II. — Pathologie
Trois maladies caractérisent la pathologie indo-chinoise : la malaria, la dysenterie et l’ulcère delà Cochinchine. Celle dernière affection frappe surtout les Annamites, mais les Européens n’en sont pas entièrement exempts. Elle débute ordinairement par une piqûre de mouche ou une pustule d’ecthyma qui devient le point de départ d’une ulcération qui devient pulpeuse et grisâtre ; celle-ci s’étend en surface et en profondeur; atteignant jusqu’aux os. L’aspect delà plaie a la [dus grande ressemblance avec celui de la pourriture d’hôpital. L'humidité, la chaleur et la malpropreté favorisent son développement.
Les enlo/.oaires sont très fréquents chez les indigènes.
Le choléra fait de fréquentes apparitions.
L’endémie lépreuse sévit dans toutes les parties de l’I n do* Chine française. Elle se cantonne de préférence
PATHOLOGIE
dans les régions surpeuplées qui avoisinent l’estuaire des grands (louves. Elle occupe deux foyers principaux : le méridional couvre toute la superfice de la Cochiuchine, terrain d’alluvion sillonné par les liras multiples du lias- .Mékong et de la rivière do Saigon ; le foyer septentrional ou tonkinois a pour limites le delta du fleuve Rouge.
Le long de la côte d’Annam, sur l'étroite bande fertile comprise entre la ligne de partage des eaux et Je littoral, la population est nombreuse et la lèpre très commune. Ce foyer accessoire, de forme rubannée, établit la continuité entre le foyer du nord et le foyer du sud.
I.e Cambodge, région basse et marécageuse, en majeure partie couverte de forêt, est fort peu peuplé. Les marges de cultures ne dépassent guère les rives du Mékong et de ses affluents. Si l’on excepte les centres importants, la lèpre y fait beaucoup moins de victimes que dans la Cocbincbine, l’Annam et le Tonkin.
Dans le Laos français, où 800.000 hommes tout au plus sont disséminés sur un immense territoire, la lèpre ne forme que des îlots insignifiants.
Les moustiques et les scorpions pullulent dans presque toutes les régions et ils ne comptent pas parmi les moindres inconvénients du pays. Ils mettent les habitants, et surtout les Européens, à la torture.
Les montagnes de l’fndo-Cbinè où l’on avait d’abord songe a établir des stations de convalescents, sont plus insalubres que les régions maritimes, bien cultivées, épurées et rafraîchies par les brises de la mer. [/insalubrité des montagnes est surtout due h l'accumulation des détritus animaux et végétaux, résultat de la densité excessive de la végétation. « Dans les grands buis sauvages et déserts qui couvrent la chaîne annamiti, un
INDO-CHINE FRANÇAISE
est tantôt enveloppé de vapeurs chaudes et amollissantes, tantôt pénétré d’une humidité si fraîche qu’elle donne le frisson ; en même temps on est en quelque sorte grisé par les odeurs âcres qui se dégagent du sol, des feuilles mortes, des innombrables herbes, arbustes ou arbres, au milieu desquels serpentent les étroits sentiers des indigènes ou les tracés des éléphants. » (De Lanessan).