PLACES FORTES
1° sur la route de Bâle à Paris | Béfort, Langres.
Sur la route de B&le à Besançon \
2** par Alikirch J Montbéliard, Besançon (i).
3** par Porentruy I Besançon.
4** Sur la route de Neufchfttel à Besan- 1
' çon par Pontarlier i Le Jura. . Besançon.
5° Sur la route de Neufchàtel à Dijon i
par Pontarlier I Salins.
6° Sur la route de Genève à Besançon. ) (Les Rousses , château de
T Sur la route de Nyon à Besançon. . . ; j joux.
8** Sur la route de Genève à Lyon j. '
. , P*'" î^anlua....... Le Rhône. Fort rÉclusc , Lyon.
9* Sur la route de Genève à Grenoble j
parBelley I Fort de Pierre-Cbâtel.
lOo Sur la route de Chambéry à Gre- \
noble par la vallée de Tlsère I Fort Barraux , Grenoble.
ir Sur la route de Turin à Lyon — J Briançon, Grenoble, Lyon.
12" Les diverses vallées des Alpes entre la route de Turin au N., et celle
de Nice à Marseille au S., sont cou- x ,
vertes par Queyras, Mont-Dauphin, /^^ Alpes.
£mbnin,Sey9es,qui défendent,avec
Briançon,la vallée delà Durance, —
par GlaizoUes qui ferme la vallée de
Barcelonnette , — par Colmars qui
ferme celle du Verdon
1 3° Sur la route de Nice à Marseille. . . Le Yar. . . Antibes , Toulon.
Ed arrière de cette première ligne de défense, nous trouyeroDsdeux cours d'eaux, le Rhône et la Saône, qui forment une seconde ligne de défense importante.La Saône peut permettre de résister encore à un ennemi qui aurait triomphé des obstacles de la première ligne. En ^8^ 4, les Autrichiens auraient pu être arrêtés par un adversaire intelligent. Lyon, Châlon et Auxonne défendent son cours, soutiennent les places de première ligne, et couvrent Paris au S.-E. Le Rhône est un fossé assez redoutable pour se défendre lui-même, et d'ailleurs l'invasion n'est pas à craindre de ce côté. Ce ne serait que dans l'hypothèse d'une retraite au delà de la Loire, que le Rhône, ayant derrière lui les Cévennes, la Loire, l'Allier et les montagnes de l'Auvergne, deviendrait pour la France une barrière importante qui CQUvrirait complètement le flanc droit des derniers défenseurs de l'indépendance nationale, et lui donnerait toute
(i) Toutes les routes qui traversent le Jura peuvent être facilement défoncées et rendues impraticables , parce qu'en général les montagnes du Jura sont composées de roches assez tendres.
DE LA FBANCE. 113
liberté d'agir contre l'ennemi venant de Paris sur Orléans, ou Nevers.
Notre frontière de Suisse, telle qu'elle est, serait excellente si, comme le proclament les traités de >I845, la Suisse était réellement neutre. En effet, si Tennemi, respectant la neutralité de la Suisse, ne peut envahir la France par Baie ou par Genève, qui sont, comme on l'aura remarqué, les deux clefs de cette frontière, l'ennemi est obligé de franchir ou le Rhin au N., ou les Alpes au S. de la Suisse, et dans l'un et Tautre cas, il a peu de chances de succès. Mais les alliés ont violé la neutralité de la Suisse en ^844, sous de vains prétexteSy'^et ils retrouveraient toujours des raisons aussi mauvaises pour la violer de nouveau, s'ils le jugeaient à propos, surtout s'ils étaient victorieux. Les avantages immenses qui résulteraient pour nous de cette neutralité, ne nous seraient acquis que dans lé cas où la Suisse voudrait défendre son territoire menacé, pour nous en faire un rempart. Mais en arriverait-il ainsi dans le cas d'une nouvelle coalition victorieuse? Nul ne peut répondre à cette question. Seulement, il serait imprudent de compter absolument sur la neutralité de la Suisse , et de regarder le territoire comme invulnérable de ce côté.
S 5. FAOïmÈ&E DU SUD OU DES PTEÉIfÉES.
(Bassins de VÀdour, de la Garonne; de l'Aude , départe" ments des Basses-Pyrénées, des Hautes-Pyrénées^ de la Haute-Garonne, de VAriègey des Pyrénées-Orientales.)
Notre frontière des Pyrénées est sans contredit la meilleure ; mais, comme on le sait, le danger qui nous menace de ce côté est nul, à moins que l'Espagne, notre alliée naturelle, ne soit, par nos fautes, entraînée à se déclarer contre nous.
La limite est en général indiquée par la crête des Pyrénées; cependant, il. serait peu exact de s'en tenir à cette donnée générale. La limite de la France et de l'Espagne est tracée par
114 GÉOGBAPHIE HISTORIQUE
une ligne qui part du cap de Cerbèra sur la Méditerranée et suit la crête des Pyrénées (d'abord appelées n)onts Albères) (i) jusqu'aux sources de la Sègre; là, au lieu de suivre le faite de la chaîne, la ligne va un peu au sud, coupe la Sègre au-dessus de Puycerda, et rejoint à Touesl de cette ville la crête des Pyrénées, qu'elle suit jusqu'aux so^urcesde la Garonne ; à ce point, la ligne va à l'ouest, et laisse la vallée d'Arran et le cours delà Garonne, pendant trente kilomètres, à l'Espagne : après avoir coupé la Garonne, la ligne redescend vers le sud pour rejoindre le faite des montagnes, et le suit, ou à peu près, jusqu'aux sourcesde la Nive. Là, les Pyrénées, courant à l'ouest pour suivre la côte septentrionale de l'Espagne sur le golfe de Biscaye ; les t Pyrénées, disons-nous, ne servent plus de limite à la France.
Plusieurs contre-forts se détachent de la chaîne principale et courent au N.-O. Entre ces contre-forts se trouvent divers bassins, ceux de la Nive (affluent de PAdour), de la Nivelle et de la Bidassoa. La limite, à partir des sources de la Nive, suit un moment le contre-fort qui sépare les bassins de la Nive et de la Bidassoa, et après, tournant à l'ouest, elle suit une ligne arbitraire et contournée qui va rejoindre la Bidassoa à quatorze kilomètres environ au-dessus de son embouchure, et longe cette rivière jusqu'à la mer (2). Cette partie de la frontière est assez mauvaise, car la vallée de Bastan (sources de la Bidassoa) est à l'Espagne, ainsi que les vallées où naissent la Nive, la Nivelle et quelques-uns de îèurs affluents : de sorte que la chaîne principale des Pyrénées, ainsi que l'important contre-fort d'Atchiola avec les cols qui les traversent, sont à l'Espagne. « Malgré tout, cette limite, par la nature accidentée du terrain, permet de défendre pas à pas le sol national ; sous la républiquBi elle a résisté aux efforts des Espagnols, et si en 4844 elle a été si facilement forcée par Wellington, cela iieat à ua «n-
(r) insqu'au col du Pertus.
(2) Voyez, pour Tétude 4e cette frontière, les cartes des Pyrénées par ïomini. Guerres de la révolution, avec atlas.
DB hk FJUNGB. It^
iémblfl de faits et de circonstances qui ne ëe représenteront JA« maiS) sans nul doute (i).
Après ^indication du tracé de cette limite, nous devonâ étudier sa nature et ses divers moyens de défense. On est conveilti de diviser les Pyrénées françaises en trois parties : 4° les Pyràiéèsoîîentales, du cap de Gerbera au pic de Gorlitte; fy les Pyrénées centrales, entre le pic de Gorlitte et le mont Cylindre ; 5° enfin, les Pyrénées occidentales, depuis ce point jusqu'au col de Ooritty, où la grande chaîne, avant de courir à rouest, projette un contre-fort qui va se terminer a reinbouchure de la Bidassoa.
Les Pyrénées orientales sont traversées par deui routes. 4^ La route dé Perpignan à Figuères, par le col du Pertus : c'est la grande route de Paris à Barcelone , i Saragosse ^ à Madrid : de ce côté des Pyrénées , cette route est défendue par Bellegarde qui commande le col du Pertus , et en arrière par le BouloU. 2° La route de Perpignan à Urgel par le col de la Perché , défendue par Mont-Louis , Yillefranche et plusieurs autres forts.
Mont*-Louis et Bellegarde en première ligne et Perpigiu^ «n arrière sDnt les principales places fortes de cette partie 4e ia frontière. Disons encore que le pays est très^bien disposé pour la défense ^ et les belles campagnes des armées de la république contre les Espagnols sont là pour prouver cette assertion. En effet , on peut voir sur la carte que les Pyrénées forment notre première barrière: en arrière, se trouve le Tech défendu par Pratî de Mollo, Arles, Fort-les-Bains et Géret ; puis le ibassif du Grigou ; au-delà la Têt , et enfin Perpignan. Ges deux rivières servent très-bien à la défense du territoire contre un ennemi qui viendrait par la grande
(i) Toyes l'ouvrage du géiiéra)! Yaudoncoart sur la campagne de 1SI4 . Qudqoe les jugements de cet écrivaÎD nous paraissent trop sévères à certains égards, on doit le consulter, car il nogs parait avoir bien entendu le système de défense de cette frontière, et le rOle de Bayonne dans le bas d'une invattisii .
116 GÉOGBÀPHIB HISTOBIQUE
*TOute du col du Pertus. Mais la position peut être tournée par les sources de la Têt. L'ennemi qui aurait pris ou tourné Mont-Louis s'avancerait sur Perpignan par les rives de la Tét Cette partie de la frontière a pour sauvegarde Moafr- Lonis.
En supposant les Pyrénées forcées , Perpignan pris , la topographie du pays permet encore d'opposer de nombreux obstacles à l'ennemi. La Gly, les Corbières orientales, l'Aude, et le canal du Midi sont autant de lignes de défense dont on pourrait tirer parti pour arrêter l'invasion.
Les Pyrénées centrales se défendent elles-mêmes. Leur large base de i20 kilomètres Ja nature âpre de ces montagnes ne permet point à une armée de s'aventurer dans ces régions sauvages , et Toulouse est à l'abri de tout danger de ce côté. Nulle route praticable à l'artillerie ne traverse le massif des Pyrénées centrales. C'est à peine si les contrebandiers osent traverser les sentiers qui s'y rencontrent. Napoléon avait formé le projet d'y tracer une grande* chaussée qui unirait Paris et Madrid par Saragosse et Toulouse. Ce projet n'a jamais été exécuté et ne le sera sans doute jamais. Il est question cependant d'établir une grande route qui irait de Pau à Saragosse , par Oloron, le col de Canfranc, et Jaca. Cette route traverserait les Pyrénées occidentales dans un point où leur massif est encore très-large.
Les Pyrénées occidentales ne couvrent pas entièrement notre frontière. On a déjà vu quels étaient les vices de la limite du S.-O. Ouverte à l'invasion , elle n'est défendue que par les accidents du pays y et quelques mauvaises places mal situées. Bayonne et l'Adour, les Landes et la Garonne en arrière sont les vrais gardiens de cette partie de notre territoire. Il est d^autant plus à regretter que cette limite soit aussi mauvaise , qu'en cas d'une retraite derrière la Loire on pourrait être inquiété de ce côté; il est vrai que dans ce cas la Garonne serait une ligne de défense très-importante.
On conçoit que , frappé des vices de cette partie de la fron*
DS LA FBÀIICB. tl7
tière, Louis XIV ait cherché é y remédier. En effet, dans le traité de partage de la monarchie espagnole conclu ayec 6aillaume III, il s'était réservé la province de Guipuscoa qui lui donnait la crête des Pyrénées depuis les sources de la Nive (où nous la perdons) jusqu'à l'endroit où elle est traversée par la grande route de Paris à Madrid ; de là, la limite allant auN., rejoignait le golfe de Biscaye, et donnait à la France les places importantes de St-Sébastien et du Passage. La république, à la paix de Baie, essaya de réaliser ce projet, mais inutilement.
Examinons maintenant quelle est la défense des Pyrénées occidentales. Elles sont traversées par cinq routes : la grande route de Paris à Madrid , par Bayonne , St-Jean de Luz , Andaye, Irun , Vittoria, etc ; 2® la route de Bayonne à Pampelune par le col de Maya , la vallée de Bastan , Elisondo et le col de Belatte ; 5** la route de St-Jean-Pied-dè-Port à Pampelune par la vallée de Baigorry , la vallée des Aldudes et Çubîri ; 4" la route de St-Jean-Pied-de-Port à Pampelune , par Orisson , le col d'Ibagnetta , Roncevaux et Çubiri ; 5° la route d'Oloron à Jaca par le col de Canfranc, qui doit être agrandie et améliorée, comme nous l'avons dit précédemment.
Toutes ces routes partent ou aboutissent à Bayonne, qui est ainsi le centre de la défense de cette partie de notre territoire* L'Adour et ses affluents, la Nive, le Gave de Pau, le Gave d'Oloron, la Nivelle, qui coulent tous parallèlement, sont des lignes de défense assez bonnes , à cause des accidents de leurs yallées et des crues qui sont très-considérables en hiver.
Bayonne a pour postes avancés Andaye sur la Bidassoa , le fort du Socoa et le fort Ste-Barbe qui défendent St-Jean-de- Luz et l'embouchure de la Nivelle ; St-Jean-Pied-de-Port qui couvre la Nive ; enfin Oloron et Navarreins, mauvaises places, peu en état de défendre les gaves.
Ce qui vaut mieux que toutes les forteresses pour couvrir notre limite des Pyrénées, c'est une solide alliance avec l'Espagne. Depuis Mazarin, telle a été la politise de la France , et on ne saurait trop redire qu'il ne doit plus y
t|8 OfioGaiBSIH 9IIT09IQUB
avoir de Byeénées (t ), a'esH-ûife , que rG^pagQfi e| ta FrpppA
(i) u leeteur tera bien aise da trouTor ici aae aneedote rdttiya à l'atigim d^ ce inot célèbre et si ym : lorsque Philippe Y fut sur le poiut de quitter Versailles pour aller à Bfadrid, le marquis de Bedinar, ambassadeur d'Espagne, dit fort à propos que « ce Toyage devenait aisé, et que présentement les neiges des Pyrénées étaient fondues. »
(Mémoires de Dangeau , t. Il, p. 208, 16 noT. 1700.)
Louis XIV n*a jamais dit : Allez, mon fils, il n'y a plus cle Pyrénées. Le mot de Bedmar, commenté, agrandi et poétisé par Tintelligenoe nationale, est devenu : « Il iCy aplw de Pyrénées ! ^ et si on l'a attribué k Louis XIY, a'est qu'en réalité la grande politique de ce roi était admirablement r^Qinée p<|r ces paroles.
Dl LA. nAHGS. 110