CHAPITRE VI
§ 4 . DÉMEMBBEMEN't DE i'eHPIBE DE GâAfiLEUÀGKE. —
tl FBÀKGE KODÊBICE.
Gharlemagne ^ pour résister aux inyasions qui menagaient l'Europe occidentale , avait réuni en un faisceau la France | l'Italie et l'Allemagne , et , à l'aide de ces nations, il arait pu détruire la barbarie dans le nord de l'Allemagne (la Saxe)) refouler les inyasions des Slaves et des Sarrasins , et assurer ainsi le développement des sociétés modernes contre la con-^ quête musulmane qui les menaçait au sud^ et contre la barbarie des Slaves qui les menaçait au nord.
Fier de tant de grandeur et abusé par les souvenirs encore si puissants de l'empire romain , de son unité , de son administration , Charlemagne avait rêvé de rétablir l'empire d'Occident. Son œuvre a échoué sur ce point; mais Charlemagtie n'en a pas moins consolidé l'Europe occidentale. Après lui, la France, l'Italie, l'Allemagne, désunies, il est vrai, ont néanmoins repoussé les invasions des barbares. L'empire de Charlemagne n'a pas été conquis comme l'empire romain. Les trois grands États qu'il avait réunis ont formé trois grandes nations ; et même TEspagne chrétienne ne doit^lle pas Autant A Charlemagne, fondateur de la marche d'Espagne, qu'a Pelage, fondateur du royaume des Asturies ?
Était-il probable que ces diverses nations, de mœurs si différentes, continueraient à rester unies après la mort du fondateur de l'empire, qu'elles deviendraient un seul peuple? Nous ne le pensons pas ; le rôle de chacune de ces nations a été trop divers , trop caractérisé , trop important pour croire qu'il était dans les desseins de la Providence qu'un grand empire se formât alors, et que la faiblesse des hommes soit la seule cause de sa décadence et de sa ruine.
Ce qui détruisit l'empire carloyingien, c'est le développement
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des nationalités , et particulièrement le rétablissement de la * nationalité française. Vaincue par Rome, la vieille Gaule, bien que modifiée par ses vainqueurs, avait conservé, avec le souvenir de son indépendance , son génie particulier, enrichi de tout ce qu'il avait emprunté au génie romain pour s'agrandir et se rendre meilleur. Conquise par les Franks, parles Wisigoths, par les Bourguignons, les Galio-Romains avaient promptement modifié leurs vainqueurs germaniques, à tel point que les rois neustriens avaient été , dès Clotaire II; obligés de lutter contre la barbarie austrasienne pour sauver la Gaule d'une nouvelle conquête. Malgré les efforts de deux siècles, en 687; l'Austrasie avait vaincu à Testry. La Neustrie avait été emportée par le flot de barbares qui venait de l'Orient. A leur tour aussi les vainqueurs de Testry, les Carlovingiens s'étaient promptement façonnés à la civilisation et soumis aux idées de la Gaule, et ces barbares, qui semblent venus pour la détruire, sont ceux qui font les plus grands efforts pour conserver la civilisation; c'est Charles Martel qui sauve l'Europe du joug musulman , c'est Pépin qui fonde la puissance de l'Église, c'est Charlemagne qui fait réaction de toutes parts contre la barbarie, qui refoule les Arabes, et fonde un État chrétien en Espagne ; qui arrache la Saxe à l'idolâtrie, fait entrer l'Allemagne dans l'Europe civilisée , jusqu'alors menacée par ces redoutables Germains, qui fait enfin de l'Allemagne l'avant-garde de l'Europe contre les Scythes, ces nouveaux ennemis de l'Europe, qui ne sont pas encore domptés !
La Gaule et son clergé avaient transformé les Austrasiens ; tout Allemand qu'il était de race, Charlemagne n'en est pas moins un des grands hommes produits par la Gaule, enfantés par sa civilisation. Toutefois, la Gaule et la Germanie étaient demeurées étrangères et hostiles , et la nationalité française , vaincue à Testry, devait chercher à se relever. Elle le fit à la bataille de Fontenoy.
La victoire de Fontenoy brisa l'unité de l'empire carlovingien , sépara les nations française , allemande et italienne , et
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dès iors la France inoderoe apparaît distincte par la langue , les mœurs et le génie de ses habitants.
Leyieille Gaule tant de fois conquise, si profondément modifiée, reprit-elle, en recouvrant son indépendance, ses anciennes limites, tout son territoire? C'est une question qu'il iraporte de résoudre.
Le courant qui , depuis six siècles , jetait les barbares sur l'Europe occidentale, venait de l'est. Les tribus asiatiques avaient poussé les Slaves qui , à leur tour, avaient poussé devant eux les Germains. Il en était résulté un déplacement général des limites des races. Les Slaves, qui n'allaient que jusqu'à la Vistule au temps de Tacite , venaient jusqu'à l'Oder : les Germains, qui s'arrêtaient au Rhin, étaient établis jusque sur la Meuse. Le pays eqtre Rhin et Meuse se trouvait entraîné dans le mouvement de la Germanie depuis Brunehaut.
Le traité de Verdun ne rendit pas ces provinces à la France, et depuis lors elle ne les a possédées qu'un moment. Elle ne les a pas encore, et cependant l'Allemagne a repris sa vieille limite de la Vistule, les Slaves occidentaux obéissent à des rois allemands. L'œuvre de l'invasion n'a donc été détruite que sur un point, cependant la Gaule n'a pas cessé de faire de grands efforts pour refouler la race germanique au delà du Rhin.