THIBET
fanf, malgré les créles blanches de ses monts, la neige ne tombe pas en grande abondance au Thibet où le vent l’emporte dans les ravins, où le soleil la fond si c’est en été. La zone des neiges persistantes ne commence qu’à plus de cinq mille mètres d’altitude.
Pourtant le climat du Thibet est très rude et la sécheresse de l’air y est extrême. En hiver, tous les lacs, tous les cours d’eau sont gelés. Pendant les mois de juillet et août, les caravanes trouvent souvent les eaux gelées au passage des cols, et sont obligées, pour boire, de faire fondre la neige. Un coup de vent suffit pour refroidir subitement l’atmosphère et congeler les rivières et les lacs. Hue raconte qu’en traversant sur la glace leMourou, dans la partie supérieure de son cours, il aperçut de loin une cinquantaine d’objets informes et noirâtres, rangés en file a travers le fleuve. En s’approchant, il reconnut des bœufs sauvages qui, ayant voulu franchir le courant, avaient été brusquement saisis par la glace ; la position des corps dans l’altitude de la nage était parfaitement visible sous le cristal transparent; leurs belles têtes, surmontées de grandes cornes, étaient restées à découvert ; mais les aigles et les corbeaux leur avaient arraché les yeux.
« Le rayonnement de la chaleur vers les espaces, à travers le ciel clair, contribue singulièrement à refroidir la région des plateaux, et, pour les voyageurs, les froids sont d autant plus redoutables que le combustible manque presque complètement : à grand peine trouvet-on çà et là quelques broussailles, si ce n’est dans les campements privilégiés ; il faut parfois faire provision e bouse de yak, le a kieoua » des Tliibélains. Heureusement, les nuits sont presque toujours calmes; le froid étant uniforme, aucun foyer d’appel n’attire alors les courants atmosphériques ; mais, pendant le jour, lorsque
CHINE
le soleil éclaire les plateaux et que les dépressions restent dans l'ombre et dans le froid, des vents formidables balayent la surface du sol en soulevant des tourbillons de
poussière ; tous les voyageurs parlent avec elîroi de ces tourmentes ». (K. Reclus).
En somme le climat du Thibet est sec et rigoureux, avec de grands écarts de chaud et de froid, une faible quantité de neiges et de pluies. La force des moussons du sud s’épuise en averses et en tourbillons dans les vallons de l’Himalaya. « Toutefois, la région du Thibet oriental, vers laquelle s’avance en demi cercle le vaste golfe du Bengale, participe déjà du climat des Indes : les vents pénètrent dans ces contrées par les brèches des monts, là bien inférieurs en altitude à ceux de l'ouest, et déversent leurs pluies en abondance, surtout pendant la saison de « yirrli », c’est-à-dire de la pluie, qui comprend les trois mois d’août, de septembre et d’octobre ». (E. Reclus).
Les inconvénients principaux du climat du Thibet sont dans le froid extrême, car le thermomètre descend souvent à— 30°; la grande sécheresse de l’air et sa raréfaction. On y souffre facilement du mal des montagnes. Pour empêcher la peau de se fendre et de se gercer, les habitants sont obligés d’enduire leur visage de graisse.
Dans beaucoup de hautes vallées thibétaines les crétins sont nombreux; la lèpre aussi est commune sur le plateau.
Lhassa, la capitale du Thibet, le « séjour de la divinité », compte environ 30.000 individus qui journellemeut murmurent la formule sacrée : Om mani padmé haun (Dieu ! Le joyau dans le lotus ! Amen !). La ville élève ses temples et ses maisonsà35G6 mètresd’altitude. Elle est entourée d’une ceinture de feuillage et de (leurs. Les rues sont larges et bien alignées ; les mai-