I. — Climatologie générale
Située dans la partie centrale de la zone tempérée arctique, l’Algérie a un climat chaud, mais considérablement modifié par la constitution physique du pays. Aussi ce climat est très différent dans ses diverses régions.«Sur le littoral, la chaleur est intense et prolongée, le froid très exceptionnel, les pluies rares en été, fréquentes et abondantes en hiver. Dans les régions monluouses la température s'abaisse en raison directe de l’altitude et de l’orientation ; les versants et les vallées dirigés vers le nord ont un climat froid ou tempéré ; il y tombe souvent de la neige qui persiste pendant plusieurs mois sur les hautes sommités. Les versants méridionaux et les déserts ont un climat brûlant pendant la majeure partie de l’année, sauf à l’époque des pluies. » (Lombard).
Le littoral ou « sahel » jouit d'un climat délicieux, tempéré suivunt les heures par la brise de terre ou la
brise de mer. liônc, Pbilippeville, Rougie, Alger, Oran vivent sous un ciel lumineux et indulgent. Mais loin de la côte, dans l’intérieur du « tell » ou de la plaine, le climat devient plus extrême. Il y a parfois en élé des semaines terribles où sous les ardeurs d’un soleil luisant la température monte à 45°, avec des nuits sans un souille d’air. Par contre, en hiver,, des vent glacés tombent des sierras et la neige descend du ciel sur des villes qui touchent au Sahara et où l'on grelotte sous 5, 8, 10 et même 12 degrés de froid.
Heureusement « l’Algérie a ces trois sauvegardes: la Méditerranée dont la brise est fraîche et rassemble peu de nuages, le désert le plus sec du nord, et le tell, escalier de plateaux. A deux pas d’un rivage où le dattier grandit, près des villes qu embaume 1 oianger, des prairies montent jusqu’à la lisière des chênes, des pins et des cèdres hantés par de blancs hivers. » (0. Reclus).
En général le climat de l’Algérie est chaud et sec de juillet à octobre ; la pression atmosphérique est alors faible, les courants d’air bas, l’atmosphère transparente, le ciel sans nuages, les jours presque sans aurore et sans crépuscule, les nuits claires avec d abondantes rosi t s. D’octobre à juin, l’on observe des rafales du nord et du nord-ouest, la pression atmosphérique est forte, les vapeurs venant de la mer crèvent en pluies torrentielles dans l’intervalle desquelles l’atmosphère reprend toute sa sérénité.
En résumé deux saisons : celle des pluies de novembre à avril, amenées parles vents d’ouest et du nord-ouest, irréguliers et variable ; celle de la sécheresse, d’avril à novembre, pendant laquelle la pluie est rare, avec des vents du nord-est ou du sud est : ce dernier est le vent du désert, « l’empoisonneur», le «simoun «.Ainsi 1 aii
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froid de l’Atlas descend vers le Sahara, et l’air brûlant du Sahara monte vers l'Algérie.
Quand souille le simoun ou siroco, des courants de feu traversent l'atmosphère, aspirant l’humidité, desséchant l’air et le sol. L’homme est haletant, la peau et les narines sèches, la langue brûlée; les animaux tournent le dos au vent et plongent leur museau dans le sable pour y chercher quelque fraîcheur ; les plantes ellesmêmes se tordent, jaunies et séchées. Alors ce n’est plus de l’air qu’on respire mais delà poussière, une poussière fine comme du brouillard, et chaude comme un bain de vapeur. Les rayons du soleil, engagés dans ce milieu réfractaire, y produisent un nimbe immense, dont le ton rutilant, plus encore que l’éclat, abîment les yeux.
IL — Pathologie algérienne.
La malaria se fait surtout sentir le long des grandes vallées, particulièrement celle du Chélilîet de la Mitidja, le long du littoral, surtout aux embouclnires des petits cours d’eau à bord fangeux tels que l’IIaraeh, l’Ilamis. la Righaïa, etc.
Parmi les régions les plus insulubres, on peut signaler, dans la province d’Alger : le lac d’AIIoulah et les bords de la Chilla ; dans la province d’Oran : les plaines du Sig et de l’IIabra ; dans la province de Conslanline : la plaine de Seybouse (environs de Rêne) et le lac Fezzara. Sur les hauts plateaux qui succèdent au tell la malaria est beaucoup plus rare, de même que dans les oasis du sud.
Grâce à la mise en valeur du sol, à la culture intensive, aux travaux d’assainissement, l’Algérie a été cor-
sidérablement assainie et les fièvres palustres sont beaucoup moins redoutables qu’aulrefois.
A côté de la malaria, on constate quelquefois des cas d’infection lypbo-malarienne et de fièvre méditerranéenne ou fièvre de Malte.
La dysenterie règne à l’état endémique en Algérie, surtout eu été. Elle se complique assez souvent d’abcès du foie. La variole est encore une cause fréquente de mortalité en Algérie. Cela tient en grande partie à la répugnance des indigènes à se faire vacciner et aussi à la pratique non encore abolie de la variolisation. « Dès que les Arabes voient survenir micas de variole de Dieu, c’est-à dire un cas sporadique léger, écrit J. Brault, ils s'empressent de provoquer la maladie chez tous les enfants de tout un douar ou de tout un quartier; c’est ainsi qu’ils déterminent des épidémies épouvantables. D’habitude, pour varioliser, les indigènes prennent le pus des pustules de variole bénigne et l’inoculent au dos de la main, dans le premier espace interdigilal ; la première épine de cactus venue leur sert de lancette. Cependant, ils s’y prennent parfois de manière moins médicale ; ils font par exemple coucher le sujet à immuniser dans le lit d’un varioleux, ou bien ils font boire au patient des croules délayées dans du lait ».
La cécité était et est encore très répandue chez les Arabes. Lors de mon arrivée à Alger, je fus frappé du grand nombre d’aveugles qu’on rencontre dans les rues. A Biskra, et surtout dans l’oasis voisine de Sidi-Okba, ils sont plus nombreux encore. Beaucoup d’enfants arabes naissent avec des ophtalmies purulentes. Comme on ne leur fait suivre aucun traitement, un grand nombre restent aveugles. De plus, par suite du manque de précautions hygiéniques, la contagion est très facile par les linges, les vêlements, les doigts qu’on prend ra-
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renient la peine Je laver, et surtout par les mouches.
Les conjonctivites et les ophtalmies granuleuses sont également très répandues. J’ai remarqué qu’à Sidi-Okba, sur vingt indigènes, dix au moins avaient de la conjonctivite. L’éclat du soleil, les tourbillons de poussière soulevés par le vent ont une importance étiologique, à côté de la contagion, dans la genèse de ces affections.
La lèpre n’est pas encore éteinte en Algérie. D’après Geiny et Raymond, c’est surtout sur le littoral et en Kabylie que les lépreux ont été signalés.
Sur le littoral, à Oran, Cherchcll, Alger, Bougie, la lèpre est importée d’une façon continue par les Espagnols venus des provinces de Valence et d’Alicante où existent encore des centres lépreux. Dans l’intérieur de la colonie, les lépreux qu’on rencontre sont d’origine indigène, autochtone, et les foyers n’ont actuellement
aucune tendance à s’étendre.
Em. Legrain assure que les accidents d’ergotisme sont assez fréquents parmi les populations misérables du nord de l’Algérie. Pour lui, l’ergotisme doit être suspecté, non seulement dans les gangrènes des extrémités, fréquentes en Kabylie, non seulement dans les prurits d automne, dans les cas de cataracte double, dans les dermatoses atypiques, bulleuses, gangréneuses, desquamatives, mais encore dans certaines cachexies qualifiées, avant tout examen sérieux, de cachexies paludéennes, dans les intoxications et infections intestinales, dans les formes anormales de la dysenterie, dans ces états putrides, apyrétiques, mal définis, qui déroulent si souvent le diagnostic du médecin exerçant en pays Kabyle.
La syphilis est très grave et très fréquente chez les indigènes ; chez les Européens, elle est aussi plus sévère que dans les pays tempérés. Quant au chancre mou, on e rencontre chez les indigènes avec une fréquence
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surprenante et il se complique assez souvent de phagédénisme. J. Brault ne voit pas de différence entre ce phagédénisme et l’ulcère des pays chauds.
Les affections cutanées sont également très répandues en Algérie. En raison de la chaleur qui provoque des sueurs profuses incessantes, en raison de la poussière soulevée principalement par le vent du sud, les irritations et les infections des téguments externes se montrent avec une fréquence inouïe; les érythèmes, l’intertrigo, les miliaires, la furonculose frappent une grande partie de la population en été.
L’éléphantiasis, bien qu’en voie de régression, se rencontre encore assez fréquemment chez les Juifs d’Alger.
L’indigène algérien, et surtout le nègre, ont une prédisposition marquée à la production des chéloïdes. Ces chéloïdes se développent chez eux à la suite de lésions de toute nature : ulcérations tuberculeuses, syphilitiques, lépreuses, application de ventouses scarifiées, tatouages. En outre, elles sont souvent accompagnées de dyschromies cutanées.
Le clou de Biskra se rencontre à Laghouat, Tuggurt, dans les Zibans, et même dans le nord de la Tunisie et de l’Algérie.
Les tamias, surtout le tamia inerme, sont fréquents. La trichine, la filaire et la bilharzie existent aussi et se rencontrent quelquefois.
Quant à la phtiriase, elle est pour ainsi dire universelle.
Dans certains cantons de l’Algérie, dit E. Legrain, principalement dans le sud, les coiffures' monumentales des femmes, agrémentées de tresses de laine multicolores, recèlent à foison le pou de tête ; la chevelure de l’Ouled-Naïl des oasis sahariennes est un réceptacle sans pareil : on trouve souvent chez elle tout le cortège d'ac-
PROVntCE d’alher
cidents cutanés, imputable à la multiplication exagérée de ces parasites : éruptions vésieuleuses, pustuleuses, etc., dont la sécrétion visqueuse colle les cheveux et répand une odeur fétide.
Le pou du corps foisonne chez presque tous les indigènes, dont le burnous en renferme souvent de grandes quantités. Il est presque impossible d’échapper à ce parasite après un séjour de quelques minutes dans un lieu fréquenté par les indigènes, café maure, tribunal, etc. Le pou du corps détermine très souvent chez eux une mélanodermie assez intense, qui dure quelque temps encore après la disparition de la cause qui l’a produite.
Lutin, malgré la coutume des indigènes des deux sexes de se raser les poils du pubis, le morpion est un de leurs hèles habituels.
Parmi les animaux venimeux, la tarentule et la grandi? scolopendre ne produisent le plus souvent que des accidents insignifiants. La piqûre des scorpions, bien que plus dangereuse, ne tue guère que les petits animaux.
Parmi les vipères, deux sont particulièrement redoutables : le céraste ou vipère à cornes, qui a des habitudes nocturnes, et existe surtout dans la région saharienne; le naja, plus redoutable encore, se renconlre dans le sud est de Biskra et dans le sud tunisien.
1IL — Province d’Alger.
Kl-Djezaïr étage ses maisons blanches sur la raide colline du üouzarea, bien exposée aux vents du large, ce qui donne au régime anémométrique une importance capitale dans la distribution de la chaleur, de l’humidité
el de la pression atmosphérique. Le vent du sud ou siroco est adouci par le voisinage de la mer. Ses hivers sont d’une douceur exceptionnelle.
Dès le xm° siècle, Ahou-Mohammed-el-Abderv, le maure de Valence, écrivait : « C’est une ville qu’on ne peut se lasser d’admirer et dont l’aspect enchante l’imagination. Assisenu bord de la ruer, sur e penchant d’une montagne, elle jouit de tous les avantages qui résultent de celle position exceptionnelle : elle a pour elle les ressources du golfe et de la plaine ».
A Alger la température moyenne de l’année est de -t- 20", 0 ; les températures extrêmes sont de -+- 35° à -b 40° en été el de — 2° à — 3" en hiver. La température moyenne relevée pour chaque mois a été de 15°, 3 en janvier, de 15° en lévrier, de 15°, 5 en mars, de .17", 8 en avril, de 20’, 0 eu mai, de 23°, 9 en juillet, de 27°, 8 en août, do 26°, 3 en septembre, de 23°, 2 en octobre, de 1 1)°, 1 en novembre el de 10° en décembre.
On a recommandé Alger comme station d’hiver pour les tuberculeux, en raison de la douceur et de l’égalité de son climat. Mustapha est en hiver un séjour délicieux. La température d'hiver y est do -t- 12°; la végétation est très abondante ; l’air n’est pas sec, mais humide. Toutefois l’humidité moyenne n’est pas trop grande. La pluie a lieu comme dans les zones tropicales, elle se manifeste par des averses de peu de durée. 11 n’v a pas de journées pluvieuses dans le vrai sens du mot et le malade peut toujours sortir, ne fût-ce que pour quelques heures. Dans les environs il y a de belles forêts de chênes où l’on peut se promener à l'ombre, en plein hiver. On se croirait dans une région tropicale. Mais, le soir, la température se refroidit rapidement.
Les inconvénients que présente Alger c’est qu elle c^t exposée du nord ù la mer au lieu d'être abritée comme