U FRANGE À SES LIMITES NATURELLES
N® >! . Premières conquêtes de la république.
La révolution française, en excitant une guerre générale contre la France , nous donna les moyens de conquérir en quelques années nos limites naturelles sur tous lès points. Menacée d'un démembrement par les puissances coalisées, la France aurait été refoulée jusqu'aux limites qu'elle avait sous Philippe le Bel (3), si elle n'eût écrasé les armées de la coalition. Il n'entre pas dans notre plan de faire ici le tableau des succès de nos armées ; il nous suffira de citer les acquisjtions incessantes de territoire.
(i) Lavallée, Histoire des Français,
(a) Rédigés par Soulavie, 2 vol. in-8°, 1. 1, p. 103. • (3) C'était le projet des alliés depuis Pilnitz; en 1813 on publia, en AHemagne, une brochure et une carte à ce sujet.
DB LA FBANGE. 98
Le gouvernement, dès le début des hostilités , avait résolu de se tenir sur la défensive partout où la France avait déjà ses limites naturelles, et de prendre l'offensive là où la France n'était limitée que par une ligne de démarcation arbitraire : sage politique à laquelle on aurait toujours dû rester fidèle.
4. L'Assemblée constituante, en 479^ , avait réuni Avignon et le comtat Y enaissin à la France , et en avait formé , le 23 septembre, le département de Vaiicliuie.
2. Le 2\ novembre 4792, la Savoie, conquise par Mon<^ tesquiou, est réunie, et forme le département du Mont-Blanc.
5. Le 4 février 4795 , le comté de Nice , conquis par Anselme , est réuni , et forme le département des Âlpes^JUaritimes.
4. Le 44 février, on joint à ce département la principauté de Monaco.
5. Le 28 mars, le pays de Porentruy, enlevé à l'évéque de Bâie par Custine, et constitué d'abord en république, est réuni à la France et forme le département du Mont-Terrible jusqu'en 4800 (l'an vm), époque à laquelle il fut incorporé au département du Haut-Rhin, dans lequel il forma deux sous-préfectures, celles de Délemont et de Porentruy (i).
6. En 4793, la principauté de Montbéliard fut enlevée, au duc de Wurtemberg et Teck , qui la céda par le traité du 7 août 1796. Le 4*" mars 4797 (loi du 44 ventôse an v), elle fut annexée au département du Mont-Terrible, puis passa avec lui dans le département du Haut-Rhin en 4 800. Depuis 4 84 5, le canton de Montbéliard appartient au département du Doubs.
N° 2. Traités de Bâle. (5 avril 4795.)
La coalition, vaincue par les armées françaises dans l'im-^ mortelle campagne de 4 794 , perdit l'année suivante l'un de ses membres principaux. La Prusse , inquiète sur les projets
(i) Lois des 28 pluviôse (17 février ISOO), et 17 ventôae an viii (8 mars 1800) sar la division et Tadministration des départements. Le nom du département do Mont-Terrible se trouve cité pour la dernière fois dans la loi du 1 1 frimaire an vni.
M GÉOGBAPHIB HISTOBIQUE
d'agrasdisseaient de l'Autriehe , se sépara de la coalition et négocia avec la république française.
Lorsque l'on s'occupa dans la Convention de jeter les bases de la négociation que l'on allait ouvrir avec la Prusse , il fut décidé que la France devait avoir sa limite naturelle du Rhin : e'ét^it Popinion unanime de l'Assemblée (i). Ce fut la première condition du traité , et la Prusse fut obligée d'y accéder.
En effet , par l'article 9 du traité de Bâle , on convint que : (t les troupes de la république française continueront d*oc- M ouper la partie des États du roi de Prusse , située sur la rive « gauche du Hhin. Tout arrangement définitif à l'égard de ces <f provinces sera renvoyé jusqu'à la pacification générale entre « la France et l'empire Germanique. »
Op stipule aussi dans un article secret (le deuxième) que : « Si , à la pacification générale entre l'empire Germanique et « la France, la rive gauche du Rhin reste à la France , S. M. fl le roi de Prusse s'entendra avec la république française sur ff le mode de la cession des États prussiens situés sur la rive « gauche de ce fieuve, contre telle indemnisation territoriale « dont on conviendra (a), n
Le traité avec la Prusse fut suivi de trois autres traités qui intéressent également le territoire français.
Le premier fut conclu avec la Hollande (46 mai).
La république gardait Maestricht , Yanloo et le territoire hollandais sitqé en deçà de la principale bouche du Rhin.
Le deuxième ftit conclu avec le landgrave de Hesse-Gassel (4 septembre).
Le landgrave cédait à la France ses possessions situées sur la rive gauche du Rhin , à condition que si à la paix générale la Ftance restait maîtresse de toute la rive gauche du Rhin , il ^rait indemnisé.
]La troisième traité fut signé avec l'Espagne.
(x) Manusc. de r«ii u< , par Faln i p. 26i.
(a) Fain^ Manusc. de Tan m. -»«Le texte de tous les traité$ eoQcliiui par 1» < république se trouve au Sulletiu des lois. Nous avons toujours cité les dates de la ratification de ces traités par le gouvernement français.
La république fraQçaise rendait aes oonquètes , et Ton con- Yenait que les limites de l'Espagne et de là France seraient autant que possible tracées sur la crête des montagnes qui forment le versant des eaux de France et d'Espagne.
Enfin , le 26 octobre A 795 , le duché de Bouillon fut réuni à la France par décret du 4 brumaire an iv, et forma un caneton du département des ArdenQes,
N" 5. Traités de Paris et de Tolentino.
4 . Le traité de Paris, conclu le 50 floréal an it (4 9 mai i 790) f^yec le roi de Sardaigne, cédait à la France les comtés de Nice, de Tende, et la Savoie, déjà provinces françaises depuis 4795. La limite entre les deux États était fixée par la crête des Alpes depuis le mont Maudit jusqu'à la Roecabarbooa, sur les confins de la république de Gènes.
2. Le traité de Paris ^ conclu le 44 fructidor an iv (54 août 4796) avec le margrave de Bade, cédait à la république les droits qu'il avait sur les seigneuries de Rode-Machern et de Hesperingen dans le duché de Luxembourg ; tous les territoires (comté de Sponbeim , terre de Kutzenhausen , seigneurie de Greveustein, bailliages de Bentheim et de Rhod) ^t droits qu'il possédait ou prétendait avoir droit de posséder sur la rive gauche du Rhin. <^ Le Rhm est fixé comme limite, et sa navigation déclarée libre.
5. Le traité de Tolentino fut conclu par Bonaparte avec le pape, le 4** ventôse an v (49 février 4797). Par cette conventioq, le pape cédait à la France le eomtat Yenaiiisiii el Avignon, réunis en 4794.
N"* 4. Traité de Campo-Formio , 47 octobre 4797.
La coalition , bien que découragée par la perte de plusieurs de ses alliés, continua la guerre. L'Autriche se décida, lorsque les six armées qu'elle avait envoyées en Italie eurent été écrasées à Montenotte , Millesimo , Dego , Mondovi , Lodi , Castiglione , Arcole et Rivoli, par Bonaparte , à signer le traité de Campo-Formio.
96 GBOORAPHIE HISTORIQUE
La paix de Campo*Formio donnait à la France un territoire considérable, mais ne nous faisait pas encore arriver jusqu'au Rhin. L'Autriche nous cédait les Pays-Bas autrichiens (i) (la Belgique) et le comté de Falkenstein (2). Quant aux pays situés entre le Rhin et les Pays-Bas autrichiens , l'empereur promettait d'employer ses bons offices pour décider le corps germanique à les céder à la France (3). Enfin on stipula, relativement aux possessions prussiennes situées a la gauche du Rhin , et sur lesquelles le traité de Baie, n'avait rien décidé , que : « La France nc^ faisant point de difficulté de restituer au roi de Prusse les provinces prussiennes de la rive gauche du Rhin , il ne serait question pour la Prusse d'aucune acquisition nouvelle (4)- ^
Bonaparte , dans un but tout personnel, avait signé ce traité , peu avantageux à la France (5) , malgré le Directoire qui n'avait pas osé défaire l'œuvre du tout-puissant général. Pour que la paix de Campo-Formio nous donnât nos limites naturelles, il fallait qu'un congrès s'assemblât à Rastadt et que la France traitât avec le corps germanique.
La seconde coalition se forma presque aussitôt après (4798), et l'Autriche fit assassiner nos ambassadeurs à Rastadt.
Le traité de Campo-Formio n'eut donc aucun résultat ; mais la coalition, vaincue de nouveau, fut obligée bientôt de signer la paix de Lunéville.
N° 5. Acquisitions de territoire en 4798.
L'année 4798 vit s'opérer deux réunions importantes , celle de Genève et celle de Mulhouse.
(i) Art. 3.
(2) Art. 3 du traité secret.
(3) Art. 1 du traité secret.
(4) Art. 9 du traité secret, cité par Bignon, Histoire de France, 1. 1, p. 367.
(5) La cession criminelle de Venise à rAutriche, Tabandon des provinces du Rhin, expliquent Topposition du Directoire à la signature du traité; en effet, le général Bonaparte signait la paix, en songeant aux seuls intérêts de son ambition qui se révèle tout entière dans les paroles adressées aux négociateurs autrichiens sur le droit qu'a la France de changer le mode de son gouvernement.
DB LÀ FBANGE. 97
La république libre de Mulhouse {Mullmusen) fut déclarée , sur sa demande , partie intégrante de la France , par le traité de Mulhouse ratifié \e\\ ventôse an ti{V^ mars 4 798), et annexée au département du Haut-Rhin, dans lequel elle forma un canton.
Le canton suisse de Genève fut également réuni, sur sa de* mande, au territoire de la république, par le traité de Genève, conclu le 28 floréal an vi (\7 mai 4798) , et forma dès lors, avec quelques cantons distraits des départements de TAin et du Mont-Blanc, le département du Léman (i), établi le 8 fructidor an vi (25 août 4798).
N*" 6. Traité de Lunémlle (4804 ), signé après la défaite de
la seconde œalition.
La conclusion du traité de Lunéville fut annoncée par une proclamation qui commençait par ces mots :
c( Français !
(( Une paix glorieuse a terminé la guerre du continent. Vos « frontières sont reportées aux limites que leur avait marquées « la nature ; des peuples séparés longtemps de vous se rejoi- « gnent à leurs frères, et accroissent d'un sixième votre po- « pulation , votre territoire et vos forces. »
En effet , rAutriche , tant en son nom qu'en celui du corps germanique, cédait à la France (art. 2), les Pays-Bas, le comté de Falkenstein, les pays allemands situés entre le Rhin et les Pays-Bas (art. 6), afin que le thal^veg du Rhin fût désormais la limite entre la France et l'Allemagne , depuis Bâie jusqu'à l'endroit où il entre sur le territoire hollandais.
N° 7. Limites de la France en 4804 .
Les limites de la France , à cette époque mémorable , sont les Alpes depuis leur jonction avec les Apennins jusqu'aux sources de la Doire Baltée ; de là, la limite court au nord joindre le lac de Genève , qu'elle atteint un peu à l'ouest de l'en-
(i) Le lac de Genève s'appelait jadis lacus Lemantu. i?
96 GÉOGRAPHIB HISTOBIQUE
droit où leJRhôoe tient s*y jeter ; elle suit le bord méridional du iac, puis hd Jura ^ le Doubs, la Birse, atteint le Rhin à l'toiiëst de Bàle ^ le ionge jusqu^au point où il se partage ed plusieurs bras ^ à son tentrée en Hollande ; de là, la limite va au sud , coupe la Meuse, et se termine à Fouesi, à l'embouchure de l'Escaut occidental.
Les départements existant alors sont ^ outre les 85 formés de l'ancienne France , ceux :
Chef-lieuK.
De Vaucluse Formé du comtat Venaîssin Avignon.
I)é6 Alpes-Maritimes.
Du Mont-Blanc
Du Lac Léman
DelaXyi
De Jemmapes
DeSambre-et-Meuse,
Aîii comté de Nîce.. Nice.
de la Savoie Chambéry.
de la Savoie et du canton de
Genève Genève.
Des Forêts., De YOurthe,
Delai^fewMn/i^riJBW. (
re....... t
DelaD^Ze
KeYÈscaut
Vies DeUàC'NHfies. . . .
d'une partie de la Flandre. \
dùHaihaut.
du comté delVamur et évê-
ché de Liège. ;
duché de Luxembourg.. .
duché de Limbourg et évè-
ché de Liège ).2
Gueldre S. et province de
. Liège
d'une partie du Brabant..
d'une partie ite la iFlandre.
•mm
Bruges.
Mons.
Namar.
Luxembourg.
li^e.
Maestricht.
Bruxelles.
Gatad.
-^ partie du Brabakit,marqui- f^
sat d'Anvers / Anvers.
De la Roer / Formés des èlectorats de Cologne , / Aix-la-Chapelle.
bte la Sarre j de Trêves, de Mayence ; des duchés I Trèvra.
I>e Rhin-et-Mùselle., . | de Juliers et de dèves ; du Palati- 1 coblentz.
DU Mont Tonnerre.» . \ nat, etc ( Mayence.
L'arrondissement de Porentruy dans le département du Haut-Rhin.
§ 20. bES LiliDTES Dfe t'EUiirt&E fïÀITÇilS sots HÀPOLÊÔIV.
La France a atteint ses limites naturelles au traité de Lunéville ; la Siiisse s'est maintenue libre ; une petite partie de territoire reste encore à la Hollande; mais, en supposant qu'on ait dû opérer encore quelques réunions pour achever de rendre invulnérable notre territoire, devait-on l'étendre indéfiniment?
Les exigences de la politique générale portèrent Napoléon à ajouter successivement à la France les divers pays dont nous
donnons ici la liste, et qui sont situés en dehors de nos limites
naturelles :
4** Les duchés de Parme et de Plaisance sont cédés à la France par le traité d'Ârânjuez (24 mars 4804), et réunis par sénatus-consult» du 24 mai 4 808.
2° Le Piémmt , réuni en 4802.
5° L'île d*Èlbe, les Présides et la principauté de Piombino sont réunis par sénatus-consulte du ^6 août 4 802 (8 fructidor an x).
4° La république de Gênes est réunie é la France en 4805.
5° L'Istrie et la Dalmatie vénitiennes sont cédées par l'Autriche, au traité de Presbourg en 4805.
6° Les îles Ioniennes , cédées par la Russie ^ au traité de TilsitteQ4807.
7° Le tetritoire de Lommel et celui de Flessiàgue sont donnés à la France par la Hollande, le 44 novembre 4807.
S° La Toscane est jointe é Tempire français en 4 808 , par décret.
O"* Les provinces Illyriennes, savoir , la Croatie , la Carniole n ristrie autrichienne , le littoral hongroiâ , le cercle ée Villach en Garinthie , le gouvernement de Trieste , le comté de Gorice , les îles Illyriennes , sont cédées par FAutriche , au traité de Vienne, en 4809.
40** L État romain réuni par décret du 47 février 4840.
44° LeBrabanty la ZélandCy le pays situé entre la Meuse et le Wahal sont cédés par la Hollande le 46 mars 4840.
42''Za Hollande y réunie par décrète du 5 juin et du juillet 4840.
A^"" U Valais (i) , \
\V Le Hanovre^ (réunis par décret du42no'-
4 5° Le duché d' Oldembourg , l vembre 4840.
4 6° Les villes anséatiques, )
Tous ces États annexés au territoire fuirent divisiés en départeûients , dont voici te tableau :
(i) Le Valais seul est sur le territoire naturel de la France.