S S. SOUS PHIUPPE-AU6USTE ET LOUIS VIII
4 . Ce fat sous le règne de ces deux princes que s'accomplit la grande lutte de la nationalité française contre les nationalités normande et provençale. Pendant que Philippe-Auguste luttait contre Richard Cœur de Lion, et son frère Jean sans Terre ^ pendant qu'il remportait l'éclatante victoire de Bouvines, qui assura la prééminence de la France sur la race normande, des chevaliers français allaient, sous la conduite du comte de Montfort, combattre les hérétiques du Languedoc, et, en détruisant l'hérésie, détruisaient aussi une nationalité brillante et vivace qui vint s'absorber à son tour dans la nationalité française.
2. Accroissements du domaine (2). — Philippe II agrandit tellement le domaine royal, que les contemporains le surnommèrent Auguste, du mot augere, augmenter. £n effet :
En 4496, Philippe-Auguste fait la conquête du comté d'Aumale ; en 4200, il le donne à Simon, comte de Dammartin, et en 4244, il le confisque.
En 4200, Amaury ÏII cède au roi le comté d'Évreux.
En 4204, la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Touraine, le duché de Guyenne sont confisqués sur Jean sans Terre et réunis au domaine; la Bretagne vassale du duc de Normandie, ainsi que les fiefs relevant du duché de Guyenne, relèvent directement du roi de France.
En 4204, le comté de Meulent est réuni à la couronne, à la mort du dernier comte.
En 4242, le comté de Boulogne est confisqué sur le comte Renaud, allié des Anglais.
En 4245, le comté d'Auvergne est conquis sur le comte
Gui.
En 4245, le Yermandois , le Valois et une partie de TA-
(t) Voy. la carte n" 13.
(a) on sait peu de chose sar les réanions des fiefs avant Philippe-Angnste, parce que son cbartrier fut perdu dans la déroute de Bellefoge, en ] 194,
tâQ ' GÉOGBAPHIE HISTORIQUE
miénois sont réunis à la couronne par suite du traité conclu en^i85 avec Philippe, comte de Flandre.
En 42I8, le comté de Clerraont, en Beauvaisis, est réuni au domaine après la mort du comte Thibaut le Jeune.
En 4225, à la mort du dernier comte, Robert IV, Alen^ çoD est réuni à la couronne.
Le P. Dgniel mentionne, d'après MM. de Saipte-iMartthe (i), la réunion de plusieurs petites seigneuries, telles quQ la châtellenie de Passi, Nogent, Érembert, les geigpQiirkig de Cliarroux, Linières, Bornez, Domfront.
5. Apanages. — En >I248, le comté de Clermqpt en Beau* vaisis est apanage 4 Philippe Hurepei , fils de Philippe-Auguste.
En 4225, le comté de Boulogne est apanage m même Philippe Hurepei.
En 4245, Pierre Mauclerc, de la majson capétienne de Dreux, épouse Alix, fille et héritière d'Arthur, dpc de Bretagne, et neveu c|e Jean sans Terre, établit ainsj uqe dyn^rtie capétienne en Bretagne , et enlève aux PUpt^genetg leur der* nier trône français.
4. Changements principauco survenus dans les fief9> -^En 4225| la comté de Bar-sur-Seine est acheté par les comtes d$ Champagne et réuni à leur domaine.
§ 6. sous SÂirrr louis. (4226-4270.)
4 . Philippe-Auguste avait réparé les fautes de son père en détruisant la puissance des Plantagenets; il avait assuré la prééminence du génie français sur les diverses nationalités qui luttaient contre lui. 11 déploya autant d'habileté dans l'admi* nistration des pays conquis qu'il en avait mis à les conquérir. Il fallait assimiler ces races hétérogènes , les préparer par ud long travail à devenir françaises. Il imita la politique du sénat romain. Rien n'est plus frappant que la ressemblance de l'histoire de Rome conquérant et s'assimilimt le? peuplades
(i) Hist. généalog. (Je la jnaison de france.
DB LA FBÀNCB. 131
du Latium, avec celle de la France conquérant et s'assimilant les principautés féodales de son territoire.
Philippe^Auguste ne changea pas la condition des pays con-* qui». « Par une méthode habile, qui en général fut suivie de^ puis, et qui facilita les conquêtes de la monarchie, il ne fit que se BQl>3tituer au souverain précédent , prit^ ses don^ainea personnels, occupa ses châteaux dans lesquels il mit garpison, et s'appropria ses t^ulres droits (i ). »
Plus tard» on devait soumettre à une même loi ces divers ses proyinc^s.
Le rôle de saint Louis , dans ctîtte lente mais persévérante politique , consiste à donner la sanction du droit aux eonquâ* tes de son père et de son aïeul. Il signe poiir cela quatre traités : deux avec le Languedoc, un avec TÂragop, et un aveo l'Angleterre. Ces traités nous valent plusieurs acquisitions importantes; ils nous font perdre quelques provinces , mais ils copsacrept à jamais le droit 4e la France sur celles qui lui restent.
\^ premier traité fut epnclp en ^229 avec le comte dd Toulouse à Paris. (Il fut renouvelé en ^245.) Le traité de Parif t^mine U guerre des Albigeois , fiiit trioqfipber le eathaii» cisme sur Fhérésie et soumet la nationalité provepçalp à \% nationalité française. Telle est Tœuvre de la reine Blanche.
Par ce traité, Raymond VII, comte de Toulouse, cède h la France les diocèses de Carcassonne, de Narbonpe, d^ Péziers, d'Agde, de Maguelonne, delSînies, d'Uzès, de Viviers, le Razès, le Velay, le fiévaudan, le coipté de Lodève, TAIbi-r gçois situé à la droite du Tarn, et I4 terrç du ^laréchal, sifp^ée dans le diocèse de Mirepoix.
Il ne garde que le comté de Toulouse, FAgénois, le fioi|§rgue, )ç {^uercy, sauf Cahors^ et la partie de l'Albigeois sj^uép à la gauche du Tarn , à condition qu^ ces proyinoes fQfpie* raient la dot de Jeanne, sa fiile, destinée à Alphonse » quatrième fils de Louis VIII. Le marquisat de Provence ou comtat
(1} Mignet, loc. cit., p. 606,
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Venaissin fut cédé au pape, qui en donna la garde au roi de France. En 4257, Jeanne épousa Alphonse, et en ^1249, a la mort de Raymond Vil , Alphonse devint comte de Toulouse. En 4246, saint Louis compléta la ruine de la nationalité provençale par la conquête de la Provence et le mariage de son frère , Charles d'Anjou , avec Béatrix , héritière de la Provence, accrue depuis 4209 du comté de Forcalquier.
Le vicomte de Béziers , Amauri Trencavel , dépossédé de ses fiefs en 4222, pendant la croisade, céda ses droits sur les pays conquis, moyennant 500 livres de rente (4247). Amauri possédait les comtés de Carcassonne, de Béziers^ d'Agde, de Razès, d'Albi et de Nîmes.
Le roi d'Aragon (traité de Corbeil, 4258) céda également à saint Louis ses droits sur le Languedoc.
En 4259, saint Louis, vainqueur de Henri III, roi d'Angleterre, signa avec lui le traité d'Abbeville (i), par lequel il rendait à Henri III le Limousin , le Périgord, les revenus de l'Agénois (a), le Quercy, et la partie de la Saintonge enclavée entre la Charente et FAquitaine, Bordeaux, Bayonne, la Gascogne , à condition qu'il fera hommage au roi de France en qualité de duc et pair de Guyenne ; enfin la suzeraineté du Bigorre et de l'Armagnac.
Henri III , de son côté , renonçait à tous ses droits sur la Normandie, l'Anjou, le Maine, le Poitou et la Touraine.
En outre, saint Louis rendit, en 4250, le comté d'Aumale à Simon, et le comté d'Auvergne ou de Clermont à Guillaume X, fils de Gui. Il ne garda que la terre d'Auvergne.
Enfin, en 4259, le comté de Mâcon, vendu à saint Louis par Alix et Jean de Braine, fut réuni au domaine royal.
2. Apanages. — A mesure que la royauté s'emparait d'une province , elle remplaçait la dynastie féodale par un prince capétien. C'était l'usage alors de donner un apanage ou une
(x) Voy. Texcellente Histoire de saint Louis, par M. de Villeneuve -Trans, t. m, p. 18.
(a) L'Agénois ne ftit rendu au roi d'Angleterre qu'en 1279. Dumont, Corp, diplom. ,t. I,p. 342.
DE LÀ FBANCE. 138
dotation aux fils puîùés des rois, puisqu'on ne partageait plus la monarchie entre les divers héritiers, comme on Payait fait pendant le règne des Mérovingiens. Cet usage compromettait l'unité de la France, mais facilitait beaucoup l'assimilation de» provinces conquises. En effet, les dynasties capétiennes, « en remplaçant les anciennes dynasties nationales dans les provinces, y transportaient la noblesse, la langue et les mœurs de la France centrale. Leurs liens de parenté avec la dynastie mère, et la subordination plus exacte qu'elles observaient envers elle, devaient rattacher peu è peu les pays qui leur étaient dévolus à la France, appelée à les posséder en cas d'extinction des familles apanagées. Saisis, en outre, de l'am* bitioo commune à la race dont elles sortaient , ces familles cherchèrent à s'étendre , et en général leur agrandissement profita par réversion à la couronne (i). »
Mais si les apanages furent un moyen de consommer par degrés et sans secousses violentes la ruine des nationalités locales ; si les familles apanagées agrandirent leur puissance et augmentèrent ainsi la grandeur de la France, il faut dire aussi que Tabus des apanages devait reconstituer une nouvelle féodalité, non moins dangereuse que celle que l'on venait de détruire.
Saint Louis donna un assez grand nombre d'apanages à ses frères et à ses fils.
£n 4237, l'Artois fut apanage à Robert, second fils de Louis VIII.
En i24iy le comté de Poitiers, la terre d'Auvergne (12), une partie de la Saintonge , l'Aunis , l'Albigeois, situé à la droite du Tarn , sont apanages à Alphonse , quatrième fils de Louis Vin.
En 4246, l'Anjou et le Maine sont apanages à Charles, troisième fils de Louis VIII.
(t) Mignet, loc. cit.^ p. 610.
(a) Composée de Vic-le-Comte, Mirefleur, la Chypre , Besse; Clavières, Moi|t< redon , Artonne 9 Lezoux , Hiom.
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£jH268, le comté d'Alençon et le Perfche sont apanages à Pierre^ cinquième fils de saint Louis.
En ^269, le comté de Clermont en Beauvaisis, réuni à la couronne en 4258, après la mort de Jeanne , fille de Philippe Hurepel , est de nouveau apanage à Robert, sixième fils de saint Louis, tige de la maison de Bourbon.
5i Changements dans les fiefs.— En 4229, la seignburîe de Castres ^ dans l'Albigeois , est créée en faveur de Philippe de Montfdrt.
En 4257, le comté de Chalon-sur-Saône est réUni au duehé de Bourgogne.
Èîi 4254, le pape rend au comte de Toulouse, Haytnoiidj le mërquisat de Provence, qui ne se composait alors que du comtat Venaissin et des diocèses de Saint-Paùl-Trois-Châteaiix et d'Orange.
En 4 249 , Alphonse et Jeanne , sa femme , succèdent à Rayiïlond dans le comté de Toulouse, qiii comprend alors le Toulousain , l'Agénois, le Quercy, le Rouergue, le niarquisat de Provence et l'Albigebis , situé à la droite du Tarn, qu'Alpht^nse possédait depuis 4244 .
Le reste du comté de Toulouse était ail domaine royal dë^ puis 4 229, et formait deux sénéchaussées.
§ 7. DEPUIS SAINT LOUIS JUSQu'a PHILIPPE VI. (4270-4550,)
N*^ 4 . Philippe III. (4270-4285.)
4 . Accroissements du domaine. — En 4 274 j apirès la iriort d'Alphohse et de Jeanne , le comté de Toulouse (comprenant Toulousain , Rouergue , Albigeois à la droite du Tarn , Agénois , Quercy , marquisat de Provence ou comtat Vendissin) est réuni ad doibaine, ainsi que le comté de Poitiers, la terre d'Auvergne, TAunis, une partie de taSaintouge qui formaient l'apanage d'Alphonse.
En 4 284 , le comté d'Alençon et le Perche sont réunis après la mort de Pierre d'Alençon.