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IV. — Les stations d'altitude

Jean-Jacques Rousseau s’étonnait déjà que « les bains de l’air salutaireet bienfaisant des montagnes ne fussent pas un des grands remèdes de la médecine et de la morale ». Le vœu du grand écrivain est maintenant exaucé. Des milliers de citadins viennent chaque année fortifier la santé de leur corps, sinon leur morale, sur les montagnes ou dans les hautes vallées de la Suisse. Les simples touristes viennent visiter Râle, riveraine du Rhin ; Zurich, l’Athènes helvétique, où la Limmat épanche des eaux vertes dans le cristal d’un lac d’une incomparable beauté; Lucerne qui se mire dans la Reuss, au déversoire du lac des Qualre-Cantons ; Berne qui baigne son pied dans I’Aar; Lausanne qui regarde le Léman du haut d’une ravissante colline ; Genève où le Rhône, torrent hleu, s’échappe d’un lac d'azur.

D’autres viennent chercher en Suisse un climat éminemment stimulant, réconfortant et tonique. Sur les hauteurs, en effet, la respiration est plus ample, la poitrine et les poumons se dilatent, l’appétit augmente, la digestion est plus rapide, la nutrition est plus active, ■ les globules rouges du sang augmentent, grâce à la plus grande absorption d'oxygène, par suite de la dimi- 3 nulion de la pression atmosphérique. « Les grandes altitudes, disent IL et R. Weber, peuvent être utiles aux malades atteints d’anémie cérébrale ou d’épuisement provenant de surmenage, de vie dans un air confiné, ï de manque d’exercice, de tracas, ou qui sont affectés j d’atonie des différentes fonctions produite par ces i causes; elles conviennent aux convalescents de maladies aiguës, aux personnes atteintes d'affections paludéennes,

LES STATIONS d’ ALTITUDE

de cachexie des pays chauds, de glycosurie chronique, de polyurie nerveuse (diabète insipide), dans certains ■ cas d’asthme, de goitre exophtalmique, d’anémie sans complications, de tuberculose pulmonaire au début, de sueurs abondantes résultant de l’état de faiblesse de la peau. Ces localités pourtant, surtout celles qui sont très 'élevées, doivent être évitées par les malades atteints d’hypertrophie du cœur très prononcée, accompagnée ou non de lésions des valvules, de modifications alhéroi mateuses et scléreuses du cœur et des artères, d’emphysème pulmonaire, d’albuminurie, d’excitabilité ner- ’veuse et de folie ».

Nous n’énumérerons pas toutes les stations d’altitude de la Suisse où peuvent se rendre les valétudinaires. 'Elles sont nombreuses: nous en avons déjà cité quelques—unes dans le paragraphe précédent en étudiant les eaux minérales de la Suisse ; d’autres sont célèbres dans le monde entier : tel le Righi. « Grâce à son complet isolement, aux lacs et aux plaines qui le limitent à sa base, à l’hémicycle de cimes neigeuses qui l’entoure à 1 est et au sud, le Righi est un admirable observatoire naturel, et c est par dizaines de mille que les voyageurs s y rendent chaque année pour contempler au soleil levant l’amphithéâtre des grands massifs et des chaînes secondaires. Tout un réseau de chemins de fer, d’une construction spéciale, a été tracé sur les escarpements et et permet, même aux invalides, de jouir des plus beaux points de vue ; en été, le sommet de celte montagne est plus animé que bien des villes et les fils télégraphiques tendus de ses hôtels aux cités d’un bas entretiennent une communication incessante entre les voyageurs et les gens de la plaine ». (E. Reclus).

E<‘ 1 i lato, dont les deux pypam ides aiguës se découpent lans le ciel au midi de Lucerne, est, lui aussi, devenu,

LA SUISSE

grâce à son chemin de fer à crémaillière, un des belvédères les plus fréquentés du monde. Faut-il encore citer Lauterbrünnen, le pays des claires fontaines, Miirren et Wengernalp que domine :

... La Vierge immense, la Jungfrau

Qui ne livre son front qu'aux baisers des étoiles ;

Grindelwald avec les hauteurs de la Scheidegg que domine toujours le front glacé de la Vierge, avec, perles d argent a sa ceinture, les cimes neigeuses du Silberhorn et du Schneehorn ; et tant d’autres lieux connus où les valétudinaires peuvent venir respirer l’air vivifiant des monts, se griser de l’arôme subtil des forêts.

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