ROSSIA ET POLSKA
L'empire russe, le plus vaste empire du monde, comprend la septième partie du globe; il s'étend sur l'Europe orientale, sur l'Asie septentrionale et sur le Nord-Ouest de l'Amérique. Sa superficie est de 21 millions et demi de kilomètres carrés, dont la plus grande par-
tie, ilest vrai, ne se compose que de steppes ou de déserts glacés; sa population s'élève à 75 millions d'hommes, de toutes races, de toutes langues et de toutes religions.
L'empire russe se divise en trois grandes parties : la Russie et la Pologne, en Europe, la
Sibérie, en Asie, et les possessions russes en Amérique ; il ne sera question dans ce chapitre que de la Russie d’Europe.
RUSSIE ET POLOGNE
La partie de l'empire russe située en Europe est bornée : au N., par l'océan Glacial; à l'E., par la Sibérie; au S., par la mer Caspienne, la Perse, la Turquie d'Asie et la mer Noire ; à l'O., par la Turquie, la Moldavie, l’Autriche, la Prusse, la mer Baltique, et par les rivières de la Tornéa et de la Tana qui séparent la Russie de la Suède.
$ 1. Frontières et littoral. — La Russie d'Europe a environ 14,000 kilomètres de pourtour; cette grande étendue de frontières se divise en onze parties :
Littoral de l'océan Glacial ; Frontière de Suède ;
Littoral de la Baltique; Frontière de Prusse ; Frontière d'Autriche ; Frontière de Turquie ; Littoral de la mer Noire; Ligne du Caucase;
Frontière de Turquie et de Perse; Littoral de la mer Caspienne ; Frontière de l'Oural.
4. Littoral de l'océan Glacial. — L'océan Glacial baigne, en Russie, les côtes du gouvernement d'Arkhangel et de la Laponie russe ; il forme les golfes de la Kara ct de Tchesk, et la mer Blanche, dont les côtes très-découpées présentent les golfes de Mézen, d’Arkhangel, d'Onéga et de Kandalaskaia. Les principales iles sont : la Nouvelle-Zemble (Novaïa-Zemlia‘), groupe de trois grandes iles recouvertes de mousses et de quelques bouleaux rabougris ; les Russes y vont chasser la loutre, le renard bleu, l'hermine et l'rurs blanc; — l'ile de Vaïgatch, au Sud de ;1 iouvelle- Zemble, dont elle est séparée par le détroit de Kara; elle est séparée de la Russie par ie détroit de Vaïgatch ; — l'île de Kalgouef, au S.-0. de la Nouvelle-Zemble. Toutes ces iles sont désertes.
Presque partout le littoral de la mer Glaciale est bas, plat et marécageux. Le seul port important est 4rkhangel, à l'embouchure de Ja Dvina ; la mer y est gelée pendant neuf ou dix mois de l'année, de septembre à juin.
2. Frontière de Suède. — La limite commence sur l'océan Glacial au Jacobs-elf, petit cours d'eau de la Laponie; elle se dirige au
* Nouvelle terre,
S.-0., en laissant tout le golfe de Varanger à la Suède, et vient joindre la Tana, qu'elle suit jusqu’à. sa source ; de là, elle court à l'O., atteint et suit le Muonio jusqu’à son confluent dans la Tornéa; entin, la limite est tracée par la Tornéa jusqu'à son embouchure dans le golfe de Bothnie.
5. Littoral de la Baltique. -— Les provinces baltiques de la Russie sont : la Finlande, Ja Carélie, l'Ingrie, l'Esthonie, la Livonie et la Courlande; les cinq premières ont été enlevées à la Suède ; la sixième, à la Pologne.
L'Ingrie ! est une ancienne province russe
qui faisait partie, au Moyen Age, du grand.
duché de Russie, fondé au neuvième siècle par lurik. Les Suédois s'emparèrent de cette province en 1581, et, après une longue guerre et de nombreux échecs, les Russes furent obligés, en 1647, à la paix de Stolbova, de céder l’Ingrie à la Suède, qui commença dés lors à prendre possession du littoral de la Baltique et en chassa complétement les Russes. À la fin du dix-septième siècle, Pierre le Grand résolut d'enlever aux Suédois les provinces qui lui étaient nécessaires pour faire de son empire une puissance maritime et pour dominer sur la Baltique ; après une longue lutte contre Charies X[I, Pierre le Grand obtint à la paix de Nystad, en 1721, la Livonie, l'Esthonie, l'Ingrie et la partie méridionale de la Carélie *. Saint-Pétersbourg et Cronstadt avaient été fondés en 1703; une flotte avait été créée; la Suède, jusqu'alors la première puissance du Nord, perdait son prestige et devenait un état secondaire. À la suite de nouvelles guerres et de nouvelles défaites, les Suédois cédaient, en 1745, au traité d’Abo, le Nord de la Carélie, et, en 1809, à la paix de Frederikshamn, la Finlande tout entière et les Îles d'Aland. L'acquisition de la Finlande fut pour la Russie une partie du bénéfice qu'elle tira de l'alliance de Tilsit (1807), et qu'elle sut conserver, en 1815, au traité de Vienne,
Le grand-duché de Courlande, qui relevait de la Pologne, se donna à Catherine IE en 1795, lorsqu'après une longue anarchie et la ruine de la Pologne, la noblesse courlandaise vit qu'elle ne pouvait échapper à la conquête russe,
En général les côtes du littoral baltique de la Russie sont basses et bordées d’une infinité d'îles, d'ilots, de rochers ou de bas-
‘ L'Ingrie a formé le Nord du gouvernement de Saint-Pétersbourg,
* La Carélie a formé le gouvernement de Wiborg et la partie du gouvernement de Saint-Pétersbourg qui estau Nord de la Néva,
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RUSSIE ET
fonds qui en rendent les approches difficiles, d'autant que le peu de profondeur de l’eau, exigeant l'emploi de petits bâtiments, vient en aide à Ja défense. La Baltique n’est libre que pendant six ou huit mois de l’année, les glaces et le brouillard n’y permettant la navigation que depuis le ois de mai jusqu’au mois de novembre. G‘néralement la mer Baltique est peu profonde, surtout dans les golfes et sur les côtes; ses eaux sont peu salées. Le peu de profondeur et de salure facilite la formation des glaces; aussi quelquefois, la Baltique géle-t-elle dans toute son étendue. :
La mer Baltique forme sur les côtes de la Russie les grands golfes de Bothnie, de Finlande et de Riga; on y rencontre les archipels d'Aland et d’Abo, et les iles de Dago et d'Œsel. Les principaux fleuves dont on remarque les embouchures sont : la Néva, la Narva et la Dvina,
Les ports de guerre ou de commerce et les places fortes sont nombreux sur les côtes, dont le développement est de plus de 2,200 kilomètres, sans compter les sinuosités du rivage.
Sur la côte basse et sablonneuse de la Courlande, on rencontre les denx ‘is ports de Liebau et de Windau ; au N. : “dau et en doublant le cap Domeness, save le golfe de Livonie ou de Riga, dont l'entrée est difficile; on n'y peut pénétrer en eflet que par les détroits assez dangereux que forment entre elles et la côte les grandes îles d'Œsel, de Mœn et de Dago.
À l'embouchure même de la Dvina, qui se Jette au fond du go:fe de Riga, est le port fortifié de Dünamünde, qui défend l'entrée du fleuve, et un peu au-dessus est Riga, place forte importante et port de commerce considérable.
Les iles d'Œsel et de Dago commandent l'entrée du golfe de Livonie, et Dago est presque à l'entrée du golfe de Finlande ; ce double commandement donne à ces deux iles une importance militaire assez considérable. La rade d'Arensburg, capitale d'Œsel, est profonde, et l'archipel offre plusieurs mouillages sûrs.
Le golfe de Finlande est le centre de la puissance maritime et politique de la Russie. Les provinces que baigne le golfe sont : au Sud, l'Esthonie; à l'Est, l'Ingrie; au Nord, la Finlande. L'entrée du golfe est marquée par le cap Hango !, au N., et par des récifs, au S.; sa longueur est de 400 kilomètres, et sa lar-
1 Hangæ-Udd en suédois ; Hango-head en anglais, — Uid, head, tête, cap.
geur varie entre 70 et 420 kilomètres. La profondeur est en général assez faible et diminue à mesure que l'on approche de Saint-Pé:ersbourg. Les côtes sont très-découpées et constamment bordées d'une multitude d’iles, d''ots et de rochers. On trouve trois iles principales dans le golfe : Hogland, au centre, puis Lavensari, et à l'Ouest, Cotlin, la plus importante et sur laquelle est bâti Cronstadt. Les ports du gol'e de Finlande sont : sur la côte méridionale, Port-Baltique, port de refuge; Revel, place forte et arsenal de la marine militaire, avec un bon port ; Narva, petit port de commerce fortifié, et Cronstadt, grande place forte, qui couvre les approches de Saint-Pétershourg. Cronstadt est le principal arsenal de la flotte russe de la Baltique et le premier port de guerre de la Russie; il y a aussi un beau port de commerce. Au delà de Cronstadt et à l'embouchure de la Néva, est Saint-Pétersbourg, port de commerce assez considérable et capitale de l'empire.
Sur la côte septentrionale du golfe de Finlande, on remarque d'abord une série de petits ports fortifiés : Wiborg, Frederikshamn,
. Rotchensalm et Lovisa ; puis on arrive à Hel-
singfors, capitale de la Finlande, grand port de guerre avec une bonne rade et défendu par p'usieurs forts. À 3 kilomètres en avant d'Helsingfors, eten mer, se trouve la grande place forte de Sveaborg, composée de sept forteresses construites en granite ou taillées dans le roc, et bâties sur sept ilots reliés entre eux par des digues ; au milieu de ces îlots est un beau port qui ouvre sur la rade d'Ilelsingfors. Sveaborg est joint à Helsingfors par une digue fortifiée. Cette grande place d'armes est une des stations de la marine russe et renferme un arsenal.
Le cap Hango est une bonne position à l'entrée du golfe de Finlande! ; au delà est Abo port de commerce, où commence le golfe d Bothnie, à l'entrée duquel sont les archipels d'Abo, à l'E., et d’Aland, à l'O., composés d'une innombrable quantité d'ilots et de rochers. La principale de ces îles, Aland, est à 40 kilom. de la côte suédoise ; c'est une position avancée qui menace et contient la Suède, en amenant les vaisseaux et les soldats russes à 120 kilom. de Stockholm. La destruction de la grande place de Bomarsund, pendant la guerre de Crimée, rend la possession des îles d’Aland par
oo
‘ Les Russes détruisirent en 1854 toutes les fortiflcaticns élevées sur ce cap, dont la principale était le fort de Gustatsværn,
les Russes un peu moins dangereuse pour la Suède.
Le golfe de Bothnie ne présente qu'une suite de petits ports de commerce, tels que Nystad, Raumo, Biarneborg, Christinestad, Kasko,
Wasa, Brahestad, Uléaborg et Tornéa.
* 4et5,Frontières de Prusseet d'Autriche. — Toute cette partie des limites de la Russie n'est tracée que d’une manière absolument arbitraire; la limite part d’un poi"t situé sur la Baltique un peu au S. de Po: :1gen; elle va au $. couper le Niémen à l'O. de Jansborg ; puis elle se dirige au S.-0., coupe la Vistule au S. de Thorn, atteint la Wartha à son confluent avec la Prosna, suit cette dernière rivière, et en la quittant se dirige au S., jusqu'à Newki. Cette ligne conventionnelle sépare la Russie de la Prusse.
La Russie est séparée de l'Autriche par :
une ligne conventionnelle allant de Newki à l'E. rejoindre la Vistule un peu à l'E. de Cracovie; par la Vistule jusqu'au confluent du San ; par une ligne vague et arbitraire allant depuis le confluent du San jusqu’à la source du Podhorce, petit affluent du Dniester ; par le Podhorce ; par le Dniester, que la limite suit entre le confluent du Podhorce.et Zaletschiky ; enfin par une dernière ligne conventionnelle, qui va aus. atteindre le Pruth, au confluent de la Rokitna.
Toute cette partie des frontières de la Russie est formée de provinces enlevées au royaume de Pologne : la Lithuanie, la Russie blanche !, la Sévérie*, la Petite-Russie et la Pologne ellemème, presque tout entière.
Par les traités d'Andrussof (1667) et de.
Moscou (1686), la Russie acquit d’abord Smoleisk, Tchernigof, Kiev et la Sévérie, et devint à peu près maîtresse de la ligne du Dnieper, ainsi que du pays des Cosaques Zaporogues5.
Ces deux traités terminérent les guerres qui duraient entre la Russie et la Pologne depuis le treizième siècle. Pendant cette longue lutte, les Lithuaniens, favorisés par les ravages des Mongols en Russie, s'étaient emparés, aux treizième et qualurzième siècles, de toute la partie du grand-duché de Russie, connue alors
sous le nom de duché de Kiev, qui comprenait !
la totalité du bassin du Dnieper, de la Russie rouge ou principauté de Galicie, et du bassin de la haute Dvina (partie de la Russie blanche).
* Gouvernements de Smolensk, Mohilev et Minsk.
? Gouvernements de Tchernigof et d'Orel,
3 Ce pays comprenait le bassin inférieur du Dnieper, où se trouvent les cataractes (Poroyes) de ce fleuve, d'où le nom de Zaporogues, qui veut dire : près des cataractes,
Les conquêtes des Lithuaniens avaient réduit le grand-duché de Russie ou de Moscou, comme on l’appelait alors, à n'être plus qu’un fort pe. tit état, lorsque Ivan HT, Vasili IV et Ivan IV (1462-1584), après avoir affranchi leur pays de la domination des Mongols, voulurent reprendre à la Lithuanie, alors réunie à la Pologne, les conquêtes qu'elle avait faites dans le siècle précédent. Les czars que nous venons de nommer étaient parvenus à s'emparer de ln Sévérie, de Smolensk et de Tchernigof, lorsque les guerres civiles qui éclatèrent en Russie au commencement du dix-septièmesiècle, aidé.
rent les Polonais à vaincre les Russes. Aussi en 1624, la paix de Viazma remit la Pologne en possession de ce que les Russes avaient repris au seizième siècle, excepté la partie orientale de la Sévérie, qui resta définitivement à la Russie. Enfin la guerre ayant recommencé sous le czar Alexis, la paix d’Andrussof et celle de Moscou firent de nouveau rentrer les Russes en possession des villes et des territoires que nous avons indiqués au commencement de cet alinéa.
Un siècle plus tard, les démembrements de la Pologne reportèrent successivement la fron. tière russe beaucoup plus à l'Ouest. En 1772, au premier démembrement, la Russie acquit ce qui lui manquait du cours du Dnieper, entre Smolensk et le confluent du Soj, ainsi que le bassin de la haute Dvina. En 1793 et 1795, elle recula sa frontière jusqu'au Niémen et au Bug ; elle était revenue de ce côté à sa limite du treizième siècle. A l'époque de la guerre de 1812, la Russie n'allait pas plus loin que ces deux rivières, qui la séparaient du grandduché de Varsovie. En 1815, ce grand-duché lui fut donné; il prit le nom de royaume de Pologne et eut une organisation séparée de celle de la Russie; mais en 1839, Nicolas, après avoir écrasé le soulèvement des Polonais, incorpora la Pologne à l'empire, malgré les traités de 1815 qui lui garantissaient une existence séparée et la conservation d'une partie de sa nationalité.
Frontière d'Autriche
La partie de la frontière russe adjacente à l'Autriche est contiguë aux provinces de Bukowine et de Galicie et s'étend entre le Pruth et la Vistule. C’est un pays uni, ouvert et facile à envahir. Plusieurs routes partant de la Galicie pénétrent en Russie ; mais les immenses marais de Pinsk obligent ces routes à diverger sur Varsovie et Vilna, à l'Ouest, et sur Kiev, à plus de 400 kilom. à l'Est, ce qui est favorable à la défense. Ces routes, en général fort mau-
vaises, sont ce laroslaw à Va par Zamosc; d sur Slonim, où Vilna à Dunab et Borisof; de Jitomir, et.de de Tarnopol à maintenant u tière, c'est ce covie, par Du Les places f
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RUSSIE ET
vaises, sont ceiles : de Cracovie à Varsovie; de laroslaw à Varsovie; de Lemberg à Varsovie par Zamosc; de Lemberg par !amosc et Brzesc sur Slonim, où la route se :‘ifurque et va par Vilna à Dunabourg, et à Smolensk par Minsk et Borisof; de Lemberg à Kiev, par Ostrog et Jitomir, et.de Jitomir à Mohilev et à Smolensk; de Tarnopol à Kiev par Kaminiec. La Russie a maintenant un chemin de fer sur cette frontière, c'est celui de Saint-Pétersbourg à Cracovie, par Dunabourg, Vilna et Varsovie.
Les places fortes principales qui défendent la frontière d'Autriche sont : à l’'E., Kaminiec, sur le Dniester; la grande place de Kiev, qui commande la ligne du bas Dnieper, vraie défense de cette partie de la Russie ; à l'O. Zamose, entre le Bug et la Vistule; Ivangorod et Varsovie sur la Vistule ; Czenstochau sur la Wartha; — au centre et en arrière des marais de Pinsk, Bobruisk sur la Bérézina.
” Frontière de Prusse.
La partie de la fronti‘re russe adjacente à la Prusse est comprise entre Ja Vistule et la mer Baltique. Cette frontière est très-forte depuis la réunion de la Pologne à la Russie; le saillant que forme la Pologne sur la frontière occidentale de l'empire place les armées russes à 200 kilomètres de Berlin, et donne à la Russie pour première ligne de défense, comme pour base d'opération, la Vistule, aujourd'hui défendue par trois places considérables, Ivangorod, Varsovie et Modlin.
Les routes principales qui traversent la frontière pour pénétrer en Prusse sont celles : de Riga à Tilsit et Kœnigsberg; de Dunabourg à Kænigsberg par Kovno; de Varsovie à Kœnigsberg et à Dantzick; de Varsovie à Thorn; de Varsovie à Beriin par Kalisch et Posen ; de Kalisch à Breslau. De ce côté la Russie a un chemin de fer, celui de Saint-Pétershourg à Kanigsberg par Dunabourg. On voit quelle est l'importance stratégique de Varsovie, d'où les Russes menacent directement Berlinet Vienne, et d'où ils peuvent tourner et annuler toutes les défenses de la Prusse à l'Est de la Vistule. IL est vrai que si la Prusse attaquait la Russie d'accord avec l'Autriche, la Prusse pourrait par
Kænigsberg tourner la Vistule et se porter directement sur la Dvina. — Les places fortes de la Pologne sont : Kalisch, sur la Prosna, en avant de la Vistule ; Ivangorod sur la Vistule ; Varsovie avec sa citadelle à gauche de la Vistule et la tête de pont de Praga à la droite du fleuve ; Modlin ou Novo-Georgievsk, au confluent du Bug; Brzese, sur le Bug, en arrière
de Varsovie et à l'embranchement de la route de Varsovie à Moscou et à Kiev.
En arrière de la Vistule, au Nord-Est, vient le Niémen, qui ne contient aucune place forte et qui a été franchi sans difficulté en 1812. En arrière de la Vistule, à l'Est, se trouvent la ligne du Bug avec Brzesc, la ligne de la Bérézina avec Bobruisk et le Pnieper avec Smolensk ‘, qui couvrent la route de Varsovie à Moscou, longue de 1,200 kilomètres.
En arrière du Niémen, s'étendent de vestes plaines, couvertes de forêts ou de marécages et dénuées de ressources ; au delà, on arrive à la Dvina, rivière large et profonde, dont le passage est commandé par les grandes places de Riga et de Dunabourg. Cette ligne de défense couvre les approches de Saint-Pétersbuurg du côté de Varsovie, ou du côté de Kænigse berg qui peut tourner la Vistule. Les distances sont de 800 kilomètres, de Kœnigsberg à Saint-Pétersbourg, par Riga, Narva et Jamburg?, et de 1,000 kilomètres, de Varsovie à. Saint-Pétersbourg, par Kovno, Dunabourg et Pskof.
Il existe entre la Dvina et le Dnieper une trouée large de 100 kilom. et formée par des plaines boisées et marécageuses, qui remplissent l'intervalle, long de 300 kilom., pendant lequel ces deux rivières coulent parallèlement l'une à l’autre, avant de se diriger l’une au Nord et l’autre nu Sud. Cette tronée, si caractéristique dans la topographie de la
frontière russe, enlève aux deux lignes de la Dvinaet du Dnieper une partie de leur importance et permet de les annuler en passant entre elles deux. C'est par ce point que l’armée française, suivant la marche des anciennes invasions polonaises, pénétra dans le centre de la Russie en 4812. Vitepsk, sur la haute Dvina, et Smolensk, sur le haut Dnieper, commandent cette trouée, que l'acquisition de Varsovie a reculée de 600 kilomètres dans l'intérieur de l'empire.
Le grand-duché de Varsovie.
Avant de quitter cette frontière, il est encore utile d'exposer en quelques mots l'histoire du grand-duché de Varsovie, dont l'acquisition a été si utile à la Russie. Ce fut en 1772, comme on le sait, qu’eut lieu le premier démembrement de la Pologne,
mo mme a
4 Smolensk, clef du haut Dnieper, n'a qu'une forte
muraille flanquée de tours; mais sa position lui
donne une importance considérable, 8 Narva et Jamburg sont deux petites places fortes.
provoqué par Frédéric le Grand, sans que l'Angleterre y ait apporté plus d'obstacles que la France, au détriment de laquelle l'opinion, mal informée, semble avoir amnistié la Grande-Bretagne. Plus tard, profitant des guerres de la Révolution française, la Russie ucheva de détruire la Pologne, en 1793 et 1795, en prenant pour elle la part du lion.
Mais il est à remarquer qu’à ces trois époques, les lambeaux de la Pologne avaient été adjugés aux puissances copartageantes d'une façon qui donnait au moins quelque sécurité à l'Allemagne et au reste de l'Europe contre la puissance de la Russie.
La Prusse avait acquis Dantzick, la Viarmie, la Prusse occidentale, la Posnanie, la Grande- Pologne, la Mazovie, la Podlaquie et une partie de la Petite-Polognet ; la maison de Brandebourg avait obtenu pour limite de ses états tout le cours du Niémen jusqu’à Grodno, et de là une ligne conduisait sa frontière jusqu'au Bug. Varsovie et Modlin étaient à la Prusse.
L'Autriche avait acquis la Galicie actuelle et de plus la Galicie occidentale, qui forme toute la partie sud-est du royaume actuel de Pologne, comprise entre la Pilica et le Bug ; de sorte que sa limite, rejoignant celle de la Prusse sur le Bug, à Niemirof, suivait cette rivière jusqu’à la limite actuelle de la Russie.
Alors la Russie ne dépassait ni le Niémen ni le Bug; elle n'avait ni Varsovie, ni la ligne
de la Vistule ; elle n'avait pas cette forte po-
sition avancée et plongeante que lui donne la possession du royaume de Pologne, et qui est si dangereuse pour l'Allemagne. La situation changea sous l'empire, lorsqu'au traité de Tilsit, en 1807, Napoléon dicta la paix; la Posnanie, la Grande et la Petite-Pologne, la Mazovie et la lodlaquie furent enlevées à la Prusse et formèrent le grand-duché de Varsovie qui fut donné au roi de Saxe. Après la bataille de Wagram, au traité de Vienne, en 4809, l'Autriche perdit la Galicie occidentale, qui fut annexée au grand-duché de Varsovie.
En 18145, la Russie, alors toute-puissante, fit la loi à son tour; elle prit pour elle le grand-duché de Varsovie, dont elle fit le royaume de Pologne, rendit seulement à la Prusse la Posnanie, et fit de Cracovie une ville libre, dont l'Autriche s’est emparée violemment en 1846.
6. Frontière de Turquie. — Le grand-duché de Russie possédait, au dixième siècle,
‘ Ces quatre dernières provinces ne lui appartiennent plus et forment la plus grande partie du royaume de Pologne actuel,
les bassins du Don et du Kouban, et dans ce dernier la principauté de Tmoutarakan ou de Taman; dès cette époque, les Russes, ou, comme les Grecs les appelaient, les Varègues, assiégérent à plusieurs reprises Constantinople. Au douzième siècle, les Cumans, puis les Mongols, s'emparèrent de ces contrées, et depuis lors jusqu’en 1774, les Russes n'eurent aucune possession sur Ja mer Noire. Dès 1695 cependant, Pierre le Grand, voulant faire de la Russie une puissance maritime sur la mer Noire aussi bien que sur la Baltique, commença les guerres contre les Turks et's’empara d'Azof. Battu plus tard sur le Pruth, il fut obligé, par la paix de Falezy, en 1711, de rendre sa conquête à la Turquie; mais, en 4739, les Turks furent obligés, à leur tour, au traité de Belgrade, de céder Azof à la Russie.
Le traité de Kaïnardji, signé en 1774, sous le règne de Catherine 1, commença à établir la domination russe sur la mer Noire. La czarine acquit les steppes comprises entre Azof et le Bug, auxquelles on donna le nom de Russie méridionale. Fermée à tous les peuples de l'Europe depuis la destruction des colonies génoises de la Crimée, en 1476, la mer Noire fut ouverte aux Russes, qui obtinrent non-seulement la libre navigation du Pont-Euxin pour leurs bâtiments de commerce, mais encore celle des Dardanelles!. En 4785, le khanat on royaume de Crimée fut réuni à l'empire; il se composait de la Crimée et des steppes situées entre Azof et le Kouban, et l’ancienne principauté de Tmoutarakan y était entièrement comprise. Catherine II enleva encore aux Turks, à la paix de Jassy, en 1792, le Jedisan ou pays entre Buget Dniester.
En 1819, au traité de Bukharest, Alexandre se fit céder la partie orientale de la Moldavie, appelée la Bessarabie, et le Budjiak. Enfin, Nicolas obtint, en 1829, à la paix d’Andrinople, la partie de la Dobroudscha qui contient loutes les embouchures du Danube?, et se fit reconnaître protecteur des trois principautés chrétiennes de Moldavie, de Valaquie et de Serbie, qu'il affranchissait ainsi du joug dé-
oo
4 Après la conclusion de ce traité, les autres nations de l'Europe obtinrent successivement, pour leurs bâtiments marchands, le droit de naviguer dans la mer Noire.
* La possession des embouchures du Danube ren dait la Russie maitresse de l'extrémité de cette grande route commerciale de l'Allemagne; elle profitait de sa domination pour laisser ensabler la principale bouche du Danube, la Sulina, et fermer ainsi au commerce allemand l'entrée de la mer Noire,
testable des T tint par le trai pense des 5 Turquie contre ermis de fai guerre dans le L'onstantinople qui lui ouvr traité des Dé toutes les gra par lequel au ne pouvait nav mait la Médi devenaient les La guerre en 1856 ont côté de la Tu du Danube, rd tectorat des tr grandes puiss Actuellemer Ja Turquie coi kitna dans le Katamori ; là teint le Jalpu puis elle tourr à 1 kilomètre à 30 kilomètr La Russie, 1 a peu défendt La ligne du | forte, et sur vieilles et peu Bender, Tiras 1. Litloral d'Axof. — L mer Noire!
l'Ouest, jusq Nord de Batc de cette mer sur la mer Ï puis l'embot bastopol ; él dionale de | Caffa; sablo la côte est mer profond leh, au pied vient sabloi Soukkoum- Des cour:
pètes subit quents ren difficile et « vent rigou
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sous le blir la czarine f et le Russie le l'Eugénoiire fut -seule- | pour encore nat on ire; il es sicienne itière-
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RUSSIE ET
testable des Turks. En 1835, la Russie obtint par le traité d’Unkiar-Skelessi, la récompense des secours qu'ellê accorda à la Turquie contre le pacha d'Égypte ; il lui fut permis de faire naviguer ses bâtiments de guerre dans les détroits des Dardanelles et de Constantinople. La Russie conserva ce droit, qui lui ouvrait la Méditerranée, jusqu’au traité des Détroits, conclu en 184 entre toutes les grandes puissances de l'Europe et par lequel aucune des puissances maritimes ne pouvait naviguer dans les détroits ; on fermait la Méditerranée aux Russes, mais ils devenaient les maîtres absolus de la mer Noire.
La guerre de Crimée et le traité de Paris en 1856 ont modifié la limite de la Russie du côté de la Turquie, en lui enlevant le delta du Danube, restitué à la Turquie, et le protectorat des trois principautés, donné aux cinq grandes puissances européennes.
Actuellement la limite de la Russie et de la Turquie commence au confluent de la Rokitna dans le Pruth et suit le Pruth jusqu'à Katamori; là elle se dirige au S.-E. et atteint le Jalpuch, qu’elle suit jusqu'à Bolgrad; puis elle tourne à l'Est et atteint la mer Noire à 1 kilomètre à l'Est du lac Burna-Sola, situé à 30 kilomètres au S.-0. d'Akkerman.
La Russie, n'ayant rien à craindre des Turks, a peu défendu cette partie de ses frontières. La ligne du Pruth n'a pas une seule place forte, et sur le Dniester il n’y a que les vieilles et peu importantes places de Chotin, Bender, Tiraspol et Akkerman.
7. Litloral de la mer Noire et de la nier d'Axof. — La Russie possède le rivage de la mer Noire‘ depuis le lac Burna-Sola, à l'Ouest, jusqu'à Saint-Nicolas, un peu au Nord de Batoum, à l'Est; le reste du littoral de cette mer est à la Turquie. Le lit{oral russe sur la mer Noire est bas et sablonneux depuis l'embouchure du Dniester jusqu'à Sébastopol ; élevé et rocheux sur la côte méridionale de la Crimée, entre Sébastopol et Caffa; sablonneux entre Caffa et Anapa; puis la côte est très-élevée, montagneuse, et la mer profonde, entre Anapa et Soukkoum-Kuleh, au pied du Caucase; enfin le rivage redevient sablonneux, plat et sans port, depuis Soukkoum-Kaleh jusqu'au cap Batoum.
Des courants, des vents violents, des tempêtes subites, des brouillards épais et fréquents rendent la navigation de la mer Noire difficile et dangerense. Les hivers y sont souvent rigoureux, particulièrement sur les
! En russe Tcherno more.
côtes septentrionales; les embouchures du Dniester, du Dnieper, le port d'Udessa, le détroit d'Iénikaleh et la mer d’Azof gélent tous les ans plus ou moins.
Les principaux accidents du littoral russe sur la mer Noire sont : le liman! du Dnieper ; le golfe Kerkinit, qui baigne la côte occidentale de l'isthme de Pérécop, par lequel ia Crimée est réunie au continent ; la presqu'ile de Crimée, ancienne chersonèse Taurique ; le détroit d’Iénikaleh entre la Crimée et la presqu’ile de Taman, couverte de volcans de houe?.
Le détroit d'Iénikaleh conduit à la mer d'Azof, le Palus mœotis des Anciens.
La mer d’Azof, bordée de limans marécageux, est en général peu profonde et n'est navigable qu'à de petits bâtiments. Sa plus grande profondeur est de 15 m., et devant Taganrog elle n’a que 4 m. Les eaux croissent en hiver et diminuent en été. Les rivages sont bas et partout couverts de magnifiques prairies, mais nulle part on ne voit d'arbres. La partie nord-est de la mer d’Azof s'appelle le golfe du Don. A l'Ouest, sur la côte de Crimée, une longue et étroite bande de terre, la flèche d’Arabat, sépare la mer d’Azof d'une espèce de mer stagnante ou lagune marécageuse, appelée la mer de Sivasch ou mer Putride, à cause des miasmes qu’elle exhale en été; cette lagune communique avec la mer d’Azof par le détroit de Génitchi, au Nord de la flèche d'Arabat,
La mer d’Azof est une des mers les plus poissonneuses qui existent; on y pèche, surtout dans le golfe du Don, des quantités considérables d’esturgeons, dont les œufs forment le caviar, mets national des Russes 5. La pêche se
4 Mot tartare qui veut dire golfe ou lagune.
? Les volcans de boue existent dans la presqu'ile de T'aman et dans la presqu'ile de Kertch sur une bande de 80 kilom. de long. Ce sont des cônes de 100 m., formés par des dégagements d'acide cavbonique et d'hydrogène carboné au milieu des vases, que les gaz soulèvent et amoncellent. Ces éruptions à l'extrémité du Caucase correspondent aux salses de Bakou, à l'extrémité orientale, et paraissent se r'attacher aux agents ignés qui ont joué un si grand rôle dans la production etle soulèvement de l'axe trachytique de la chaîne. Les produits de ces saurces sont : de la marne délayée (qui forme la plus grande partie de la boue), du gypse, du calcaire, du carbonate de fer, de la pyrite de fer, du sulfate de fer, du soufre, de l'eau, du pétrole, de l'hydrogène carhoné et de l'hydrogène rhosphoré.
5 Les autres espèces de poissons que l'on pêche dans la mer d'Azof sont: le mugil-céphale, lehareng, une espèce de sardine appelée le petit poisson blanc, une grosse limande, plusieurs variétés de gobies et de blennies, le rouget, le perroquet de mer, le brochet de mer, le saumon blanc, etc.
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fait en été et aussi en hiver sous la glace ; le poisson, que l’on prend à l’aide de procédés nombreux et spéciaux à ces localités, est salé en été et envoyé dans toute la Russie; en hiver on le fait geler et on l'expédie gelé.
Les fleuves qui se jettent dans la mer Noire et dans la mer d’Azof sont : le Dniester, le Dnieper, le Don, le Kouban et le Rion. Les provinces que possède la Russie sur le littoral de ces mers sont : la Bessarabie, les gouvernements de Kherson et de Tauride, la Crimée, le gouvernement d'Iékatérinoslav, le pays des Cosaques du Don et de la mer Noire, l'Abkhasie, la Mingrélie et le Gouriel. Les ports principaux sont : Akkerman, à l'embouchure du Dniester ; Odessa, grand port de commerce; Nikolaïev, à l'embouchure du Bug, actuellement le principal arsenal de la Russie sur la mer Noire ; Kherson, à l'embouchure du Dnieper, fondé en 1778 et qui a été le premier port de la Russie sur la mer Noire:
Pérékop ; Sébastopol, grand port de guerre actuellement démantelé; Balaclava, Caffa, Kertch et lénikaleh, petits ports sur la côte de Crimée ; Berdiansk, le meilleur port de la mer d’Azof ; Marioupol et Taganrog, ports de commerce sur la mer d'Azof; Rostof, port très-commerçant à l'embouchure du Don ; Taman, sur la baie de Taman formée par le détroit d'Iénikaleh ; sur la côte orientale de la mer. Noire, Anapa, Soudjouk-Kaleh, Soukkoum-Kaleh, Anaklia, Redout-Kaleh, l'oti et Saint-Nicolas.
8. Frontière du Caucuse.— La limite de la Russie entre la mer Noire et la mer Caspienne est formée par la ligne armée du Caucase, établie en 1776 pour protéger les provinces ciscaucasiennes contre les brigandages et les incursions des montagnards du Caucase et pour avoir une base d'opérations contre eux. Cette ligne est formée par le Kouban et le Térek, et défendue par une série de places fortes et de petits postes fortifiés, gardés par les régiments de Cosaques établis et colonisés dans le pays. Les principales places fortes de la ligne, longue de 800 kilom., sont : lékatérinodar, Stavropol, Constantinogorsk, Georgievsk, Mozdok et Kizliar, reliées entre elles par un grand nombre de postes fortifiés (krépost). De cette ligne partent les trois routes militaires par lesquelles les Russes traversent la masse du Caucase, ‘ui sont couvertes de petits forts trécerapt és et qui se protégent mutuellei ‘= « par ce système de fortificau.… . nu es nombreuses lignes de forteresses établies en tout sens, {ue les Russes assurent leurs communications et main-
tiennent leur autorité sur des peuples hostiles ou mécontents !.
Les trois routes qui traversent le Caucase sont : celle de Taman à Poti, le long de la mer Noire ; celle de Mozdok à Tiflis, par Vladikavkas * et le col de Dariel, et celle de Kizliar à Bakou, par Derbend. Entre la première et la seconde route, dans le Caucase occidental, étaient les Tcherkesses qui ont soutenu jusqu'en 1864 une lutte opiniâtre pour conserver leur indépendance et dont les restes sont actuellement soumis aux Russes. Entre la seconde et la troisième route, dans le Caucase oriental, sont les Tchetchens et les Lezghiens, que les Russes ont soumis également à leur domination. Le centre de la chaîne est habité par les Kabardiens et les Ossètes, depuis longtemps subjugués par la Russie ; c'est par leur pays que passe la grande route de Tiflis.
9. Frontière de Turquie et de Perse. — Au delà du Caucase, là Russie possède d'importants territoires, qu'elle a enlevés aux Turks et aux Persans. C'est encore Pierre le Grand qui jeta la Russie au delà du Caucase; en 1722, il s'empara sur la Perse des provinces caspiennes du Daghestan, du Schirvan, du Ghilan, du Mazanderan et des places de Der.
bend, de Bakou et d'Asterabad ; mais ces conquêtes furent abandonnées en 1738. L'année suivante, à la paix de Bélgrade, la Russie fit reconnaître par les Turks l'indépendance de la Kabardie, située sur le versant nord et au centre du Caucase; l'alliance avec les Kabardiens devait permettre aux Russes de traverser le centre de la chaine et de déboucher dans le bassin du Kour. Les Ossètes, qui habitent aussi au centre du Caucase, se soumirent vers cette époque. Ce n'est cependant qu’en 1776, après la conquête de la Nouvelle-Russie, que Catherine IL établit la ligne armée du Caucase, autant pou protéger sa frontière contre les ravages des Circassiens, que pour avoir unc bonne base d'opérations pour aborder enfin le redoutable massif de leurs montagnes. Le Caucase, en effet, et ses belliqueux habitants couvraient la Turquie d'Asie et la Perse ; et si l'on voulait continuer la guerre et les conquètes sur les Turks d' Europe, il fallait pouvoir aussi les attaquer en Asie, et faire ainsi diversion à la guerre sur le Danube.
Dés 1785, les rois de Géorgie et d'fméréthie, jusqu'alors vassaux de la Perse, se plaçaient