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CHAPITRE VI. — LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DURANCE

cote 1512. Ce serait de beaucoup le souterrain le plus court des Alpes occidentales; le tunnel du pic de Fréjus a une longeur de 12,220 mètres et atteint 1,295 mètres d'altitude, celui du Saint- Gothard quou est en train de percer, doit avoir 14,900 mètres de longueur à 1,162 mètres d'altitude, celui du Simplon, si on le perçait, aurait 16, 150 mètres de longueur à 793 mètres d'altitude. Le percement du tunnel du picde Frôjusa conté 80 millions, celui de Saint-Gothard coûtera 187 millions, sans compter les travaux d'accès qui ont exigé beaucoup d'argent.

Il est peu probable qu'on achève de sitôt la ligne du Simplon ; les travaux exigeraient encore une dépense de 150 millions, à laquelle la France ne veut pas contribuer, parce qu'elle n'a pas d'intén't à l'ouverture de cette ligne. La voie du Simplon ne détournera pas le trafic de la voie du Saint-Gothard quand cette dernière fonctionnera; sa zone d'action ne s'étendra pas même jusqu'au Rhin et elle ne servira qu'à faire concurrence à la ligne du Mont-Cenis. Du reste on peut remarquer ici que, même après le percement du Saint-Gothard, la France qui communique avec l'Italie par deux voies ferrées et par la mer, sera encore mieux partagée que l'Allemagne. Ce passage du Saint-Gothard ne permettra pas en effet à l'Allemagne de toucher le véritable élément de la vie commerciale, la mer, qui est le grand chemin des nations, qui n'a rien coûté à personne et qui s'entretient toute seule. En tous cas, l'intérêt de la France exigerait qu'il ne fût ouvert à travers les Alpes aucun passage, sinon ceux dont elle garderait au moins une porte.

D'après les études qui ont été faites, si on perçait le massif du Mont-Blanc, un tunnel qui passerait sous cette masse énorme de glaces entre Chamounix (cote 1,050) et Entrcvcs (1,285), serait plus court que celui du pic de Fréjus.

Les tunnels des Alpes orientales au Brenner et au Semmering n'ont que quelques centaines de mètres, mais les chemins de fer gravissent comme dans le Jura des pentes très raides qui augmentent beaucoup les frais d'exploitation.

■ASSIFS SECONDAIRES. — Les massifs secondaires qui séparent les vallées de la région moyenne de la Savoie sont ceux des Dmnses, des Bornes, des Bauges et de la Grande-Chartreuse,

Les Dranse». — Les Dranses forment un massif triangulaire qui recouvre la plus grande partie du Chablais depuis l'Arve jusqu'au lac de Genève. Il est traversé dans toute son épaisseur par la route stratégique de Thonon à Grenoble, qui part du littoral du lac, passe à Tanimjps, délK)uche sur l'Arve à Cluses^ remonte le défilé de l'Arve jusqu'à Sallanches^ puis suit ensuite la ligne de l'Arly et de l'Isère par Megève, l'gines, Albertville, Montmèlian et 6? rc/to/^/c. D'autres chemins plus à l'ouest ont la même direction; ils mettent le littoral du lac en communication avec l'Arve et se prolongent vers Annecy et vers le Rhône à travers les Bornes. Les hautes vallées des Dranses ne cx)mmuniquent avec le Valais que par des sentiers, et avec le lac de Genève que par d'étroites cluses, la rive du lac est longée par une bonne

route qui est le prolongement de celle du Simplon, elle traverse à l'entrée en Savoie le défilé de la Meilleraie, formé par les dernières croupes des montagnes.

LiGs Bornes. — Le massif des Bornes recouvre la plus grande partie du Faucigny et entoure la haute vallée du Fier et de ses affluents; il forme un excellent appui pour l'aile droite d'une armée qui voudrait barrer la vallée du Rhône à une invasion venant de la Suisse, et inversement, si la Suisse veut faire respecter la neu* tralité du Faucigny et du Chablais, il peut appuyer les diverses lignes de défense que cette puissance défendrait contre nous : les meilleures seraient la ligne du Fier et celle de TArve.

Pour pénétrer des vallées de l'Arly, de TArve ou du bassin de Faverges dans le massif des Bornes, il n'existe que des sentiers praticables aux mulets passant à travers des défilés faciles à défendre. Le plus important de ces passages est celui du col des Aravis, qui permet à une colonne ennemie qui a franchi la ligne de l'Arly, de pénétrer au centre du massif.

LiGs Banfi^ea. — Le massif des Bauges forme la position militaire la plus importante de la Savoie, c'est une forteresse naturelle située entre les profondes dépressions du lac d'Annecy, du lac du Bourget et de la vallée de l'Isère, contre laquelle viennent se heurter les deux grandes voies de communication des Alpes par le Petit-Saint-Bernard et le Mont-Cenis.

Ce massif est contourné par de bonnes routes : au nord-est, par la route A*Àlbert~ villCy UgineSy Faverges et Annecy, qui est le prolongement naturel de la voie de la Tarentaise; à Fouest, par la route de Montmélian, Chambénj et Culoz, qui prolonge la voie de la Maurienne ; au nord-ouest, par la route et le chemin de fer à!Aix à Afirnecy. Deux bons chemins, intermédiaires entre les routes de Faverges et de Chambéry, partent de la vallée de l'Isère et pénètrent dans le massif : l'un passe au col de Tamié et aboutit à Faverges, Tautre part de Saim-Picrre d'Albigny, passe au col du Frêne et conduit à Seyssel, en suivant la vallée du Chcran qui est la combe centrale du massif des Bauges ; ce sont deux passages importants à surveiller. Un chemin partant de Chamhéry pénètre dans l'intérieur du massif; un autre, qui passe au col de Leschauz, forme le débouché naturel du massif des Bauges sur le lac d* Annecy.

Dans toutes les guerres dont la Savoie a été le théâtre, ce massif des Bauges' a toujours été le premier objectif d'une armée austro-sarde après la prise de Conflans et du défilé d'AiguebelIe, Toccupation de cette position avait pour but de faire lever le siège de Montmélian, en menaçant les communications de Tarméc française, et de s'assurer la route de Seyssel par Annecy en couvrant la gauche de cette ligne d'opérations.

Inversement, au cas où les Italiens auraient pénétré en France, l'occupation de ce massif par la France serait aujourd'hui le plus sûr moyen de faire lever le siège

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