CHAPITRE V. — FRONTIÈRE DU JURA OU FRONTIÈRE SUISSE
crête on surveille le bassin du lac de Genève comme d*une terrasse élevée et on est en mesure d*aller occuper des lignes de défense plus rapprochées des Alpes, si la Suisse est impuissante à y arrêter Tennemi. Cette position couvre donc Lyon et est intimement liée à la ligne du Rhône, qui la prolonge au sud.
Les monts Vauache et Salcve, de l'autre côté du Rhône en Savoie, forment, avec le Grand-^CredOy un immense cercle qui enveloppe complètement Genève. C'est cette position demi-circulaire, qui fut occupée par César dans sa guerre contre les Helvètes pour leur fermer de ce côté Tentrée des Gaules. Elle fut aussi occupée par le général Dessaix, en 1814, après la retraite des Autrichiens sur Genève.
BAle et Genève. — Bille et Genève, aux deux extrémités de la frontière suisse, sont, par leur position géographique, deux grandes portes d'invasion en France et des pivots natui*els d^opérations pour l'offensive comme pour la défensive.
Bàle, située au coude du Rhin et à cheval sur ce fleuve, fournirait aux troupes allemandes, violant la neutralité de la Suisse, un point de passage assuré et ua appui précieux en face de Belfort. Cette ville entre les mains des Allemands leur rendrait donc de grands services, et elle est entièrement à leur discrétion, car les hauteurs de la rive droite qui la dominent, appartiennent par suite du tracé de la fh)ntière au grand duché de Bade. Elle n'est donc ni fortiûable, ni défendable pour la Suisse.
Genève, située entre le Jura et les Alpes, est la clef du bassin du Léman et de la partie sud du plateau suisse. La ceinture nord du bassin du lac de Genève n'est, en effet, marquée que par les plateaux du mont Jorat, hauteurs fort basses qui partagent les eaux de la Méditerranée et celles de la mer du Nord, mais qui n'établissent pas de séparation marquée entre le plateau suisse et le lac de Genève. L'ennemi qui est maître de Genève, possède une base d'opérations pour agir, soit sur Lyon, soit sur la Saône, soit sur la Savoie, et Napoléon disait que le meilleur moyen de couvrir Lyon, en 1*81-4, était de reprendre Genève. Cette ville servirait d'appui à la ligne de TArve, dans le cas où la Suisse voudrait la défendre contre nous et couvrir ainsi la partie de la Savoie qu'elle a le droit d'occuper en cas de guerre.
Genève n'est pas fortifiée, et, étant complètement entourée de territoire français, elle tomberait en notre pouvoir à la première menace de violation de la neutralité suisse et nous fournirait un solide appui pour nos opérations ultérieures soit par la route du Simplon, soit sur TAar. Elle serait, du reste, facilement mise en état de défense et couverte par la fortification passagère.
Campai^ne de 1814. — Un rapide coup d'éeil jeté sur les événements de la campagne de 1814 fait ressortir l'importance de Bille et de Genève pour une armée qui veut pénétrer en France par la fi'ontière du Jura.
Trois grandes armées devaient envahir la France : en même temps que l'armée du Nord devait pénétrer par la vallée de l'Oise et Tannée de Silésie par la vallée de
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la Marne, une troisième armée, Tarmée principale, celle de Bohême, forte de 165,000 hommes, devait, en violant la neutralité, de la Suisse, franchir le Rhin à SchafTonse, aux villes forestières et à Bâle, entrer en France par la trouée de Belfort, et se porter sur Paris par Langres et la vallée de la Seine. Mais la France étant encore maîtresse de la Savoie, l'ennemi craignit de voir nos troupes se porter sur Bàle, en partant de Genève, et couper ainsi les communications de l'armée de Bohême avec TÂllemagne. Pour parer à ce danger, les Autrichiens se séparèrent en trois corps; Taile droite de leur armée passa seule le Rhin à Bâle et vint bloquer Belfort, Huningue et Blamont; le centre se porta sur Neuchâtel et sur la Franche- Comté, la gauche franchissant le Rhin à SchafTouse, traversa toute la Suisse du nord au sud et se présenta le 13 décembre 1813 sous les murs de Genève. Cette ville n'avait pas été mise en état de résister à une attaque de Tennemi, malgré les ordres que Napoléon avait envoyés de Mayence, elle ne fut pas défendue et capitula.
Le fort de TÉcluse se rendit à son tour, et le 13 janvier les ennemis arrivèrent 'aux portes de Lyon. Les hésitations des Autrichiens et l'énergie du général Musnier qui dirigeait la défense sauvèrent la ville. Une attaque contre les faubourgs fut repoussée le 17 janvier, et le maréchal Augereau eut le temps d'accourir avec des renforts qu'il avait réunis à Valence. Un corps d'armée fut réuni à Lyon et dut, d'après les ordres de l'Empereur, se porter sur Genève, reprendre cette ville, remonter au nord en longeant le revers oriental du Jura et couper ainsi les communications des Autrichiens avec le Rhin, comme ceux-ci le craignaient.
Le maréchal Augereau n^avait plus la même énergie, ni la même confiance qu'à Castiglione, il ne comprit pas l'importance de ce mouvement large et décisif, il temporisa et perdit un temps précieux, ne voulant entrer en campagne qu'avec un corps bien organisé, bien équipé, muni d'attelages et de magasins; puis, au lieu de se porter en masse sur Genève, il crut nécessaire de s'assurer la possession du bassin de la Saône pour ne rien avoir à craindre sur sa gauche. Bourg et Mâcon furent occupés après des combats heureux, et de nombreux paysans de la Bresse vinrent renforcer notre petite armée; mais ces petites opérations avaient l'inconvénient de disséminer nos forces déjà trop faibles au lieu de les faire agir en masse comme l'avait prescrit l'Empereur.
Sur de nouveaux ordres, de plus en plus pressants, le maréchal se décida, le 2 mars, à sortir de Lyon, à réunir son armée et à se porter en Suisse, mais il était trop tard. Soixante mille coalisés descendaient la Saône et marchaient sur Lyon par les deux rives; il fallut songer à se défendre au lieu de tenter une diversion en Suisse. Les forces françaises furent concentrées en avant de Lyon et soutinrent de vives attaques, les 18, 19 et 20 mars, sur les positions qui dominent la ville au nord et en particulier au col de Limonest, sur la route de Mâcon. A la suite de ces combats, la ville capitula et la petite armée française se retira derrière l'Isère.
Pendant ce temps, les généraux Marchand et Dessaix, chargés de défendre la Savoie, ayant reçu des secours d'Italie par le Mont Ccuis, repoussaient le corps au-