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CHAPITRE VI. — LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DURANGE

on avait songé à construire un fort après rannexioii pour barrer la route, mais il ne fut pas donné suite à ce projet, et aujourd'hui, c'est le débouché de la vallée qu'on

fortifie.

IfAime en Tarentaise part un assez bon chemin qui conduit dans la vallée de Beaufort par le pas du Cormet, il a une grande importance, parce qu'il permet à une colonne ennemie d'aborder par cette dernière vallée la ligne de l'Arly; ce chemin se prolonge au nord par un sentier qui, par le pas de Sion, conduit à Mégère à la source de TArly et permet de déboucher directement dans la vallée de l'Arve.

Au confluent de Tlsère et de l'Arly se trouve Conflans qui a toujours été regardé comme le pivot des opérations d'une armée ennemie voulant envahir la Savoie après avoir passé les Alpes. On a donc reconnu depuis longtemps la nécessité pour nous d'occuper ce point; mais le village de Conflans, situé sur le dernier escarpement des montagnes de la rive droite de risère, est bien difficile à défendre pour la France, parce qu'il est dominé par les hautes montagnes dont l'ennemi, arrivant des Alpes, est maître. On l'avait retranché en 1707 dans le seul but d'arrêter l'ennemi quelque temps et de protéger la retraite, mais on avait reculé devant une occupation permanente. Aujourd'hui on construit des batteries à Conflans et on occupe les hauteurs qui le dominent ainsi que toute la rive droite de l'Arly.

Ce point était d'une défense facile contre nous et était le premier objectif d'une colonne ennemie qui avait franchi le Petit-Saint-Bernard ; puis plus tard quand cette armée s'était avancée sur le Rhône, le plus sûr moyen de la forcer à battre en retraite était de menacer Conflans, car ses communications se trouvaient ainsi compromises.

Pour défendre le débouché de la Tarentaise et celui de la vallée de Beaufort, il suffisait d'occuper fortement la rive droite de YArly en ayant soin de surveiller les gués et les passages qu'on rencontre en amont vei-s Ugine et en face desquels se trouve la dépression de Faverges qui permettait à l'ennemi de se porter directement sur le lac d'Annecy et sur le Rhône. C'est cette ligne qui fut si habilement défendue par le colonel Bugeaud en 1815 et c'est précisément cette position qu'on fortifie actuellement.

Manrienne. — La vallée de la Maurienne est beaucoup moins ouverte que la Tarentaise, elle est encaissée entre de hautes montagnes qui y forment plusieurs défilés fort étroits, aussi la route qui la suit passe-t-elle six fois d'une rive à l'autre de l'Arc et le chemin de fer y traverse- t-il plusieurs tunnels.

La voie de la Maurienne qui est la plus directe pour aller de Turin à Lyon, ne parait pas avoir été suivie par les Romains. Elle fut pratiquée pour la première fois par Charlemagne, qui franchit le Mont Ceuis pour aller combattre les Lombards en 773 et fit construire l'hospice situé sur le plateau qui forme le col. C'est Napoléon I*^ qui fit ouvrir la belle route actuelle du Mont-Cenis, elle suit l'Arc sur presque tout Géographie, 13

son parcours, depuis l'étroit défilé i'Aiguebelle qui ferme entièrement la Tallée jusqu'à Lanslebourg où commeacentles lacets de la montée. Cette route est doublée d'un chemin de fer qui la quitte à Modane pour passer sous le pic de Fréjns et qui la rejoint à Suse.

La défense ta^Uique de la vallée est très-facile par suite de son peu de largeur et des escarpements que forment les versants des montagnes de chaque côté. Aussi le général Ledoyen, attaqué en l'<93 par des forces supérieures, put-il s'y maintenir quatorze jours en défendant successivement tous les obstacles, ce qui donna le temps à MacJonald, qui assiégeait Lyon révolté, d'accourir et de refouler l'armée sarde au delà des Alpes.

La route du Mont-Cenis est défendue par le. fort de Lesseillon, construit après 1815 avec l'argent de la contribution de guerre imposée à la France. Ce fort, situé un peu au-dessus de Modane au haut d'un escarpement, est tout à fait inabordable du côté de la France contre laquelle ses feux étaient dirigés. Il nous a été cédé en 1860 à la condition d*étre démantelé, mais on se contenta de faire sauter quelques batteries annexes placées en face sur la rive gauche de l'Arc et sans aucune valeur. Tel qu'il est, avec ses nombreux abris, il est encore capable d'une bonne défense ; il voit l'entrée du tunnel du pic de Fréjus et bat bieu la route, mais son action est plus forte vers le bas que vers le haut de la vallée.

Au débouché de la Maurlenne et à l'extrémité du contrefort qui la sépare de la Tarentaise, se trouve Alton situé au pied de hauteurs qui commandent à la fois la vallée de l'Isère et l'entrée de la vallée de l'Arc. Ce point forme une position très-bonne à occuper contre la France; aussi en 1813 l'avait-ou étudiée pour y construire un fort. On trouva ce point un peu trop aventuré en Savoie, difficile à secourir et pouvant présenter pour le Piémont les inconvénients qu'avait jadis Montmélian. On lui préféra la position de Lesseillon qui est plus rapprochée de la crête des Alpes et qui forme avec les forts d*Exilles et de Fénestrelles un système qui barre les trois routes qui conduisent directement sur Turin. Aujourd'hui ou construit des forts et des batteries sur les hauteurs qui dominent Alton et sur les montagnes qui sont en face de l'autre cdté de l'Arc, mais leur action doit s'exercer vers l'est et le sud-est de manière à barrer le débouché de la vallée de l'Arc.

Sur la rive gauche de l'Arc et au confluent même de ce torrent avec l'Isère, se trouve une hauteur isolée qui commande toute la vallée, c'est la butte de Chamousset, où on avait déjà songé à construire un fort après l'annexion, qui fut de nouveau étudiée dans ces derniers temps, mais qui en un de compte reste inoccupée.

Les communications de la Maurienne avec les vallées voisines sont as^z rares et assez difficiles, la plus dangereuse pour une armée qui veut pénétrer en France en suivant cette ligne d'opérations, est celle qui vient du Briançonnais par le COl du Galibier. Elle permet au défenseur de se porter sur le flanc de l'armée ennemie i en occupant la position de Valloire située sur ce chemin, on empoche toute

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