GEOGRAPHIE HISTORIQUE
L'héritage de la Champagne, par Louis X, le Hutin, acheva l'occupation du bassin Parisien.
Même sous les Valois, et dans le temps de ses plus grands revers, la royauté française ne cessa d'acquérir.
Philippe VI acheta le Dauphiné (1319) et Montpellier.
Sous Charles VII, les Anglais expulsés de toutes leurs possessions françaises, sauf Calais, nous rendirent pour toujours le pays qui va de l'embouchure de la Seine à celle de l'Adour (1433).
Sous Louis XI, l'acquisition définitive des villes de la Somme, celle à'Auxerre, de Mâcon et de Dijon (1477), du Maine, de Y Anjou et de la Provence (i486); sous Charles VIII et Louis XII, celle de la Bretagne (1532); enfin, sous François I", la confiscation du Bourbonnais, de la Marche, du Forez, de la Limagne (1527; achevèrent de donner à. la France un corps solide et résistant: il ne s'agissait plus que d'en fixer les frontières et d'en assurer la défense contre l'étranger.
^wv Formation des frontières de la France. — 1° Nord-e&t. — Du côté de la plaine flamande, la frontière, après avoir subi, sous Louis XIV, des vicissitudes diverses, fut à peu près fixée à la fin de son règne dans l'état où elle se trouve aujourd'hui ; depuis 1815, elle est couverte, diplomatiquement au moins, par la neutralité de la Belgique.
Depuis Louis X, le Hutin, la Champagne avait été province frontière. La conquête de Metz, Tout et Verdun, sous Henri II, prépara la réunion à la France de la Lorraine et de l'Alsace.
L' Alsace, acquise par les traités de Westphalie (1648), nous assurait une barrière naturelle, le Rhin. L'annexion de la Lorraine (1766) laissait ouvert l'espace compris entre la Meuse et le Rhin. Un moment la Révolution avait acquis toute la rive gauche du Rhin : le premier Empire ne sut pas la garder, et les traités de 1815 nous ramenèrent en arrière des limites de 1789, en nous enlevant Bouillait, Sarrelouis, Sawebruck et Landau.
Enfin le second Empire nous a fait perdre l'Alsace, moins Belfort et le Nord-Est de la Lorraine.
2° Est et sod-est. — Vers le Jura, Henri IV, en acquérant la Bresse, le Bugey, le Valromey et le Pays de Gex, nous donna le premier une partie du plateau Franc-Comtois. Louis XIV reçut la Franche-Comté tout entière au traité d'Aix-la-Chapelle (1668). Cette frontière défensive excellente est garantie en outre par la neutralité de la Suisse.
Au sud-est, avant 1860, nous n'avions ni les hautes vallées qui aboutissent au rivage méridional du lac de Genève, ni le cours supérieur de l'Isère et de l'Arc. L'annexion pacifique de la Savoie et du Comté de Nice (déjà réunis par la Révolution et perdus en 1815), nous a conduits jusqu'à la crête des Alpes, et la Provence a recouvré ses dépendances naturelles jusqu'à la Roya.
3° Sud. — Dans les Pyrénées, la frontière n'a jamais varié qu'aux deux extrémités, là où s'ouvrent les routes de l'Espagne. Par le col de la Perche (p.31), tantôt les Espagnols ont envahi le Roussilhm, tantôt les Français ont envahi la Cerdagne et la Catalogne (p. 137). Le Roussillon fut définitivement acquis au traité dos Pyrénées (1659).
A l'extrémité occidentale des Pyrénées, la
Navarre, d'abord indépendante, s'étendait au Nord et au Sud des Pyrénées; elle fut possédée tantôt par des Espagnols, tantôt par des Fran çais. Enfin, Henri IV, en 1610, réunit à la couronne la partie qui occupait le versant nord des Pyrénées ou Basse-Navame, tandis que, dès 1512, la Navarre espagnole avait été conquise par Ferdinand d'Aragon.
■v^- Conclusion. — En résumé, la France n'a vraiment de frontières naturelles que dans les Pyrénées, les Alpes et le Jura. Quant aux Vosges, où le col de Schirmeck ne nous appartient même pas, et dont nous ne possédons que la partie méridionale, elles peuvent être tournées trop aisément pour constituer une barrière sérieuse.
Partout ailleurs, les frontières sont purement artificielles, avec cette circonstance fâcheuse pour la France que sa capitale, Paris, est tout proche du tracé conventionnel du nord-est. A ne consulter que la géographie physique, dont les données sont confirmées d'ailleurs par les traditions antiques de notre race, la vallée du Rhin est le seul fossé qui puisse réellement couvrir Paris, en avant du glacis des Vosges et des Ardennes.
Les divisions administratives de l'ancienne France. — Les Romains avaient divisé la Gaule en 17 provinces. C'étaient:
Au sud-est : — Les Alpes maritimes, capitale Ebrodunum (Embrun) ; — les Alpes Grées et Pennines, cap. Darantasia (Moustiers) ; — la 2« Narbonnaise, cap. Aquse Sextiœ (Aix-en-Provence) ; — la Ire Narbonnaise, cap. Narbo (Narbonne) ; — la Viennoise, cap. Vienne (sur le Rhône).
Au sud-ouest : —La Novempopulanie, cap. Elusa (Eause, près d'Auch) ; la 2e Aquitaine, cap. Burdigala (Bordeaux).
A l'ouest et au centre : — La lf« Lyonnaise, cap. Lugdunum (Lyon) ; — la 2« Lyonnaise, cap. Rotomagus (Rouen) ; — la 3e Lyonnaise, cap. Csesarodnnum (Tours) ; — la 4e Lyonnaise, cap. Agedicum (Sens); — la ife Aquitaine, cap. Avaricum (Bourges).
A l'est et au nord : La Grande Séquanaise, cap. Vesontio (Besançon) ; — la 2e Belgique, cap. Durocortorum (Reims); —la 1" Belgique, cap. Augusta Trevirorum (Trêves^ ; — la lre Germanie, cap. Mogontiacum(Mayence); — la2«GermaHie,cap. Colonia Agrippina (Cologne).
Chaque province était divisée eu Civitates on citas. Il y avait dans toute la Gaule une centaine de cités. Elles étaient surtout nombreuses dans le midi. Il y avait dans chaque cité un ou plusieurs pagi ou pays.
L'Eglise plaça des archevêques dans les chefs-lieux des provinces, et des êvêques dans les chefs-lieux de cités, si bien que l'administration ecclésiastique a perpétué jusqu'à 1789, avec peu de changements, les anciennes divisions politiques de l'administration romaine.
Pendant le moyen âge, les duchés, les comtés créèrent une répartition nouvelle du territoire. A mesure que ces principautés féodales furent réunies à la couronne, elles reçurent des gouverneurs militaires royaux. Il y avait douze grands gouvernements au temps de François I". Il en existait trente-deux grands et huit petits en 1789 (voir la carte ci-contre). C'est ce qu'on appelle les anciennes provinces de France.
La véritable division administrative de la Franco sous la monarchie n'est point celle des gouvernements militaires. Depuis Richelieu, et surtout depuis Louis XIV, les agents réels du pouvoir royal dans les provinces étaient les Intendants. Les Intendances ou généralités étaient déjà organisées à peu près comme nos départements actuels, mais elles étaient plus étendues. Il y en avait trente-cinq, réparties entre \espays d'élection soumis directement à l'administration financière do la royauté, et les pays d'étals qui avaient conserve des assemblées provinciales votant les impôts.