‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 100 sur 288 · CHAPITRE V. — FRONTliRE DU JURA OU FRONTIÂRE SUISSE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — FRONTliRE DU JURA OU FRONTIÂRE SUISSE

trichien, qui s'était d'abord avancé jusqu'à Chambéry et jusqu'à Tlsère, le ramenaient jusqu'à Genève et allaient s'emparer de cette ville, quand la retraite du corps principal les força à renoncer à Toffensive. La conduite si énergique de ces deux généraux contraste avec les lenteurs du duc de Castiglione, qui trompa en cette occasion les espérances fondées sur sa vieille réputation.

Ltîgnen de défense du plateau suisse. — Dans le cas où la neutralité suisse serait violée par l'ennemi, il faudrait, comme nous Tavons déjà dit, nous porter en avant, le précéder aux principales lignes de défense du plateau suisse; car

le Jura, bien que présentant du côté de la Suisse de fortes pentes d'un abord souvent difficile, forme une ligne trop longue, est traversé par un trop grand nombre dé routes qui ne peuvent toutes être barrées par des forts d'arrêt, et est faible au nord surtout. Au point de vue géographique, les véritables défenses sont en avant de la frontière et ne sont autres que les fronts stratégiques de la Suisse contre l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie ou les lignes de défense de l'intérieur du plateau suisse. Les premières sont formées par le Rhiriy le lac de Constance^ la chaîne de montagnes de la rive gauche du fleuve jusqu'à Sargans; puis, au sud, par la double chaîne couronnée de neiges et de glaces qui sépare la Suisse de l'Italie; les secondes sont la ligne de la Limmat, du lac de Zurich et de VAar, à laquelle se lie le souvenir de la campagne de Masséna en 1799, la ligne de la Reuss, la ligne de YAar, qui prolonge celle des lacs de Neuc/mtel et de Bienne\ nous décrirons ces divers obstacles en nous occupant de la géographie de la Suisse.

Malgré la valeur très-grande de ces défenses, nous sommes encore mieux couverts par la neutralité de la Suisse, qui peut être quelquefois gênante pour l'offensive, mais qui sera toujours utile aux joui's de danger. La Suisse forme en avant de notre frontière un bastion qui sépare les théâtres d'opérations d'Allemagne et d'Italie et, en cas de coalition de ces deux dernières puissances contre nous, elle empêche toute communication du bassin du Pô à celui du Rhin. C'est pour cela que nos rois, depuis Louis XI, s'assurèrent toujours que les cantons suisses ne livreraient pas passage à nos ennemis et que le pacte d'amitié perpétuelle fut constamment renouvelé.

Offensive française sur la frontière suisse. — Dans le cas où nous serions forcés de prendre l'offensive sur cette frontière, les accidents du sol ne nous sont guère favorables. Au nord, le Jura est tout entier en Suisse, et forme un grand nombre de vallées sans communication entre elles, ce qui rend les mouvements des grandes armées impossibles. De plus, les pentes orientales des montagnes sont bordées par TAar qui ne laisse sur sa rive gauche aucune place de rassemblement.

Ce n*est donc que tout à fait au nord, le long du Rhin, que nous pourrions diriger notre attaque, et alors il nous faudrait aborder l'Aar près de son embouchure.

Au centre, nops viendrions nous heurter aux grands lacs qui baignent le pied des pentes du Jura et aux marais de la Thiele; l'attaque est donc impossible.

Au sud, au contraire, nous disposons d'une bonne base complétée par Toccupation de Genève, et, remontant au nord, nous abordons TAar dans la direction la plus favorable et dans sa partie la plus faible.

Lie Simplon» -— Avant de passer à Tétude de la frontière de Savoie, il nous faut dire quelques mots de la route du Simplon et des modifications que son ouverture a introduites dans les conditions de la défense.

Cette voie militaire a été construite par Napoléon pour permettre aux armées françaises de se rendre directement au cœur du Milanais en tournant toutes les défenses du Piémont. Une armée, débotrchant par le Simplon, pouvait, en effet, se porter sur les deux rives du Tessin, gagner le Pô et occuper la ligne formée par le Tessin et le défilé de la Stradella, pour couper toute retraite à Tarmée ennemie qui cherchait à défendre le Piémont; c'était la manœuvre de Marengo posée en principe et considérablement agrandie.

Napoléon attachait une telle importance à ce passage que, dès 1797, il obtenait le libre parcours du chemin de mulets du Simplon; puis, en 1800, il faisait occuper le Valais et faisait commencer les travaux de la route. Plus tard, voulant s'assurer la possession exclusive de la route et de son prolongement à travers le Jura, il était amené, en 1810, à annexer à la France le Valais et le canton de Neuchâlel. Par suite des vicissitudes de la fortune, cette route, construite dans le but de dominer Tltalie, servait de grande voie d'invasion contre nous en 1815. Elle suit entre le col et le lac de (lenève le couloir du Valais^ resserré entre des montagnes couvertes de neiges éternelles, qui ne sont traversées que par de mauvais sentiers; avant de sortir de cette étroite vallée, elle franchit le défilé de Saint- Maurice^ où les Suisses ont construit quelques ouvrages de fortification destinés à interdire cette entrée du Valais à une armée française, puis elle se bifurque sur les deux rives du lac, la branche de la rive gauche conduisant en Savoie et à Genève, tandis que celle de la rive droite se dirige par les plateaux du Jorat sur les passages de la partie centrale du Jura et sur la vallée de la Saône.

L'ouverture de cette route a augmenté l'importance de Genève; aussi Napoléon avait-il Tintention de fortifier cette ville et en avait-il fait étudier les ouvrages; le temps seul lui manqua pour mettre ses projets à exécution.

Cette nouvelle voie a aussi considérablement modifié les conditions de la défense de la frontière des Alpes, si la neutralité suisse n'en interdit pas l'emploi à nos ennemis. Aux siècles passés, les armées d'invasion ne pouvaient franchir les Alpes qu'au Mont-Cenis et au Petit-Saint-Bernard, ces passages ne constituaient qu'une base d'opérations très-étroite, et les lignes de retraite de l'ennemi pouvaient être facilement menacées et coupées. Depuis la construction de la route du Simplon, cette base s est agrandie de toute la longueur des Alpes Pennines et comprend

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