‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 102 sur 288 · LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DURANCE · texte numérisé non relu

LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DURANCE

Hommairr : LA SAVOIE. — Limites de la Savoie. — Striiclure orohydrographique de la Savoie. — Région supérieure: Vallée deChamounix, Tarenlaiso, Maurienne. — Région du Mont- Tabor. — Massifs secondaires : Los Dranses, les Bornes, les Bauges, le Massif de la Grande- Chartreuse. — Défense de la Savoie par le Piémont.

VALLÉE DE LA DURANCE. — Ensemble de la vallée. — Haute vallée de la Durance et Briançon. — Vallée du Guil. — Vallée de rUbayo.

OPÉRATIONS MILITAIRES DANS LES ALPES. — Guerre de la succession d'Espagne. — Campagne de 1709. — Campagne de 1710. — Campagne de 1711. — Réflexions sur ces campagnes. — Campagne de 1793. — Campagne de 1813.

DÉFENSE ACTUELLE DE LA FRONTIÈRE DE SAVOIE. - FORTS ET PLACES FORTES. — Maurienne. — Tarcntaise. — Grenoble. — Lyon.

LA SAVOIK.

Limites de la Savoie. — La Savoie a été réunie à la France par le traité de Turin en 1860. Elle nous a été cédée par le roi de Piémont dans les conditions où il la possédait lui-même depuis 1815, c'est-à-dire que toute la partie nord de ce pays est neutre, et qu en cas de guerre la Suisse a le droit de l'occuper. La ligne de neutralité part du coude du Rhône à Cordon, à lembouchure du Guiers, touche au sud le lac du Bourget, coupe le massif des Bauges, passe à Fa verges, à Ugine, suit TArly et atteint la crête des Alpes à Test du col du Bonhomme ; le pays neutralisé comprend le Chablais et le Faucigny. La Suisse n'est pas obligée par les traités d'occuper ce pays en cas de gueri*e entre les puissances voisines ; elle est libre d'user ou de ne pas user de son droit. Il est bien douteux, aujourd'hui que ce pays est traversé par le chemin de fer du Mont-Cenis, que cette neutralité puisse être maintenue. Cette ligne ferrée servit, dans la guerre de 1859, a transporter nos troupes jusqu'à Saint-Jean-de-Maurienne où elle s'arrêtait alors, et par suite la neutralité ne fut pas respectée dans cette occasion. Depuis que la Savoie a été cédée à la France, aucune convention particulière n'a modifié cet état de choses, la solution de cette question ayant toujours été éludée par les puissances de l'Europe.

190 LIVRE It. — Là FRANCE.

L* ancienne limite qui sépara la France de la Savoie pendant plus de deux siècles, de 1601 à 1860, con^spond à des obstacles de terrain continus; c*est une frontière naturelle, et c est ce qui explique que la Savoie ait gardé si longtemps son autonomie. Ce territoire forme un vrai tout géographique et les ducs de Savoie auraient peut-être réussi à créer un royaume des Alpes et seraient restés les représentants de Tantique nationalité allobrogique, s'ils avaient conservé leur capitale au milieu des montagnes de la Savoie et s*ils n'avaient pas été attirés par les riches plaines de Tltalie.

L'ancienne frontière n'était autre que la ligne de défense du Rhône et du Dau-> phiné. La limite suivait le cours du Rhône depuis le défilé du fort de l'Écluse jusqu'à Cordon où il change de direction ; nous avons déjà parlé de la défense de cette ligne qui se rapporte à celle de la frontière du Jura. La limite des deux pays remontait ensuite le cours du Guiersy torrent qui prend sa source dans le massif de la Grande- Chartreuse. A Test du Guiers, entre ce torrent et le bassin de Chambéry, se trouve la longue aréte'du Mont du C/mt et du 3îont de l'Épine^ obstacle continu qui a été occupé par le maréchal Suchet en 1815. Elle n'est traversée que par deux routes : 1*" au nord au col du Mont du Chat, qui découpe dans la crête une profonde échancrure juste en face d'Aix-les-Bains ; 2<> au sud au défilé de la Grotte et des Échelles, où la route passe sous un tunnel. La première arrive sur le Rhône au pont de la Balme^ en face de Pierre-Châtel, et conduit à Lyon, soit par Bellay, soit par La Tour-du-Pin ; la seconde se bifurque au sortir du défilé des Échelles et se dirige, soit sur Lyon par le Pont-de-Beauvoisin où elle franchit le Guiers, soit par' Saint' Laurent'du-Pont sur l'Isère qu elle atteint à Voreppe. Ces deux défilés sont très-faciles à défendre, et le dernier a été pendant longtemps, avant l'ouverture de la route du Mont du Chat et du chemin de fer de Culoz, la seule porte de la France par cette frontière; aussi a-t-il été disputé dans toutes les campagnes des Alpes. C'est encore par les Échelles que l'ennemi passerait aujourd'hui, s'il voulait investir Grenoble et couper les communications de cette place avec Lyon et le Rhône.

A partir de la source du Guiers-Vif^ la limite remontait au nord, en suivant la crête de la falaise qui termine le massif de la Grande-Chartreuse le long de U vallée de risère, puis descendait les pentes nord de ce massif, traversait le débouché de la riche vallée du Grésivaudan^ remontait le versant occidental de la chaîne de Belkdonne et suivait la crête élevée du massif des Grandes^Rousses jusqu'au Mont Tabor. Il n'y avait donc de ce côté comme routes praticables de Savoie en France que celles de la vallée de l'Isère, dont l'entrée était défendue parle fort Barraux.

La frontière actuelle suit la crête des Alpes depuis le Mont Tabor jusqu'au Mont Dolent^ puis elle suit jusqu'au lac de Genève un contrefort élevé des Alpes, qui n'est traversé par aucune grande route.

On voit donc que le territoire de la Savoie est limité de tous côtés par des obstacles naturels, car, même au nord, la large nappe d'eau du lac Léman a empêché les ducs de Savoie d'étendre leur puissance sur le pays de Vaud.

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