FRONTIÈRE DU N.-E., OU DU RHIN
{Bassins du Rhin ^ de la Meuse et de l'Escaut; départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin, de la Moselle^ de la Meuse, des Ardennes, de V Aisne, du Nord. )
Cette frontière est marquée par le Rhin, depuis Huningue jusqu'au confluent de laLauter; par la Lauter jusqu'à Schlettenbach ; à partir de ce point, la frontière suit une ligne arbitraire qui coupe perpendiculairement tous les cours d'eau sortant de notre territoire, savoir : la Schwolb, la Elise, la Sarre, la Moselle, la Semoy, la Meuse^ la Sambre, le Haine, l'Escaut, la Lys, l' Yser et la Golme ; cette ligne se termine un peu au nord de Dunkerque sur la mer du Nord.
Pour qui voudra jeter les yeux sur une carte, il sera démon-
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tré que toutes ces rivières sont autant de routes ouvertes à l'ennemi pour pénétrer sur notre territoire; et coitinie la capitale n'est distante que de quatante-huit lieues de la frontière, la nécessité de la couvrir nous oblige à entretenir une armée considérable sur ce point.
Examinons maintenant quels sont les défauts de cette frontière, et quels sont les obstacles que l'on a élevés pour la défendre contre l'ennemi.
V D'Huningue a la Laùter, la limite étant tracée par le Rhin, défendue par Strasbourg, et ayant en arrièrei'Ill, les Vosges, la Moselle, la Meuse, les Ardennes, qui/orment autant de lignes de défense contre un ennemi qui attaquerait la France par l'Alsace; cette limite, disons-nous, serait bonne si elle n'était pas annulée, \° par la destruction d'Hu ning ue^ qui ouvre la trouée de Béfort, et qui permet de tourner Strasbourg et les Vosges par le sud, en franchissant le Rhin à Baie (i); 2° par la perte de Landau, qui permet de tourner Strasbourg par le nord (2), et d'aborder la montée de Saverne, dans les Vosges, passage important, et gardé par Phaisbourg.
En effet, la route de Mayence à Strasbourg, autrefois défendue par Landau, ne l'est plus aujourd'hui que parWeissembourg, place trop faible pour résister longtemps. De plus, toutes nos opérations contre Mayence, sur le Rhin et sur le Main, sont rendues impossibles par la perte de cette place qu'il faut d^abord prendre (3).
Les places fortes élevées sur cette partie de la frontière sont Brisach, Schelestadt, Strasbourg, Lichtenberg et Weissembourg.
T De la tauief à la Même. — Cette partie de la frontière, comprise entre les Vosges et les Ardonnes, est ouverte au milieu par la Moselle, et présente deux points particulièrement
<i) On va fortifier Tbann pour couvrir Strasbourg de ce côté.
(a) On va fortifier Haguenau popr soutenir Weissembourg.
(3) Voyez la campagne de Hoche en 1793, dans ce pays, après la prise de Landau par les alliés , Hoche étant par conséquent dans une position semblable à celle où se trouverait un général de notre temps.
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faibles: l'un, entre Thionyille et les Vosges; l'autre, entre Thionville et Montmédy. Voyons actuellement comment cette partie de la frontière est défendue. Les Vosges, sinon par leur hauteur, du moins par la largeur de leur massif, par l'épaisseur des forêts qui les couvrent, et par le développement de leurs contre-forts, présentent un obstacle réel à l'ennemi. A l'ouest des Vosges, les contre-forts des Vosges et la place de Bitche , et en deuxième ligne , Phaisbourg , défendent suffisamment la frontière jusqu'à la Sarre. Ici la frontière est ouverte. Les traités de >I8^5 nous ont enlevé tout ce que Louis XIV avait établi pour boucher cette trouée. Notre limite alors , depuis Sarreguemines jusqu'au confluent de la Sarre, était couverte, dans tous les points vulnérables, par le cours de la Sarre et par l'importante place de Sarrelouis ; la limite passait même à cinq lieues au N. de Sarrelouis. Aujourd'hui notre limite, dans la même étendue, esta deux lieues au S. de la Sarre, et Sarrelouis est à la Prusse. L'importante place de Marsal défend sur ce point le territoire , sans toutetefois protéger Metz, comme le faisait Sarrelouis.
La vallée de la Moselle est défendue par Thionville et Metz en deuxième ligne : il est difficile d^y pénétrer, et d'ailleurs l'ennemi rencontrerait encore l'Argonne. Mais à l'ouest de la Moselle, entre cette rivière et Montmédy, il existe une trouée défendue seulement par Longwy, Verdun en deuxième ligne, et l'Argonne en troisième (i). Louis XIV avait conquis Luxembourg pour assurer cette partie de la frontière. Luxembourg est à la confédération germanique depuis ^845. A l'ouest de Montmédy, les Ardennes et leurs ramifications, les places de Sedan, Mézières, Givet et Rocroy, défendent la frontière.
A l'ouest de la Meuse, entre cette rivière et la Sambre, la limite n'a plus de défense naturelle ; on peut pénétrer sans obstacle des Pays-Bas en Champagne, comme les Espagnols en 4 645. C'est pour cela que Louis XIV avait occupé Philippeville et Marienbourg qui couvraient cette trouée. En 4843 ces deux
(i) c'est par là que les Prussiens envahirent la France en 1792.
places nous ont été enlevées; les sources de l'Oise, c'est-^-dire, la tête de la vallée de cette rivière qui conduit droit à Paris, sont même à l'ennemi. Rocroy est aujourd'hui, comme au temps du grand Gondé, notre seule défense; avec le souvenir de sa victoire, cependant! A partir des sources de l'Oise, jusqu'à la mer du Nord, la frontière est entièrement artificielle ; cependant les canaux et les marais, et surtout un grand nombre de places fortes défendent les approches de Paris. Ainsi , Laon, Soissons, la Fère ferment la vallée de l'Oise ; Maubeuge et Landrecies défendent le cours de la Sarabre, appuyées à droite sur Avesnes ; le Quesnoy couvre le pays entre la Sambre et l'Escaut; Gondé, Yalenciennes , Bouchain, Gambrai ferment la vallée de l'Escaut ; Douai et Arras, la vallée de la Scarpe ; Lille, Bergues et Dunkerque défendent l'espace compris entre l'Escaut et la mer, entrecoupé d'ailleurs par une infinité de canaux dont la défense peut tirer un excellent parti. En arrière de ces trois places, viennent Réthune, Aire, Saint-Omer, Gravelines et Galais ; puis deux cours d'eau parallèles à la frontière, la Gauche et l'Authie, avec Doulens, Montreuil et Boulogne pour places fortes; enfin, la' Somme avec Péronne-la-Pucelle, Amiens et Abbeville. En dernière ligne, Paris fortifié, ainsi que Vitry sur la route de Paris à Strasbourg ; Béfort et Langres sur la route de Paris à Bâie, afin de réparer la trouée d'Huningue.
Ainsi, par suite des traités de 4845, la France en est réduite à fortifier ses villes intérieures pour fermer les ouvertures de sa frontière et couvrir sa capitale menacée. Nous examinerons plus loin si ce système de défense comparé à l'état de nos frontières est suffisant pour sauver Paris, dans Thypothèsé d'une nouvelle coalition, dont les armées victorieuses envahiraient la France. Gar enfin la question des limites est là tout entière.
Il faut encore ajouter, pour compléter cette partie si importante de ce chapitre , que si la France avait sa capitale, ce qui devrait être, au centre du pays, par exemple à Bourges^ où les Anglais, au quinzième siècle, ne purent pénétrer à cause de la Loire qui couvre ce pays , ou bien à Orléans , à Blois, dans l'une de ces villes de la Loire, où nos grands hom-
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Oies d'État du seizième siècle avaient patiennellement placé l^ capitale du pays, notre frontière, telle qu'elle est, cesserait d^ètre mauvaise, en ce ^ens que la Seine, dont la direction est parai* lèle à la frontière, pourrait servir de ligne de défense ^ une capitale située sur la Loire ; tandis que, dans Tétat actuel des choses, Paris est sans défense naturelle.
En effet, que l'on jette le» yeux sur une carte, on verra que la Seine coule du S.-E. au N.-O. ; qu'elle reçoit sur sa rive droite l'Aube , la Marne , l'Oise, l'Aisne, et sur sa rive gauche VYonne ; que toutes ces rivières coulent d'abord parallèlement i la Seine, et convergent sur un point pour se jeter dans le fleuve. Or, ce point est Paris. Donc, toutes ces vallées conyergeant sur Paris , bien loin d'être un obstacle pour l'en* nemi , sopt au contraire des routes toutes naturelles pour y arriver.
En effet , que Ton étudie la marche des alliés en >l 84 4 , on les verra pénétrer en France par Baie , traverser la trouée de Béfort, franchir le plateau de Langres et déboucher sur Paris par toutes les vallées que nous veqons de citer , malgré les héroïques efforts de Napoléon ; de telle sorte que dans c^ plai^ d'invasion si habilement conçu (i), notre frontière et nos places du Nord avaient été tournées et réduites à néant pour la défense du sol.
Depuis 4850 on s'est oceupé de prévenir le retour de pareils événements. Béfort et Langres ont été rendues redouta-* blés. Béfort , déjà fortifiée par Vauban, par sa position à l'intersection des routes de Bâie , de Strasbourg , de Naney , de Langres et de Besançon, est une position stratégique de la plus haute importance. La trouée de Béfort est aujourd'hui défen-r due par Béfort et par un camp retranché qui peut contenir trente mille (lommes. Béfort couvre Paris contre une invasion valant de la Suisse, rend à Strasbourg une partie de la sécurité que le démantèlement d'Huningue lui avait enlevée, et
(i) On dit que c'est d'après les exeellentes cartes topographiques de Cassini, que les alliés avaient pris une idée si nette du relief de la France.
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è BesançoD celle que lui avait fait perdre l'eiilèvenient de Porentruy.
Eu arrière de Béfort, et sur la route de Paris , se trouveut Langres et les hauteurs connues sous le nom de plateau de Langres , dans lesquelles sont les sources de la Seine, de la Marne et de l'Aube , o^est-à-dire où sont les têtes de ces vallées convergentes sur Paris dont nous parlions tout à Pheure. Langres a été fortifiée, et rend la défense de son plateau redoutable à l'assaillant.
Certes les approches du bassin de la Seine sont bien défendues; mais dans l'hypothèse de la chute de Béfort et de Langrès, qu'est-ce qui couvre Paris? Paris fortifié, dit-on, se défendra lui-même. Il y a dans cette proposition du vrai et du faux. Paris doit être à l'abri d'un coup de main ; Paris doit pouvoir résister à l'ennemi, afin que celui-ci, averti qu'il y aura résistance, ne néglige pas de s'emparer de toutes les places qui pourraient, en cas de revers, lui couper la retraite ; de sorte que Paris fortifié donne une valeur réelle aux places de la frontière. Tout ceci est évident. Mais pour obtenir ce résultat, il n'était nul besoin d'enceindre Paris et d'une muraille et d'une ligne de forteresses : quelques forts à gauche et à droite de la Seine suffisaient. Car Paris attaqué pourra-t-il soutenir un siège efficace comme Lille en ^ aoutenu un en \ 792 ? Et si toutes les ressource^ de la France sont épuisées (on doit supposer ce malheur arrivé, puisque Paris est investi), Paris forcera-t-il l'ennemi à lever le siège et à quitter le sol de la France? Cela est possible, mais n'est pas certain.
Il nous aurait paru meilleur de faire à Paris quelques t^vA* fications sur les hauteurs du voisinage, au confluent de la Marne, à Saint-Denis; et, ceci fait, de rendre inexpugnable la zone de terrain comprise entre l'Aisne et l'Yonne. Cette thèse a été soutenue avec le plus grand talent par un habile officier (i)à l'opinion duquel nous n'hésitons pas à nous ranger ,
(i) M. Hocquancourty chef d*escadroii d*état-major, apubliésur ce sujet une brochure intitulée : «c Considérations sur la défense de Paris; » 1840, chez Laguionie.
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tant elle nous parait vraie et basée sur une connaissance parfaite de la géographie de la France et de l'histoire.
Ce sera toujours par la zone comprise entre TAisne et l'Yonne , comme le démontre Técrivain que nous venons de citer, que l'ennemi fera les plus grands efforts pour s*emparer de Paris ; car c'est la seule voie qui lui permette de garder ses communications avec l'Allemagne, et par conséquent d'assurer sa retraite.
Or, ceci admis (et il n'est pas possible de ne pas l'admettre), a toute la question se réduit à la défense de la zone comprise entre l'Aisne et l'Yonne, ou à peu près, de Soissons à Nogent et Montereau. n Fortifier Soissons , Montmirail, Nogeht-sur- Seine ; joindre à chacune de ces places un camp retranché pour cent mille hommes ; établir une tète de pont à Montereau et une à Château^Thierry ; enfin relier ces cinq points par une route stratégique ; tel est le plan de M. Rocquancourt, et le seul qui nous paraisse de nature à résoudre réellement la question : fortifier la frontière , défendre Paris , rattacher le centre et les extrémités par une série d'obstacles qui donnent à la frontière la force qu'elle n'a pas.
§ 2. FRONTIÈRE DE l'eST OU DES ^ILPES.-
{Bassin du Rhône et du Var; départements du Haut-Rhin, du Doubs , du Jura , de l'Ain , de V Isère , des Hautes et Basses-Alpes , du Far.)
La limite est tracée suivant une ligne conventionnelle qui longe le Var , l'Esteron son affluent , ou bien laisse ces deux rivières et les coupe perpendiculairement et suit quelques hauteurs jusqu'aux sources du Var. De ce point la limite est formée par la crête des Alpes jusqu'à l'Aiguille noire : cette seconde partie est la seule qui soit naturelle. Nous devrions posséder tout le bassin du Var, et être couverts de ce côté par les Alpes maritimes ; nous n'avons au contraire qu'une partie de ce bassin, et le fleuve est bien loin d'être pour nous une bonne ligne de défense.
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A partir de l'Aiguille noire, la limite cesse d'être naturelle. Au lieu de suivre la crête des Alpes, au N.-E. jusqu'au mont Furca, et de revenir à Touest, par les Alpes Yaudoiçes et le mont Jorat, rejoindre le Jura au mont Tendre, ce qui nous donnerait tout le bassin du Rhône (Savoie, Valais, Yaud et Genève), la limite suit une ligne conventionnelle qui va au N.- O. joindre le Rhône au confluent du Guiers. Cette ligne est tracée par des hauteurs entre FAiguille noire et risère^ et depuis l'Isère jusqu'au Rhône, par des hauteurs d'abord, puis par le Guiers jusqu'au Rhône. Ensuite vientle Rhône jusqu'à son confluent avec le London ; à partir de ce point jusqu'à la DôIe (i) la limite est arbitraire ; entre la Dôle et le saut du Doubs, le Jura nous sépare de la confédération helvétique ; c'est la meilleure partie de la frontière de Suisse. Depuis le saut du Doubs jusqu'au coude du Doubs, la limite suit tantôt la rive droite, tantôt la rive gauche de cette rivière.
Au coude du Doubs, la limite suit une ligne courbe dont la concavité regarde d'abord la Suisse, puis la France, et qui se dirige jusqu'à Huningue. Cette ligne n'a aucune défense naturelle. Ainsi tracée, notre frontière est ouverte; de sorte que Strasbourg, comme nous l'avons vu, est tourné par le sud, et Besançon par le nord : Béfort est chargé de couvrir cette immense ouverture. Telle n'était pas notre limite en 48^4. La limite partait d'un point entre Baie et Huningue sur le Rhin, allait au sud atteindre l'Aar près de Bienne, conto;irnait la principauté de Neufchàtel, qui, possédée par un Français, donnait à la France les lacs de Bienne et de Neufchàtel pour limites, puis se rattachait au Jura, le suivait jusqu'aux sources du London; de là, elle atteignait le lac de Genève à Copet, suivait le lac de Genève et le Rhône jusqu'à Saint-Maurice ; de là, la crête des Alpes jusqu'au col de Tende séparait la France de ritahe. Voilà la limite que les traités de Bâle, de Campo- Formio et de Lunéville avaient donnée à la France. Nous avions fait de nos nouvelles acquisitions les départements des
(i) L'uD des sommets du Jura^
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Alpes^Maritimes (aujourd'hui comté de Nice à la Sardaigne), du Mont-Blaoc (aujourd'hui Savoie à la Sardaigne), du Léman (aujourd'hui Savoie à la Sardaigne, et canton de Genève)^ «t l'arrondissement de Porentruy, dans le Haut-Rhin (aujourd'hui partie du canton de Soleure). De toutes les pertes que nous avons faites sur cette frontière, la plus grave est celle du pays de Porentruy, parce que l'enlèvement de ce pays, se liant avec la démolition d'Huningue, ouvre le pays à l'ennemi et met Paris à découvert. Nous avons vu que Béfort et Langres couvraient Paris, que Thann couvrait Strasbourg, et qu'ainsi le mal était en partie réparé ; mais l'enlèvement de Porentruy, qui appuyait la défense de l'extrémité nord du Jura et couvrait au N. Besançon, qui est le centre de la défense du Jura, a ôté à cette place la sécurité de ce côté, comme l'enlèvement de Oenève lui a ôté sa sécurité au S. De sorte que Besançon devenant une place de première ligne, pouvant être tournée par le S. et par le N. et bloquée dès le début de la campagne, ne peut plus servir de place de dépôt , de base d'opérations , puisqu'on peut lui ravir si facilement ses communications avec l'intérieur. Tel était l'esprit des traités de 4845. Depuis 4830 on a remédié au mal, en élevant Béfort qui couvre Besançon au N., en ce sens au moins que l'ennemi assez audacieux pour marcher sur Besançon, en laissant Béfort sur sa droite, s'expose à être pris de flanc pendant sa marche. Au S., sur la route de Genève à Besançon, on a fortifié le plateau des Rousses qui commande la route.
Lyon , la seconde ville du royaume , par l'enlèvement de Genève et de la Savoie, était découvert. On Ta fortifié de manière à le rendre inexpugnable. D'ailleurs les approches sont défendues par le fort l'Écluse et celui de Pierre-Chétel qui commandent le Rhône, et par les lacs de la Bresse.
La vallée de l'Isère est couverte par le fort Barraux et par Grenoble, centre de la défense du Dauphioé et place de premier ordre aujourd'hui. De plus, comme le fait remarquer un géographe (i), « les grandes vallées de l'Isère, de la Durance
(x) M. Lavallée, Géographie militaire , p. 149.
BU LA rBÂfrcii. lu
et dé leurs affluents, quoiqu'elles aient leur origine dans les Alpes et donnent entrée en France, ne sont pas favorables à une invasion dans ce pays; car elles descendent d^un arc de ttiontagnes excentrique à la Friance, et au lieu de converger sur un même point (i), viennent presque parallèles entre elles, toniber dans le grand fossé du Rhône perpendiculairement é son cours ; le pays est d'ailleurs couvert de montagnes inextricables, de nombreuses places et d'une population belliqueuse. L'invasion semble plus facile du côté du rivage, où d'ailleurs elle a pour but une grande ville, Marseille; mais, suffisamment empêchée par la nature montueuse du pays et par les places d'Antibes et de Toulon, elle n'a jamais réussi; ainsi les expéditions du connétable de Bourbon et de Charles-Quint, en Provence, ont échoué, et de même celle du duc de Savoie en >I707. Suchet couvrit très-bien la Fratice en <800 : et en 1844 les alliés n'ont pas essayé cette route trop indirecte. G'est^par le Rhône supérieur qu'est le côté vulnérable du bassin, où d'ailleurs Ton a pour objet la deuxième ville de France ; c'est aussi par là que les alliés pénétrèrent en 4844 et en 4845, certains que la possession de Lyon rendait inutiles toutes les places de l'Isère et de la Durance. »
Ainsi, à Test comme au nord, notre frontière a été ouverte, par les traités de 4 84 5, aux armées de l'étranger ; et à l'est comme au nord, c'est en défendant l'intérieur que l'on a pu rendre aux frontières les forces qu'elles avaient perdues. Les places fortes, qui défendent cette frontière, sont en allant au nord au sud :
(i) NousciteroBS, par exemple ^ toutes les vallées du versant italien des Alpes qui convergent sur Turin. De ce côté notre offensive est redoutable et facilitée par la nature. Aussi n'atteignons-nous les Alpes que sur Téspace "très-restreint que Louis Xl\ notfs avait donné eu 1713.
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