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CHAPITRE VI. — LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DURANGE

STRUCTURE OROHTDROGRAPHIQUE DE LA SAVOIE. — La Savoie a une pente générale du nord-est au sud-ouest. Elle se divise en trois régions distinctes :

!• La région basse, formée par la rive gauclie du Rhône jusqu'à Annecy et Chambéry, les deux chefs-lieux des départements entre lesquels on a partagé le pays annexé, et par la longue bande de diluviura alpin qui s'étend sur le littoral du lac de Genève. C'est un pays riche où ne se trouvent que des collines ou des chaînes de montagnes peu élevées comme le Salève^ le Youache et le Monl-Chautagne au nord du lac du Bourget.

La rive française du lac de Genève, plus froide, plus rude et moins riante que la rive septentrionale où se trouvent les riches cités et les villes d'hiver de la Suisse, est presque immédiatement bordée par les montagnes dont les pentes sont couvertes de magniflques verdures, mais ne portent pas de vignobles à cause de leur exposition au nord. Évian, Thonon et les quelques villages situés sur le bord du lac seront bientôt reliés entre eux par une voie ferrée qui, partant du Bouveret, viendra rejoindre à Annecy la ligne déjà existante de Chambéry. Cette région basse a été le théâtre des opérations des petits corps des généraux Dessaix et Marchand en 1814, elle est coupée par les affluents du Rhône : YArve, les Usses^ le Fier, le Chèran, qui, avec les lignes de faîte qui les séparent, forment autant de lignes de défense successives, La plus forte de ces lignes est celle du Fier appuyée, à droite au lac d'Annecy, à gauche aux gorges profondes que traverse ce cours d'eau avant de se jeter dans le Rhône.

2** La région moyenne qui comprend les massifs secondaires et qui est formée par des chaînes calcaires ou crétacées, présentant de grandes ressemblances avec celles du Jura. Leur direction générale est celle du nord-est au sud-ouest et elles sont percées ou longées par les cours d'eau absolument comme cela a lieu pour le Jura.

3^ La région supérieure formée par les hautes vallées et les grands chaînons qui les séparent ; elle repose sur le granit ou sur le terrain oolitique et elle se rattache à la grande chaîne des Alpes.

Ces deux dernières régions, que nous allons étudier avec quelques détails, sont séparées par la chaîne qui domine la rive droite de TArly, affluent de l'Isère, et qui longe cette dernière rivière jusqu'à Montmélian; elle est coupée par de profondes échancrures qui facilitent les communications entre les vallées supérieures et la basse Savoie, c est en ces points que passent les routes entre Sallanches et Cluses sur TArve, entre Ugine et Faverges, entre Montmélian et Chambéry.

RÉGION SUPÉRIEURE. — La région supérieure comprend les hautes vallées de Chamounix, de Beàufort, de la Tarentaise et de la Xaurienne.

Vallée de Chantoiinix. — La vallée de TAn^e n'aboutit à aucun bon passage des Alpes, elle finit au massif du Mont-Blanc et ne communique avec les vallées voisines que par des cols très-élevés.

Les cols de Balme el de la Tète-Noire ne sont franchis que par des sentiers qui aboutissent à Martigny sur le Rhône. Pourtant dans ses derniers temps on a élargi le sentier de la Tête-Noire et de la Forclaz et on Ta rendu praticable aux petits chars du pays; de plus on va construire au col de Balme (2,204 mètres) une bonne route de voitures, ce qui augmentera l'importance militaire de la vallée de Ghamounix en la faisant communiquer facilement avec le Valais.

Au sud du massif du Mont-Blanc, la vallée de l'Arve ne communique avec la Tarentaise que par le col du Bonhomme (2,340 mètres) et avec la vallée de Beaufort que par les cols Fenêtre et Joly on passent des sentiers praticables tout au plus aux mulets. Pour passer de la vallée de Ghamounix en Piémont, il faut franchir le col du Bonhomme, puis ensuite le col des Fours (2,710 mètres) et le col de la Seigne (2,400 mètres), d'où par l'Allée Blanche on gagne le haut de la vallée d'Aoste.

La haute vallée de TArve n'est mise en relation avec le bassin du lac de Genève que par la route qui passe au défilé de Cluses.

Tapentaise. — L'Isère, depuis le mont Iseran jusqu'au petit Saint-Bernard» coule parallèlement à la crête des Alpes, et cette partie haute de la Tarentaise prend le nom de Val de lignes; la partie moyenne est aussi désignée quelquefois sous le nom de Val d'Aimé,

A Albertville, au débouché de la Tarentaise, viennent converger VArlij^ affluent de l'Isère et le doron qui forme la vallée de Beaufort.

La Tarentaise est beaucoup moins sauvage et moins resserrée que la MauriennCi la route qui la suit, se maintient tout le temps sur la rive droite de l'Isère; aussi cette voie a-t-elle été pratiquée bien avant celle de la Maurîenne et considérée comme une ligne d'opérations plus sûre, malgré Tinconvénient d'aboutir à rextrémité du long couloir de la vallée d'Aoste et de forcer à faire un long détour pour arriver sur les rives du Pô. Les Romains y avaient construit une de leurs grandes chaussées praticables aux chars, comme le prouvent les ruines d'un grand relai de poste qui ont été découvertes sur le plateau même du Petit-Saint-Bernard et de nombreux vestiges qu'on a retrouvés dans les vallées des deux versants. G*était la voie de YAlpis Graïa qui partait de Milan et se dirigeait sur Genève. Ce magnifique travail fut ruiné dans les siècles de barbarie qui suivirent la chute de l'empire romain, et ce n'est que dans ces derniers temps que la route du Petit-Saint-Bernard fut rendue praticable aux voitures.

La défense du pied du Petit-Saint-Bernard a été tentée en 1707 et en 1793 par nos troupes, mais elle ne peut se faire dans de bonnes conditions, parce que l'ennemi occupe les positions dominantes et que de plus il peut tourner le défenseur et lui couper la retraite, en suivant le sentier du col du Palet qui part du val de Tignes et aboutit à Moutiers. La vallée offre du reste plusieurs positions d'arrière-garde d'une défense facile; l'une des meilleures se trouve en arrière du Bourg-Sain l-Maurico. A cette hauteur sur la rive droite de l'Isère se trouve le plateau de Vulmis où

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