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CHAPITRE VII

$ 1. Conwaissances géographiques des Anciens.

Les Anciens, c'est-à-dire les Grecs et les Roinaius, ne connurent qu'une petite partie de la Terre, qui comprenait :

‘kurope, moins les parties septentrionales et celles du N.-E.,

L'Asie wccientale et méridionale,

Et L'Afrique septentrionale,

Les principales sources de leurs connaissances géographiques furent : le voyage d'Hannon, navigateur carthaginois du sixième siècle avant Jésus-Christ, qui explora les côtes occidentales de PAfrique, au moins jusqu'au cap Boïador. À son retour à Carthage, Hannon fit graver la relation de son voyage dans le temple de Moloch. On à conservé une traduction grecque de cette relation, qui est connue sous le nom de Périple d'Hannon. — Les voyages d'Hérodote, historien grec du cinquième siècle, qui visita et décrivit avec une grande exactitude, l'Égypte, la Libye, l'Éthiopie, la Phénicie, la Syrie, la Babylonie, l'Assyrie, la Perse, la Médie, la Colchide, la Scythie et la Thrace. — Les écrits de Ctésias, médecin grec de la fin du cinquième siècle, au service du roi de Perse Artaxerxès Mnémon; il avait écrit une histoire de la Perse et une description de l'inde, dont il ne reste plus que des fragments conservés par Photius. — Les voyages de Pythéas, astronome et voyageur grec, de Mar seille et du quatrième siècle. Ses voyages sur les côtes occidentales de l'Europe et à Thulé

(iles Shetland ou Fœrœe) sont souvent cités par Pline et Strabon. — La fondation des colonies grecques sur tous les rivages de la Méditerranée et de lt mer Noire, -— Les expéditions d'Alexandre dans Asie (5834-24. — Le voyage de Néarque, airal d'Alexandre,

Venient annis Sweula seris quibus Oceanus Vincula rerum laxet, et ingens l'ateat Tellus, Tethysque novos Detegat orbes, nec sit terris Ultima Thule, SEexèo., Médée.

qui explora l'océan Indien et le golfe Persique depuis l'embouchure de l’'Indus jusqu’à l'embouchure de l’Euphrate; Arrien a conservé quelques extraits de la relation de Néarque.

— Les conquêtes des Romains et en parliculier les expéditions de César (Espagne, Gaule, Grande-Bretagne, Rhin, Germanie, Dacie, ete.).

Les grands ouvrages dans lesquels se trouve l'ensemble des connaissances géographiques des Anciens sont : lagéographiedeStrabon, géographe grec, contemporain d'Auguste ; — la géographie de Pline le Naturaliste, écrivain latin mort en 79 après Jésus-Christ; son histoire naturelle contient quatre livres (3-6) consacrés à la géographie; ilsen forment la meilleure partie; — la géographie de Ptolémée, astronome et géographe grec, qui vivait à Alexandrie au milieu du deuxième siècle de Père chrétienne, La géographie de Ptolémée est une suite de nomenclatures arides de noms de pays, de villes, de fleuves et de mers, suivis de leurs latitudes et longitudes .

À l'époque de Ptolémée, les Anciens regardaient la Terre comme un corps rond et immobile, autour duquel tournaient le Soleil, la Lune et les planètes, Ce système, qui porte le nom de Ptolémée, a été exposé par lui, d'après les travaux des astronomes grecs ses devanciers, dans un livre longtemps fameux, l'Almageste?.

‘Les connaissances géographiques de l'Antiquité sont aussi exposées dans la carte célébrédésignée sous

le nom de carte de Peutinger, qui parait avoir été exc: culée à Constantinople dans les premiéres années du cinquième siècle, La carte de Peutinger a été trouvée à Spire à La fin du quinzième siècle et donnée an célébre savant allemand Peulinger; elle appartient maintenant à la Bibliothèque impériale de Vienne.

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Le livre de Strabon est trop important dans l'histoire de la géographie, et il exerce encore, par son esprit excellent et ses méthodes parfaites, une telle influence sur les meilleurs travaux de notre époque, qu'il est utile de lui consacrer les détails nécessaires pour le faire connaitre à nos lecteurs.

Strabon, le créateur de la science géographique et de sa méthode rationnelle, naquit en Asie-Mineure, à Amasée, il y a environ deux mille ans, c'est-d-dire cinquante ans avant Jésus-Christ. Versè dans toutes les connnaissances de la philosophie grecque qu’il avait puisées dans les écoles d'Alexandrie et de Tarse, Strabon s'attacha plus particulièrement aux doctrines du stoïcisme, qui ont donné à ses écrits la gravité et l'élévation qui les car'ac tér isent. il rédigea sa géographie pendant les l'ègnes d’Auguste et de Tibère, après avoir visité la plus grande partie des pays qu'il décrit et après avoir lu les principaux auteurs qui en avaient déjà parlé.

Que l'on critique, dans Strabon, certaines appréciations fausses, une admiration trop prononcée pour les opinions géographiques d'Honére et trop de mépris pour celles d'Hérodote, presque toujours si vrai et si parfaitement informé; que l'on regrette encore que l'observation ne soit pas constamment exacte et minulieuse, comme nous voulons qu'elle le soit aujourd'hui et comme l’entendait déjà l'école d’Aristote, on à raison, Strabon dit luimème : « Nous autres stoïciens nous n’aimons pas les subtiles recherches d'Aristote. » Mais l'anpleur des vues d'ensemble, l'élévation des pensées, l'indication précise des vrais caractéres de la science et de son but, la solidité du jugement, compensent largement ces défauts et mettent Strabon, sans contiste, à la première place parmi les géographe de l'Antiquité, et bien loin d'hommes tels que Pline et Ptolémée,

Pour ces derniers, auteurs sans méthode, la géographie est une liste de noms, une nomenclature de villes, de peuples, de latitudes et de longitudes ; peu ou point de détails, aucune vue d'ensemble, rien de philosophique, de général, C'est leur exemple, si facile à suivre, qui a dénaturé la science géographique, qui l'a amoindrie, et malheureusement ve sont ces modèles que l'on à suivis trop longtemps en France ; c'est leur influence fuueste qui à transformé ehez nous la géogras phie en une nomenelature stérile de noms, de divisions administratives et de chefs-lieux, C'est ainsi que l'étude de la géographie a été

presque détruite, par dégoût de ces fasti-

dieuses inutilités, et que cette grande et importante science est devenue une de ces minimes connaissances que tout le monde a la prétention de savoir sans les avoir jamais apprises.

Strabon, au contraire, a été le modèle dont Allemagne s’est inspirée. L'école géographique allemande, créée par Âlex. de Humboldt au commencement de ce siècle et continuée par Berghaus et Ritter, n’est arrivée au point où elle est aujourd'hui qu’en suivant les grands principes dont Strabon fait la base de toute vraie science gévgraphique. Pouvait-on prendre en effet un meilleur guide que celui qui à écrit ces lignes, premier avant-conreur du Cosmos : « S'il est une science digne du philosophe, assurément c’est celle de la géographie, dont j'entreprends de traiter aujourd'hui; plus d'une preuve le démontre. D'une part, ceux qui les premiers osèrent s'y appliquer furent des hommes tels qu'Homcre, Anaximandre le Milésien et son compatricte Iécatée, Démocrite, Eudoxe, Dicéarque, Éphore et tant d’autres, auxquels succédèrent Ératosthènes, Polybe et Posidonius, tous véritables philosophes. Et, d'autre part, la variété d'instruction, nécessaire aux parfaits géographes, ne saurait appartenir qu'à celui qui, dans son étude, embrasse toutes les choses humaines et divines, dont la pleine connaissance constitue ce que l'on appelle philosophie. Enfin, la science géographique donne tant d'avantages pour se conduire dans la politique et dans les affaires du gohvernement, olle nous apprend si bien tout ce qui concerne les phénomènes célestes, les animaux aquatiques ou terrestres, les productions de la terre et les diverses propriétés de chaque pays, que, la cultiver, c'est par cela même se montrer occupé de Part qui a la vie pour objet. »

Pour Strabon, la base de la science est ce que nous appelons actuellement la géographie physique. Sans cesse il insiste sur ce grand principe que îe géographe doit fixer ses re gards sur les divisions naturelles de la Terre et sur ia diversité des nations, plutôt que sur les limites que les caprices des gouvernements établissent pour un instant, Les montagnes, les fleuves, les mers, les peuples (nous disons aujourd'hui les races), tels sont les objets qui doivent lui servir de jalons.

« La géographie, dit-il, sert principalement aux besoins de l'administration civile ; elle doit entrer dans toutes les opérations du gouvernement... Assurément on administrera bien

mieux les afiaires, si lon sait quelle est lé

tendue de chaque pays, quelle en est la situation et quelles variétés il offre relativement au sol et au climat. » Chez les Anciens, l'homme d'État, l'homme politique, est à la fois administrateur et capitaine ; c'est au capitaine surtout que la géographie est utile : « Pour les campements, dit Strabon, les. marches, les surprises, la supériorité reste à qui connait les lieux, » et il le prouve en rappelant « les succès dus à la science et les revers causés par l'ignorance. » 1 mentionne les naufrages des flottes de Xerxès, brisées sur des côtes inconnues, la défaite de Léonidas, due à la connaissance d'un sentier qui permit aux Perses de tourner la position des Thermopyles; il cite encore les guerres sanglantes des Romains contre les Parthes : « Les Barbares, au milieu de pays mal connus de leur ennemi, faisant une guerre de postes dans des marais, des bois impraticables et des déserts, le surprenaient au moment où ils les croyaient encore éloignés, lui dérobaient leurs marches, lui coupaient les vivres et le réduisaient à manquer de tout. »

Le géographe doit aussi s'occuper de ce qui tient à l’histoire, mais avec mesure : « Dans une statue colossale, on ne cherche pas le fini des parties, on s'attache plutôt à l’ensemble et à la beauté du total. C'est de cette maniére qu'il faut juger mon ouvrage : tableau en quelque sorte colossal, il présente les grandes masses, les choses générales ; de tous les détails, il n'offre que ceux qui peuvent intéresser l’homme avide de s'instruire..….

Maintenant, que mon objet soit utile et digne d'un philosophe, je crois l'avoir démontré. »

En résumé, on peut dire que Strabon a créé la philosophie de la science, la géographie physique, l'ethnologie et la géographie historique ; sur ces divers points son livre est un modèle que l'on n'a eu qu'à développer et à compléter. On y trouve aussi nettement indiquées et déjà tracées à grands traits toutes les branches de là géographie qui ont fait tant de progrès depuis un demi-siècle, la physique du globe, la géographie physique de l'océan, la géographie botanique et zoologique, la météorologie, la géographie administrative et militaire.

Parmi les meilleures parties de ee livre classique par excellence, la description du sol et des peuples de la Grèce, et surtout celle de l'Asie-Mineure, sont au nombre des plus parfaites ; la seconde est un modèle qu'il est difficile de dépasser, Rien n'est omis dans ce tableau ; le relief du sol, le plateau central de VAsie-Mineure, les peuples, les langues, les

religions, les gouvernements, l'histoire, sont décrits tour à tour. C'est le meilleur morceau de géographie physique et historique qui nous reste de toute l'Antiquité.

N'est-il pas curieux aussi de voir Strabon écrire à propos de la Gaule, dont il étudie en détail les fleuves se rendant à diverses mers et facilitant ainsi les échanges et le commerce : « Personne ne pourrait douter, en contempiant cette œuvre de la Providence (épycv moi vas), qu'elle n'ait disposé ainsi ce pays avec intention et non pas au hasard {(cùy étos Eruyev, AN Os dv para Acyiaucd Tivss). »

Les Grecs ne connaissaient qu'une petite partie de la Terre ; cependant, au temps de Strabon, ils savaient que c'était une sphère ; ils avaient essayé d’en mesurer la circonférence et avaient trouvé quarante-cinq nillions de mètres au lieu de quarante ; ils avaient donc la notion de leur peu de connaissances et de l’immensité des terres qui restaient à

devaient se faire un jour n'échappait pas à Strabon : « L'esprit une fois élevé à cette hauteur, dit-il, comment s'abstenir de considérer la Terre en son entier? Ne paraitrait-il pas ridicule que celui qui, pour bien décrire la terre habitée, aurait osé interroger les astres et en calculer les mouvements, ne cherchàt point à connaitre la Terre entière, dont la terre habitée n’est qu'une portion; qu'il n’aimât point à savoir quelle est sa grandeur, sa forme, sa place dans l'univers; si elle est habitée seulement dans la partie que nous occupons où dans d’autres encore ; et, dans ce cas, quel est le nombre des autres parties habitées, comme aussi quelles sont les parties inhabitées, pourquoi elles restent désertes et quelle en est l'étendue. » C’est par ces hautes pensées et ces grandes vues d'ensemble que Strabon rattache la géographe antique aux voyages du quinzième et du sewième siècle et prépare les découvertes de cette époque mémorable !.

$ 2. Découvertes du Moyen Age.

Les connaissances géographiques furent aug:

mentées au Moyen Age par :

Les voyages des Arabes dans l'intérieur de l'Afrique et en Asie,

! La géographie de Strabon a été traduite en fran is pa” ordre de Napoléon LE; cette tradnetion, din à Laporte du Theil, Gosselin, Corai et Letronne, à paru en 5 vol, in-5e, de 4805 à 1819. — L'édition de Strabon, donnée pur M, Müller dans la Bibliothèque des auteurs gros de MM, Didot.avec tradnetion tatin pur M, Dübner, est lu meilleure qui existe,

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Les écrits d'Adam de Brème sur le Nord de l'Europe,

Les voyages des Scandinaves sur les côtes N.-E, de l'Amérique,

Les voyages des Dieppois sur les côtes accidentales de l'Afrique,

Les voyages de Jean du Plan Carpin, de Rubruquis et de Marco Polo, dans l'Asie centrale et orientale.

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