‹ Géographie géneraleChapitre 181 sur 376 · C.Wrath Dét.deP?ntl*n<l · texte numérisé non relu

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ce peuple qui a su merveilleusement profiler des dons de la nature. Les Anglais savent allier à un goût passionné pour la liberté un très grand sens de la vie pratique. Ils durent de bonne beure à leur amour de la liberté un gouvernement parlementaire que les communes (bourgeoisie) alliées aux lords (aristocratie) arrachèrent à l'omnipotence royale. Quant à leur sens de la vie pratique, il explique leur altachement aux cboses du passé qui n'est que la haine des utopies, des chimères, des bouleversements violents : de là cette lenteur des progrès de la liberté qui, maître l'ancienneté de ses débuis, n'est arrivée ni au suffrage universel en polilique, ni, en pbilosopbie, à la pleine liberté de penser.

•«^ Intensité «lu libéralisme social en Angleterre. — Loin de se contrarier, lorsqu'il s'agit du commerce et de l'industrie, ces deux vertus du génie anglais se sont prêté un mutuel appui en développant et en réglant l'esprit d'initiative et de concurrence. Rien ne contraste plus en Angleterre avec le rigorisme de la vie politique et religieuse que le libéralisme de la vie sociale. Là point de ces monopoles si favorisés par des gouvernements centralisateurs comme celui de la France; partout la lutte entre les forces diverses représentées par l'intelligence, le travail ou le capital : concurrence des compagnies de chemin de fer, de navigation, d'éclairage ; association des ouvriers pour la défense de leurs intérêts, etc. ; sans que jamais la liberté aboutisse au tumulte ou tourne à l'anarchie.

w^ Énergie «lu patriotisme anglais. — Mais ce qui fait plus encore que ces deux grandes qualités la force du peuple anglais, c'est un immense orgueil de son pays, un sens profond de ses destinées el de ses intérêts. Souvent désagréable dans la forme et taxé d'égoïsme, le patriotisme anglais a toujours su faire cesser les divisions intestines dès que le pavillon national s'est trouvé en jeu sur quelque point du globe ; il a donné à sa politique extérieure un admirable esprit <lr suite sans lequel cet immense empire n'aurait pu s'établir et ne saurait se maintenir.

w- Inconvénients «le l'étendue tle l'empire anglais. — Cet esprit de suite es1 plus nécessaire aujourd'hui que jamais, car l'étendue même de l'empire anglais esl pour lui une autsr de faiblesse : l'Angleterre a des intérêts sur tous les points du globe; elle peut aussi être menacée partout, et sa défense peut exiger d'elle, à un moment donné, ou des sacrifices au-dessus de ses forces, ou des concessions dangereuses pour l'avenir.

C'est ainsi par exemple que la nécessité d'assurer sa prépondérance sur le canal

EUROPE

de Suez l'a conduite en Egypte où elle se trouve aujourd'hui aux prises avec de redoutables difficultés, dont la moindreest la révolte du Soudan, et qu'à la faveur de ces embarras, la Russie, envahissant de plus en plus l'Asie centrale, se rapproche des Indes sans rencontrer même l'obstacle d'une opposition diplomatique, ■uwv LC danger Irlandais. — La situation polilique et sociale de l'Irlande n'est pas un danger moins grave pour l'Angleterre. Refuge des races celtiques expulsées de la Grande-Bretagne par la conquête anglo-saxonne, l'Irlande fut conquise au douzième siècle par les rois normands- successeurs de Guillaume le Conquérant ; restée catholique elle fut définitivement asservie par Cromwell au dix-septième siècle et les habitants perdirent jusqu'à la propriété de leurs biens dont ils ne furent plus que les fermiers au service de lords anglais.

Le patriotisme irlandais ne s'est jamais soumis ; il a acquis une nouvelle force depuis le réveil des nationalités qui a fait l'unité de l'Italie et de l'Allemagne et la ruine de la Turquie. Soutenu par les très riches et nombreux irlandais d'Amérique, il a entamé contre l'Angleterre une lutte violente, qui trouble cruellement la sécurité de sa domination.

Dublin. — Dès Rinpstuwn, port de Dublin, le voyageur s'aperçoit qu'il n'est plus en Angleterre. Les physionomies sont expressives et mobiles, les yeux noirs, les cheveux châtains ; on crie, on s'agite ; les gestes, les mouvements n'ont rien de commun avec le flegme et l'automatisme des Anglo-Saxons.

Dublin, belle et grande ville, percée de larges rues, ornée de parcs magnifiques, baignée par la Liffey, n'est pas simplemeutla capitale de l'Irlande; c'est le foyer d'une nation jeune, ardente, qui a pris conscience d'elle-même, qui a résolu de reconquérir à tout prix son autonomie (home rulé). Les statues de marbre qu'on trouve à chaque pas sont celles des patriotes qui ont affirmé le plus haut les droits de l'Irlande. Le palais, orné d'une noble colonnade qui se dresse au cœur de la ville, est celui-là même où se réunissait le Parlement d'Irlande, aboli en 1800.

Le drapeau qui flotte au front de la City hall ou mairie, est le drapeau vert d'Krin, avec la harpe et les trois tours. Dans les boutiques, les mots de irish, de hibernian (irlandais) sont les qualificatifs obligés de toutes les marchandises, de tous les comestibles. Au Musée, on ne voit guère que des portraits des héros nationaux.

La domination anglaise est représentée par le Château, résidence du Lord-Lieutenant d'Irlande, forteresse encerclée de murs, hérissée de tours, fermée de herses, de ponts-levis et de barreaux de fer, qui enclôt et protège le palais royal, les bureaux de l'administration, les casernes. 11 n'y a pas dans toute la cité d'autre demeure seigneuriale que ce château. Les propriétaires du sol irlandais, presque tous d'origine anglaise, ne se soucient pas de résidera Dublin; ils vivent le plus possible & l'étranger, sans profit pour la malheureuse Irlande exténuée par cette déperdition continuelle de capitaux.

Une autre institution purement anglaise ostl'Uni- Versitâ OU Trinily Collège; l'esprit anglican y règne en maître. Les catholiques forment S7 pour 100 de la population a Dublin, ce qui n'a pas empêché les protestants de s'emparer de la vieille cathédrale de ,;,ini Patrick pour y installer leur culte,

Il n'y a pas de classe moyenne à Dublin, sauf quelques marchands. La misère du peuple y est ..flroyable et dépasse toute imagination.

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