CHAPITRE VIII
SOMMAIKE.
Localisation actuelle des plantes. — Distinction entre la flore, ensemble des espèces qui peuplent une région, et la végétation, qui marque l'intensité du développement de la vie végétale. C'est du xix« siècle que date réellement la géographie botanique. Ilumboldt et de Candolle, Grisebach et Drude.
Modes de dispersion des plantes. — Transport des graines par le vent, les courants maritimes, les oiseaux migrateurs et l'homme.
Acclimatation. — Les plantes qui s'acclimatent le mieux sont celles qui possèdent l'organisation la plus simple (phanérogames). Influence du sol sur la vie végétale (terrains calcicoles, terrains siliceux', mais cette influence n'explique pas seule la répartition des végétaux. C'est le climat qui exerce l'influence prépondéranle : conditions de chaleur, d'humidité, de lumière. Plus est grande la difl"érence des conditions climatériques entre les pays d'origine et le pays d'arrivée et plus difficile est l'acclimatation. Plus le climat du pays d'origine est dur et plus les végétaux ont de force pour résister en d'autres régions, d'où supériorité du climat maritime sur le climat continental.
Répartition des végétaux à la surface du Globe. — Végétaux des contrées tropicales à climat maritime : Amérique centrale, Brésil, golfe de Guinée, Congo, péninsules et îles de l'océan Indien ; la forêt vierge, palmiers, lianes à caoutchouc, fougères arborescentes, etc.
Végétaux des contrées tempérées à climat maritime. — Humidité et chaleur moindres, saisons plus nombreuses, contrastes plus marqués. Abondance de la végétation ligneuse. — Contrées polaires. La vie se concentrant dans les racines, les plantes sont très vivaces et produisent eu quelques semaines feuilles, fleurs et graines; mousses e( lichens.
Conln'os mf'iJilorrani'ennes : vôgolation transitoire entre colle des pays tempérés humides de l'Europe et les zones de steppes et de déserts de l'Afrique; flore très riche et très orij^inale. Iles de la côte occidentale de l'Afrique (Açores, Madère, Canariens, îles du Cap-Vert), présentant des transitions entre la végétation du climat méditerranéen et celle du Sahara et du Soudan. Contrées désertiques : désert de Perse; c'est le seul dans lecpiel on ne rencontre aucune espèce de plante. Sahara, désert d'Arahie, climat non uniforme. Le désert de Kalahari reçoit l'alizé de l'océan Indien et a une végétation moins pauvre que celle du Sahara. Le désert australien comprend des plateaux entourés de plusieurs zones de végétation. Désert du Colorado.
Répartition des animaux. — Travaux de Sclatter (1835), Wallace (1876), Darvnn, ileilprin et du D"" Troiiessart (1889). La répartition des animaux est fondée uniquement sur la différence des milieux; aux ressemhlances dans le climat correspondent les ressemhlances dans la vie animale. Rapidité de locomotion de certains animaux et en particulier des oiseaux et des insectes.
Classification des animaux au point de vue géographique. — Système Sclatter, huit régions : Région polaire- arctique, faune très pauvre. Région paléarctique, caractérisée par la diffusion énorme des mammifères et comprenant de nombreuses sous-régions. Région éthiopienne (du Sahara méridional à l'Ethiopie); nombreux mammifères, singes, carnivores, pachydermes. Région néarctique, comprenant l'Amérique du Nord, des terres polaires aux steppes du Mexique, sans véritable originalité.
A. — Les plantes.
Notions préliminaires.
Définitions. — Si la géographie s'occupe des plantes, c'est dans un dessein tout autre que celui de la botanique. Tandis, en effet, que cette dernière science aborde tous les problèmes qui se rattachent à la vie végétale, la géographie, au contraire, ne considérant que les rapports qui existent actuellement entre la série des phénomènes physiques et les principales espèces, borne son étude à la localisation actuelle des plantes, conséquence immédiate de ces rapports. Les questions relatives à cette localisation constituent le domaine propre de la géographie botanique.
Dans cette étude, il convient d'établir une distinction précise entre le terme de végétation et celui de flore.
La flore est l'ensemble des espèces qui peuplent une contrée; la végétation marque l'intensité du développement de la vie végétale, indépendamment du nombre et de la nature des espèces, C'est ainsi qu'une localité recouverte
d'une végétation luxuriante peut être remarquable par la pauvreté de sa llore.
Historique. — Dans l'antiquité, comme le monde connu était très resireint et présentait dans ses diverses parties une flore assez semblable, les remarques de géographie botanique sont très rares chez les auteurs. Jlcrodote, cependant, pense à comparer les pays de la Méditerranée et les steppes de la Scythie ; ailleurs, il parle de la végétation des contrées de l'Asie centrale. L'expédition d'Alexandre dans l'Inde révéla un monde végétal nouveau ; dès lors, chez Aristote surtout et dans son école, on trouve d'intéressantes remarques. Mais l'ignorance de la distinction essentielle entre les climats maritime et continental viciait ces études. On le voit bien dans Strabon ; comme la vigne prospère à la fois dans la Grèce et dans la Bactriane, il conclut que ces pays sont sous une même latitude, et il corrige dans ce sens la carte; d'une façon générale, il donne partout même latitude aux pays de même production.
Si Ton excepte Buffon, qui fut, dans ces études comme dans bien d'autres, un véritable précurseur, il faut venir jusque dans notre siècle pour trouver enfin de sérieuses et fécondes études de géographie botanique. En 1817, de Humboldt donne son ouvrage : De distrihiilione geograpliica plantariun. En 1820, de Candolle, dans son Essai élémentaire de géographie botanique, puis, peu après, dans sa Géographie botanique raisonnée, met déjà en pleine lumière les rapports entre la répartition des plantes et le climat. Avec les progrès de la géologie apparut une tendance nouvelle : Thurmann, dans son Essai de phgtostatique, Risler surtout, dans sa Géologie agricole, virent dans des influences géologiques les causes de la répartition des plantes. Mais, dans ces études, les ouvrages les plus recommandables à consulter sont ceux de Griscbach {la Végétation du Globe; Leipzig, 1872) et de Drude {Géographie des plantes) ; Grisebach a apporté le plus grand nombre d'observations; Drude concilie d'une façon plus satisfaisante les deux explications géologique et climatérique.
Causes générales de la répartition des végétaux.
Centres paléontologiques. — Deux faits généraux dominent cette répartition : les localisations primitives, paléontologiques, et, d'autre part, le rayonnement, avec les âges, autour et au loin des centres d'apparition. La répartition des végétaux aux époques géologiques intéresse peu la géographie, qui est la science des rapports actuels entre la Terre et l'Homme; seules, quelques îles océaniques ont conservé, par suite de leur isolement, la marque paléontologique; la Nouvelle-Calédonie, par exemple, au moment de sa découverte, possédait une flore originale. Il convient donc d'étudier moins les centres primitifs — hypothétiques d'ailleurs pour la plupart — que les modes de la dispersion et les caractères de l'acclimatation.
Dispersion. — La dispersion s'opère grâce au transport des graines emportées par les forces physiques ou par les animaux. Le vent, les courants marins, les oiseaux migrateurs, l'homme, sont les principaux agents qui modifient sans cesse la répartition locale des végétaux.
Grâce aux ailettes ou aux aigrettes dont sont munies leurs graines, certaines plantes sont transportées par le vent à des distances énormes ; c'est à cette circonstance que le laiteron marafc/ier doit d'être rencontré sur presque toute la surface du Globe. L'action des courants marins, considérés comme propagateurs des plantes, a été l'objet d'études récentes : on a reconnu que les cocotiers, qui enserrent comme d'une ceinture la Nouvelle-Calédonie, sont dus à de tels apports; on cite des noix de coco transportées par la mer depuis les Seychelles jusqu'à Sumatra, où elles arrivaient intactes; mais la température, homogène ou non, du courant, joue ici un grand rôle. Plus importants que les transports par les courants atmosphériques ou marins sont ceux eftectués par les oiseaux; car ceuxci se déplacent dans le sens d'un même climat, et mettent ainsi les graines dans des conditions climatériques analogues à celles des pays dont elles viennent ; nous verrons plus loin l'importance de ce fait ; les transports de grains les plus considérables se font par la migration en masse d'oiseaux de passage : les oies sauvages et les Géographie générale. 22
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canards, par exemple, jouenl un grand rôle dans la dis- [)ersion des espèces aquali({ues. De nombreux cas de transports par animaux et par hommes, volontaires ou non, ont été constatés ; des graines, apportées de la Plata dans des toisons de moutons, ont créé au Port Juvénal, sur la charmante rivière du Lez, près de Montpellier, une curieuse flore exotique; en 1870, les armées allemandes ont introduit dans notre pays un certain nombre d'espèces étrangères (100 sur le seul plateau de Bellevue), rapidement éliminées d'ailleurs par les plantes indigènes.
Acclimatation. — Les végétaux, ainsi transportés par les agents que nous venons d'étudier dans des pays nouveaux, y trouvent des conditions nouvelles d'existence. Dans ces conditions, plus une plante possède une organisation complexe, et moins elle s'accommode; aussi les plantes les plus répandues sont-elles les cryptogames : les lichens, les champignons foisonnent partout ; parmi les phanérogames, le laiteron maraîcher est le seul dont l'extension soit universelle; l'aire des arbres est relativement fort restreinte. De plus, à ne considérer qu'une même plante, on remarque que, transportée en des pays divers, elle s'accommode ditféremment des conditions nouvelles auxquelles elle est soumise : ou bien elle s'acclimate, en se modifiant, ou bien, dans un temps plus ou moins long, elle disparaît. Il convient donc de déterminer exactement ces conditions.
Influence du sol. — Le sol influe sur la vie végétale par son degré de friabilité, qui favorise plus ou moins le travail mécanique des racines, et par sa composition chimique ; certaines plantes ont été reconnues indiscutablement comme silicicoles (terrains siliceux), d'autres comme calcicoles (terrains calcaires). Mais leur nombre est fort restreint, et il faut se garder ici de l'exagération qui a égaré quelques géologues, s'elTorçant d'expliquer par la seule influence diu sol la répartition des végétaux. Nous avons vu, dans l'étude des conditions climatériques générales du Globe, quelle influence" croissante avait, sur tous les ordres de phénomènes physiques, le climat, à mesure que l'on s'aj^prochait à la fois des rivages de la mer et des régions équatoriales. Nous ne citerons qu'un exemple : les arbres à feuillage toujours vort sont calcicoles au
La vie végétale et animale. 33d
nord des pays méditerranéens, au lieu qu'au sud de ces pays ils prospèrent dans tous les sols. Chacun sait d^ulleurs (pi'il existe, entre toutes les espèces qui composent la Ilore d'un pays et qui subissent le môme climat, certains airs de ressemblance et comme un air de famille. Ainsi, les plantes aux feuillages odorants, aux fruits aromatiques, les bois de senteur, ne se trouvent que dans les pays chauds. Dans les déserts, les rares plantes qui peuvent vivre sont sèches et ligneuses, ont un feuillage grêle et rabougri. Sur les bords de la Méditerranée, les arbres ont une teinte sombre et ardoisée, à cause de la lumière intense qui les colore; l'oranger, l'olivier ont un aspect bien durèrent de nos hêtres et de nos chênes.
Influence prépondérante des climats. — Le climat exerce donc sur la vie végétale une influence prédominante : ce sont les conditions de chaleur, d'humidité et de lumière qui décident surtout de l'acclimatation des plantes, partant déterminent leur répartition. Une première remarque est que, plus est grande (quelle que soit la distance) la différence des conditions climatériques entre le pays d'origine et le pays d'arrivée, et plus difficile est l'acclimatation. Du Japon aux îles de la Sonde, à cause de l'analogie du climat lui-môme, la flore est analogue; à cause des ressemblances climatériques, le Japon a doté de nombreuses plantes l'Europe occidentale ou maritime ; transportées sous un climat tout différent, dans les plaines de l'orient de l'Europe, par exemple, ces plantes auraient été éliminées à bref délai. Une autre cause qui influe sur l'acclimatation des végétaux est la rigueur du climat du pays d'origine; plus ce climat est dur, et plus les végétaux ont de force pour résister sous d'autres cieux; ainsi, les plantes du Canada s'acclimatent bien mieux en France que les plantes de France ne s'acclimatent au Canada. Il suit de là que, d'une façon générale, le climat maritime, étant plus doux et plus uniforme, éprouve moins les plantes et s'adapte aux besoins d'un plus grand nombre d'espèces que le climat continental, plus exclusif dans la marche des saisons et plus dur. Ainsi s'explique la variété si grande de la flore dans les îles non isolées au milieu des océans.
Ainsi, la végétation est dans une dépendance complète à l'égard de la température; mais le problème de la végé-
talion csl plus complexe encore que celui du climat. Ici surtout, le géographe doit s'inquiéter des nuances. En olïet, si ce sont les conditions de chaleur, d'humidité, de lumière qui règlent la répartition des plantes, il importe principalement de connaître quelles sont ces conditions pendant la période de végétation de chaque espèce: suivant qu'il s'agit de plantes annuelles ou de plantes vivaccs, des arbres qui perdent leurs feuilles en hiver, ou de ceux qui les conservent, la question se pose d'une manière différente. En ce qui concerne la chaleur, il ne faut pas croire que les frontières de chaque végétal soient marquées sur les continents par les sinuosités des lignes isothermes. Toute plante a besoin, pour se développer, d'une certaine somme de chaleur, différente suivant les espèces. Cette somme peut être atteinte dans un temps plus ou moins long, et des climats dissemblables peuvent donner les mêmes résultats. Ainsi, le mais est une culture du midi de la France; on le retrouve pourtant dans la Franche-Comté et la Lorraine, qui ont un climat bien différent et un hiver froid. C'est que le maïs, semé au printemps, récolté en octobre, a besoin d'une forte série de chaleurs qui, là, lui est donnée en peu de jours; le climat de l'été, qui est chaud dans l'est de la France, lui importe uniquement. De même, pour Vluimldilé, il faut tenir compte non seulement de l'excès ou de la rareté des pluies, mais aussi de l'époque de l'année où elles tombent. Dans les contrées tropicales, où la chaleur est toujours suffocante, c'est l'inlluence de l'humidilé qui devient prépondérante. De là le contraste entre la riche végétation du Soudan, le plus voisin de la mer, et la nudité du Sahara. Enfin, la lumière est un élément qu'il ne faut pas négliger: une plante exposée au soleil se contente pour mûrir d'une moindre somme de chaleur que celle qui est à l'ombre; c'est surtout dans les montagnes et dans les régions polaires que la lumière remplace utilement la chaleur.
Telle est l'importance et tel est le rôle des causes qui agissent dans la répartition des végétaux. Nous allons étudier mainlcnant cette répartition elle-même à la surface du Globe.
Répartition des végétaux à la surface du Globe.
Choix d'une classification. — On a proposé plusieurs classifications géo}^ra[)hiques des végétaux. Celle de M. O. Drude, la plus célèbre, est fondée sur une double base: sur les lignes de latitude (appellation des groupes : boréal, tropical, austral) et sur la distinction des zones de climat réel et des zones de climat mathématique (appellation des sous-groupes du groupe boréal, par exemple : arctique, tempéré, méditerranéen, oriental). Cette classification a le désavantage d'être trop complexe, et de ne pas concourir au but de la géographie botanique, qui doit élrc la recherche de Tacclimatation des espèces utiles. Car le géographe doit tourner son regard plus vers l'avenir que vers le passé; avant tout, il doit signaler ici les caractères communs des groupements d'espèces même différentes, afin d'indiquer ainsi les possibilités d'acclimatation. Une classification des végétaux qui veut être vraiment géographique doit donc se fonder sur la recherche desdifférences entre les végétaux de climat maritime et ceux de climat continental. C'est d'après ces idées que nous allons étudier la répartition des végétaux à la surface du Globe.
Contrées tropicales à climat maritime. — Ces contrées s'étendent sur de vastes espaces de l'Afrique, de l'Amérique; elles comprennent les péninsules d'Asie, l'Australasie et une faible portion de l'Australie. Elles se rapprochent davantage du pôle dans l'hémisphère sud, oii le climat maritime est plus développé que dans l'hémisphère nord ; dansée dernier, elles empiètent aussi vers le pôle dans les pays où la mousson corrige le développement continental. Le relief influe aussi dans la limitation de ces contrées : c'est lui, par exemple, qui restreint l'Asie tropicale.
Il est aisé, dans le Nouveau Monde, de démêler les lois climatériques qui déterminent l'intensité de la couverture végétale du Globe. L'alizé de l'Atlantique y est l'unique source des pluies tropicales. Dans l'Amérique du Sud, en arrière des plateaux guyanais et brésilien, les savanes se forment régulièrement, puis, à mesure que s'établissent les vents d'ouest, les steppes. Dans l'Amérique du Nord, le long du golfe du Mexique et de l'Atlantique, on passe par
des transitions douces des forêts tropicales aux forêts des régions tempérées; sur les plateaux de l'arrière-pays se forme une zone bien caractérisée de steppes.
La forêt vierge atteint son plus large développement dans le Brésil ; là, les forets de la côte de l'Atlantique, avec leurs palmiers, leurs lianes à caoutchouc, leurs fougères arborescentes, ne le cèdent point pour l'épaisseur aux forêts des lagunes du fleuve des Amazones. L'influence humide se fait sentir très loin vers l'ouest ; les Andes de la Colombie et de l'Equateur ont des forêts de mômes essences que celles de la plaine, jusque vers 1 400 mètres d'altitude ; en Nouvelle-Grenade, le palmier à cire des Andes est caractéristique jusque vers 3000 mètres. L'Amérique centrale est le pays tropical humide par excellence ; jusque vers 1000 mètres, elle est recouverte d'une épaisse végétation tropicale; les plateaux d'une altitude supérieure ont des forets, dont les espèces ressemblent davantage à celles des forêts des pays tempérés. Les Antilles ont leurs espèces endémiques, dont les caractères rappellent celles de l'Amérique centrale et du Brésil. Les Bahama ont une végétation semblable à celle des parties basses du Mexique. On rencontre des palmiers jusque dans les Bermudes. Dans l'Amérique du Nord, la zone de la végétation tropicale ne s'élève pas aussi près du pôle ; la cause en est dans l'empiétement, durant les hivers, du climat continental.
Dans V Ancien Monde, les phénomènes sont plus complexes. La végétation tropicale humide s'y étend sur le golfe de Guinée et dans la région congolaise, sur les péninsules et les îles de l'océan Indien, sur i'Australasie, enfin, par un phénomène de transgression, sur les côtes et sur une partie des archipels de l'Asie orientale.
Dans l'Afrique occidentale, les forêts vierges sont surtout remarquables sur la zone littorale du golfe de Guinée ; elles ont d'énormes palmiers, le raphia, le pandanus, l'arbre à kola, des lianes gigantesques. La transition entre cette zone et celle du Sahara se fait par les savanes du Soudan, dont l'arbre caractéristique, le baobab, ne rappelle en rien les arbres de la forêt littorale ; il se rencontre à la lisière môme des forêts, le plus souvent isolé dans les hautes herbes de la savane. Dans l'Afrique orientale, la végétation tropicale humide ne se manifeste pas vers le nord, au delà de la région des forêts du haut Nil, vers le sud, au delà du
tropique; sur la côte même, dans les pays de Natal et de CalVerie, ses espèces se rencontrent jusqu'au SO"" degré de laliiudc sud. A Madagascar, les termes : « au vent, sous le veut » ont leur application directe : la côte orientale, mieux arrosée, a des forêts de pandanus, de raphias, de bambous et de fougères. La distinction des deux côtes est même sensible dans les petites îles Mascareignes.
Les pays de la mousson indienne, avec lesquels ces dernières îles forment la transition, présentent bien plus d'éléments de diversité. Climat maritime par excellence est celui des îles d'Australasie; c'est le domaine de la végétation quasi permanente. Les péninsules de l'Inde et de rindo-Chine, au contraire, sont sujettes à une saison sèche età une saison chaude; cette alternance suspend ou retarde la végétation. Les archipels de l'Asie orientale et de rOcéanie sont apparentés à ces régions par la douceur de leur climat. C'est le domaine d'extension extrême du climat maritime tropical. En etfet, tandis que la limite sud des palmiers s'arrête, dans l'Amérique orientale, au 30'' degré, dans l'Amérique occidentale au 36® degré, elle descend, en Nouvelle-Zélande, jusqu'au 45^ Au nord, sous la double influence de la mousson et du Kuro-Siwo, la végétation tropicale humide se prolonge, dans les îles, très loin, et se transforme par degrés en végétation des zones tempérées.
Contrées tempérées à climat maritime. — Ces contrées, comparées à celles que nous venons d'étudier, se caractérisent par une moindre humidité, une moindre chaleur, des saisons plus nombreuses et des contrastes plus marqués.
Une grande analogie rapproche la végétation des climats tropical et tempéré maritimes; la preuve en est dans la présence de plantes dites de climat tempéré à la surface d'îlots ; le fait est déterminé par les conditions de grande altitude dans la zone tropicale. Au Mexique et dans les « Terres chaudes » de l'Amérique centrale, on rencontre, à côté d'arbres tropicaux, des chênes toujours verts ; dans les « Terres froides », surles pentes riches en humidité, se trouvent des chênes à feuilles caduques. Ainsi se vérifie cette loi, que la série des espèces correspond à celle des températures et des expositions climatériques.
La flore des régions tempérées maritimes est caracté-
risôc par l'abondance de la végétation ligneuse. La limite septentrionale de celte végétation se rapproche, en cITel, du pôle, surtout sous un climat maritime; on rencontre des bouleaux, au cap Nord, par 71° de latitude septentrionale, tandis que sous ce parallèle, en Amérique, il n'existe plus un seul arbre ; vers le Labrador, il faut aller, pour en trouver, jusqu'au 58'^ degré. De plus, la richesse en arbres est un indice du climat maritime. Ainsi, dans l'Amérique du Nord, tandis que, sur la façade atlantique, les limites des plantes caractéristiques des régions tempérées, hôtre, chêne, bouleau, se rapprochent toutes ensemble du pôle, elles sont, dans les régions continentales, à la fois plus méridionales et plus espacées.
Contrées polaires. — De même, la végétation de ces contrées se ressent surtout des influences océaniques. Aussi est-il très malaisé de fixer précisément ses limites. Drude les fixait à la limite nord des forêts; mais il faut compter avec de nombreuses exceptions, les arbres empiétant souvent, grâce aux influences maritimes : en Norvège surtout, et, à un degré moindre, en Islande, puis dans le Groenland, sur la côte orientale. Sur la côte occidentale de ce dernier pays, soustraite à ces intluences, la végétation est nettement polaire.
Le trait caractéristique de cette végétation c'est que, la vie se concentrant dans les racines, les plantes y sont très vivaces et produisent en quelques semaines feuilles, fleurs et graines ; tels saules, qui n'ont que 1 mètre et demi de hauteur, poussent des racines de 3 à 4 mètres. Mais ce sont surtout les plantes cellulaires, comme les mousses et les lichens, qui conviennent à un sol que la glace recouvre presque toujours. Un autre caractère de la flore arctique est l'uniformité ; les mêmes espèces et les mêmes types s'y rencontrent en Europe, en Amérique et en Asie. Il faut voir là, moins les restes d'époques géologiques révolues, que l'image d'influences climatériques présentes. Ces régions, en etfet, sont celles où l'évolution est le moins permise; leur climat exclusif maintient les plantes dans un état précaire, ne leur permettant de se développer à l'air libre que durant quelques semaines, au ras du sol, avec une très faible quantité de chaleur.
Confrées méditerranéennes. — Ces contrées forment la transilion entre celles de climat maritime et celles de climat continental. C'est ainsi que les bords de notre Méditerranée n'ont point l'égalité et l'humidité du climat de l'Europe occidentale, ni les brusques contrastes des rigoureuses saisons des plaines de l'Europe de l'Est.
Aussi bien, ce bassin, presque entièrement clos par l'Europe, l'Asie, l'Afrique, est-il dans une dépendance complète à l'égard des terres qui l'entourent. Rien de semblable aux phénomènes qui se produisent là ne se rencontre dans le golfe du Mexique, et moins encore dans la mer de la Sonde, où de toutes parts se font sentir les influences des océans.
La région de la ]\Iéditerranée européenne a une végétation caractéristique, transitoire entre celle des pays tempérés humides de l'Europe et les zones de steppes et de déserts de l'Afrique. La flore y esttrès riche — elle compte 4200 espèces — et très originale ; 60 p. 100 de ces espèces lui sont propres. La végétation y est beaucoup plus maigre que dans la région des forêts et des prairies de l'Europe ; la couverture herbacée est moins épaisse et moins durable; les groupes d'arbres sont moins serrés et moins reliés par la végétation du sous-bois. Ces arbres sont à feuillage toujours vert : olivier, chêne vert, chêneliège; les lauriers et les myrtes forment les maquis ; les conifères sont le pin d'Alep, et surtout le pin parasol; parmi les palmiers, seul le; palmier nain semble indigène dans ces régions; le palmier-dattier, importé des pays sahariens, y vit, mais n'y fructifie point. Les véritables forêts n'apparaissent que comme exceptions, dans les districts montagneux ; la végétation buissonnière, au contraire, acquiert ici une grande importance. Enfin, l'approche des steppes et des déserts du Sud est révélée par la présence de certaines graminées, l'alfa d'Algérie par exemple, et surtout par celle des plantes grasses caractéristiques des régions sèches : cactus et aloès.
Les îles de la côte occidentale d'Afrique présentent des rtansitions entre la végétation du climat méditerranéen et celle du Sahara et du Soudan. Les Açores rappellent l'Andalousie, ses arbres toujours verts et ses maquis; mais, l'humidité y étant plus grande, la végétation y est plus vigoureuse. Madère a un climat plus chaud ; ses
forèls sont plus épaisses, el l'on trouve déjà la canne à sucre. Les Canaries ont un aspect soudanien, moins par la nature dos plantes que par celle de la végétation. Dans les parties basses foisonnent les euphorbes, les palmiers et les tamarins; les lauriers y forment de vigoureuses forêts; dans les parties hautes, flore et végétation ont le caractère méditerranéen. Les îles du Cap-Vert présentent une prédominance plus marquée encore des végétaux des confins du désert et du Soudan.
Certains pays ont une végétation apparentée par quelques caractères à celle de nos régions méditerranéennes. A ce point de vue, on a souvent comparé à ces régions la Californie. Les différences sont cependant nombreuses. En Californie, les pluies ne sont pas, aussi souvent que sur les bords de la Méditerranée, des orages accidentels et brusques; les hivers y sont plus courts et plus doux; le voisinage d'une mer ouverte y apporte plus d'humidité. Aussi la végétation forestière y est-elle bien plus vigoureuse ; les conifères y forment des groupes serrés et atteignent de grandes dimensions. De plus, on y rencontre, jusqu'à 900 mètres d'altitude, de grasses prairies d'élevage.
Plusieurs caractères de la végétation des pays méditerranéens se rencontrent aussi dans des zones de transition, comme les savanes du Mexique, de la Guyane et du Venezuela, les campos du Brésil, les pampas de l'Argentine. Ces zones ont pour traits communs, à mesure que Ton s'avance vers des pays plus chauds, une végétation forestière de plus en plus dense, un nombre plus considérable d'arbres à feuillage toujours vert et la prédominance de plus en plus grande des plantes grasses.
Contrées désertiques. — Peu de ces contrées présentent un caractère d'absolue dénudation ; la plupart sont nuancées de variétés et de transitions infinies.
Seul le désert de Perse peut être accepté comme le type le plus proche du désert absolu. Il ne possède que trois oasis, dont deux seulement disposent d'un peu d'eau; dans l'une l'eau est douce, dans l'autre elle est saumâtre. On ne rencontre dans ce désert aucune espèce de plante ; une seule fois, sur la lisière nord, un voyageur remarqua une plante saline. Ce désert n'est pas seulement un phénomène météorologique; l'influence de la nature du sol, avec
ses efflorescences salines et la ceinture de montagnes qui l'entoure, jouent ici un grand rôle.
Le Sahara n'a point un climat uniforme. La partie occidentale est relativement humide.
Le désert cl Arabie se rapproche beaucoup, pour le climat et i)our la végétation, du Sahara.
Le déserl de Kalahari est dans des conditions différentes. L'alizé de l'océan Indien y arrive encore, mais après s'être déchargé sur les terrasses côtières de la plus grande partie de son humidité. Ainsi, le Kalahari est moins un désert qu'une zone de déformation de deux végétations : de celle de la côte orientale, caractérisée par les palmiers, et de celle du sud, caractérisée par les buissons, les deux végétations se pénétrant, se confondant et diminuant ensemble et graduellement d'intensité. Des plantes épineuses, des plantes grasses, inconnues au Sahara, sont l'indice d'une sécheresse moindre de l'atmosphère; cette sécheresse va diminuant de l'océan Atlantique à l'océan Indien. Mais elle n'est jamais assez grande pour empêcher les continuelles traversées des peuples pasteurs.
Le désert australien est situé entre la côte du nord, qu'arrosent les moussons, et celle de l'est, qu'arrose l'alizé. La partie vraiment désertique est confinée sur des plateaux assez élevés à 400 ou 500 kilomètres de la côte; elle est entourée de plusieurs zones de végétation: d'abord les plantes grasses épineuses, de teintes grisâtres, et mêlées de graminées ; puis les arbres épineux, comme les acacias ; plus loin, la région forestière entrecoupée d'herbages, où poussent isolés à de grandes distances les eucalyptus; enfin, les montagnes côtières et, sur la côte septentrionale, les palmiers.
En Amérique, le Colorado est un désert entrecoupé par des oasis qu'habitent les Mormons.
Végétation océanique. — Cette végétation est encore à étudier, surtout dans les régions tropicales, où elle est le plus intense. Nous ne possédons que quelques remarques. On sait que les plantes vivent, au sein des mers, aussi loin que pénètre la lumière. On a trouvé des algues jusqu'à 300 et 400 mètres de profondeur. On a étudié, de plus, les migrations, produites par les courants, de plantes
qui semblent arrachées à la côte du Brésil et qui vont tournoyer dans les abords des Canaries; c'est la mer des Sargasses.
B. — Les animaux.
Définition. — La géographie zoologique consiste dans l'étude des rapports entre des faits de climat et de flore et la présence de certaines espèces sur des étendues plus ou moins considérables. Tandis que la zoologie proprement dite se préoccupe de tous les problèmes relatifs à la vie animale, la géographie se renferme dans l'étude des localisations actuelles des animaux. Le passé ne l'intéresse qu'en guise de préface et que par ses ressemblances avec les faits actuels. Comme elle est une science à direction éminemment sociologique, elle ne s'intéresse aux animaux qu'au point de vue de leur utilité ou de leur danger pour l'homme, but dernier de ses études.
Historique. — Les premiers travaux de géographie zoologique sont de date récente. Déjà Buffon, dans un premier essai de généralisation, avait tenté d'expliquer l'évolution des animaux dans le temps et dans l'espace ; mais il ne possédait que des observations insuffisantes. Ce n'est que vers le milieu de ce siècle que parurent les grands ouvrages de généralisation scientifique, résumant l'état actuel des connaissances sur la matière. En 1835, Sclatter donnait son Traité de la géographie el de la classification des animaux. En 1876, l'Anglais Wallace, après de grands voyages de circumnavigation, étudie uniquement, dans sa Distribution géographique des animaux, les rapports de la structure des individus avec les conditions particulières du climat. En 1880, VOrigine des espèces de Darwin était traduite en français, et exerçait tout de suite une influence sur les recherches dans ce pays. En 1887, Heilprin donnait, dans sa Distribution géographique el géologique des animaux, des remarques ingénieuses et neuves, mais montrait déjà une tendance exagérée à réagir contre les explications évolutionnistes des naturalistes, et à lier étroitement la distribution actuelle des animaux avec le passé géologique. En France, le D"" Trouessart donnait, en 1889, un précis de grande valeur dans sa Géographie zoologique.
Causes de la répartition actuelle des animaux. — La
réparlilion des aniinaiix est fondée uniquemeul sur la diiïérence des milieux ; celle vue de Darwin, vérifiée par les nombreux exemples qu'a fournis Wallace, est aujourd'hui généralement adoptée. Cependant, une école géoloiiique avance que la distribution actuelle dépend surtout de la distribution des animaux aux époques géologiques antérieures et des modifications que cette dernière a subies avec les transformations du sol aux diverses époques.
Pour défendre ce sentiment, les géologues disent: « L'Afrique du Sud et l'Australie ont un climat identique, et cependant elles n'ont pas de mammifères communs; il en est de même pour l'Afrique tropicale et pour l'Amérique du Sud ». Ce sont là des comparaisons qui ne sont point fondées sur des ressemblances réelles. On ne peut dire qu'il existe un climat de l'Afrique du Sud, de l'Amérique du Sud ; car ces immenses étendues renferment des pays à climats divers. On ne pourrait comparer, par exemple, que certaines régions du Sud Africain avec certaines autres de l'Australie ; et, dans ce cas, on verra bien qu'aux ressemblances dans le climat correspondent les ressemblances dans la vie animale. Cette corrélation a d'ailleurs été prouvée par l'expérience ; des chevaux européens, importés dans les pampas delà Plata, même nourris avec les herbes fourragères d'Europe, ont rapidement évolué et ont acquis des caractères nouveaux; il en ressort nettementque le climat a été ici la cause essentielle d'évolution.
Mais l'influence du climat apparaît peut-être d'une façon plus caractéristique encore, lorsque, de la considération de la faune, c'est-à-dire de l'ensemble des espèces animales qui habitent une région, on passe à celle de la richesse de la vie animale, du foisonnement des animaux dans une région. Grâce, en effet, à la facilité de leurs moyens de dispersion, les animaux ne sont pas attachés invinciblement à la terre ; la notion de Vhabitaf, c'est-à-dire de la zone géographique où une espèce donnée se rencontre, n'a qu'une valeur relative. Pour les nomades, par exemple, il existe bien moins des habitats que des parcours ; ces animaux, dégagés de toute influence du sol, ne sont soumis qu'à la dépendance du climat. La rapidité de leur locomotion est en etîet extraordinaire ; la caille, bien qu'elle soit un très mauvais voilier, parcourt à la seconde 17™, 80,
ce qui est la vitesse moyenne d'un train express ; le faucon, le pigeon voyageur ordinaire, parcourent, comme un vent de tempête, 27 à 38 mètres; l'aigle, 31 mètres; enfin le martinet, qui possède le vol connu le plus rapide, arrive à une vitesse de UO mètres par seconde. Outre la vitesse, ces oiseaux possèdent une endurance aussi extraordinaire: les goélands et les frégates vont des États-Unis aux îles Britanniques ; même on a trouvé aux Bermudes des chauvessouris d'Amérique; or, la distance entre ces îles et la côte est de 1 000 kilomètres. Les oiseaux ne sont pas les seuls, parmi les animaux, dont les moyens de transport soient aisés. Les insectes sont entraînés dans les pays lointains par les courants de l'atmosphère, les bois flottants, les navires ; il n'est point rare de voir s'abattre sur les vagues de la Méditerranée de gros paquets de sauterelles, qu'emporte le vent. Les ours, les loups arrivent dans de nouvelles ' contrées, blottis sur des bancs de glace. A travers les steppes des étendues sahariennes, les antilopes vont et viennent incessamment, dans le sens du méridien, suivant la pluie ouïe soleil, toujours en quête de pâturages frais. Dans la mer, où les saisons modifient la température des eaux, les poissons se servent des courants pour chercher les conditions favorables; essentiellement nomades, ils parcourent sans cesse, soit horizontalement, soit dans le sens de la profondeur, les abîmes des mers; à Terre-Neuve, on utilise d'une façon constante le thermomètre dans la pêche de la morue, car celle-ci se rencontre toujours dans les eaux, non de même profondeur, mais de même température. Enfin, une dernière preuve de la dépendance où sont les animaux à l'égard du climat est l'existence de centres d'acclimatation, de points de rencontre des espèces, là où des climats différents se rencontrent et s'harmonisent par degrés ; les mers du Japon en sont un exemple.
Répartition actuelle des animaux. — Les naturalistes ont proposé plusieurs classifications des animaux; la règle qu'ils ont adoptée est celle-ci : Dès que la moitié des espèces rencontrées dans une région lui est propre, celle-ci est constituée en région distincte, originale. Mais les limites, ainsi admises ne sont souvent rien moins que précises ; et les zones frontières ont elles-mêmes parfois une faune spéciale ; car toute répartition, soit de plantes, soit d'animaux,
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se fail dans la iialurc, par nuances el par tiegrôs. De plus, CCS classilicalions ne reposent point sur la totalité de la faune ; elles ont pour base, les unes les mammileres, les autres les oiseaux, quelquefois môme les reptiles; d'oij il résulte que chaque naturaliste se fait sa classilication.
Parmi ces classifications qui ont une base spécialement géographique, la plus connue et la meilleure est celle de Sclatter, améliorée par Wallace. Elle distingue huit régions : la région polaire arctique comprend l'Amérique septentrionale, le Groenland, le nord de la Russie et de la Sibérie. La faune y est uniformément très pauvre. Elle se compose de quelques herbivores, de carnassiers surtout marins, d'oiseaux très fins voiliers, partant migrateurs. Les reptiles, les batraciens, les poissons d'eau douce font défaut ; par contre, sont très nombreux les invertébrés marins, mollusques, moules, etc. La i^égion paléarclique est caractérisée par la ditïusion énorme des mammifères. Assez mal définie, elle comprend de nombreuses sous-régions. Celle de la Sibérie, ou de l'Asie centrale, avec ses rongeurs, ses animaux à longs parcours, ses phoques, atteste sa parenté avec la région polaire. La sous-région mandchourienne est la transition entre la Sibérie et les pays chauds humides : on y trouve les rongeurs du Nord et le tigre de l'Inde ; les reptiles et les batraciens font leur apparition. La sous-région européenne est également un pays de transition, qui se relie par des nuances insensibles aux pays du Nord ; la douceur et l'humidité du climat y font pulluler les insectes ; l'abondance des pâturages y explique le grand nombre des herbivores. Dans la sous-région méditerranéenne, au sud des Pyrénées, des Alpes, des Balkans et du Caucase, — barrière insuffisante, que franchissent aisément les espèces, — les carnivores sont en grande partie les mêmes que dans la sous-région précédente ; mais déjà on rencontre ici les animaux des pays tropicaux, comme le singe. Enfin, la sous-région saharienne est surtout un pays de parcours : les antilopes, les gazelles la traversent incessamment ; aussi a-t-elle beaucoup de formes communes avec les pays méditerranéens et du Soudan. Ainsi, pour ces deux régions, arctique et paléarctique, il n'y a pas lieu, pour le géographe, de s'arrêter aux remarques des naturaUstes. Nous n'avons constaté que des dégradations insen-
sibles, des échanges, des passages, des migrations, dont la cause est la recherche de conditions favorables de nourriture et de climat.
La région éthiopienne s'étend du Sahara méridional à l'Arabie. Comme dans la région paléarclique, les mammileres y sont nombreux, mais d'importantes modifications annoncent déjà les pays tropicaux. Les singes se rencontrent jusqu'à 3 000 mètres d'altitude; les carnivores prennent un très grand développement; les pachydermes et les échassiers surtout sont caractéristiques de la région. Il faut noter aussi l'apparition des poissons dipnoïdes, qui jouissent de la faculté d'une double respiration : de poisson dans la saison humide, de batracien lorsque la saison sèche a pompé l'eau des rivières et ne laisse subsister que des marécages. Des quatre sous-régions : occidentale, (T Afrique orientale et centrale, du Cap, Malgache, celle-ci seule peut être maintenue, grâce aux caractères particuliers de sa faune. La plupart des mammifères caractéristiques d'Afrique y manquent; Wallace disait qu'il y avait plus de difTérence entre l'Afrique et Madagascar qu'entre l'Angleterre et le Japon : le climat, qui est très semblable dans ces deux derniers pays, l'explique. Ce sont surtout les lémuriens, à membrure de singe et à dentition d'insectivore, qui donnent à la faune de Madagascar son originalité ; mais celle-ci va se perdant de plus en plus, grâce à l'acclimatation, que favorise l'homme. La région indo-malaise ou orientale, au contraire de la précédente, a une unité sensible ; elle la doit à la mousson, qui donne à toutes ses parties, de l'Afrique orientale à la Malaisie, une végétation tropicale humide. Sa faune est caractérisée par le développement, dans les forêts, des grands anthropomorphes comme l'orang-outang, et, sur les bords des vastes étendues d'eau douce, des pachydermes. L'humidité, de plus, y cause le foisonnement des insectes. Mais la présence, jusque dans les montagnes de rindo-Chine, d'ongulés, comme le mouflon du Tibet, dénonce un empiétement de la faune de la région mandchourienne.
La région néarctique comprend l'Amérique du Nord, des terres polaires aux steppes du Mexique. Elle n'a point de véritable originalité; on y rencontre la plupart des espèces des régions analogues de l'ancien continent. Les
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subdivisions y sont encore moins significatives que dans les autres régions, à cause de la facilité plus grande des communications dans le sens du méridien. La région néotropicale. Tort restreinte dans l'Amérique du Nord, s'étend surtout dans l'Amérique du Sud. Les animaux y sont en général de plus petite taille que dans les autres régions: le lama, par exemple, y représente le type le plus voisin du chameau. L'absence de pâturages gras intermédiaires entre la forêt et le steppe explique l'absence des grands pachydermes. Grâce à la puissance des fleuves, comme les Amazones et l'Orénoque, les mammifères y sont caractéristiques; de même pour les reptiles, qui atteignent, dans les forêts épaisses et humides, des dimensions inusitées. La région australienne est celle qui atteste le plus particulièrement le legs des périodes précédentes. Elle est caractérisée par la présence de mammifères marsupiaux, disparus d'Europe dès le début de l'époque tertiaire, et de quelques oiseaux. Mais, ici encore, il faut noter bien des nuances : ainsi le kanguroo, arboricole dans la sous-région papoue, est, en Australie, herbivore et sauteur. La région antarctique ne se différencie point par sa faune de celle du pôle Nord ; les éléphants marins remplacent les phoques ; autour des îles isolées, comme Saint-Paul et Amsterdam, les manchots sont particulièrement nombreux.
La conclusion de cette analyse, critique de la classification proposée par Sclatter et améliorée par Wallace, doit être que cette classification pèche par manque de rigueur. Ses diverses régions se pénètrent par des transitions infinies, et, presque toutes, elles ont beaucoup de caractères communs. C'est que le géographe ne doit point s'attacher à tout ce qui définit, pour le naturaliste, un animal ; par exemple, au fait d'être un mammifère. Ce caractère, trop général, n'est pour lui d'aucun sens. Ce qui lui importe, c'est moins la richesse de la faune que la richesse de la vie animale ; car c'est celle-ci qui importe surtout à l'homme. Le fait essentiel, dans les régions tropicales, c'est le foisonnement des animaux, non dans la forêt qui les éloufTe, mais dans les pâturages humides et gras; dans les régions polaires, c'est la diminution progressive du nombre des individus. Aussi, lorsque le géographe remarque cette constante diminution chaque fois que
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l'on passe dans un pays plus rapproché du pôle, plus continental ou plus élevé en altitude, il est naturellement amené à conclure que la véritable cause de la répartition, actuelle des animaux, ce sont les inlluenccs climatériques.