INTRODUCTION. VII
prit la convirtion qu'il reste encore beaucoup h faire, et pour l'exploration rigoureuse des faits, et pour la constitution vraimentscientifiqued'une géographie maîtresse de sa méthode et capable de bien assimiler les emprunts si nombreux qu'elle fait à d'autres sciences. Ce noviciat géographique de la classe de seconde peut devenir pour la jeunesse une école d'esprit scientifique et d'esprit philosophique tout à la fois, mais k la condition que cette sélection de matériaux scientifiques qu'est la géographie ne leur donne ni la douloureuse impression d'un amalgame d'éléments étrangers les uns aux autres, ni la tentation dangereuse de languir dans l'espoir d'une science encyclopédique. On doit être très reconnaissant aux rédacteurs du programme de l'avoir ainsi compris : car cette consécration philosophique manquait encore à nos études de géographie; et l'ingéniosité des professeurs devait suppléer jusque-là à l'insuffisance des indications officielles. Désormais, la géographie a droit de raisonner et de généraliser comme les autres sciences, et, par là, elle a enfin pris sa place dans l'œuvre d'ensemble de l'éducation nationale.
Si je me suis cru tenu de revendiquer les droits d'une métliode géographique qui n'est point celle des sciences auxquelles la géographie emprunte, je n'en reste pas moins reconnaissant envers les savants dont les découvertes, et même les hypothèses, ont ajouté, depuis quelques années, beaucoup d'attraits à nos études géographiques. Les suivre servilement eût été leur rendre le plus mauvais hommage : les hommes de science ne se doivent que l'indépendance d'esprit. Mais, alors même que nombre de leurs conclusions me paraissaient discutables, et provisoirement sujettes à la critique, j'avais conscience que je restais encore leur obligé, et que, même interprétant les faits autrement qu'eux, je devais quelque chose de mon interprétation à leur premier effort. La science géologique est désormais assez importante, non seulement pour occuper la vie d'un homme qui s'y voue avec passion, mais encore pour mériter dès maintenant d'être dissociée en plusieurs ordres de recherches, dont chacun groupera de nouveaux travailleurs. Ce m'était une raison de ne point concevoir le dessein chimérique d'être géologue, puisque mon métier de géographe suffit à occuper ma vie, tout comme la géologie en occupe d'autres. Je me suis donc efforcé de ne procéder à l'égard de cette science et des autres sciences naturelles qu'avec la discrétion d'un emprunteur, qui a le devoir d'adapter ce qu'il emprunte, sous peine de faire, beaucoup moins bien que ses prêteurs, la même besogne. Il faut, en matière de science, que les mêmes notions, que les mêmes faits donnent lieu à des interprétations diffé-