CHAPITRE XI
du Nord, c’est-à-dire depuis la mer du Nord jusqu’au Rhin, est absolument arbitraire. La ligne de démarcation part de la mer du Nord, à 12 kilom. au N. de Dunkerque, traverse la grande Moere, coupe la basse Colme près de Hondschoote, l'Yser au-dessus de Rousbrugge, suit son affluent l'Eebeke, et de là se dirige à travers champs jusqu'à la Lys, qu’elle atteint à Houpplines, près d'Armentières. Après avoir suivi la Lys jusqu'à Menin, la limite, reprenant sa direction S.-E., passe entre Lille et Tournay et entre la Marque et l’Escaut, coupe l'Escaut, à Maulde, puistraverse le Haine un peu au-dessus de son confluent; elle laisse Quiévrain à la Belgique, suit le Hongnau, le coupe bientôt et atteint la Sambre qu'elle traverse à Jeumont. De là, la limite se dirige au S.
pour décrire entre la Sambre et la Meuse un demi-cercle. Elle coupe l'Oise dont elle donne les sources à la Belgique, puis après avoir passé devant Rocroi, elle remonte au N., parallélement à la Meuse, coupe le Viroin et traverse la Meuse au N. de Givet.
Après avoir coupé la Meuse, la limite descend au S., parallèlement à là Meuse, coupe la Semoy, puis se dirige à l'E., entre la Semoy et le Chiers, laissant Bouillon à la Belgique. Ensuite, continuant sa direction à lP'E., la limite traverse l’Alzette, dont elle donne la source à la France, et coupe la Moselle au N. de Sierck.
De là, elle s'incline au S.-E. et coupe la Nied : elle se dirige ensuite parallèlement à la Sarre, laissant Sarrelouis à la Prusse, puis elle coupe le Rossel et la Sarre en donnant encore Sarrebrück à la Prusse. La limite suit pendant quelque temps la Blies, puis coupe la Schwolb et traverse le massif des Vosges à la hauteur de Bitche ; enfin, elle atteint la Lauter, prés de
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Bobenthal, la suit jusqu'à Lauterbourg, et de là, se dirigeant au S.-E., elle gagne le Rhin.
On divise la frontière du Nord en trois grandes sections! :
Entre la mer du Nord et la Meuse ;
Entre la Meuse et la Moselle ;
Entre la Moselle et le Rhin.
4" Secrion. — Entre la mer du Nord et la Meuse. Toute cette frontière est ouverte ; nul obstacle, montagnes ou cours d’eau, ne s'oppose à la marche de l’ennemi, qui est favorisée au contraire par la disposition des riviéres ouvrant partout, au milieu de ces plaines, de larges routes à l'invasion. La délense est entièrement artificielle et s'appuie sur de nombreuses places fortes, dont les plus importantes sont habilement placées aux nœuds des communications.
Deux divisions sont à établir dans la description de cette première section :
Entre la mer et l'Escaut ;
Entre l'Escaut et la Meuse.
Entre la mer et l'Escaut, le pays coupé de canaux marécageux et facilement inondé par la rupture des digues et des canaux, est susceptible d’une bonne défense, qui s'appuie sur douze places fortes ou forts?, qui sont :
! Voy. le rapport du comte Daru, dans le Moniteur du 47 juin 1841, et le rapport du baron de Chabaud- Latour, dans le Moniteur du 29 mai 1845.
% Une place forte est une ville entourée d'une enveinte bastionnée, avec ou sans citadelle, avec ou sans ouvrages avancés (lunettes, ouvrages à cornes, ouvrages à couronne). Un fort ou une forteresse est un ouvrage isolé, bastionné, ayant quatre ou cinq fronts. Les places et les forts barrent une route, interceptent les communications (Briançon, Phalsbourg, le fort de 3ard), défendent un passage (Bellegarde, Fort-l'Éclusc), couvrent une navigation (le fort Louis et le fort Français, qui défendent la navigation du canal de Bergues à Dunkerque), ou les écluses d'une inondation importante (le fort Saint-Francois à Aire, protégeant les écluses dela Lys; le fort de la Scarpe à Douai). Les forts défendent les abords d'une place de guerre ou d'une place ouverte (forts détachés de Paris et de Lyon); ils défendent les approches d'une place maritime, pour garantir du bombardement ses arsenaux et ses chantiers (forts de Toulon et de Cherbourg); ils défendent l'entrée et les abords d’une rade (rades de l'ile d'Aix et de Brest). — Les petits ouvrages qui défendent, sur les côtes, les points de débarquement, sont appelés batteries. — Les places fortes sont à cheval sur une rivière et en commandent les deux rives (Thionville, Valenciennes) ; les grandes places servent de dépôt; elles renferment les magasins, les approvisionnements de toute espèce, les hôpitaux, en un mot tout ce qui est utile à une armée pour entrer en campagne (Lille, Metz, Strasbourg, Besançon, Lyon, Grenoble, Bayonne, Perpignan) ; elles servent de refuge aux débris d'une armée battue (Strasbourg en 17€6, Gênes en 1798) ; elles servent enfin à appuyer les mouvements d'une armée (Valenciennes en 1712 et Vérone en 1746).
sur la mer, Dunkerque, Gravelines, Calais ; — entre la mer et la Lys, Bergues, les forts Louis et Français, Saint-Omer ; — sur la Lys, Aire et Saint-Venant ; — sur la Deule, Lille, le grand centre de la défense de cette section; — sur la Scarpe, Douai et Arras.
En arrière de cette premiére partie de la frontière. se trouvent les places de Picardie. qui formaient le boulevard de la France avant Louis XIV ; ces places, peu importantes aujourd'hui, sont : Boulogne, sur la mer; Hesdin et Montreuil, sur la Canche ; — Doullens, sur l’Authie ;— Abbeville, Amiens, Péronneet Ham, sur la Somme. La ligne de la Somme, qui a joué un grand rôle autrefois, était complétée par les places de Corbie et de Saint-Quentin, aujourd’hui démantelées, Tournées à droite par la Sambre et l'Oise, qui conduisent droit sur Paris, les places de Picardie n’ont joué aucun rôle depuis que Louis XIV a porté plus au N.
notre zone de défense.
Dans la seconde partie de la première section, entre Escant et Meuse, la frontière est d’abord traversée par l'Escaut, fortement défendu par Condé, Valenciennes, Bouchain et Cambrai ; la grande forêt de Mormal et le Quesnoy ferment l'intervalle entre lEscaut et la Sambre ; et le cours de la Sambre est défendu par Maubeuge et Landrecies. Mais l’intervalle entre Sambre et Meuse est, depuis 1815, absolument ouvert et sans défense !. La perte de Philippeville et de Mariembourg, de Beaumont et de Chimay, a rendu impossibles les communications entre les places de la Sambre et celles de la Meuse, et a pratiqué dans la frontière une trouée dangereuse que les petites places d'Avesnes et de Rocroi sont incapables de fermer. La trouée de la Sambre tourne les places de la Flandre aussi bien que les lignes de la Meuse et de l’Argonne, et ouvre à l'ennemi la vallée de l'Oise, c’est-à-dire le chemin le plus court et le plus dépourvu d'obstacles qui conduise de la frontière à Paris. C'est en arrière de la frontière, sur l'Oise, sur l'Aisne, et à Paris même, que se trouvent les défenses élevées pour fermer cette trouée, à la Fère, à Laon et surtout à Soissons. Quant à Paris fortifié, l'ennemi doit renoncer à l'enlever par un coup de main, comme en 1814.
* En 1789, la limite partait de la Sambre comme aujourd'hui, mais de là elle allait rejoindre la Meuse à Givet presque en ligne droite, en passant au Sud de Beaumont et de Valcourt, et an Nord de Florenne.
? On nous avait laissé ces diverses villes en 1814; on nous les a enlevées en 1815,
Douze routes principales el le réseau du chemin de fer du Nord mettent la première section de la frontière du Nord en communication avec Paris. Les routes sont celles de :
4. Paris à Boulogne, par Saint-Denis!, Beauvais, Abbeville et Montreuil.
2. À Abbeville s'embranche la route de Calais, par Hesdin et Saint-Omer, avec prolongement de Saint-Omer sur Gravelines et Dunkerque.
3. Paris à Dunkerque, par Saint-Denis, Clermont, Amiens, Doullens, Aire, Cassel et Bergues.
4. Paris à Dunkerque, par Senlis, Péronne, Arras et Béthune, et se réunissant à Aire à la précédente.
5. Paris à Lille, par Amiens, Doullens et Arras, et se prolongeant sur Gand.