, tantôt d'une manière insensible, tantôt brusquement : causes climatériques, phénomènes intermittents (tremblements de terre, volcans, raz de marée). Importance de la condition géologique et de la nature chimique des côtes : falaises, granit, etc. — Hauteur, inclinaison des roches. Formes des côtes, articulation plus ou moins grande; péninsules et îles. Exposition des côtes. Influence des marées.

Côtes du Pacifique. Influence des alizés de la Californie au Chili central, d'où érosion très minime. Le contraire se produit sur la face opposée, soumise aux moussons : Australie, Nouvelle-Zélande, archipel de la Sonde. — Océan Indien : mousson du sud-ouest, Inde, Birmanie, golfe du Bengale, golfe d'Oman ; cyclones, typhons, raz de marée. — Océan Atlantique. Zones de repos aux voisinages du Sahara et du Kalahari érosion très active au nord (Labrador, Groenland, Islande, Norvège) et au sud (détroit de Magellan). — Dans les mers polaires, ablation de masses glaciaires. Action des gelées sur les côtes, principalement sous les latitudes tempérées les plus septentrionales (littoral de l'Asie russe, de l'Amérique anglaise, etc.). Action des pluies sur les côtes des régions tropicales.

Apport des eaux douces, alluvionnement et apports; comblement des fiords, dépôts deltaïques, résultat d'un même phénomène.

Causes brusques de modification des côtes. Tremblements de terre et volcans. Catastrophes de Lima (1724), de Lisbonne (1755), de Sinioda (Japon) (1854), du Chili (1837), de Valparaiso (18->2). — Les îles Julia Ferdinandea et de Santorin; l'éruption du Krakatau (1883). — Les îles. Classifications de Wallace et de Hahn.

Principaux éléments.

Les côtes. — Les côtes sont les lignes de contact où se rencontrent les mers et les continents. Elles sont de nature et d'aspect très différents; leurs contours varient à l'infini et donnent aux terres leur configuration et leur caractère propre. Que de formes distinctes s'offrent à nous, même sur les côtes d'une région très restreinte, comme la France,

qui occupe la dix-huitième partie de la surface de l'Europe! Ici ce sont des falaises taillées à pic, là une ligne de sai)le, qui marquent les limites de la terre et de l'eau; ailleurs, ces limites sont incertaines, les langues de sable, les étangs, les marais s'enchevêtrent dans un désordre apparent. Même caprice dans le dessin des rivages : quelquefois, une longue ligne droite marque la séparation des deux éléments ; plus loin, au contraire, ce sont des sinuosités que l'œil a peine à suivre. Enfin, revoyons-nous à un intervalle de quelques années le même point de la côte, nous constatons que des changements se sont produits, que la terre ou la mer a perdu ou gagné en étendue.

Classification des côtes.

Théorie de Suess. — Il ne suffit pas de grouper quelques remarques sur les fiords ou sur les deltas pour dominer la multitude des faits relatifs au contact de la mer avec les continents. Il faut aussi rechercher, pour obtenir des conclusions à peu près sûres, les causes qui créent et modifient les côtes; il convient également d'étudier la nature géologique, le relief et les phénomènes mialliples des pays qui participent à la détermination des lignes côtières. C'est ce qu'a voulu faire Suess en prenant pour base de sa classification un rapport entre les faits d'orographie et l'état des côtes, c'est-à-dire en établissant que les côtes sont un phénomène dépendant directement du relief.

Suess se propose, en effet, d'établir le rapport des reliefs avec les contours des côtes et il distingue deux cas :

1° Le cas oii les chaînes se présentent parallèlement aux côtes ;

2° Le cas où les chaînes se présentent transversalement aux côtes.

Les côtes de la première catégorie se rattacheraient au type Pacifique ; les côtes de la deuxième au typeAllantique.W croit cependant reconnaître deux exceptions dans la côte nord de l'Espagne qui suit la direction de la chaîne Cantabrique, et dans la mer des Caraïbes qui, située entre les Antilles et la côte d'Amérique, appartiendrait, par les îles qui l'environnent, au type Pacifique. La Méditerranée appartiendrait, par la majeure partie de son étendue, au type Pacifique.

Au type Atlaati({ue, Suess rattache l'Afrique, la pénin-

suie Indienne, r Au slralie, sans dissimuler que Madagascar a un relief parallèle à la côte et que les Ghâts serrent la côte indienne. Il insinue, d'ailleurs, que l'océan Indien et ses dépendances olIVent une combinaison des deux types.

Les conséquences tirées par Suess de ces observations sont tout à fait capitales. « Puisque les chaînes des côtes du Pacifique sont surtout parallèles à ses contours, il est bien évident que ce dernier existait avant leur formation. Si l'on observe, au contraire, que dans le type Atlantique les chaînes sont tranchées par les côtes, on est amené à croire que ces chaînes se prolongeaient au delà, et, comme beaucoup de ces chaînes sont de l'époque tertiaire, on conclut que la disposition des côtes l'est également. »

L'océan le plus anciennement délimité serait donc le Pacifique. L'Atlantique serait relativement récent dans ses limites actuelles.

Cette classification si intéressante présente, cependant, de graves inconvénients :

Ainsi, Suess ne parle que de chaînes, ce qui est absolument inadmissible, car il y a d'autres formes que celles-là ( massifs ou plateaux), et tout ne se résout pas en des chaînes parallèles ou transversales à la direction des côtes.

Les géographes doivent chercher une classification diirérente de celle de Suess, tout en conservant cette idée fondamentale que le relief, partout et toujours, détermine la côte ; et par relief il faut entendre toutes les formes de terrain (relief des terres émergées et relief sous-marin).

Sur les pourtours de l'océan Pacifique et de l'océan Indien, des terres hautes sont en contact avec la mer prescjue partout. Donc les côtes sont souvent abruptes ou bordées d'une lisière plate infiniment restreinte. Mais il n'y a pas un seul type de contact. Quel contraste entre la bordure des Andes et la zone chinoise, indo-chinoise et australienne, où la variété déformes et le manque de cohésion des systèmes montagneux rendent si complexe la rencontre de l'eau et des terres. Donc, il n'y apasde///pePaci/i<7«eproprementdit.

La bordure atlantico-arctique est, dans l'ensemble, beaucoup moins abrupte. Là se développent d'énormes étendues de plaines comme ccdles d'Europe-Asie et des Amériques. Là sont les plus grandes étendues de côtes plates. Mais il n'y a pas d'opposition systématiciue à établir, car l'Afrique atlantique rappelle à bien des égards l'Afrique indienne.

L'élude tlu relief sous-marin est fort instructive. Mais, à cet égard, la diversité est grande d'une zone à l'autre de la môme bordure océanique. Le fait est important à observer, si l'on veut connaître exactement comment se font les œuvres de démolition de la mer et de reconstruction. S'il existe un socle, comme dans la Méditerranée, le golfe du Mexique, les mers de bordure de l'Asie orientale, les alluvions deltaïques gagnent très rapidement en superficie et accroissent beaucoup l'étendue des terres émergées. Si les alluvions plongent en une mer profonde, comme celle où se jette le Congo, le travail de comblement devient moins sensible ou insensible. La même donne pas un assaut aussi redoutable quand elle a dû courir sur une zone littorale peu profonde avant d'attaquer l'abrupt de la côte que dans les cas où elle bondit, forte et profonde, contre une muraille que rien ne protège en avant.

Enfin, le rapport que nous avons coutume d'établir entre le relief émergé et le relief immergé au point de contact du niveau de la mer n'est, après tout, que la considération d'un seul et môme phénomène, le relief, et non l'opposition de deux ordres de faits d'une nature différente. On connaît des côtes élevées que bordent des mers peu profondes, des côtes basses baignées à peu de distance par des fosses marines de grande profondeur. Un même relief de l'écorce terrestre peut être ou complètement émergé, ou complètement immergé, ou sectionné par le niveau de la mer en deux parties très inégales, l'une au-dessous des flots, l'autre au-dessus. Dire que les côtes sont déterminées par le relief de la terre qu'elles limitent est faire une remarque peu significative: mieux vaudrait observer que le niveau delà mer touche les terres tantôt au sommet, tantôt à la base, tantôt en un autre point quelconque du relief total (]ue représentent l'altitude de la terre émergée et la profondeur de celle que recouvrent les eaux. C'est la vérité et la variété.

Modifications des formes littorales. — Mais ce ne sont là que des remarques très générales. Il existe un grand nombre de forces qui modifient les côtes tantôt d'une façon insensible, tantôt d'une façon brusque. Les modifications principales sont dues à des causes climatériques ; d'autres sont produites par des phénomènes intermittents (tremblefnenls de terre, volcans, raz de marée), Ouelcjuefois les deux

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ordres de causes se mêlent pour modifier l'aspect des côtes. Mais la lutte perpétuelle des éléments solide et liquide par l'intermédiaire de l'atmosphère qui imprime la force est celle qu'il est le plus facile de suivre.

Conditions géologiques. — Quelle que soit la vigueur de l'agent d'érosion, il reste toujours vrai que l'œuvre de destruction est d'autant plus facile que les ilôts s'attaquent à des roches plus friables. Chacun sait que le progrès des flots est plus rapide sur le littoral de falaises de la Normandie, où la craie est aisément désagrégée, que sur les deux faces de roches cristallines du littoral breton. Le recul du cap de la Hève se chiffre aisément; on le suit, et l'un des meilleurs observateurs de ces phénomènes, M. Lennier, évalue la perte annuelle à une tranche de 2 mètres. Au Pas de-Calais, la falaise du cap Gris-Nez recule de 25 mètres par siècle. Les calcaires durs comme ceux qui bordent les côtes de Ligurie sont plus lentement creusés à la base, mais échappent encore à l'éboulement en raison de leur cohésion plus grande, même quand de profondes cavernes se sont formées. Les falaises de schistes ardoisés (promontoire de Socoa, près de Saint-Jean-de-Luz) se découpent en plaques et se laissent pénétrer à diverses hauteurs par l'eau de mer qui jaillit en sortant de la cavité étroite des feuillets. Les rainures, les cavités, les grottes sont beaucoup plus longues à creuser dans les roches dures comme le granit ; même détachées, elles résistent plus longtemps par elles-mêmes et ces roches jalonnent le littoral d'une ligne d'avant-garde.

Parfois la mer détermine sur des roches très dures un travail chimique, un véritable incendie qui active la destraction. Telle l'oxydation des pyrites des falaises de Ballybunian à l'ouest de l'Irlande, aux bouches du Shannon ; il y eut là un incendie qui dura plusieurs semaines, au témoignage de William Ainsworth, vers 1834. Contre des terres absolument friables, la mer progresse avec une bien autre rapidité; chacun connaît l'histoire des îles des côtes de Hollande et de Frise. Les strates de grès bigarré de lielgoland olfrent aussi une bien faible résistance.

a. Profondeur. — Le relief d'une côte, sa hauteur, l'inclinaison des roches présentées à l'action de la mer entrent

aussi en ligne de compte, quelle que soit la force d'érosion dcsvaii^ues marines. Il faut, d'ailleurs, se garder de considérer uniquement et comme abstraitement la forme de la côte qui fait face au choc marin, sans remarquer que le relief sous-marin détermine lui-même, dans une large mesure, la force du choc ; le long d'une côte abrupte, la mer conserve jusqu'au bord une profondeur suffisante qui permet aux rouleaux de lames formés au large de parvenir sans grande atténuation de poids et de vitesse. Au contraire, l'existence d'une plate-forme littorale use, par le frottement, ces monlagnes d'eau si terribles au large, diminue leur volume, leur vitesse et brise la régularité de leurs volutes. Des coupes allongées de roches cristallines résistent d'autant mieux qu'à la dureté des matériaux qui résistent s'ajoute la disposition des pentes qui reçoivent obliquement le choc et en divisent la violence.

b. Relief et formes. — Les formes importent beaucoup, comme la nature chimique des roches et leur relief, au point de contact de la mer et des continents. En théorie générale, les masses continentales les moins entamées doivent être celles qui, pour une grande surface, présentent une longueur de côtes très petite, bref les moins articulées ; mais cela n'est vrai que pour des côtes sensiblement rectihgnes ou à courbes très larges. Dès qu'une côte est fouillée, découpée, le nombre des points de contact entre la terre et la force marine érosive est réduit à une série d'avancées, de môles entre lesquels la mer n'agit plus guère que par travail chimique.

Si, après une masse continentale peu découpée, nous envisageons une péninsule, il sera facile de remarquer que cette forme présente à l'érosion un grand nombre de faces et que le travail y est proportionnel à la surface attaquée. C'est un lieu commun de constater que les péninsules marquent souvent sur le pourtour des grandes masses continentales les zones où l'attaque des flots a été le plus énergique au cours des siècles. Mais il y a des péninsules dans nombre de parages où la mer est peu active; et cela même est une raison de leur conservation sous la forme que leur ont préalablement donnée les mouvements de l'écorce terrestre auxquels est dû le relief primordial. Tels sont beaucoup de caps et de presqu'îles des pays

rocheux que baigne notre Méditerranée si souvent paisible. Enfin, les terres où l'érosion acquiert sa plus haute valeur sont évidemment les îles offertes en tous sens aux assauts de la mer. Sans doute les îles, comme les presqu'îles, peuvent marquer des zones d'effondrement, mais on les trouve en même temps aux points où l'action mécanique des flots de la mer se fait sentir avec une énergie particulière (archipel des îles de la Sonde, îles Britanniques),

c. Exposition. — Le fait de Vexposition a une grande valeur et il ne faudrait pas croire que le rapport entre la surface continentale et le développement linéaire des côtes ait une signification absolue. Ainsi l'Amérique du Sud reçoit de rudes assauts sur sa face atlantique, sur son promontoire méridional, beaucoup moins sur sa côte Pacifique, entre l'isthme de Panama et le Chili méridional et central. L'xVfrique méridionale est violemment attaquée sur sa face indienne, dans son promontoire extrême, beaucoup moins sur sa face Atlantique.

d. Relief de la mer. — Marées. — Il convient de ne pas oublier non plus la variation du relief de la mer elle-même, c'est-à-dire le fait des marées.

Sur les rivages d'une mer sans marée, comme la Méditerranée, la lutte s'engage toujours au môme niveau, et la force consiste seulement dans la variation du vent qui soulève les flots. Sur les côtes des océans où les marées ont une grande amplitude, le choc se produit à des hauteurs variables, attaque des strates de divers niveaux. De plus, la force que les lames reçoivent de l'impulsion des vents s'augmente du mouvement et du volume que détermine l'attraction astronomique. De là le prodigieux effet des tempêtes qui coïncident, par exemple sur nos côtes de l'Océan et de la Manche, avec le plus fort gonflement des marées.

Tels sont les principaux éléments de variation qu'il importe de considérer sur tous les points de contact de l'océan et des continents.

Nature des érosions dans l'océan Pacifique. — La zone tropicale est une étendue où l'élément solide et l'élément liquide ont des contacts nombreux, Amérique centrale, Antilles, partie massive de l'Amérique du Sud, majeure

partie du continent africain, péninsules asiatiques, Arabie, Inde et Indo-Chine, archipel de la Sonde et nord de l'Australie, telles sont les masses exposées au choc. Mais la mer, en raison même de sa prédominance sur de vastes surfaces, est soumise, sur une partie de ce pourtour, à une circulation atmosphérique normale, celle des alizés, qui ne lui impriment point une violence érosive considérable. Les alizés, vents pacifiques par excellence (de là le nom de l'océan , ont pour résultat de laisser à l'abri d'érosions marines et de chocs une vaste étendue de la côte occidentale de la Californie au Chili central. Il y a là une zone de repos. Mais il faut ajouter que le Pacifique ne l'est que sur cette face et sous ces latitudes.

Au contraire, sur la face asiatico-australienne du Pacifique, la déviation climatérique des moussons produit de violentes érosions. L'Australie et la Nouvelle-Zélande, l'archipel de la Sonde, l'Asie orientale sont violemment entamés. Ainsi s'établit le contraste climatérique et côtierdes deux masses qui se font face sur le Pacifique, sous les tropiques, et, pour la face asiatico-australienne, sous les latitudes que l'empiétement connu des moussons soumet au régime des agitations marines et des érosions tropicales.

Sur la face américaine, il existe deux zones de vents variables : Tune au sud qui affecte le Chili méridional, l'autre au nord qui affecte la partie septentrionale du territoire des États-Unis et le littoral de la Colombie britannique. En face, c'est l'archipel de la Nouvelle-Zélande et l'Asie russe. Là, les phénomènes d'érosion ont la variabilité extrême que nous remarquons dans nos parages. Le moment de la plus grande violence des attaques marines est celui des saisons d'automne et d'hiver. Mais, dans l'archipel de la Sonde, les érosions, en raison même de la latitude et de cette qualité d'archipel, peuvent être produites par des mers formées en directions opposées et en saisons contraires. La côte nord de la Chine, comme le Japon, souffre des grosses mers par les vents du sud, du sud-est, d'est et de nord-est.

Nature des érosions dans l'océan Indien. — L'océan Indien n'a aucune côte exposée aux érosions par vents variables de l'hémisphère boréal , presque aucune ne

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souffre de celles des vents variables de l'autre hémisphère. C'est la mousson dite du sud-ouesl, variable de durée et aussi de direction, qui travaille le plus rudement son hémicycle de terres du nord, du nord-est et du nord-ouest. L'Inde et la Birmanie, le golfe du Bengale et le golfe d'Oman en portent les traces. Les dures mers formées du sud et venues de loin ne transmettent pas seulement le choc régulier delà saison d'hivernage, mais aussi l'assaut de violences exceptionnelles : cyclones, typhons, raz de marée, justement redoutés en ces parages. Les mers houleuses que la mousson du nord-est et du nord pousse sur les côtes d'Afrique, de Madagascar et d'Australie, frappent en biais et non de face comme les grosses mers du sudouest sur les rivages indiens ; elles sont d'ailleurs formées de moins loin. Les autres vents formés entre l'équateur et les latitudes tempérées australes sont loin d'agir avec la môme énergie.

Dans l'océan Atlantique. — L'Atlantique, étroit, allongé entre des terres aux contours irréguliers, ne peut avoir une zone de repos de l'érosion comme le Pacifique. Les alizés n'y ont ni la môme extension, ni la môme constance, et ils rencontrent sur leur roule une large étendue de terre plate. Ils s'y abattent mouillés et d'autant plus capables d'érosion.

On ne trouve que deux zones de stabilité relative aux deux extrémités de la zone tropicale en Afrique, l'une dans le voisinage du Sahara et l'autre j)rès du Kalahari. Sur la face tropicale de l'Amérique, il y a de véritables moussons ; et la mer des Antilles est visitée par des cyclones d'une grande violence.

L'érosion des côtes situées sous les latitudes de vents variables est surtout intense dans l'hémisphère nord. Dans l'hémisphère sud, il y a de faibles étendues de côtes où, d'ailleurs, l'action marine est d'une violence inouïe, comme dans les parages du détroit de Magellan. Mais, dans l'hémisphère nord, la lutte entre les deux éléments a un champ plus étendu, en raison de la pénétration de l'Atlantique vers le pôle, le long du Labrador, du Groenland, de l'Islande et de la Norvège, et aussi en raison de l'ampleur des variations barométriques. L'amplitude des marées ajoute encore à l'efficacité des chocs.

Dans les mers polaires. — L'érosion marine sous les laliludes polaires ne se traduit que par l'ablation de masses glaciaires, sous rinfUicnce du choc, mais ces masses enlèvent elles-mêmes des fragments de roches et de terres qu'elles transportent et laissent graduellement couler au fond des mers. Cette œuvre se poursuit autour du

Fig. 19.— Aiguille de vieux grès rouge, isolée par la mer aux îles Orcades (de Lapparent, Leçons de géographie physique).

pôle austral, dont les convois de glaces flottantes se répandent librement vers les larges ouvertures des océans intercontinentaux.

Du pôle Nord, ce charroi ne trouve une issue facile vers les mers non gelées que par les larges détroits de communication de l'océan Glacial arctique avec l'océan Atlantique. D'une façon générale, on peut dire que l'érosion marine dans les mers polaires est une attaque d'eau liquide contre eau soUde et n'intéresse que par répercussion la lutte entre la mer et la terre.

Action sur les rôles des gelées el des pluies.

A l'intérieur même des zones climatériques où l'érosion vraiment marine attaque les rivages et les modifie, il est d'autres éléments à considérer que le choc des masses liquides contre les masses solides. C'est le gel et la pluie, auxiliaires qui préparent et facilitent l'action des assauts maritimes.

L'action de la gelée, qui détermine de véritables éclatements dans les pierres poreuses où l'eau a pénétré, est tout naturellement concentrée sous les latitudes tempérées les plus septentrionales ; par exemple sur le littoral de l'Asie russe, sur ceux de TAmérique anglaise et du nord des États-Unis, dans le Labrador, le Groenland, l'Europe du Nord-Ouest, à l'extrême pointe de l'Amérique du Sud. Mais elle est beaucoup plus remarquable sur les côtes des pays visités par le climat continental (Asie russe, Canada) que sur celles de climat maritime où les soubresauts de température, causes de ces explosions, sont plus rares et moins considérables.

Il convient d'observer, en revanche, que la gelée intense et prolongée des abords maritimes, des golfes et mers intérieures sur les façades côtières soumises au climat continental, soustrait, pendant des périodes variables de deux à quatre et six mois, les terres proprement dites à l'action érosive liquide; le continent se défend par une frange glaciaire, et son littoral est de Veau en roches couvrant et défendant les autres roches dures ou friables (pourtour maritime de la Russie, Labrador, Canada).

L'érosion marine est donc à son comble sur les façades littorales qui ne connaissent point les gelées continentales, comme dans l'Europe du Nord-Ouest, ce qui revient à dire sur les côtes de vent maritime perpétuel.

Cette continuité de l'érosion sous les hautes latitudes des côtes de pays maritimes, par l'exposition aux vents du large, les met aussi en contraste avec les côtes soumises à une seule mousson agressive de quatre, cinq ou six mois. Mais ce qui rend les érosions tropicales plus particulièrement actives, c'est le secours des pluies intenses qui délitent les roches friables et préparent l'assaut direct de la mer. Le phénomène serait intéressant à observer sur des côtes à

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falaises crayeuses ou à calcaires fissurés ou à schistes de décomposition facile. Malheureusement, cette étude n'est pas encore faite.

Enfin, les côtes soumises aux marées et munies de terrasses bordières subissent, outre le choc de la mer, le perpétuel limage par les galets et les sables charriés de plage en plage. S'il y a terrasse, en effet, le choc de la masse liquide est atténué comme la vitesse des vagues; mais cette force est multipliée par la nature des béliers rocheux dont elle se sert pour l'assaut. Il faudrait citer aussi les œuvres d'apport des fleuves, répercussion du phénomène si important des pluies. En résumé, le régime climatérique, la vitesse des vents et l'intensité des pluies sont les forces qui contribuent le plus activement à l'érosion des côtes. La latitude et l'exposition, d'une part, le relief et la composition géologique, d'autre part, interviennent ensuite pour établir des différences.

Alluvionnemenl et apports.

Mais les lignes littorales peuvent encore être modifiées par les apports des eaux douces. Les géographes ont envisagé d'une part le comblement des fiords, de l'autre les dépôts deltaïques. En fait, il y a là un seul et même phénomène. Par l'érosion des fleuves, les côtes s'enrichissent d'éléments empruntés à l'intérieur des continents. C'est là un phénomène capital, grâce auquel la superficie des continents s'accroît sur les contours, tandis que le relief perd et s'atténue dans les zones de l'intérieur. Des géologues ingénieux ont essayé de déterminer en combien d'années nos montagnes se videraient, pour ainsi dire, avec nos fleuves dans les abîmes de la mer et au bout de combien de milliers de siècles les continents, devenus plages basses, seraient exposés à une destruction totale et à l'engloutissement, comme tels écueils des îles de l'Océanie.

Mais pendant que les fleuves travaillent ainsi par leurs apports et leurs deltas à accroître nos côtes, la mer n'est pas inactive. Les flots marins, mis en mouvement par les vents et la force des marées, compensent eux-mêmes par l'alluvionnement leur œuvre de démolition et ajoutent ici ce qu'ils ont enlevé là. L'œuvre ne nous apparaît visible que le long des côtes basses qui se complètent ainsi;

rexhaussement même des plales-formos continentales nous échappe, et à plus forte raison les dépôts en eau profonde, (pii cependant ont une valeur considérable. On trouve des j)hénomônes de ce genre avec toute leur intensité sur les côtes de l'Afrique orientale, sur la bordure de riran, sur les côtes de Chine, du Japon et de tout l'océan Indien, en particulier dans les pays soumis au régime des moussons.

Causes brusques. — a. Tremblements de terre. — Mais il est d'autres causes dont la brusquerie déconcerte l'observateur et le trompe sur leur valeur. Tels sont les tremblements de terre et les volcans. Toutefois, les causes sismiques et volcaniques ne sont pas aussi dépourvues de valeur que le pensent quelques géologues de l'école contemporaine. Il convientde remarquer, en particulier, que le jalonnement par des volcans de longues lignes littorales a été considéré d'un accord unanime comme un des traits les plus intéressants de l'architecture du Globe.

Les tremblements de terre, locaux et volcaniques, ont souvent affecté les régions littorales. Plusieurs zones ont été le théâtre de modifications de quelque valeur, comme le Japon et la côte Pacifique de l'Amérique du Sud, comme l'archipel de la Sonde. Ils produisent toujours des raz de marée qui travaillent en quelques heures avec l'énergie d'un grand nombre de tempêtes.

Les secousses de tremblements de terre agitent la mer avec une violence extraordinaire et lui impriment une force dont on a des exemples terrifiants. A Lima (octobre 1724), un tremblement de terre alTecta la région maritime du Callao; la vague sismique, de 80 pieds de haut, rasa la ville, nivela la côte, coula vingt navires et en projeta quatre à plus d'une lieue à l'intérieur des terres. A Lisbonne (1755), une vague de 5 mètres, puis de 14, rasa le littoral; la vague du tremblement de terre passa l'Atlantique en neuf heures et saccagea la Jamaïque, produisant sur la côte des transports prodigieux de roches et de matériaux divers. Citons encore une vague de 20 mètres, à Catane, en 1699, et le tremblement de terre de Simoda, dans l'île de Nippon, où des vagues de 3 à 12 mètres parcoururent la ville (1854).

Mais c'est surtout sur la côte Pacifique de l'Amérique

du Sud que ces pliéuomcues ont été observés, notamment par Lyell. Il donne comme exemple le grand tremblement de terre du Chili (1837), qui aurait soulevé le fond de la mer et la terre ferme adjacente, comme un seul bloc, de '2 ou 3 mètres. Il cite encore le grand tremblement de terre de Valparaiso (18'22), celui de 1835 à Goncepcion, celui de 1837 à Valdivia. Tous ces exemples sont, il est vrai, contestés par Suess, mais non d'une façon victorieuse.

b. Volcans. — De môme, la nouvelle école a beaucoup trop atténué l'importance des explosions volcaniques et des phénomènes concomitants. Sûrement, il y a eu des ruptures de lignes littorales, des cassures d'îles et de péninsules qui ont une grande valeur dans l'évolution perpétuelle des lignes côtières. D'abord, nombre de ces phénomènes nous sont masqués parla présence de la mer. Il y a de véritables surrections d'îles, il y a des changements brusques des fonds de la mer; ici approfondissement, là comblement, ce qui répond bien aux termes « soulèvements et atfaissements ».

On connaît, en effet, le fait si curieux de l'île Jiilia Ferdinandea. Avant 1831, entre la Sicile et l'île Pantellaria, les sondages indiquaient des fonds de 150 à 200 mètres. En juillet 1831, une colonne d'eau de 20 mètres s'élevait de la mer, bientôt suivie de cendres et de scories. Le 18, une petite île se formait. En août, elle avait déjà 700 ou 800 mètres de pourtour et une altitude de 60 mètres avec des pentes abruptes sur des profondeurs de 200 à 250 mètres. Elle disparut de décembre 1831 à 1833, puis réapparut en 1863. Dans les parages de Girgenti, en 1845 et 1816, se produisirent des faits du même genre.

M. Fouqué a étudié, dans le môme ordre d'idées, les modifications subies par l'île de Santorin.

L'Atlantique a ses volcans éteints ou en activité. Mais les centres les plus notables de modifications sont, à coup sûr, dans les îles de la Sonde. L'île volcanique de Krakatau n'avait pas eu d'éruption lorsqu'en 1883 (26 août) une éruption détruisit 23 kilomètres carrés sur 33 dont se composait l'île. Là encore le résultat a été l'effondrement.

Théories relatives aux îles. — Il nous reste à étudier les théories relatives aux îles, qui ont été, dans les dernières années, 1 objet d'études particulières.

Dans l'antiquilé, pi nous en jugeons par Strabon, l'opinion courante expli(juait par les phénomènes volcaniques la production des îles de la liante mer. On comprenait la ])arenté des îles voisines du continent avec le continent même et leur mode de séparation par les flots, mais ce caractère était attribué, sans distinction, à toute île voisine (le la terre ferme.

Deux conditions étaient nécessaires à rétablissement d'une vraie méthode : la connaissance des profondeurs marines et l'étude des caractères originaux des flores et faunes insulaires. C'est en procédant ainsi que Wallace a pu établir une séparation nette entre les îles qui se développent au sud-est de l'Asie, attribuer les unes au continent asiatique, les autres à l'Australie et déterminer une fosse profonde entre Bali et Lombok, Bornéo et Célèbes.

Tous ces systèmes de classification portent la trace nette des idées dominantes, des préférences scientifiques et des ignorances de chaque époque. A mesure que l'on connaît un plus grand nombre de faits, les théories se précisent. Peschel et Wallace semblent s'être approchés de la vérité, mais leur théorie contient encore des erreurs et il faut arriver à Ilahn pour avoir une tentative très intéressante et une explication, en somme, suffisante.

Critique de la théorie de Hahn. — La nature même et les termes de la classification de Hahn indiquent nettement que nous sommes en présence d'une application des doctrines de l'école géologique de Suess. Aux trois groupes principaux d'îles tectoniques correspondent les trois méditerranées. Dans chaque zone on nous montre l'action des forces qui modifient la surface du Globe, et dont les tremblements de terre sont l'expression principale. Dans chacune on nous signale des volcans jalonnant Tbs lignes de rupture des anciennes unités continentales.

Les îles d'érosion sont décrites comme de simples accidents côtiers dus aux phénomènes actuels que produisent les flots de la mer, les érosions des gelées, des pluies, des fleuves; enfin l'activité des zoophytes est la cause principale des groupements d'îles formées par accumulai ion avec les deltas et les bordures de palétuviers et autres plantes foisonnantes sur les côtes de la zone tropicale.

11 y a toujours inconvénient grave, en géographie, à

classer ainsi les phénomènes par causes géologiques ou séculaires, d'une part, par causes actuelles, d'autre part. C'est là le point l'aible de la doctrine de Hahn.

11 existe, en effet, des diiïérences essentielles entre ces trois méditerranées qu'on rapproche en une seule catégorie. Celle d'Europe, Asie, Afrique, est très strictement l'ermée ; celle d'Amérique est largement ouverte à travers les détroits de son rempart d'îles; celle à' Aiislralasie n'est pas, à proprement parler, une méditerranée.

11 est impossible d'arriver à des distinctions vraiment nettes et irréductibles si l'on ne passe pas en revue toutes les catégories de phénomènes.

Essai d'une théorie sur les îles. — Tout d'abord, il est bien évident que le terme n'a rien de bien délini. L'île est une forme géographique d'étendue extrêmement diverse. L'ancien continent est une île comme le nouveau ; et l'on peut discuter longtemps pour savoir si l'Europe ellemême, indéfinie, et simple expression historique, est ou n'est pas une péninsule. Du reste, s'il y a une grande distance entre des masses entourées d'eau, comme l'ancien continent et l'Australie, et une île coralligène, il y a aussi nombre de passages insensibles d'une île à une péninsule ou presqu'île. Une péninsule de grande dimension, comme celle de Malacca ou la péninsule Danoise, nous donne une impression de forme insulaire, en raison du peu de largeur ou d'altitude du pédoncule de rattachement. Il est des péninsules qui deviennent îles à marée haute; des îles qui sont péninsules à marée basse (Noirmoutiers). De là à envisager la condition d'une île que séparent de la terre ferme les très faibles profondeurs, il n'y a pas loin. Grandeur de la terre isolée, profondeur de la fosse marine d'isolement, idée de la stabilité plus ou moins grande de l'état actuel, voilà ce que nous devons considérer. L'idée d'île, absolue et presque irréductible chez les savants auxquels la science de la mer était inconnue, s'atténue, se détaille et perd de sa netteté. On en est venu d'abord, avec Wallace, à rattacher un groupe d'îles à l'Asie, sous le nom d'Australasie, parce que les profondeurs de séparation ne sont pas des abîmes.

Parages tempérés septentrionaux. -- Dans les parages

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tempérés septentrionaux, on rencontre des parages d'érosion vive et de dislocation de rivages (péninsule Scandinave). Ce qu'il convient, en somme, d'observer dans cette région, c'est la stabilité relative de ce qui a été légué par la période glaciaire et la valeur des érosions actuelles.

11 resterait à reprendre la question en distinguant l'importance de chaque phénomène par continents et par mers, et à montrer les conséquences de la vie insulaire sur l'évolution de l'humanité.

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