L'EMPIRE DE RUSSIE
empêché de s'étendre des landes glacées appelées toundras qui bordent l'océan Arctique, aux fertiles terres à blé (Tehernosjom) du Dnieper et du Don, véritable grenier de l'Europe.
A l'Ouest, la Russie a poussé ses limites jusqu'à la Vistule, où l'Allemagne seule l'a arrêtée.
Depuis la suppression de la Pologne, ces deux empires, l'un redoutable par son organisation militaire, l'autre soutenu par les masses profondes de ses 85 millions d'habitants se trouvent en présence dans cette plaine immense où les frontières (1rs États dépendent de leur puissance beaucoup plus que de la nature.
A l'tëst, YOural, qui n'est nulle part très élevé, s'abaisse, non loin de Perm, entre le Volga et l'Obi; les Russes sont passés par celte porte naturelle pour envabir la Sibérie jusqu'à l'océan Pacifique.
Maîtres des rives occidentales de la mer Caspienne, ils en ont rapidement fait le tour, et, poussant jusqu'au gigantesque rempart montagneux de l'Asie centrale, ils se sont emparés des hautes vallées de l'Amou-Daria et du Syr-Daria.
Enfin, le Caucase, qu'ils pouvaient tourner par la Caspienne ou la mer Noire, ou franchir par les pintes de Dariel, ne les a pas arrêtés, e1 ils se sonl rendus maîtres d'une grande partie de l'Arménie.
•n/wv, Son importance politlfnie.
— La Russie est devenue, en moins de deux siècles, une des puissances les plus considérables de l'Europe et du monde : elle est prépondérante dans la Baltique et s'avance comme un coin entre l'Allemagne et l'Autriche. Sur la nier Noire, elle touche au Bas-Danube ; de l'Arménie, elle menace à la fois les rivages septentrionaux de l'Asie Mineure et de la Perse, la vallée du Tigre et de l'Euphrate. La possession du cours inférieur de l'Amou- Daria la met sur lr chemin des Indes.
Par l'Irtych, le lac Baîkal et l'Amour, elle assiège la chine. Elle touche à la Corée et au .lapon.
EUROPE
■v^ I.,e» richesses Intérieure».
— En môme temps que par ses développements géographiques, la Russie devenait une puissance politique de premier ordre, elle apprenait ou du moins l'élite intelligente et instruite de ses habitants apprenait à tirer parti des richesses du sol : bois du Nord pour les constructions, métaux de l'Oural, or, fer, platine, cuivre, naphte de la Caspienne ; les steppes du Sud él aient transformées par la culture end'admirables terres à blé qui, par l'intermédiaire d'Odessa, alimentent l'Europe occidentale. 26 000 kilomètres de chemins de fer ont été construits; des tarifs douaniers ont été établis aux frontières pour proléger l'industrie nationale qui commence à se développer, et prendra un grand essor, le jour où les gisements houillers du Volga seront mis en exploitation. Le commerce, malgré les distances, est très actif et fait de la Russie l'intermédiaire de ses voisins Européens et Asiatiques, qui se rencontrent dans ses grandes foires, surtout à celle de Nijni-Novgorod.
vwv. Vices de sa. situation et «le soi» organisation sociale. — Le caractère propre de la Russie est donc d'appartenir à la fois à l'Europe et à l'Asie; de là deux tendances qui malheureusement ne se font pas équi'ibre: c'est surtout du côté du monde barbare qu'elle penche et de plus en plus tous les jours; l'Europe la tient a l'écart, l'enfei me dans la Baltique par le Sund et dans la mer Noire par le Bosphore, taudis que l'alliance austro-allemande forme entre ces deux mers une infranchissable barrière.
Au reste elle est bien plus asiatique qu'européenne par le caractère et les mœurs de ses habitants. Au-dessous d'une aristocratie gouvernementale peu nombreuse, initiée aux connaissances et aux idées, comme aux vices des peuples de l'Occident, vivent des légions de paysans slaves ou de kosaks mongols, races purement orientales, encore éloignées de toute culture intellectuelle élevée, superstitieuses et barbares, à peine échappées à des siècles de servitude dont elles conserveront longtemps la profonde empreinte, livrées parleur imprévoyance ot leur goût intempérant de l'alcool à l'exploitation des usuriers et des cabareliers israélites.
Même opposition entre ces deux classes de la nation russe qu'entre la capitale nouvelle, Pétersbourg, froide et régulière, avec ses dômes, ses colonnades et ses quais de granit, comme les capitales de l'Occident, et la sainte Moscou, (fîg. 76 ) la vieille métropole religieuse , dont les clochers dorés et peints annoncent déjà le faste de l'architecture orientale. Nul intermédiaire entre les gens qui commandent, environnant l'empereur autocrate 'politique et religieux, et ceux qui ohéissenl en vénéranl leurs maîtres, si ce n'est la classe peu nombreuse encore de
la bourgeoisie enrichie et éclairée, dont les fils étudient aux universités : celle-là s'irrite de la servitude qu'elle partage avec les paysans, et dans sa révolte farouche contre la toute-puissance du tzar, elle unit